‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 522 sur 663 · LA DOCTRINE DE PERFECTION · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DE PERFECTION

trop peu préparées, après leur avoir reproché de languir dans une région inférieure, l'Apôtre s'efforce quand même d'entraîner tout son monde avec lui. Ne nous attardons pas davantage, dit-il. Qui veut bâtir une maison ne s'éternise pas dans les fondations. Une bonne fois disons adieu aux enseignements élémentaires de la doctrine surnaturelle. Non qu'ils ne soient nécessaires : mais ils ne sont pas tout. Il n'y a pas que le catéchisme. Qu'il ne soit plus question entre nous, pour une heure, des leçons que l'on développe aux catéchumènes, ni de l'accompUssement, dans la personne de Jésus de Nazareth, des promesses messianiques que nous ont gardées les livres saints : ceci n'est qu'introduction et exorde ; et nous voulons parler de perfection, non de l'enfance chrétienne. Nous n'établirons pas davantage les idées fondamentales d'une vie nouvelle, la conversion des mœurs, la foi en Dieu et sa nécessité, la doctrine des baptêmes et les différences qu'il y a entre les ablutions des Juifs, le baptême du Précurseur et le sacrement des chrétiens, l'imposition des mains par laquelle les Apôtres communiquent l'Esprit de Dieu. Tout cela faisait partie de l'enseignement ordinaire des catéchumènes, en même temps que la doctrine de la résurrection des morts et du jugement dernier. En se proposant de parler d'une doctrine plus haute, il va sans dire que l'Apôtre excitait ses auditeurs à élever leurs dispositions, à monter avec lui, à tendre leurs âmes pour monter à cette région supérieure : Entrons, leur disait-il, dans cette doctrine de perfection si Dieu nous en fait la grâce.

Mais avant d'entraîner avec lui ses lecteurs dans l'exposé de la vérité parfaite, l'Apôtre justifie la résolution à laquelle il s'est arrêté, de parler de perfection quand même, en dépit de l'infirmité de plusieurs. Après tout, se dit-il, je ne saurais iraiter des baptisés comme des catéchumènes, ni ramener en arrière, aux conditions élémentaires de leur conversion, des chrétiens qui ont reçu la lumière de la foi, qui ont joui des dons célestes, qui ont reçu l'Esprit de Dieu, et commencé l'expérience des biens futurs.

Ce passage mérite d'être étudié de fort près : il a fourni matière aux Montanistes, aux Novatiens, et provoqué les erreurs qui ont prétendu réduire les possibilités de la conversion et du retour à Dieu. Nous demandons humblement excuse pour l'expression d'une pensée personnelle, tant il nous semble téméraire d'aller contre l'interprétation habituelle et courante. Les chrétiens à qui parle saint Paul ne sont pas des apostats : ce sont des chrétiens attardés à qui on a hésité un. instant à confier les arcanes de la doctrine. Ils ont eu dans le passé le loisir de connaître et de goûter la parole de Dieu, les joies de l'Esprit, les intimités de la vie surnaturelle. Ils ont fait toutes les expériences ; rien ne leur a manqué. Et les voici déchus de ces hauteurs : non qu'ils aient cessé d'être chrétiens, mais ils sont demeurés chétifs et en deçà de la doctrine à laquelle ils devraient être préparés. Aussi n'est-il nullement question pour eux de l'impossibilité de la conversion, question qui n'est pas abordée : ne voyons dans ce passage que l'embarras de saint Paul lui-même en face de chrétiens languissants ; à qui on ne peut sans quelque hésitation livrer une doctrine trop haute pour eux, mais aussi qu'on ne peut ramener à des enseignements plus élémentaires trop bien connus.

Aussi, le dur prononcé, impossibile, est-il l'équivalent de l'expression : « je ne puis pourtant pas », « Il ne m'est pas possible », et trahit l'embarras de l'Apôtre. En effet, le v. 4 se soude étroitement aux versets précédents comme on le voit par la particule causale : Impossibile est enim. C'est le même argument qui se poursuit : l'Apôtre a pris enfin sa décision et résolument écarte les doctrines élémentaires : il n'est parlé ni de l'apostasie, ni de ses conséquences. Enfin là oti la Vulgate a traduit impossibile est renovari, le texte grec porte : impossibile est renovare, àvaxa-.vZsi.v, et la vraie traduction serait : il n'est nul moyen pour moi, Paul, de ramener en arrière, vers les doctrines du catéchuménat, des chrétiens qui les ont dépassées depuis longtemps.

Si on consent à reconnaître la valeur de ces remarques.

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