LE SACERDOCE DU CHRIST
5 Sic et Christus non semetipsum darificavit ut pontifex fieret : sed qui locutus est ad eum : Filius meus es tu, ego hodie genui te. 6 Quemadmodum et in alio loco dicit : Tu es sacerdos in aeternum, secundum ordinem Melchisedech. 7 Qui in diebus carnis suae preces, supplicationesque ad eum, qui possit illum salvum facere a morte eum clamore valido, et lacrymis offerens, exauditus est pro sua reverentia : s Et quidem eum esset Filius Dei, didicit ex iis, quae passas est, obedientiam : 9 et consummatus, factus est omnibus obtemperantibus sibi, causa salutis aeternae, lo appellatus a Deo pontifex juxta ordinem Melchisedech.
Ces mêmes conditions se retrouvent dans le Christ. Elles lui sont attribuées dans un ordre un peu différent de celui dans lequel elles ont précédemment été proposées ; mais cette inversion même, en écartant un procédé trop méthodique, donne plus de vie à la pensée. C'est la dernière condition qui est la première reconnue dans le Christ. II ne s'est pas élevé de lui-même à la dignité de pontife : il était Fils pourtant, il était Fils unique de Dieu, il semblait donc non seulement que, de sa part, toute usurpation fût impossible, mais que son titre de Fils lui fût comme une lointaine, quoique réelle, désignation ; ce néanmoins, il n'est entré dans son rôle qu'après avoir été constitué médiateur et pontife, après y avoir été ap-
pelé par une double invitation de Dieu. Le premier témoignage est emprunté au Psaume II, nous l'avons rencontré déjà ; le second, plus formel, nous est donné par le Psaume CIX. L'application du Psaume CIX à l'investiture sacerdotale du Seigneur n'offre nulle difficulté, tant les paroles sont formelles: Tu es sacerdos in aeternum. Mais comment le Psaume II, 7 : Films meus es tu, ego hodie genui te, témoigne-t-il lui aussi que le Seigneur est prêtre ? La difficulté même de l'application a déterminé saint Jean Chrysostome et de nombreux exégètes à regarder la filiation divine seule affirmée dans la première des citations ; et non comme un témoignage formel du sacerdoce du Fils de Dieu, mais comme une sorte d'aptitude lointaine à devenir le Grand-Prêtre de la nouvelle loi.
11 est tellement grand d'être le Fils de Dieu que toute grandeur y est comme incluse. Le premier texte montrerait donc que le Christ ne s'est pas glorifié lui-même, toute gloire étant d'avance comprise dans son éminente grandeur : Christus non semetipsum xlarificavit ; le second texte seul se rapporterait directement au sacerdoce : ut pontifex fieret.
Le procédé est ingénieux mais fragile. Rien ne nous indique que les deux citations soient solidaires, qu'elles se rapportent à un même dessein, empruntées qu'elles sont à deux passages éloignés l'un de l'autre (Ps. II, Ps. CIX) ; et la pensée de l'Apôtre qui les unit ne suffit pas à donner à la première la valeur et le sens de la seconde. En disant pour les unir, quemadmodum et in alio loco dicit, il suppose évidemment que la première est, pour lui, déjà démonstrative, et que la seconde ne fait que la répéter plus clairement. Il faut donc que les deux citations, isolées, se rapportent au sacerdoce du Seigneur.
Peut-être ici, afin de résoudre le problème, devons-nous en appeler au caractère spécial du sacerdoce du Seigneur. La mission du Verbe incarné est une œuvre de filiation (Joan., I,
12 ; Rom., VIII, 29). Son sacerdoce a pour dessein de nous unir à Dieu, mais en nous unissant tout d'abord à lui-même, et de nous faire entrer, par une adoption réelle, en sa divine