LE PRÉCEPTE DE LA PRIÈRE
Ne l'oublions pas, le souci de l'Apôtre est de constituer et d'organiser la société chrétienne dans son unité et sa hiérarchie. L'unité est assurée par la foi : anus Dominas, una fides, unum baptisma. Et c'est de la foi, de sa pureté immaculée que l'Apôtre s'est montré soucieux dans le premier chapitre, destiné à écarter les infiltrations gnostiques et judaïques : l'Apôtre y revendique pour la doctrine qu'il enseigne tous ses privilèges divins, et marque d'une censure sévère ceux qui s'efforcent de l'altérer.
L'unité de la foi assure l'être de l'Eglise : voici dès lors venir son action essentielle et première : la prière. L'Apôtre n'exclut pas la prière individuelle et privée, non, sans doute. Pourtant, il faut reconnaître qu'il parle surtout de la prière sociale et liturgique, de la prière de toute la communauté.
1 Obsecro igitur primum omnium fieri obsecrationes, orationes, postulationes, gratiarum actiones pro omnibus hominibus : 2 pro regibus, et omnibus, qui in sublimitate sunt, ut quietam, et tranquillam vitam agamus in omni pietate, et castitate.
Si la Vulgate a traduit le itapaxaTvw de l'original par obsecro, qui est une formule de supplication instante, c'est sans aucun doute à raison de l'objet et à cause de son importance. La prière n'est pas seulement le moyen de la vie chrétienne ; elle en est le but, et toute sanctification personnelle a finalement pour dessein de nous faire offrir à Dieu un hommage plus digne de lui. Le chrétien et l'Eglise sont pour la gloire de Dieu ; et le monde n'existe que pour multiplier l'honneur rendu à Dieu par des âmes qui sont à lui. L'argument de
TApôtre est donc d'une extrême gravité. Il est ici superflu d'insister sur l'application spéciale de ce précepte à des âmes qui sont consacrées à Dieu et, par définition, vouées à la prière.
Si l'Apôtre se sert d'une particule conclusive, ouv, igitur, c'est qu'il veut passer à un sujet différent du premier, mais dont, néanmoins, le premier est la condition : c'est que, de l'être de la communauté assuré par la foi, il en vient à l'œuvre de la communauté. Il n'est donc pas besoin de rattacher cette forme de conclusion ou d'illation, à la proposition du verset 15 du chapitre précédent : venit Christus peccatores salvos facere. On le peut, si on le veut ; mais ce n'est pas nécessaire, et je crois que telle n'a pas été la pensée de l'Apôtre.
C'est avant toute chose, primum omnium, qu'il place cette recommandation, pour lui d'importance éminente : les réflexions qui ont précédé justifient le point de vue de l'Apôtre. Tout se fait dans le monde, non pas lorsque les hommes se remuent, mais lorsque le Seigneur recueille de sa création l'hommage auquel il a droit. C'est alors que Dieu exauce le ciel, et que le ciel, à son tour, exauce la terre. (Osée, II, 21-22).
La . communauté chrétienne, à Ephèse et partout, doit offrir à Dieu un quadruple tribut :
obsecraiiones, Serjo-siç, orafiones, izpotyeuyâq, postulationes, êvreù^etç, gratiarum actiones, suyapi<TTia<;.
Ce n'est pas la première fois que nous rencontrons, sous la plume de l'Apôtre, une énumération de cette nature : rappelons-nous qu'il dit aux Philippiens : Nihil soliciti sitis, sed in omni oratione, et obsecratione, cum gratiarum actione, petitlones vestrae innotescant apud Deum (Phil., IV, 6). Ce sont les mêmes expressions de part et d'autre, à cette différence