‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 501 sur 663 · LE CHRIST VRAIMENT HOMME · texte numérisé non relu

LE CHRIST VRAIMENT HOMME

aussi, dès que le Verbe s'unissait non aux Anges, mais aux hommes et dans le sang d'Abraham, il devait être vraiment homme comme il est vraiment Dieu. Il devait affirmer l'une et l'autre de ces deux natures dont il était le médiateur parce qu'il les unissait en lui. Il devait être médiateur jusqu'au bout. Dieu ne fait que des choses sincères. C'était le procédé tout à la fois glorieux et miséricordieux par lequel le Verbe se montre nôtre, et témoigne avoir pris notre nature, être un avec nous. Pour que son dessein s'accomplît, il fallait bien qu'il fût, en toute chose, semblable à ses frères. Devenu notre frère par l'Incarnation, il fallait qu'il nous ressemblât par la souffrance. Dès lors la gloire du Christ médiateur se trouve là même où on croit reconnaître un titre d'infériorité. Une réflexion rapide de l'Apôtre nous fait entrevoir la thèse tout entière de l'épître.

La sainteté consiste dans une consécration au service de Dieu. Outre la pureté légale, requise pour prendre part au service de Dieu et au sacrifice : la vraie sainteté mosaïque s'obtient par la consécration, par le sacrifice, par l'union à Dieu moyennant le sacrifice. Or, un sacrifice suppose un prêtre. Ainsi la médiation du Seigneur se précise : c'est une médiation sacerdotale. Mais pour être vraiment médiateur et vraiment prêtre, il faut que le prêtre soit vraiment un avec ceux qu'il représente devant Dieu (Hebr., V, 1) : l'unité du Seigneur avec nous, et la réalité de sa médiation s'impliquent mutuellement. Puisque nous souffrons, nous, et qu'il est d'une même étoffe vivante avec nous, il devait aussi être achevé et consommé par la souffrance, afin que l'expérience même fît de lui un vrai prêtre compatissant et fidèle : compatissant pour nous, fidèle à Dieu, et lui offrant le seul sacrifice à qui Dieu ait jamais songé. C'est donc cette souffrance qui l'a fait prêtre achevé, prêtre complet, à qui il ne manque rien pour être un avec nous par la plus vraie sympathie de nature ; rien pour être agréé de Dieu envers qui il a accompli tout son devoir de prêtre. Or, il ne pouvait être tout cela, et pour Dieu et pour nous, qu'à la condition d'être homme et de

pouvoir souffrir et de souffrir réellement. C'est, en un mot, tout le thème de l'épître. L'Apôtre ne fait ici que l'indiquer, parce qu'il se propose d'en parler ex professa : nous ferons comme lui. Mais nous voyons déjà le Christ comme prêtre, et sa mort comme sacrifice, « sacrifice pro peccato », offert à Dieu en expiation des péchés du peuple, pour purifier l'homme, et pour effacer l'antique inimitié qui séparait l'homme de Dieu.

Entendons le verset 18, non pas seulement en ce sens que la souffrance du Christ, ayant créé en lui une expérience, crée aussi en lui une sympathie et une commisération naturelle pour des souffrances qu'il a connues :

Non ignora mali, miseris succurrere disco ;

mais encore en ce sens, plus profond et plus vrai, que l'expérience qu'il a faite de la douleur non seulement lui fournit la raison de sa sympathie, mais définit la sphère où s'exerce activement sa médiation ; l'étendue de sa souffrance et la mesure de sa souffrance devenant ainsi la mesure de son efficacité.

Car c'est dans toutes les souffrances endurées par lui, in eo quod ipse tentatus fuit, qu'il est capable de secourir ceux qui sont tentés comme lui, et c'est pour cela qu'il a voulu tout endurer, sauf le péché : tentatum per omnia pro similitudine absque peccato. C'est pour cela qu'il a voulu épuiser la souffrance, afin qu'il n'y en eût aucune dont il n'eût l'expérience, la compassion et le pouvoir de la secourir. (S. Th., 3% quaest. XL, XLI, XLVI, art. 5, 6, 7).

Qui condolere possit. L'Apôtre nous a dit jadis : Eum, qui non noverat peccatum, pro nobis peccatum fecif, ut nos efficeremur justifia Dei in ipso (II Cor., V, 21). Ainsi le péché qu'il n'a pas connu, et qu'il ne pouvait en rien connaître comme agent, il l'a réellement connu comme chef responsable de l'humanité nouvelle. Disciplina pacis nostrae super eum, et livore ejus sanati sumus. (Isai., LUI, 5). Tout est bien: nous sommes encore dans l'obscurité de la f«i, nous savons

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