‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 565 sur 663 · SÉCURITÉ DE LA FOI · texte numérisé non relu

SÉCURITÉ DE LA FOI

Lorsque nous espérons, le bien que nous espérons n'est pas pour nous une possession actuelle. Or, ce qui donne au bien espéré, mais non possédé encore, sa réalité, sa fermeté, ce qui le fait être pour nous comme s'il était possédé réellement, c'est la foi. Ce bien n'a plus rien de vague, d'incertain, de douteux, de lointain : grâce à la foi, il est tel pour nous que si nous le possédions déjà. 'Y'>z6a'ïa<yi<; a un double sens : celui de la réalité du bien ; celui de notre assurance. Dans l'espèce c'est le premier qui domine, sans exclure le second : car c'est précisément la réalité intense donnée par la foi à l'objet espéré- qui nous donne la pleine sécurité. L'objet de la foi est donc un ensemble non aperçu, invisible, incapable de tomber sous une expérience sensible, hors d'état d'être intellectuellement démontré. Ce qui appartient en propre à la connaissance de Dieu ne nous peut parvenir que par communication de la science de Dieu, c'est-à-dire par une manifestation divine ou révélation. Et pourtant ces réalités non aperçues par nos sens, non saisies par l'intelligence, ont une forme de démonstration certaine, plus certaine que toutes les démonstrations de nos sens et les assertions de notre raison : notre foi nous les montre appuyées de l'autorité de Dieu.

Ceux-là mêmes, poursuit l'Apôtre, que l'éducation juive a le plus familiarisés avec les œuvres de la loi ne sauraient s'étonner (yàp ) de l'éloge décerné à la foi, s'ils savent leur histoire et se souviennent que c'est grâce à leur foi que nos ancêtres ont mérité l'approbation de Dieu. En effet, leur foi leur a valu la justice, et avec la justice la faveur de Dieu et le témoignage par lequel Dieu les reconnaît comme siens (Matth., X, 32). Tel est le caractère profond de notre foi, de notre adhésion à la parole et à l'enseignement de Dieu, qu'elle nous fait remonter avec lui au delà même de l'histoire, vers les obscurs abîmes du passé, au delà de la longue série des exemples que nous verrons se dérouler tout à l'heure ; elle nous établit comme dans une glorieuse anticipation de toute expérience créée.

Après nous avoir enseigné que la foi a pour objet l'in-

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visible^ saint Paul nous fait maintenant remarquer que l'intelligence des choses visibles elles-mêmes implique un exercice de la foi. Nous voyons les choses matérielles, il est vrai, elles nous sont un spectacle : mais nous ne comprenons leur sens, elles ne deviennent pour nous intelligibles et n'ont leur raison d'être que lorsque par la foi nous savons que les siècles, c'està-dire les durations créées se sont prêtées à la parole de Dieu, afin de donner naissance à tout ce grand ensemble visible qui est né de l'invisible. L'invisible ici, ce peut être la pensée de Dieu qui se traduit dans le monde visible : Invisibilia enim ipsius (Dei) a creatura mandi per ea quae fada sunt intelleda conspiduntur (Rom., I, 20). Le monde visible, en effet, n'est pour moi qu'un spectacle matériel, un paysage non déchiffré, si je ne le comprends pas, si je ne le rattache pas à ses causes, si je ne sais pas qui l'a fait, si je ne comprends pas ce qu'il me dit, si je ne sais pas dans quel dessein il a été créé.

Mais cet invisible dont parle l'Apôtre pourrait être aussi le chaos où il n'y a rien à regarder (Gen., I, 1 ; Sap., XI, 18), un ensemble confus, sans charme ni beauté : ex materia invisa (Sap., XT, 18). Quoi qu'il en soit, c'est par la foi que nous comprenons, d'après le récit des premiers chapitres de la Genèse, que les siècles, c'est-à-dire les choses dont la durée forme des siècles, se sont prêtés et adaptés, dociles, à la parole de Dieu, pour que les choses invisibles devinssent visibles et existassent, pour qu'elles fussent entre elles conjuguées et unies dans un système harmonieux d'actions et de réactions qui en font un seul monde. Les choses se sont prêtées à Dieu, se sont unies entre elles ; et c'est même à raison de cette relation d'origine, que l'Apôtre nous dit ailleurs que nous pouvons et que nous devons des unes remonter aux autres : Invisibilia ipsius... per ea quae fada. sunt intelleda conspiduntur, vooùp.£va xaGopâ-rai.. Traitées par notre intelligence, purifiées dans son creuset, les choses visibles . nous amènent à ces choses invisibles qu'elles' traduisent, de qui elles

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