‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 523 sur 663 · PLUS DE RETOUR EN ARRIÈRE · texte numérisé non relu

PLUS DE RETOUR EN ARRIÈRE

la parole de l'Apôtre, au lieu de contenir un anathème violent et inattendu, une sentence d'exclusion irrévocable, revêtira un caractère plus apaisé et plus cohérent. En face de chrétiens peu préparés à la splendeur de la doctrine saint Paul a hésité un instant : il a voulu d'abord se limiter à une doctrine moins haute. Il s'est ravisé ensuite et a renoncé à ces enseignements élémentaires. — Parlons du mystère, s'est-il dit enfin. Dieu nous en donnera la grâce. Avec des chrétiens qui ont fait les expériences de la vie surnaturelle, il y aurait manque de sens et anachronisme à les replacer à un stade qu'ils ont franchi. La vie ne rétrograde pas. Dans quel dessein reprendrais-]e l'exposé élémentaire du christianisme, et la doctrine d'un changement de vie, en faveur de chrétiens qui n'ignorent pas le Christ, mais peu à peu se détachent et se détournent de lui, comme si le premier enseignement était ignoré, comme si le premier crucifiement était oublié, et qu'ils, voulussent en réclamer pour eux seuls le renouvellement?

Car la voie oti ils se sont engagés aboutit pourtant à cette intolérable prétention. On ne saurait laisser stérile et sans fruit la grâce de Dieu, sans en être comptable devant lui. Nous demandons compte à la terre de la pluie et de la rosée qui la fertilisent. En effet, lorsque, fécondée par Dieu, cultivée par le travail des hommes, la terre donne à ceux qui la cultivent les fruits nécessaires à la vie, le blé, le vin et l'huile, elle mérite la bénédiction du Seigneur. On la tient en honneur, on la cite en exemple, elle devient célèbre et renommée, on l'entoure de plus de soin à raison de sa fertilité éprouvée et connue. Mais lorsqu'elle ne produit que des ronces et des épines, elle perd son nom, ne mérite plus aucun soin ;,et si elle n'est pas encore maudite parce que le maître est patient, elle voisine cependant avec la malédiction. La malédiction consiste dans la diminution des grâces, dans la suppression du travail et des soins qui n'ont abouti à aucun résultat. Un jour vient, en effet, oiî le maître de la terre, découragé et n'obtenant rien, renouvelle par le feu une terre qui ne produit que des fruits dignes du feu. Et l'Apôtre poursuit, d'un ton

apaisé et confiant, de plus en plus étranger à l'accent désespéré que l'on voudrait, plus haut, donner à sa pensée.

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