LES SACRIFICES ANCIENS
Il n'y a pas à se préoccuper de la négation qui est dans le grec, oux av êTûaûo-av-o, et manque dans la Vulgate, alioqitin cessassent : toute la différence étant dans la diction qui est assertive dans la Vulgate, interrogative dans le grec : cette dernière forme donne néanmoins plus de vivacité à l'interruption de l'Apôtre.
On comprend en effet que si les hommes religieux avaient pris conscience de l'effacement de leurs péchés, ils eussent interrompu le cours des sacrifices expiatoires : l'homme qui est arrivé au terme s'y établit, il ne marche plus, il ne se dirige plus par un effort superflu vers un but qu'il a atteint. La multiplicité et la répétition des sacrifices, loin de constituer pour l'économie mosaïque un avantage, contient le témoignage de son inefficacité. Parce qu'elle n'efface pas le péché, elle l'affirme, elle en renouvelle périodiquement le souvenir. Ce n'est pas, en effet, avec le sang des boucs et des génisses que le péché peut s'effacer : le péché est une souillure spirituelle : le sang d'un animal peut-il l'atteindre dans l'âme pécheresse ? Même dans l'ancienne loi si une part quelconque d'efficacité a été acquise aux sacrifices, c'est qu'ils étaient la préfiguration d'un autre sacrifice. Et c'est pour cela que le Seigneur dans l'Ancien Testament témoigne son dégoût au sujet des immolations. Et pourtant les sacrifices anciens, en dépit de leur inefficacité et de leur imperfection, plurent à Dieu, à raison de leur rapport avec le sacrifice de l'Agneau de Dieu, lorsque ceux qui offraient ces sacrifices, au lieu d'être pétrifiés dans un ritualisme étroit et matériel, apportaient au Seigneur des dispositions intérieures vraiment religieuses. Mais ce peuple était matériel et grossier ; il ne savait honorer Dieu que par des pratiques et des prestations. Et le Seigneur qui aurait voulu une adoration en esprit, témoignait ouvertement n'avoir pour nullement agréables des oblations où l'âme n'avait aucune part : Quo mihi miiltîtudinem victimarum vestrarum, dicit Dominas ? Holocausta arietum, et adipem pinguium, et sanguinem vitulorum, et agnorum, et hircorum nolui. Cum veniretis ante conspec-
tuni meum, quis quaesivit haec de manibus vestris, ut ambularetis in atriis meis ? (Is., I, 11-12).
Non in sacrifiais tais arguam te : holocausta autem tua in conspectu meo sunt semper. Non accipiam de domo tua vitulos, neque de gregibus tuis hircos. Quoniam meae sunt omnes ferae silvarum, jumenta in montibus et boves. Cognovi omnia volatilia caeli : et pulchritudo agri mecum est. Si esuriero, non dicam tibi : meus est enim orbis terrae, et plénitude ejus. Numquid manducabo carnes taurorum ? aut sanguinem hircorumpotabo ? Immola Deo sacrificium laudis : et redde Altissimo vota tua. (Ps. XLIX).
Mais au lieu de nous citer ces passages, qui contiennent seulement l'expression de l'insuffisance des sacrifices et le dégoût de Dieu pour des offrandes matérielles, l'Apôtre nous apprend, par les paroles de l'Ancien Testament, comment seront éliminés et remplacés tous les sacrifices de la loi mosaïque. Désormais, d'après les paroles du Psaume XXXIX, il n'y a plus, selon la volonté de Dieu, qu'un seul sacrifice, qui, par son unité, sa plénitude, son efficacité définitive contraste avec tout ce qui a précédé.