EXHORTATIONS FINALES
Il semble que, pour ce dernier chapitre, la plume a glissé, des mains de Vamamiensis, aux mains de saint Paul lui-même. Nous retrouvons en effet, dans les exhortations qui suivent, avec le style haché de l'Apôtre, le genre et le ton qui nous sont connus par le XV® et le XVP chapitre aux Romains, puis à la fin, des recommandations et détails d'un caractère tout personnel (18-25).
1 Charitas fraternitatis maneat in vobis. 2 Et hospitalitatem noUie oblivisci, per hanc enim latuerunf quidam, Angelis hospitio recepiis;.^ Mementote vinciorum, tamquam simul vindi : ei laborantium, tamquam et ipsi in corpore nwrantes. ^ Honorahile conmibium in omnibus, et thorus immaculatus. Fornicatores enim, et adultéras judicabit Deus. s Sint mores sine âvûritiû, content i praesentiuus : ipse cnini uixit : lyon te deseram, neque derelinquam. 6 ha ut confidenter dicamus : Dominus mihi adjutor : non timebo quid faciat mihi homo. "' Mementote praepositorum vestrorum, qui vobis locuti sunt
verbam Dei : quorum intuentes exitum conversationis, imitamini fidem.
Tout d'abord la société chrétienne dans ses lignes morales de justice, de charité et de subordination hiérarchique. A mesure que les communautés chrétiennes s'étendent, on voit naître chez l'Apôtre une préoccupation qui se traduira plus nettement encore dans les épîtres pastorales, le souci du gouvernement et du bon ordre intérieur.
Le cénacle s'est bien élargi, l'Eglise se construit. De société étroite et réduite elle devient communauté. Ceux qui sont riches, et c'est à eux surtout que s'adressent ces premiers versets, en voyant entrer dans l'Eglise des inconnus en grand nombre, se préoccupent et se disent que peut-être leurs biens n'y suffiront pas. Le lien de la fraternité doit donc se resserrer, pour maintenir une solidarité affectueuse avec tous les membres d'une famille plus étendue.
A l'origine, la charité chrétienne s'exerçait sous des formes variées : l'hospitalité, l'agape, les distributions, les contributions volontaires. Afin que le fidèle fût partout chez lui, et' partout accueilli dans la société de ses frères, l'usage s'établit aussi des lettres de communion : formatae, commendatitiae. La coutume de l'hospitalité était à ce point universelle qu'il existe dès la première heure une législation relative à l'accueil que l'on doit aux frères étrangers. Nous ne pouvons que reporter le lecteur à la Didachè, aux Epîtres de saint Clément aux Vierges, à sa première Epître aux Corinthiens. C'était encourager cette forme aimable de la fraternité chrétienne que rappeler les joyeuses surprises que pouvait ménager l'hospitalité : Abraham, Tobie, Lot, à leur insu ont accueilli des Anges. Le verbe latuemnt semble mieux s'appliquer aux Anges qui se dissimulent et demeurent inaperçus ; mais la pensée reste parfaitement claire.
L'hospitalité s'exerce à domicile. Mais il faut sortir de chez soi pour aller porter des secours aux martyrs, aux prisonniers, aux témoins de Dieu : aux malades et à ceux qui
souffrent dans leur corps. Outre la fraternité surnaturelle qui nous fait compatir à cette double souffrance, outre l'unité du corps du Christ qui nous fait regarder comme personnelle la souffrance d'autrui, il est une considération qui nous porte à sympathiser avec celui qui souffre : c'est que nous portons en nous une souffrance de même nature, ou bien que la même souffrance peut nous atteindre aussi.
De ce devoir de la charité, dans sa formule générale, l'Apôtre passe à des précisions. Il veut sauvegarder l'honneur du mariage contre les passions toujours prêtes à le déshonorer. Que le mariage soit honoré, et exempt de toute souillure. La recommandation n'était inutile ni auprès des païens, ni auprès des Juifs eux-mêmes si faciles au divorce. L'Apôtre rappelle la sanction redoutable qui menace les infractions : elles pourront peut-être se dérober aux regards et à la connaissance des hommes, mais seront sévèrement jugées de Dieu.
La uXecve^îa , l'avidité, fille de l'égoïsme, dont il est parlé aux Ephésiens (V, 3 et suivants), porte sur tous les biens sensibles que l'homme recherche avec excès et contre l'ordre de Dieu. Il y a une relation réelle entre les deux préceptes donnés ici, 4, 5 : de part et d'autre, il y a effort pour limiter la recherche désordonnée du bien personnel. Il est d'expérience que la richesse elle-même n'est trop souvent recherchée que comme le moyen de jouir de tout, dans un monde où tout s'achète. La vie chrétienne a d'autres soucis. Qu'elle soit affranchie des soucis d'amasser toujours. Tout cela est paganisme et idolâtrie. Contentez-vous de ce que vous avez. Toutes les fois que les hommes entendent ce conseil de modération, ils répondent par des axiomes de prudence : Nous devons songer à l'avenir. Mais voici que le Seigneur nous donne le procédé de la prudence surnaturelle : Appuyezvous sur Dieu. Vous êtes les enfants de Dieu. Vous n'êtes pas des étrangers pour lui. Alors même qu'une mère oublierait l'enfant qu'elle a porté dans son sein, moi je ne vous oublierai pas, ni ne vous délaisserai, dit le Seigneur. N'est-ce pas un motif surabondant pour exclure, je ne dis pas les inquiétudes