PRÉSAGES DES RÉALITÉS FUTURES
vit se esse filium filiae Pharaonis, 25 magis eligens affligi cum populo Dei, quam temporalis peccati habere jucunditatem, 26 majores divitias aestimans thesauro Aegyptiorum, improper'mm Christi : aspiciebat enim in remunerationem. 27 pide reliquit Aegyptum, non veritus animositatem régis : invisibilem enim tamquam videns sustinuit. 28 fide celebravit pascha, et sanguinis effusionem : ne qui vastabat primitiva, tangeret eos. ^^ Fide transierunt Mare rubrum tamquam per aridam ierram : quod experti Aegyptii, devorati sunt.
La foi a veillé auprès du berceau de Moïse. En effet, au mépris de l'ordre de Pharaon et malgré tout ce qu'ils avaient à redouter de leur désobéissance, ses parents le cachèrent durant trois mois. L'affection seule eût pu le faire, mais leur foi attendait la délivrance d'Israël ; et ils virent dans la beauté de leur fils un indice prophétique de cette délivrance dont il serait l'instrument : ils eurent confiance en Dieu, et pour leur fils, et pour son œuvre. Mais cette foi n'est qu'un premier pas.
Moïse grandit. Aucun passage de l'Ancien Testament ne nous parle de l'offre qui lui fut faite, ni de la situation royale qu'on lui offrit, ni des avantages qu'il refusa : une tradition juive en a conservé le souvenir (Act., VII, 21-22 ; Eusèbe, Oemonstr. Evang., IX, 27) ; elle est consignée dans la Vita Moysis de Philon. Si on en croit Philon, l'adoption qui était offerte à Moïse lui ouvrait l'accès au trône. Sed quae mihi fuerunf lucra, haec arbitratus sum propter Christum detrimenta, disait Moïse avant l'Apôtre : au lieu de se dérober à sa dure vocation par une faute, il aima mieux souffrir avec le peuple de Dieu que jouir de l'éphémère bonheur acheté au prix d'une trahison. L'Apôtre ne considère pas comme un amoindrissement de la justice et de la vertu de Moïse la part qu'y prit l'espérance. C'est une tendance aujourd'hui de poser pour la vertu désintéressée. Les hommes quelquefois les plus étrangers à toute vertu nous déclarent qu'on n'est vertueux qu'à la condition de faire le bien sans espoir de salaire. Tra-
vailler dans l'espoir d'un dédommagement éternel, ah ! fj donc, c'est du commerce intéressé, c'est le fruit d'un calcul bien établi.
Maintenons qu'il n'est pas défendu d'aimer Dieu pour lui-même, mais que c'est méconnaître la grâce et la nature tout ensemble qu'interdire à l'homme d'aimer Dieu à cause des bienfaits reçus, à cause des bienfaits qu'il nous accorde chaque j'Our, à cause de ce bienfait qui est lui-même et qu'il nous propose tout à la fois comme un héritage et comme une récompense : Ego ero mer ces tua magna nimis. Du moins, c'était la vertu de Moïse, et l'Apôtre ne nous demande pas de raffiner davantage, car il nous dessine en trois mots le calcul surnaturel qui, dans cette circonstance décisive de sa vie, a déterminé son attitude : Moïse a vu en face de lui les richesses de l'Egypte, qui fussent devenues les siennes, s'il eût consenti à l'adoption proposée : il a vu de l'autre côté, l'opprobre du Christ, l'opprobre assuré d'avance à ceux que Dieu envoie vers un monde incrédule, l'opprobre qui a pesé de tout son poids sur le Seigneur, et aussi sur ceux qui l'ayant préparé et préfiguré ont partagé son épreuve. Entre ces deux alternatives, le cœur de Moïse s'est porté vers l'opprobre du Christ ; car au-dessus des richesses de l'Egypte, au-dessus des épreuves du temps, son âme regardait à la récompense.
On a parfois relevé la prétendue contradiction entre l'Exode II, 14, 15, où il est dit que Moïse craignit, timuit, et l'assertion de l'Apôtre : non veritus animositatem régis ; mais il est trop simple de remarquer qu'avant de quitter l'Egypte à la ièiQ de son peuple. Moïse eut à affronter à plusieurs reprises (Ex., V, 10) le courroux de Pharaon. II a pu craindre devant la révélation inattendue du meurtre de l'Egyptien (Ex., Il, 14-15), puis, lorsqu'il a dû à la tête de son peuple sortir de l'Egypte, soutenir sans faiblesse la colère de Pharaon durant le conflit antérieur à l'Exode : son intrépidité lui venait, de la fermeté de son regard vers Dieu. Son privilège, Dieu lui-même l'a déclaré, a été de vivre dans l'intimité divine :. comment eût-il tremblé devant une majesté terrestre celui qui: