LES ŒUVRES DE PIÉTÉ
sjdûment aux fidèles les richesses de la doctrine, sans recueillir lui-même, lui le premier, le bénéfice de sa parole, sans faire plus ample connaissance, dans une réflexion et une conviction croissantes, avec la pensée de Dieu. Il se nourrit du festin qu'il prépare à ses frères, de cette même doctrine divine à qui il a donné sa foi et son cœur : il ne saurait, sous peine de n'être qu'un comédien, demeurer en désaccord avec la vérité dont il est l'organe.
Quant aux fables gnostiques, aux rêveries judaïques, aux contes de vieilles femmes dont il a été parlé déjà (I Tim., 1, 4) et que l'Apôtre écartera à diverses reprises encore (Tit., III, 9 ; II Tim., II, 23), Timothée les aura en dégoût et n'y arrêtera pas sa pensée. II réservera sa force entière pour les choses de la piété : c'est de ce côté que se portera la vigueur de son entraînement. S'il entre une part de courage dans la vie chrétienne, s'il a plu à l'Apôtre, autrefois (I Cor., IX, 24- 27), de décrire la vigueur morale qu'elle doit déployer avec des traits empruntés aux combats olympiques, si même certains détails de caractère, en son disciple, l'y invitaient, il sera facile de comprendre le conseil discret que saint Paul adresse à son disciple le plus aimé : appliquez-vous, et résolument^ aux exercices de la piété. Car, toute cette ardeur qu'à Ephèse, à Corinthe et ailleurs les athlètes apportent aux jeux de force et d'adresse, au point qu'un genre de poésie est consacré à en célébrer les heureux vainqueurs, toute cette éducation physique intense est de peu d'utilité réelle : un bœuf sera toujours plus fort que nous. Mais la piété et les exercices de gymnastique morale qui la forment en nous, sont d'une utilité souveraine, universelle : c'est là ce qui appelle sur nous, selon la promesse de Dieu, la bénédiction du temps et la bénédiction de l'éternité. La formule assertive du verset 9, dans bs derniers jours de sa vie, (I Tim., I, 15 ; III, 1 ; IV, 9) est devenue familière à l'Apôtre : « Ceci est vrai, et mérite toute notre attention ». Il vient d'être parlé de la vie future et du bien qui nous y est promis : c'est donc vers ce prix infini de notre vie et de notre travail qu'esj tournée la pensée de TApô-
tre : n'est-il pas vrai, ajoute-t-il, que ce salaire éternel justifie et compense tout ce que nous nous imposerons pour l'obtenir ? In hoc enim laboramus ! C'est en cette vue et cet espoir que l'ouvrier apostolique porte le poids du travail et de la persécution. Sa volonté s'appuie et repose sur l'espérance que lui a mise au cœur le Dieu vivant, celui qui, possédant la vie en sa plénitude, la veut répandre sur tous les hommes et la donnera à tous les fidèles, à tous ceux qui auront voulu de Lui.
Voilà, conclut l'Apôtre dans une demi-conclusion, ce qu'il vous faut dire aux fidèles, avec autorité.
Ce qui suit du verset 12 nous ouvre une perspective, qui ne saurait être irrespectueuse, sur le caractère de Timothée. Les recommandations et conseils de l'Apôtre nous serviront de guide dans ce travail. Mais enfin, saint Paul ne parlait pas au hasard, sa direction n'allait pas à l'aventure : c'est aux besoins de chacun qu'il mesurait exactement ses conseils, et, si regarder curieusement dans l'âme et le caractère d'un saint très authentique pouvait être taxé de témérité, nous nous abriterions de l'autorité d'un maître qui a regretté qu'un livre, selon lui très utile, n'eût pas été écrit sur les défauts des saints. Ceci néanmoins est très délicat^ et nous devrons peutêtre en faire un jour amende honorable à celui que saint Paul a honoré en disant de lui : neminem habeo tûm unanimem. Ce qui ne veut pas dire que saint Paul ressemblait à Timothée, ni Timothée à saint Paul. Il semble même que saint Paul ait possédé les qualités complémentaires de celles de Timothée. Le disciple était jeune, sans doute timide, peut-être un peu indolent. Nous pouvons observer que Tite n'a jamais été l'objet des recommandations que saint Paul, à plusieurs reprises, a adressées à Timothée. Nous lirons dans un instant (v. 14) : noli negligere gratiam quae in te est. Plus tard (II Tim., I, 6) : admoneo te ut resuscites gratiam Dei quae est in te. Je n'ose faire allusion au message de saint Jean à l'Ange de l'Eglise d'Ephèse (Apoc, II, 3, 4, 5), en ayant déjà trop dit.
Quoi qu'il en soit, c'est à Timothée que l'Apôtre demande