‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 596 sur 663 · RÊVERIES HÉRÉTIQUES · texte numérisé non relu

RÊVERIES HÉRÉTIQUES

tion de l'origine du niai a tenu quelque temps en échec le génie d'Origène et celui de saint Augustin.

Au premier abord, une hérésie où il entre, à côté d'éléments orientaux, des portions judaïques, paraît quelque chose de fabuleux et de peu vraisemblable. Comment ont donc pu s'amalgamer des doctrines aussi étrangères l'une à l'autre, jusqu'à ne former qu'une seule théorie ?

Pour expliquer le problème, on peut se dire que nous voisinons avec l'Orient, où les précisions doctrinales se perdent souvent dans les formules indécises de la fantaisie et de l'imagination.

Il faut reconnaître aussi que le judaïsme dont il est ici parlé, est bien éloigné de celui que nous avons vu autrefois s'exercer dans les églises de Galatie : c'est un judaïsme très libéral, qui s'est frotté à l'Orient, teinté déjà de manichéisme, peut-être issu d'une tradition secrète et d'un commentaire rabbinique de la loi.

N'oublions pas enfin que toutes les coalitions semblaient utiles alors contre les progrès du christianisme, et, qu'à tout prendre, cette union, dans une même formule, du gnosticisnie qui commence avec un judaïsme libéral qui se prête, n'a rien qui soit plus extraordinaire que le syncrétisme où les Néoplatoniciens feront entrer, deux siècles plus tard, toutes les doctrines religieuses et philosophiques, y compris l'occultisme et la théurgie, afin de grouper toutes les forces païennes contre le développement de la doctrine surnaturelle. L'hérésie que combat saint Paul est déjà une coalition. — Sans doute, plus tard, lorsque le judaïsme fut vaincu, le gnosticisme se développa de façon indépendante et cessa de s'appuyer sur une force religieuse qui n'existait plus, sur une institution qui avait succombé. Mais en se séparant du judaïsme, en se constituant en dehors de lui et contre lui, le gnosticisme n'en conserva pas moins des traces évidentes de cette attache première. Ainsi le BuQoç qui commence ses généalogies, n'est autre que l'Abîme du deuxième verset de la Genèse. La Hiy)] correspond au Adyoç. Et plusieurs des Eons et

des personnages du gnosticisme ont des noms empruntés à la Bible, conservant parfois même leurs désinences hébraïques^ Achamoth, Jaldabaoth, Kaulakau (Is., XXVIII, 10, selon l'hébreu), etc.

Nous avons poussé la curiosité jusqu'à rechercher et assigner brièvement ce qu'on pourrait appeler la racine psychologique du gnosticisme, qui n'est qu'un dualisme ou un manichéisme timide. De telles doctrines, qui ont eu une grande fortune, qui ont surpris des intelligences comme celles d'Origène et de saint Augustin, qui se sont répandues partout, qui ont survécu à tous les événements comme à toutes les réfutations ; qui, de l'antiquité, ont traversé le moyen-âge, qui aujourd'hui même sont encore représentées dans la théosophie et la philosophie hindoue, de telles doctrines doivent tenir à une disposition constante de l'esprit humain.

Il n'est pas téméraire de penser que l'homme, dans sa tendance universelle à apprécier les choses en fonction de son plaisir, classe volontiers en deux groupes les êtres qui l'affectent diversement : les êtres qui nous plaisent, les êtres qui nous nuisent. A cette appréciation instinctive, si la réflexion vient se joindre dans la suite, si l'homme s'aperçoit que le mal physique et le mal moral viennent de la matière, le jugement instinctif s'en trouvera fortifié. Il y aura deux catégories d'êtres : des êtres bons, des êtres mauvais, selon qu'ils nous sont utiles ou nuisibles ; et, la matière étant la source du mal, le problème se réduira à reconnaître la cause de la matière. Dès lors, on dira de la matière qu'elle est produite par le principe mauvais : ce sera le dualisme pur et simple ou manichéisme ; ou bien, on inventera, entre Dieu et cette matière dont il faut expliquer l'existence, une longue série, un interminable cordon d'intermédiaires qui épargneront du moins à la divinité et à la sainteté première le désagrément d'avoir si mal réussi. La création de la matière sera le fruit d'une fâcheuse rencontre, et la responsabilité de Dieu sera, tant bien que mal, mise à couvert.

Je sais bien que lorsqu'on s'efforce de dessiner cette

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