‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 616 sur 663 · QUALITÉS DE L'ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

QUALITÉS DE L'ÉVÊQUE

l'est pas aux chefs des chrétiens, chez qui l'Eglise a le droit de réclamer une plus grande austérité de mœurs, et un plus complet affranchissement de la chair. Dès l'origine, la bigamie successive, selon la pensée de saint Ambroise et de saint Augustin, qu'elle eût existé avant ou après le baptême, passait pour une irrégularité.

Les exigences de l'Apôtre et de l'Eglise sont relatives surtout à la santé morale. L'évêque sera sobre, et, comme un peu plus loin il lui sera demandé de n'aimer pas le vin, non.' vinolentum, entendons le sobrium ici employé dans le sens de vigilant, attentif, prudent ou discret, sage, se gouvernant lui-même ; mesuré dans sa conduite extérieure, et sans vulgarité ; hospitalier : (on sait la place de l'hospitalité dans la charité chrétienne des premiers siècles) ; riche en doctrine et apte à la communiquer. Il ne sera ni adonné au vin, ni emporté ou violent, mais patient et pacifique d'humeur ; étranger à la cupidité, à l'amour de l'argent.

On voit tout d'abord, sans qu'il y ait lieu de s'y appesaiitir, le rapport de toutes ces conditions avec la charge sacerdotale. Mais le rapport est plus formel encore et nettement indiqué pour un autre motif : le prêtre ou l'évêque doit bien gouverner sa propre famille. A l'origine, le christianisme était contraint de prendre ses prêtres où il les trouvait, et naturellement un père de famille n'était pas exclu. Encore devaitil savoir gouverner sa maison, faire obéir ses enfants, les maintenir dans la sagesse et l'observance des lois de Dieu. Le cum omni castitate donne un sens spécial au [i-exà Tcào-Yiç cep-vôr/iToçdu grec, qui réclame la gravité des mœurs dans la famille du prêtre. Et le motif est évident : comment guideraitil la grande famille qui est l'Eglise, celui qui serait incapable de guider même cette famille réduite qui est la sienne ?

On ne choisira pas, pour l'élever à la prêtrise, un néophyte, un converti d'hier. Le tempérament chrétien ne se forme pas en un jour : Nemo repente fit summus. On devait y regarder d'autant plus, que la vie chrétienne était récente dans le monde, et que les générations converties n'étaient pas:

épurées encore, comme elles le sont aujourd'hui, par l'hérédité chrétienne et une longue pratique de la loi de Dieu. A cette considération, toutefois, l'Apôtre en ajoute une autre d'un plus grand poids : c'est que l'élévation prématurée d'un néophyte lui laisse croire que personne au monde n'est plus digne que lui de gouverner la communauté. Une suggestion comme celle-là était dangereuse ; l'ivresse de l'orgueil en naissait assez naturellement et l'induisait en péril pour lui et pour la communauté dont il était le chef. L'orgueil l'exposait au péché, et par suite, à la condamnation qui a atteint le premier de tous les orgueilleux. La ièie d'un converti d'hier se serait tout particulièrement ressentie de l'ivresse du vin fumeux de la superbe.

Même, dans l'intérêt de son ministère, on exigera de lui qu'il ait bonne réputation parmi les païens, auprès desquels il représente toute la communauté chrétienne. Choisir comme chef un homme décrié, ou même de renommée douteuse, c'est l'exposer au mépris public. Dans une condition particulière, un homme de réputation douteuse ou contestée peut voiler sa honte : il en est autrement si on l'élève sur un pavois. Et le péril n'est pas seulement dans le mépris dont il sera l'objet, mais encore dans l'attitude agressive, dans la colère, l'irritation, le découragement que lui causera la déconsidération qui s'attache à son nom.

Page 1