SUITE DES ÉVÉNEMENTS
Ensemble, peut-être, ils ont revu Rome, dont la chrétienté a été durement éprouvée par la persécution de Néron. Ensemble, ils ont pris la mer ; peut-être Tite les a-t-il accompagnés, Tite, que nous avons perdu de vue depuis dix ans (II Cor., II, 13 ; VII, 6, 7, 13, 14 ; VIII, 6, 16, 17, 23). "Sans aucun doute, Tite n'a point démérité de l'Apôtre, puisque, à son passage en l'île de Crète, saint Paul lui confie le gouvernement et l'organisation des communautés chrétiennes déjà existantes en l'île (Tit., I, 5-7). Cette mission, nous le verrons dans la suite, ne lui est pas confiée avec espoir de longue résidence (Tit, III, 12). Artemas ou Tychicus le remplaceront en Crète. Tychicus, dans la suite, sera envoyé à Ephèse (II Tim., IV, 12); et Tite, rendu libre, viendra rejoindre l'Apôtre à Nicopolis, où saint Paul se propose de passer l'hiver de 66-67 (Tit., III, 12) ; puis, de là, Tite se rendra en Dalmatie (II Tim., IV, 10).
De la Crète, l'Apôtre passe en Asie Mineure, à Milet (II Tim., IV, 20) qu'il avait autrefois promis de ne plus revoir, et où le Seigneur le ramenait pourtant. Trophime, un des compagnons de l'Apôtre, tombe malade à Milet et y demeure (II Tim., IV, 20). Si l'Apôtre a été déçu dans son pressentiment de -ne plus revoir la chrétienté de Milet, ses inquiétudes se sont tristement vérifiées : Ego scio quia post discessionem meam, intrabunt lapi rapaces in vos, non parcentes gregi. Un gnosticisme spécial, pénétré de judaïsme, est venu infester ces jeunes communautés. La lecture de l'épître à Timothée et ,de l'épître à Tite nous fera reconnaître la physionomie de ces nouveaux adversaires.
De Milet, en suivant la côte, l'Apôtre se rend à Ephèse. C'est là qu'il laisse Timothée, afin de lutter contre des infilfrations doctrinales dangereuses (I Tim., I, 3), pendant que lui se rend vers le Nord à Troas (II Tim., IV, 13), où il oublie, chez Carpus, son manteau, ses livres ou rouleaux de papyrus et ses parchemins, contenant peut-être la Sainte Ecriture ; toutes choses que Timothée, dans la suite, devra lui apporter à Rome, dans la prison.
De Troas, l'Apôtre se rend en Macédoine, à Philippes,
Amphipolis, Bérée (I Tim., I, 3). C'est plus probablement de Troas, ou peut-être de la Macédoine, que doivent être datées la Première à Timothée et l'Epître à Tite (I Tim., III, 14, 15). Au sortir de la Macédoine, l'Apôtre gagne Nicopolis, en Epire, où il se propose de passer l'hiver. Nicopolis était pour l'Apôtre un quartier d'où il pouvait agir sur l'Epire el sur l'Illyrie. C'est là qu'il avait donné rendez-vous à Tite, après terminaison des affaires de Crète (Tit., III, 12). Au lieu d'être le centre de ses opérations, Nicopolis fut le terme de son apostolat actif. Il y avait partout des Juifs ennemis de saint Paul, et qui avaient mis sa tête à prix. Nicopolis était proche de Rome, et la persécution néronienne y avait eu son retentissement. De plus en plus, les chrétiens cessaient de bénéficier de la confusion première qui les regardait comme une synagogue juive, et leur permettait de jouir* ainsi des privilèges de la religio licita : privilèges que les Juifs n'avaient nul désir de partager désormais avec des ennemis déclarés. Depuis l'année 64 et le commencement de la grande persécution, le nom de chrétien était synonyme d'incendiaire ; c'est peut-être sous cette imputation que l'Apôtre fut reconnu et saisi, puis amené à Rome (II Tim., IV, 16-17). A l'imputation d'incendiaire qui eût suffi, se joignait contre lui l'infraction à la loi civile : car, le christianisme, une fois distingué du judaïsme, n'avait pas de titre à exister. Le régime commençait dont Tertullien nous a conservé la formule : Non licet esse vos !
PREMIÈRE ÊPÎTRE