‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 520 sur 663 · INTELLIGENCE DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE DE LA VÉRITÉ

'iôt le fruit de notre croissance. Chacun y puise à la mesure de sa vertu et de la vigueur de sa foi. Aussi, à l'heure où l'Apôtre prend conscience de l'infirmité de ses lecteurs, se sent-il lui-même moins libre dans son exposé. Il est une recommandation évangélique de ne pas jeter les perles devant ceux qui n'en ont que faire ; et il est une loi de mécanique qui veut que mobile et moteur soient proportionnés. Expérience faite, c'est la vie intérieure de chacun qui définit la mesure de ce qu'il peut comprendre, la mesure aussi de ce qu'on peut utilement lui dispenser de la vérité. Aussi la vie intérieure doit-elle grandir toujours afin de nous adapter par sa croissance même à une connaissance plus étendue. Lorsque nous nous arrêtons, fatigués, sous prétexte de ne pas nous essouffler, nous nous arrêtons aussi dans la conscience progressive des choses de la foi. L'oreille alors devient paresseuse et le regard moins sûr.

Or, les Hébreux étaient des attardés : ils auraient dû être mieux préparés que bien d'autres. Le mosaïsme n'était pas une religion définitive ; mais enfin c'était une religion divine, et une préparation au christianisme. Mieux préparés dans le passé, et convertis des premiers, ils devraient être aujourd'hui capables d'enseigner eux-mêmes, entrés en possession de la vérité plénière ; et voici que s' étant attardés au lieu de marcher en avant, ils ont besoin que de l'extérieur on vienne leur enseigner Va.b.c, les premiers éléments de la parole de Dieu. Le retard volontaire de leur vie les a maintenus dans cette région élémentaire et humble où on se nourrit de lait, non d'une viande solide. Le lait, c'est l'exposé succinct des mystères ; la nourriture solide, celle qui a besoin d'être broyée par notre pensée et notre méditation, c'est la connaissance approfondie, sapide, expérimentale de ces mystères : il est une différence entre le catéchisme et la théologie, encore que ce soient les mêmes mystères proposés de part et d'autre. Malgré tout, les deux régimes sont différents : un estomac faible est maintenu au régime du lait, une âme non formée n'entend rien au discours de la justice, de la perfec-

tion, de l'union parfaite avec Dieu. On est hors d'état de comprendre, parce qu'on est un chétif.

Aux seuls parfaits, aux seuls développés, TsXeiwv, il convient de proposer la nourriture solide : eux du moins sont constitués dans cette vigueur personnelle où leurs organes bien exercés sont aptes à discerner le bien du mal. A l'enfant on donne du lait, un aliment complet par lui-même, parce que l'enfant est incapable de trouver ailleurs ce qui esf nécessaire à sa vie : l'homme adulte est capable de choisir, de discerner, de composer lui-même son aliment et le menu de son repas.

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