LES FORMES DE LA PRIÈRE
près que l'expression latine postalationes traduit d'un côté atVofxaTa, de l'autre évTeuieiç. Il y a donc, dans la pensée de saint Paul, une intention précise, et ces termes ne sont pas de vagues synonymes. Asricriç, c'est la demande, la pétition proprement dite, la prière de celui qui a besoin, à qui quelque chose manque et qui la sollicite de Dieu.npo(7euy;r„ c'est la prière, ou l'oraison dans sa forme la plus générale, l'appel à Dieu, l'élévation de notre pensée et de notre âme vers lui, l'adhésion à lui. "EvTeu^tç , qui, dans l'épître aux Philippiens, est remplacé par atT-rifAaTa, c'est l'intercession, l'interpellation adressée à Dieu en faveur d'autrui : c'est l'acte par lequel l'âme s'entremet auprès de Dieu dans l'intérêt du prochain. Eûyapio-Tça, c'est l'action de grâces, le remerciement.
Ainsi, rien ne manque. La prière dans sa forme la plus générale d'adoration ou d'hommage, la prière comme demande pour soi, la prière comme intercession, la prière comme action de grâces. Et tout ce tribut, auquel Dieu a droit, lui est offert par la communauté chrétienne au nom de tous : pro omnibus hominibus. On ne saurait assez remarquer l'universalité de cette prière. La communauté chrétienne a conscience de ce qu'elle est : société universelle de la louange divine, investie du devoir de parler à Dieu pour toute la création. C'est l'office de tout prêtre (Hebr., V, 1), l'office surtout du Pontife souverain dans son Eglise. Le Christ prie toujours. Il prie dans sa nature humaine, et il prie par nos lèvres. Nous lui sommes des instruments. L'office divin nous est le moyen de nous prêter à Dieu pour cette^ œuvre. Et, comme c'est le Seigneur qui prie, que lui seul a titre pour être écouté de Dieu, et que nous-mêmes nous n'adressons à Dieu nos prières que par lui, avec lui, en lui, comme nous fait dire l'Eglise, per ipsum, et cum ipso, et in ipso : nul ne s'étonnera que l'objet de notre prière soit universel.
Toute l'humanité appartient au Christ, de droit : il est le nouvel Adam, le chef de l'humanité nouvelle : il est descendu du ciel et est né propter nos et propier nostram salatem ; sa chair est sœur de notre chair, et sa nature de notre nature ;
il est mort pour tous. Il est allé offrir à son Père, et pour tous, la rançon de son sang versé. Il appelle à lui tous les hommes. Il a supprimé toutes les barrières, toutes les murailles, toutes les divisions qui morcelaient la famille humaine. Ipse est pax nostra, qui fecit utraque unum. Et le cœur des chrétiens doit être aussi large que le cœur de Dieu. Nous devons aimer tout ce que Dieu aime. Nous n'exceptons personne d'une prière, qui, par son caractère premier et originel, va vers Dieu par le cœur du Christ, au nom de tous. Notre prière demande à Dieu, Dieu pour tout le monde. Dieu tout entier pour chacun.
Mais si l'Eglise est catholique, si la prière est universelle, calquée sur la pensée et le vouloir de Dieu, il est pourtant une catégorie que l'Apôtre désigne comme un groupe privilégié, car il dit : pro regibus et omnibus, qui in sublimitate sunt : pour les chefs politiques et ceux qui possèdent l'autorité.
Il y avait, à cette recommandation, un motif actuel ; il y a aussi un motif éternel. Un motif actuel : à l'heure où écrit l'Apôtre, alors que l'élément juif entrait pour beaucoup dans la composition de l'Eglise, il était à craindre que sous son influence, l'Eglise ne prît, en face du pouvoir politique, une attitude hostile. La paix romaine, l'ordre général que la puissance de Rome avait établi par le monde était supporté impatiemment par les Juifs. Pour eux, le pouvoir qui, depuis plus d'un siècle, s'était imposé au judaïsme, et, après s'être emparé de Jérusalem, avait rendu la Judée tributaire et avait ruiné sa liberté nationale, ce pouvoir politique était odieux. Il était sacrilège pour les Juifs. Une protestation ardente n'avait cessé de s'élever contre lui et de pousser à la rébellion. Le Messie autrefois attendu devait être un conquérant, avec mission de revendiquer, les armes à la main, la liberté perdue. En l'année même où écrit l'Apôtre saint Paul (mai 66), une collision sanglante a eu lieu à Jérusalem entre les troupes romaines et les Juifs. Florus ne se sentant plus en sécurité, s'est retiré à Césarée : il a laissé une cohorte dans la tour Antonia. Agrippa II et Bérénice ont essayé en vain