LA FOI VÉRITABLE
dépendent et descendent. La foi nous donne le sens de la création.
C'est elle encore qui fait la valeur des sacrifices. L'allusion nous reporte au chapitre IV de la Genèse, 3, 4, 5. Deux frères offrent chacun un sacrifice : de fructibus terrae, de primogenitis gregls sui et de adipibus eorum. Somme toute, l'un et l'autre signifient par leur, sacrifice que Dieu est l'auteur de la vie. Il y a visiblement une recherche et une délicatesse spéciale dans le sacrifice d'Abel. Autant qu'on peut présumer le motif qui a incliné le Seigneur vers l'un de préférence à l'autre, c'est la foi qui a fait la différentielle. Ce n'est pas que l'offrande de l'un, matériellement parlant, fût sensiblement différente de celle de son frère ; mais c'est par la foi, par l'attachement intérieur à Dieu, par une adhésion plus profonde à l'invisible grandeur et bonté de Dieu qu'Abel mérite la bénédiction et la faveur de Dieu. La foi qui animait son sacrifice lui a valu de Dieu le témoignage qu'il possédait la vraie justice. En effet, n'est-ce pas un témoignage rendu par Dieu à la justice d'Abel, que le feu du ciel consumant la victime, comme si Dieu se l'était assimilée ? C'est encore grâce à cette foi qu'il fait entendre sa voix, même après sa mort, et réclame contre son meurtrier. L'allusion est claire à la parole de Dieu : Vox sanguinis fratris tui clamât ad me de terra. Cette façon de penser est familière à l'Apôtre : il nous dira au chapitre XII, 24 : Et testamenti novi mediatorem ]esum, et sanguinis aspersionem melius loquentem qaam Abel: (Voir aussi Apocal., VI, 9, 10).
C'est à raison et en récompense de sa foi qu'Enoch a été transporté de terre, et n'a point vu la mort) selon la parole de la Genèse. Et que la foi ait été l'agent de sa justice, et lui ait mérité la faveur de Dieu, nous en avons la preuve dans le témoignage que lui rend l'Ecriture. En effet, avant de nous parler de sa disparition miraculeuse, le texte sacré nous dit qu'il a plu à Dieu : ambulavit cam Deo. Or puisque la foi, la justice, la faveur de Dieu s'impliquent mutuellement, Enoch a plu à Dieu : donc il a cru à Dieu. Sans cela le témoignage
serait menteur. On ne vient à Dieu, on ne s'unit à Dieu que par l'adhésion à lui, par la conviction qu'il est et se donne à ceux qui le cherchent avec vaillance. On remarquera sans doute que Dieu peut être connu par la raison, comme l'Apôtre nous l'apprend lui-même des philosophes dont il a parlé (Rom., I, 17), et comme il le suppose évidemment dans son discours à l'Aréopage ; mais il est une large différence entre le Dieu qui est pour l'inteligence la conclusion d'une inférence rationnelle, et le Dieu sur qui l'âme s'appuie, par la foi. Autre est la croyance à un Etre suprême, préambule aux vérités de la foi, autre la relation intime, confiante, où nous entrons avec Dieu par la foi. Aussi bien, l'Etre de Dieu auquel songe l'Apôtre, c'est l'Etre que Dieu lui-même s'attribue : l'Etre de Celui qui est (Exod., III, 14).
C'est par la foi que Noé, avisé de Dieu au sujet de l'avenir, accueillit avec piété l'avertissement divin et prépara l'arche où devait se sauver sa famille. De la sorte, il jugeait et condamnait ses contemporains, rendus inexcusables : car en travaillant à bâtir l'arche, outre qu'il traduisait sa foi et se sauvait avec les siens, sa conduite même était une prophétie dont l'étourderie du monde ne voulut pas se soucier. Qui incredali fuerunt... in diebus Noe, cum fabricaretur arca, nous dit saint Pierre (I Petr., III, 20 ; cf. II Petr., II, 5). Noé, le huitième patriarche à partir d'Enos, est, comme les patriarches qui l'ont jprécédé, le héraut, l'héritier^ par la foi et le légitime possesseur de la justice et de la faveur de Dieu.