‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 519 sur 663 · RETARD DANS L'EXPOSÉ DOCTRINAL · texte numérisé non relu

RETARD DANS L'EXPOSÉ DOCTRINAL

Pourquoi le Christ est prêtre selon la lignée et l'ordre de Melchisédech, nous n'avons pas à le dire sur l'heure, l'Apôtre se réservant de nous l'apprendre au cours du chapitre VIT. Nous pouvons donc attendre, et suivre saint Paul dans la digression nouvelle et les avertissements personnels adressés à ses lecteurs, les Juifs de Rome, depuis le chapitre V, 11, jusqu'au dernier verset du chapitre VI où, prononçant de nouveau le nom de Melchisédech, il reprendra le développement de la pensée doctrinale un instant délaissée.

11 De quo nobis grandis sermo, et ininterpretabilis ad dicendum : quoniam imbecilles facti estis ad audiendum. 12 Etenim mm deberetis magistri esse pr opter tempus : rursum indigetis ut vos doceamini quae sint elementa exordii sermonum Dei : et facti estis quibus lacté opus sit, non so-

lido cibo. 13 Omnis enim, qui lactis est particeps, expers est sermonis justitiae, parvulus enim est. i4 Perfectorum autem est solidus cibus : eorum, qui pro consuetudine exercitatos habent sensus ad discretionem boni ac malL

La lecture de l'épître nous a accoutumés déjà à une série d'exhortations où l'Apôtre réveille la fidélité et l'espérance des chrétiens chancelants (II, 1 ; III, 7 ; IV, 1, 14) ; mais nulle part, si ce n'est au chapitre XI, l'accent de l'Apôtre ne se fera plus pressant qu'en cette longue interruption qui ambrasse plus d'un chapitre. On le dirait à la fois, et sollicité par la doctrine du sacerdoce du Seigneur, puisqu'il y fait allusion partout ; et troublé, inquiet, lorsqu'il doit l'exposer, tant il en mesure la grandeur. Evidemment Melchisédech est intéressant, et l'Apôtre ne se fera pas faute au chapitre VII de relever tous les traits par lesquels il est une vivante figure du Seigneur ; pourtant lorsque saint Paul nous dit : De quo nobis grandis sermo, ce n'est pas à Melchisédech qu'il pense, mais au Seigneur.

L'Apôtre, lui, et ceux qui connaissent le Seigneur, ont beaucoup à dire sur le pontife unique et éternel de la nouvelle loi, mais l'exposé en est rendu difficile, moins encore à cause de sa grande profondeur, qu'à raison de l'infirmité de ceux à qui il s'adresse.

Car la vérité surnaturelle est un arcane et ne se laisse bien comprendre que par ceux qui l'ont mérité. Elle entre dans une formule, elle est proposée par des paroles, mais chacun l'accueille selon le degré de son affinité avec elle. Les dispositions sont diverses : les uns y vont de toute leur âme, les autres sont moins hospitaliers, parce qu'ils sont inertes, oublieux, inattentifs, encombrés ; bien plus, chez le même fidèle, les réalités de l'ordre surnaturel, sans changer en elles-mêmes, sont très diversement aperçues, et toujours selon l'accroissement intérieur de la vie. L'intégration, la pénétration de la vérité en nous n'est pas seulement i'œuvre de l'intelligence platonique et spéculative, mais plu-

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