‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 517 sur 663 · LA FILIATION ET LE SACERDOCE · texte numérisé non relu

LA FILIATION ET LE SACERDOCE

filiation. Dieu a voulu se constituer un peuple de fils. Mais cette filiation ne leur peut venir que de Celui qui est essentiellement, éminemment le Fils de Dieu, et qui communique cette filiation à tous ceux qui, par sa médiation et moyennant son sacerdoce, entrent dans l'unité de sa vie. La filiation, ou mieux l'être de Fils en Notre-Seigneur Jésus-Christ est ainsi la racine de son sacerdoce : et le fruit dernier de ce sacerdoce en ceux qu'il sanctifie est de les rendre fils de Dieu. On peut dire ainsi que le sacerdoce du Seigneur plonge dans sa filiation même, que sa filiation est la raison de son sacerdoce, et que sa médiation s'achève dans l'adoption de l'humanité. A ce titre l'Apôtre a pu invoquer les paroles du Psaume II comme impliquant le sacerdoce du Seigneur ; ces deux dignités, filiation et sacerdoce, formant en lui un couple et se trouvant étroitement unies.

Là où le Psaume II concerne le Messie comme roi et comme prêtre, tamquam ex obliquo, en tant que Fils ; le Psaume CIX concerne le Messie comme prêtre et comme roi tout ensemble : Tu es sacerdos in aeternum, prêtre selon l'ordre, l'office, le rang de Melchisédech, prêtre et roi tout à la fois. Ici le témoignage de Dieu garantit le sacerdoce de son Fils incarné. Néanmoins, la vocation de Dieu n'est qu'un seul des éléments premièrement énumérés par l'Apôtre. Les autres se trouvent-ils eux aussi dans le Seigneur ? Nous allons le voir, et reconnaître que le pontife de l'alliance nouvelle est vraiment pris de parmi les hommes, établi auprès de Dieu dans l'intérêt des hommes, constitué pontife ou Grand-Prêtre dans l'intérêt des hommes : pro hominibus constituitur.

Le témoignage irrécusable de son humanité, ce sont les prières et les supplications accompagnées de " cris qu'il a adressées à son Père, en particulier aux heures de l'agonie. Car le Christ n'était pas une belle statue de marbre, une forme èthérée revêtue d'apparences ; c'était une nature humainevraie et vivante, Dieu parfait sans doute, mais aussi homme^ parfait, ressentant en face de la mort les terreurs humaines,.

et sollicitant de son Père, dans une parfaite soumission mais aussi dans une extrême angoisse, que le calice lui fût épargné. Les versets 7, 8, 9, 10, ne forment qu'une seule phrase continue ponctuée par les participes du grec Ttooffevéyxaç, sîo-a-

Que le Christ ait été exaucé à raison de sa pieuse résignation et de l'acceptation généreuse de la volonté divine, cela montre encore l'homme en notre pontife. Cette accumulation de témoignages de l'humaine nature en Notre-Seigneur Jésus-Christ est si complète que l'Apôtre juge à propos de rappeler qu'il est Dieu aussi, alors que le Seigneur feignait de l'oublier, cum esset Filius. Il est naturel de se demander comment le Seigneur a été exaucé, mais la réponse se trouve au chapitre XVII de saint Jean et dans la doctrine qui sera proposée dans la suite (Hebr., XII, 2). C^tie énumération des indices d'humanité en la personne de Notre-Seigneur Jésus- Christ se termine par quelques mots qui achèvent le tableau : didicit ex Us quae passas est obedientiam. Il savait l'obéissance, mais il a voulu pousser jusqu'à l'extrême l'exercice de cette science divine, apprendre, par le procédé achevé de l'expérience personnelle, ce que c'est qu'obéir, et être homme jusqu'au bout. C'eût été trop peu pour lui de ne le savoir que par ouï-dire, ou par spéculation. C'est ainsi que lé Seigneur est parvenu à sa xsXEtwcy!.;, à sa consommation personnelle, à l'achèvement de son office et à la plénitude de sa médiation (Luc, XXIV, 26). Son sacrifice volontaire, facfus obediens usque ad mortem (P,hil., II, 8), suivi de sa résurrection et de son ascension, est le terme dernier de sa mission sacerdotale. Et c'est à partir de cette consommation, de cet achèvement, pro hominibus constituitur, qu'il répand sur l'humanité régénérée les dons surnaturels dont il est dorénavant la source : Ascendens in altum, captivam duxit captlvitatem, dédit dona hominibus. La Pentecôte est l'effusion sûr l'humanité de toutes les grâces sanctifiantes et charismatiques qui inaugurent l'économie nouvelle. L'Eglise date de ce jourlà.

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