PRÉTENTIONS JUDAÏQUES
éternel et obligé de la doctrine nouvelle, l'indispensable noviciat pour entrer dans le christianisme et obtenir le salut. Les Gentils n'étaient pas exclus, sans doute, mais ils ne pouvaient être chrétiens qu'à la condition d'être d'abord Juifs ; on n'arrivait à Jésus que par Moïse, au baptême que par la circoncision, à la grâce que par la Loi. Même on n'était chrétien que sous la livrée juive : le mosaïsme demeurait une institution , divine, essentielle, définitive, universelle, un ensemble dont on ne pouvait rien distraire, sous peine d'échouer devant Dieu, de renoncer à la justice et au salut.
A la distance de vingt siècles, alors que toutes ces questions sont amplement résolues, et que leur solution est depuis longtemps entrée dans les mœurs et acquise à l'histoire, la controverse nous semble menue, presque oiseuse : nous ne sommes plus capables d'en mesurer la gravité. Et pourtant, il s'agissait réellement du christianisme tout entier et du caractère qu'il aurait au cours des siècles : est-il simplement un affluent du mosaïsme ? La vie surnaturelle est-elle subordonnée à la Loi ? l'Incarnation et la Rédemption sont-elles une divine superfluité ? Dieu est-il toujours le Dieu des Juifs? Les divisions créées à la suite du péché sont-elles maintenues, et le mur de séparation élevé entre le peuple juif et la gentilité est-il toujours debout (Eph., II, 8, etc.) ? Pour mesurer toute l'étendue de la controverse il ne nous est pas nécessaire de lire saint Epiphane (Haeres., XXVIII, XXIX, XXX), ni de penser avec lui que Cérinthe et Ebion appartenaient à ce pharisaïsme jaloux; ni même d'observer qu'une large partie de la littérature des premiers siècles, et en particulier les écrits pseudo-clémentins, se sont faits les organes de la pensée juive : ces considérations appartiennent à l'histoire des hérésies. Demeurons dans notre sujet, et remarquons que l'Apôtre saint Paul, qui n'a nulle part abordé une polémique suivie contre le paganisme, n'a cessé pendant presque toute sa vie de lutter, avec une vaillance que rien n'a pu lasser, contre les prétentions judaïques, et qu'il a trouvé dans cette question, pour lui centrale, l'occasion et la matière de
son enseignement écrit. La lecture de ses épîtres ne tardera pas à nous le montrer.
Les prétentions judaïques devaient fatalement rencontrer peu de faveur à Antioche. Là, l'esprit nouveau s'était affirme dès la première heure. L'Eglise d'Antioche avait applaudi à la mission de saint Paul et de saint Barnabe : elle en avair enregistré avec joie le plein succès. En appelant à la foi des hommes appartenant à la gentilité, Dieu lui-même avait autorisé la large initiative des deux apôtres (Act, XIII, 48). Les arguments ne manquaient pas pour tenir en échec les préjugés jaloux des Juifs, non plus que les avocats pour s'y opposer : et les députés venus de Judée se heurtèrent à forte opposition. Comme ils firent valoir sans doute les coutumes de l'Eglise de Jérusalem, sans que personne leur eût donné mission pour les imposer ailleurs (XV, 24), il fut résolu, dans l'intérêt de l'union, que Paul, Barnabe, et quelques autres fidèles d'Antioche seraient envoyés à Jérusalem pour traiter avec les apôtres et les anciens ou les prêtres du différend qui venait de s'élever. C'est de ce voyage à Jérusalem que l'Apôtre a parlé dans son épître aux Galates (II, 1, 2, seq.) : et nous savons ainsi que Tite l'accompagnait. La petite caravane se rendit à Jérusalem par la voie du littoral et la Samarie, régions évangélisées déjà, et disposées à applaudir à la conversion des Gentils dont saint Paul ne se fit pas faute de leur parler. A son arrivée à Jérusalem, elle fut accueillie par toute la communauté chrétienne, par les apôtres et les anciens ; saint Paul et saint Barnabe y présentèrent à Jérusalem le rapport qu'ils avaient fait à Antioche (Act, XIV, 26) sur leur mission apostolique et les Eglises fondées par eux.
Mais alors, dans l'assemblée de toute l'Eglise, se fit jour l'esprit qui n'avait pas cessé d'animer le mosaïsme de Jérusalem. Un certain nombre de convertis, qui avant leur baptême appartenaient à la secte des pharisiens, la plus austère et la moins ménagée par le Sauveur, prirent la parole pour réclamer que les Gentils fussent soumis à la circoncision, et,