TENDANCES NOUVELLES
gion un adversaire, un rival depuis longtemps déjà en possession. L'influence du judaïsme, réelle partout, s'exerce pourtant dans une mesure très variée : absolue et souveraine à Jérusalem et dans la Palestine, là où est le Temple, le sanctuaire unique, la splendeur de la liturgie ; là où un corps de docteurs, depuis quatre siècles, s'efforce de maintenir l'esprit et la vie du peuple dans l'étroit réseau de, ses prescriptions ; Jérusalem et la région qui l'entoure ne songent qu'à la Loi, à son origine divine; on ne se souvient ni de son imperfection, ni de son inefficacité : infirma et egena elementa (Gai., IV, 9) ; surtout nul ne songe aux paroles prophétiques qui en font pressentir l'abrogation. Là règne un mosaïsme jaloux, outrancier, intransigeant.
Il existe une autre forme de mosaïsme : celui qui s'est constitué dans des pays de culture hellénique. L'éveil de la philosophie grecque est antérieur de six siècles à Jésus-Christ; le socratisme a trois cents ans déjà ; la pensée grecque a été portée partout par Alexandre, mais elle s'est implantée surtout à Alexandrie, à Anfioche ; elle a pris possession de tout le littoral de la Méditerranée. L'hellénisme possède une daçtrine très élevée, de larges portions de vérité, une philosophie vraiment humaine, une morale complète, le goût de la spéculation, une tendance marquée à l'universalité : le mosaïsme des pays étrangers composa avec cette civilisation, et, à distance de Jérusalem, loin du Temple, là où l'ensemble des prescriptions de la Loi devenaient d'exécution difficile, il tempéra son caractère étroit et fermé, en adoptant quelque chose de la pensée et des mœurs grecques. S'il demeura çà et là fidèle au précepte de la circoncision ; il l'abandonna parfois aussi, lorsqu'il redoutait les moqueries des païens, lorsqu'il voulait, dans un dessein de prosélytisme, abaisser les frontières ; les mariages mixtes se multiplièrent, l'interdiction des viandes fut pratiquement rapportée : refuser tout tempérament, afficher des moeurs solitaires, c'eût été se mettre au ban de la société, et s'interdire sur elle toute action. Moins fidèle à la rigueur de la Loi, n'ayant avec Jérusalem et sa.
Jiturgie que des contacts plus rares, ce mosaïsme tempéré était de lui-même porté à donner à la Loi un sens moins matériel, modifié par l'allégorie : plus attentif aux prophètes, il était plus apte aussi à reconnaître la caducité prévue de l'ancienne alliance, l'éventualité future d'une abrogation qui, pour les Juifs hors de leur patrie, était déjà, de fait, partiellement réalisée. Leur esprit était plus ouvert à une pensée d'universalité. La défiance même que leur témoignait la Synagogue les rejetait vers l'hellénisme pur.
Après tout, si l'on voulait agir sur le monde, et le gagner à une doctrine religieuse saine, ne fallait-il pas renoncer à des exclusions jalouses, à des entraves gênantes, et s'assimiler par la méthode de Philon ce qu'il y avait en Moïse de vraiment élevé? — Saint Justin et Clément d'Alexandrie nous diront, ce qu'il y avait de vraiment divin et providentiel dans la doctrine grecque. La deuxième capitale du monde romain, Alexandrie, la troisième, Antioche, villes grecques et juives tout à la fois, étaient en partie gagnées à ces idées ; il est facile de comprendre que l'Apôtre saint Paul, comme nous l'avons dit, se trouvât plus à l'aise dans le milieu d'Antioche que dans l'atmosphère, pour lui trop renfermée, de Jérusalem.
A l'heure où nous sommes, les prétentions mosaïstes sont vivaces ; peut-être même exagérées chez plusieurs par le succès de l'expédition apostolique qui vient de s'achever, et par le dessein de s'opposer fortement, dès la première heure, à un mouvement que le judaïsme pur regarde comme une dangereuse déviation. Les émissaires venus de la Judée, fauteurs ardents des prétentions que nous venons de reconnaître, sont décrits dans l'épître aux Galates (II, 4) comme de faux frères, sans mission, qui se sont glissés dans la communauté d'Antioche afin d'épier la liberté dont jouissaient les fidèles en Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de les ramener à la servitude mosaïque. C'eût été, au bénéfice du judaïsme pur, l'annulation du travail accompli à Antioche, et des conquêtes obtenues par saint Paul et saint Barnabe (Gai., III, IV, V). Ces attardés regardaient le judaïsme comme le préliminaire