FONCTIONS DU PONTIFE
instituée entre les Anges et le Seigneur, il a été déjà parlé (II, 10^17) de la médiation ou de l'œuvre sacerdotale du Seigneur; qu'à propos de Moïse (III, 1), cette condition de pontife en Notre-Seigneur nous a été rappelée encore ; enfin qu'à propos de Josué (IV, 8), on nous a fait observer que josué n'avait pas introduit le peuple de Dieu dans un repos définitif, dans le repos éternel de Dieu, ce qui dans une économie parfaite est la propre fonction du pontife. Le pontife en effet, comme il est la pièce maîtresse et le centre de l'économie, a pour fonction de réaliser cette union de l'homme avec Dieu, qui est l'intention de toute économie surnaturelle. C'est dans cette vue qu'il est désigné de Dieu, oint et consacré. Ce n'est pas un simple citoyen député au département des fonctions religieuses, soit par le pouvoir civil, soit par l'élection de la communauté. Or ce prêtre, ce médiateur, ce pontife achevé^ il y avait grand intérêt à le rappeler aux Juifs convertis, l'économie chrétienne est seule à le posséder : et dans les trois derniers versets du chapitre IV qui forment transition à un exposé nouveau, avec la fierté religieuse de l'Apôtre, nous voyons déjà son empressement à parler d'une doctrine qui lui est infiniment chère et formera à elle seule la matière de tout le reste de l'épître.
Nous ne pouvons prendre part à ce repos de Dieu dont il vient d'être parlé, nous dit-il, que si un pontife nous en donne l'accès. Sera-ce l'office d'Aaron ? Non, car nous avons, nous, et nous seuls, un pontife qui est rentré dans ce repos de Dieu, un pontife qui est vraiment nôtre, capable de sympathiser pleinement avec nous, capable dès lors de nous donner aide et secours. En effet, là où la loi échoue, là où Josué n'est que figure, notre Grand-Prêtre, à nous, a porté l'économie surnaturelle à sa perfection définitive : il est entré de plein droit, comme Fils de Dieu, dans le sanctuaire éternel, dans la maison de Dieu.
Toutes les économies, nous devons le rappeler encore, étant entre elles comme l'union à Dieu que chacune réalise, la religion définitive est celle où s'accomplit cette union par—
faite, dans la prise de possession du ciel par le Christ, en son nom et au nom de tous les siens. Puis donc que nous appartenons à une économie achevée qui a abouti, elle, à la perfection de son œuvre essentielle, demeurons fidèles à la profession publfque de la vérité surnaturelle qui nous y a donné accès, au pontife incomparable en sa personne et en son œuvre, le Fils de Dieu, qui a pris possession pour lui et pour nous du sanctuaire de l'éternité. On aurait pu croire qu'étant Dieu, il demeurerait étranger à toutes nos infirmités ; mais nous savons déjà (II, 17, 18) qu'il a fait l'expérience de toutes nos infirmités, et, à part le péché, de toute épreuve -humaine. Et alors que nous sommes en possession d'un tel médiateur, à qui irons-nous le jour où nous nous serons séparés de lui ?
Il ne s'agit plus en effet pour nous de n'approcher de Dieu qu'en tremblant, ni de nous tenir à une sage distance de la montagne du Sinaï : Non accepistis spiritum servitutis iterum in timoré... (Rom., VIII, 15). Il ne s'agit pas davantage de nous tenir à distance du Saint des Saints, pour n'y voir entrer que le Grand-Prêtre, une fois l'an : mais bien de nous grouper dans la charité auprès du trône de notre roi et de notre pontife, où nous trouverons ce que la loi n'a pu nous donner : miséricorde assurée et grâce toujours prête à nous secourir.