LE CHRIST SUPÉRIEUR A MOÏSE
La comparaison avec les Anges, organes de promulgation de la loi ancienne, a entraîné l'Apôtre à dessiner déjà toute la médiation sacerdotale de Notre-Seigneur Jésus- Christ, le vrai souverain du monde nouveau. L'éminente grandeur du Christ, loin d'avoir à souffrir de sa nature humaine et des souffrances qu'il a acceptées, y trouve au contraire son titre et son appui, sa rançon et sa condition. Ce n'est donc plus du côté des Anges que doivent porter leurs regards ceux qui, à raison de leur vocation, de leur Baptême, de leur , union à Notre-Seigneur Jésus-Christ appartiennent désormais à un autre monde, à une nouvelle vie, et aux joies de l'éternité.
1 Unde fratres sancfi, vocatipnis caelestis participes, considérât e Apostolum, et Pontificem confessionis nostrae Jesum: ^qui fidelis est ei, qui fecit illum sicut et Moyses in omni domo e'jus. 3 Amplioris enim gloriae iste prae Moyse dignus est habitas, quanto ampliorem honorem habet domus, qui fabricavif illam. 4 Omnis namque domus fabricatur ab aliquo : qui aatem omnia creavit, Deus est. s Et Moyses quidem fidelis erat in tota domo ejus tamquam famulas, in testimonium eorum, quae dicenda erant : s Christus vero tamquam filius in domo^ sua : quae domus sumus nos, si fiduciam, et gloriam spei usque ad finem firmam retineamus.
Mais c'est surtout en Moïse que se résume l'économie ancienne à qui il a donné son nom : Moïse est le prophète suscité par Dieu au milieu de son peuple : il est législateur. C'est à lui maintenant que le Seigneur va être comparé et préféré. L'expression grecque, xaTavoT,<TaTe , traduite par considerate, exclut l'idée d'un regard indécis ou rapide, distrait ou une fois accordé : elle implique un regard attentif, prolongé, inviolablement attaché à son objet : la pensée demeurant fixée là où elle s'est posée une fois. Aussi bien ne s'agitil pas simplement de reconnaître au passage le Seigneur, mais de trouver et de découvrir en lui la plénitude qu'il nous apporte. Il vient en nous de la part de Dieu dont il nous apprend la pensée : Apostolum confessionis nostrae ; il nous conduit à Dieu, parce qu'il est médiateur et prêtre : Pontificem confessionis nostrae. Nous pressentons déjà, et verrons mieux dans la suite, quelle est la place vraiment centrale et unique que la victime, l'autel, le prêtre, le sacerdoce en un mot, occupaient dans l'ancienne loi, nous devons dire, dans toute économie religieuse. Et si les Juifs, même après le baptême, étaient exposés à se laisser solliciter à nouveau par le mosaïsme, c'était surtout par l'attrait du temple, des sacrifices, et des richesses liturgiques de l'ancienne loi. Aussi l'Apôtre ne se lasse-t-il pas de rappeler aux baptisés à quel sacerdoce et à quel prêtre ils appartiennent désormais.
En contemplant avec attention le Christ, le héraut divin de leur foi commune, le pontife seul capable de les unir à Dieu, les fidèles observeront facilement et qu'il ressemble à Moïse et de combien il le dépasse. Comme Moïse lui-même, il est dans le temple et la demeure de Dieu, fidèle à Dieu qui l'a fait apôtre et médiateur. L'éloge donné ici à Moïse rappelle un incident du livre des Nombres (XII, 7). Lors de la révolte d'Aaron et de Marie contre Moïse, Dieu prit en mains la défense de son serviteur, attesta la confiance qu'il avait en lui et vanta sa fidélité. D'autres reçurent une part des confiances du Seigneur : Moïse les possède toutes : il est législateur, il est chef et responsable, tout lui est confié. Il est par-