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PRÉCAUTIONS CONTRE L'ERREUR

sera besoin pour l'organisation intérieure et la défense de la communauté chrétienne. Il a laissé Tite en Crète (Tit, I, 5), Timothée à Ephèse (I Tim., I, 3), et, par Troas, s'est dirigé vers la Macédoine, confiant à ses deux lieutenants des recommandations qui se ressemblent, et, comme nous l'avons dit, datent vraisemblablement de la même heure.

Les jeunes communautés de l'Asie Mineure étaient menacées dans leur foi : quels étaient les semeurs d'ivraie ? Ce n'est que tout à l'heure, après étude de leur doctrine, qu'il sera possible de le pressentir. L'Apôtre ne parle d'eux qu'avec un dédain peu dissimulé : dites à certains, quibusdam, tî-g-Iv, d'enseigner comme il faut. Du moins devons-nous conclure dès lors :

qu'il y avait une doctrine fixée et authentique, de laquelle nul ne se devait écarter ;

qu'il existait dans l'Eglise une autorité pour y ramener, et pour discerner le vrai du faux ;

que la théorie de l'expérience religieuse personnelle n'avait pas cours encore, et que, non plus dans ce passage que dans le chapitre P'" aux Galates, l'Apôtre ne suppose pas que' la vérité dogmatique se construit dans l'Eglise par voie d'apports individuels.

La recommandation apostolique, pt-r, kxeoooioafjy.akeïv , se peut entendre de dogmes nouveaux proposés à la pensée chrétienne : elle s'entend bien aussi de certain procédé de l'erreur qui consiste à garder les mots, mais à les vider de leur contenu légitime, pour y verser autre chose que la pensée de Dieu. Alors, les hommes ne se comprennent plus, ne parlant plus la même langue ; les mots étant pipés, les intelligences ne se rejoignent plus.

Prenons un exemple. Si je crois à la loi de l'immanence comme elle est aujourd'hui comprise de plusieurs,' je suis par là même voué à l'é'ïepoBt.Saffxa'Xerv, et cette préoccupation intellectuelle faussera tout mon jugement religieux. Il y a une immanence vraie : Dieu est partout, il est dans l'Ecriture, il est dans l'histoire. Il est dans l'âme, et à plus d'un titre. Y est-il

comme révélateur immédiat ? Y est-il comme une lumière intellectuelle, morale, religieuse, qui serait en chacun une révélation personnelle et le principe de l'illuminisme ? Y estil comme une source de vérité qui nous dispense de la soumission à un pouvoir extérieur quelconque ? Y est-il comme loi interne, comme impératif catégorique, nous affranchissant de toute loi et constituant pour nous la seule loi ? Ou même^ sans aller jusqu'à ce panthéisme opératif qui reporte à Dieu nos pensées, nos vouloirs et nos actes, est-ce que nous portons en nous la pierre de touche qui nous permettra d'éprouver la vérité, le bien, le devoir religieux, et de faire, par unprocédé personnel, le départ de tout ce qui n'a pas d'avenir ? Les choses seront alors telles qu'elles nous apparaissent et nous reviendrons à la pensée des sophistes : que l'homme est la mesure de toutes choses, et que tout est ce qu'il lui semble. Il y a une immanence vraie, et il y a une immanence fausse.

Dans l'occasion présente, Timothée, pour obéir à l'Apôtre,, devra recommander à plusieurs d'enseigner la saine doctrine, sans prêter leur attention à des fables judaïques (cf. Tit., I, 14), et au dédale d'interminables généalogies. Tertullien (Adversus Valentinianos, cap. 3) et saint Irénée (en la préface à son Adversus Haereses) ont reconnu ici le gnosticisme ; non pas sans doute encore la doctrine entièrement développée de Valentin, mais un gnosticisme indécis et qui se cherche encore.

Au dualisme violent, qui, avec Manès, admet à l'origine le bien et le mal, ou bien, avec Marcion, oppose le Rédempteur au Créateur, la doctrine gnostique, pour expliquer la matière et le mal, institue entre Dieu et le monde matériel une longue série d'intermédiaires, qui épargneraient à la pureté infinie di Dieu tout contact avec la souillure de la création. De là toutes ces mythologies de fantaisie, les généalogies, la hiérarchie des Eons, qui, à partir de l'Abîme et du Silence, à travers trois cent soixante-cinq degrés, aboutissent enfin à Sophie Achamoth, à ses larmes, à la sortie du Plérome et à la Création. Rappelons-nous, pour excuser ces rêveries, que la ques-

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