‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 577 sur 663 · LEÇONS DE PATIENCE · texte numérisé non relu

LEÇONS DE PATIENCE

L'exhortation se poursuit appliquant aux Juifs convertis, comme personnelles, les leçons contenues dans les pages que nous venons de lire. L'épreuve ne leur manquait pas ; à cette heure-là même commençait la persécution de Néron.

1 Ideoque et nos tantam habentes impositam nnbem test'mm, déponentes omne pondus, et circumstans nos peccatum, per patientiam curramus ad propositum nobis certamen : - aspiclentes in Auctorem fldei, et consummatorem Jesum, qui proposito sibi gaudio susiinuit crucem, confusione contempta, Clique in dextera sedis Dei sedet.

Hier, dit l'Apôtre, c'était l'heure de, nos ancêtres, moins bien partagés que nous : aujourd'hui, c'est notre heure : elle passera. Nous ne serions pas de notre lignée si, dans des

conditions meilleures que celles de nos pères, nous n'étions capables de tout supporter comme eux. Notre condition de chrétiens est celle du combattant dans le cirque : seulement, au lieu d'une populace grossière, ce sont les héros de l'Ancien Testament que nous venons de rappeler, qui assistent à notre combat, témoins attentifs, spectateurs intéressés, applaudissant à notre courage, juges des coups et de la valeur déployée, témoins aussi devant Dieu de la fidélité et de la persévérance des combattants. Telle étant la condition du chrétien, il doit, comme l'athlète, secouer tout ce qui peut l'alourdir (I Cor., IX, 24 et suivants), comme lui se préparer à la lutte par une abstinence sévère ; enfin à l'heure du combat se dépouiller de tout ce qui en lui donne prise à l'ennemi, renoncer à tout élément d'inertie, rompre avec le mal qui l'entoure et le sollicite, afin de fournir, généreux et alerte, la carrière qui s'ouvre devant lui. Là où le texte de la Vulgate nous invite à courir avec endurance vers le combat qui nous est préparé, le texte grec laisse clairement entendre que l'épreuve présente est la course elle-même, le stade qui nous est préparé et qu'il nous faut parcourir.

Or, pour obtenir le prix de la course, il convient d'aller tout droit, sans se laisser divertir ni détourner du but à atteindre, de cette meta céleste à laquelle il nous faut parvenir ! Sequor autem, dit ailleurs l'Apôtre, si quomodo comprehendam in quo et comprehensus sum, a Christo Jesu (Phil., III, 12). En effet, le but et le terme de cette course, c'est le Seigneur. C'est à lui que nous devons attacher notre regard, comme à l'auteur de notre foi, car il nous a tout enseigné ; comme à celui qui a consommé l'œuvre de notre salut, car il est notre Pontife souverain. Au cours de notre épreuve, ayons l'œil sans cesse fixé sur lui. La forme, peut-être ambiguë, de la seconde partie du verset 2 a pu parfois suggérer que l'offre avait été proposée au Seigneur de deux partis : la joie (proposito sibi gaudio) et la souffrance (criicem, confusione), vers lesquels il pouvait librement étendre la main ; et que.

l'exemple du sauveur 445

déterminément, la préférence et l'option du Seigneur s'étaient portées vers la douleur et le mépris.

Si intéressante qu'elle paraisse à première vue, il semble que cette interprétation doit être abandonnée. On ne voit pas que jamais l'offre ait été faite au Fils de Dieu d'une vie humaine facile, joyeuse ; il n'existe pas d'heure où cette offre a pu être faite ni écartée par lui. Dès que l'Incarnation a existé historiquement, le Verbe incarné a été compromis et engagé dans une vie de douleurs prophétiquement dessinée. La première parole prononcée par lui (Ps. XXXIX, 8) montre bien qu'il n'a eu ni le loisir d'écarter la joie ni celui de choisir la croix.

Il faut donc donner à cette seconde partie du verset le sens suivant : c'est que, pour le Seigneur, la souffrance a été une rançon et la joie un salaire : c'est avec la souffrance qu'il a acheté sa joie de Rédempteur. Mais cette joie ellemême était de telle valeur que, pour l'obtenir, le Seigneur n'a compté pour rien ce qui la lui devait assurer.

Encore, se demandera-t-on, quelle est cette joie, montrée au Seigneur, en échange et en vue de laquelle il a affronté la croix et la honte ? S'agirait-il de la joie éternelle, qu'il possédait avant son Incarnation, et Dieu lui a-t-il fait l'offre de garder sa joie, sa situation éternelle ou de l'échanger contre 1?. croix et l'ignominie ? Cela fait un sens qui n'a pas déplu à quelques anciens. Mais pour l'écarter il suffit de remarquer : a) que cette joie éternelle et préexistant à l'Incarnation n'a jamais manqué au Fils de Dieu ; il n'a jamais été question pour lui ni de l'acheter au prix de l'ignominie ni de l'obtenir par .la souffrance ; b) ce n'est qu'improprement que l'on peut appeler une joie cette situation éternelle constituée au Fils de Dieu par sa filiation. Joie, gaudium, xol^ol, s'appliquent beaucoup plus naturellement à une bénédiction et à une récompense de détail qu'à cette condition constante et invariable du Fils de Dieu ; c) le participe TcpoxetjjiévYif;, proposito, ne se prêterait aussi que difficilement à cette interprétation : la iïpox6t.p.év-n yapà implique une joie présentée, offerte aux prises

du Fils de Dieu. Evidemment, ce n'est pas le cas de la situation filiale et éternelle du Verbe.

Ecartons donc toute pensée d'alternative ou d'option entre deux partis, entre lesquels le Christ aurait eu à choisir. Admettons simplement l'acception d'un ensemble lié (Luc, XXIV, 26). Au lieu d'écarter la joie, le Seigneur va vers elle, à travers tout. Mais encore, au devant de quelle joie s'avancetril ? Au devant de la joie de sauver les hommes, de les ramener à son Père : souffrances, ignominies, douleurs, humiliations étant pour lui la rançon de sa gloire de Rédempteur. Le salut, le bonheur, l'amour des siens, ont été pour le Fils de Dieu d'une telle valeur, qu'il n'a pas même regardé au prix qu'on lui demandait. Tout lui a semblé peu de chose pour l'obtenir. Pour être Rédempteur rien ne lui a coûté : l'Homme- Dieu a fait comme l'homme lui-même : Si dederit homo omnem substantiam domus suae pro dilectione, quasi nihil despiciet eam (Cant, VIII, 7).

Dans cette acception se vérifie toute la parole de saint. Paul : en effet, il s'agit bien dès lors d'une joie spéciale, et distincte de la filiation divine : d'une joie qui a été offerte et proposée au Seigneur, et désirée par lui : d'une joie en vue de laquelle, et pour l'obtenir, il a donné la rançon voulue, tant elle lui a semblé désirable. Et en même temps que nousvoyons cette acception satisfaire à tout le détail de l'expression de saint Paul, nous reconnaissons aussi quelle devait être, sur l'esprit des Juifs à qui il s'adressait,, l'efficacité du point de vue qu'il leur suggérait. De quoi s'agissait-il en effet pour eux, sinon de supporter généreusement pour être rachetés, ce que le Seigneur avait joyeusement embrassé pour les racheter ? L'exemple du Seigneur venait ainsi couronner les exemples de tous les ancêtres, rappelés au chapitre précédent. Aussi bien toutes ces souffrances ont leur terme et leur salaire : aujourd'hui tout est passé : le Seigneur est assis pour jamais à la droite du Père dans le sanctuaire éternel, et ce,, pour nous en même temps que pour lui.

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