‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 504 sur 663 · GRANDEUR SURÉMINENTE DU CHRIST · texte numérisé non relu

GRANDEUR SURÉMINENTE DU CHRIST

tout chez lui dans la maison de Dieu, qui est l'ancienne loi. Prophètes, prêtres, rois sont investis d'une part d'autorité, mais Moïse est en quelque sorte l'économie juive tout entière. On le voit, la pensée de l'Apôtre ne veut aucunement diminuer la gloire de Moïse, ni atténuer l'éloge que Dieu lui a décerné, mais seulement observer que cette plénitude de Moïse appartient au Seigneur comme à Moïse lui-même. Autant qiie Moïse et mieux que Moïse le Seigneur concentre en ses mains tout l'ensemble de l'économie dont il est le chef, puisqu'il est Apôtre, Grand-Prêtre, et comme Moïse fidèle à Dieu qui l'a fait Apôtre et médiateur. Mais après avoir reconnu ce que tous deux possèdent en commun, la fidélité, puis l'autorité dans sa plénitude, saint Paul maintient l'incomparable supériorité du Christ sur Moïse : et ce, à bien des titres. Moïse n'est que serviteur, le Christ est le Fils de Dieu ; l'économie de Moïse n'est que figurative et préparatoire, la nouvelle loi est définitive ; Moïse est législateur, il est vrai, mais enfin il est lui-même membre de l'économie qu'il a instituée : le Seigneur, lui, est comme tète et comme chef au-dessus de cette sphère religieuse qu'il a constituée et qui lui emprunte sa vie. En reconnaissant ainsi à Moïse, avec la gloire de sa fidélité, la plénitude entre ses mains de toute l'autorité propre à la dispensation religieuse instituée par lui, il reste néanmoins que la gloire du Seigneur dépasse d'autant celle de Moïse que celui qui a constitué la maison, qui l'a créée, ornée, pourvue, et en est le maître, l'emporte sur la maison ellemême. La considération est d'ordre général. La condition de Moïse en face du mosaïsme qui lui a emprunté son nom, est telle qu'il fait lui-même partie de cette économie religieuse. Il en est, si vous le voulez, le point de départ historique ; il n'en est pas l'origine absolue, puisqu'il est compris et impliqué dans le système qu'il a institué, mais dont pourtant il n'est pas le premier auteur. L'Apôtre dans cette formule générale ne prononce pas le nom du Verbe, mais laisse entendre pourtant que le Verbe de Dieu lui-même est l'auteur de l'ancienne loi.

En effet : toute maison, c'est-à-dire tout système religieux, toute dispensation surnaturelle doit être établie par quelqu'un : établie, vous entendez bien, non pas proposée et promulguée, ce qui peut se faire par intermédiaire ; mais conçue, mais voulue, mais établie, mais pourvue, mais imposée. Or, la condition commune de toute économie étant, nous le savons par ailleurs, de nous unir à Dieu ; de plus. Dieu étant seul le maître de définir les termes de cette union à lui, nous comprenons à la fois et qu'un système religieux doit être l'œuvre de quelqu'un, et que ce quelqu'un ne peut être que Dieu seul. Moïse n'était donc que l'organe de Dieu^ tandis que le Fils de Dieu, étant Dieu lui-même, est vraiment l'auteur responsable de l'économie nouvelle. Il est au-dessus du système. II domine la sphère religieuse dont il est l'auteur. II n'en est pas un membre : il en est la tète : toute la vie religieuse nous vient de lui.

C'est sans doute pour le désigner que l'Apôtre a supprimé l'article avant ©soç. L'expression 6 Hcô; désigne le Père. La pensée de l'Apôtre est celle-ci : Il faut être Dieu pour être l'auteur d'une économie religieuse quelconque, judaïque ou chrétienne, auteur premier, auteur responsable et original. Or, ceci n'est vrai que du Verbe : c'est lui qui a créé toutes choses (7râv-:a ) ; ce qui laisse entendre que Moïse lui-même n'a été que l'organe du Christ, et que le Christ est à la ba^e même de l'économie judaïque.

Le livre des Nombres (XIII, 7), auquel la citation est empruntée, disait : At non talis servus meus Moyses, qui in omni domo mea fidelissimus est. On voit aussitôt le titre de cette fidélité. Moïse est fidèle dans son rôle et sa mission personnelle de serviteur, de précurseur, de héraut : il fait l'éducation préalable d'un peuple encore grossier. Il vient apporter d'avance son témoignage aux choses qui, dans la suite, seront dites par le Christ : car c'est du Christ que Moïse a parlé, et c'est au témoignage de Moïse que le Seigneur luimême en a appelé (Joan., V, 46). Le rôle de Moïse était donc préparatoire, exordial : Moïse est un serviteur.

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