NÉCESSITÉ DE LA FOI
que celle de Chanaan. Même Moïse, arrêté par Dieu au seuil de cette terre et léguant à Josué le soin d'y introduire le peuple de Dieu, symbolise en sa personne l'infirmité d'une loi qui n'a rien amené à sa perfection.
L'allusion est constante, soulignée par le parallélisme des situations historiques. Comme Israël a pu être sauvé de l'Egypte, avoir entendu la voix de Dieu et néanmoins mourir dans le désert, en deçà de la terre promise, on peut aussi déchoir de la dignité chrétienne.
1 Timeamus ergo ne forte relicta pollicifatione introeundi in requiem ejus, existlmetur aliquis ex vobis déesse. 2 Etenim et nobis nuntiatum est, quemadmodum et illis, sed non profuit mis sermo auditus, non admistus fidei ex iis, quae audieruni. 3 Ingrediemur enim in requiem, qui credidimus : quemadmodum dixit : Sicut juravi in ira mea : Si introibunt in requiem meam ; et quidem operibus ab institutione mundi perfectis. 4 Dixit enim in quodam loco de die septima sic : Et requiévit Deus die septima ab omnibus operibus suis, s Et in isfo rursum : Si introibunt in requiem meam.
L'exemple de nos pères doit nous être une leçon. Dieu nous a promis de nous faire entrer dans son repos : ne renonçons pas au bénéfice de cette promesse, et que nul d'entre les baptisés ne s'expose à laisser, lui aussi, ses ossements dans le désert. Sans doute nous avons reçu les promesses, mais les anciens Juifs les reçurent, eux aussi ; et, depuis de \ longs siècles, Dieu s'était engagé par serment à leur donner la terre de Chanaan comme leur héritage, et le lieu de leur repos. A quoi leur servirent des promesses divines auxquelles ne répondit pas la foi de ceux qui les entendirent ?
Ainsi le privilège d'avoir entendu Dieu ne nous garantit pas contre la chute, sans la fermeté de notre foi. Les conditions du succès surnaturel n'ont pas changé depuis : c'est moyennant l'adhésion tranquille à la parole de Dieu que nous entrerons dans son repos. Le terme de l'économie reli-
gieuse est envisagé ici comme le repos éternel, symbolisé par le repos dans la terre promise : de ce repos le Seigneur exclut en sa colère ceux qui se détournent de lui. Car il existe un repos de Dieu auquel l'Apôtre a fait allusion déjà (III, 11, 18, 19 ; ÏV, 1), celui dont il est parlé en la Genèse (II, 2), où, après avoir achevé l'œuvre de la création, de la distinction, de l'ornement, Dieu est entré là où entreront un jour, leurs œuvres terminées, le temps du labeur étant passé, ceux que leur fidélité en aura rendus dignes. Car le vrai repos du peuple de Dieu, le définitif, ce n'est pas simplement son entrée dans la terre de Chanaan, repos préparé par Dieu sans doute, mais enfin qui n'est pas le propre repos de Dieu, in requiem meam. Le repos de la terre de Chanaan est symbolique : mais il existe un repos de Dieu où il est entré, lui, ses œuvres achevées, où il guide ses croyants, et d'où il exclut avec serment, dans sa colère, ceux qui se seront dérobés à lui.
La promesse de ce repos subsiste : sans doute, ceux qui l'ont reçue les premiers y furent infidèles, mais il en est qui l'ont recueillie et qui sont appelés de Dieu, dans l'avenir, à en jouir exclusivement. En effet, il ne saurait être question dans la promesse de Dieu, du repos symbolique dans la terre de Chanaan, puisque le Seigneur parlant par la bouche de David, quatre siècles après josué, détermine un jour, une période encore ouverte où les hommes peuvent entendre sa voix, se rendre à son invitation, et lui ayant obéi, prendre place dans ce repos de Dieu, où les premiers n'entreront pas, ne l'ayant pas voulu. Au témoignage de Dieu même, il existe donc un repos de Dieu, distinct à l'infini du repos figuratif et imparfait procuré par Josué à un peuple souvent rebelle, alors que le repos de Dieu est réservé au peuple et à l'Israël de Dieu.