‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 633 sur 663 · LA VRAIE DOCTRINE · texte numérisé non relu

LA VRAIE DOCTRINE

Cela, ajoute l'Apôtre, il faut le dire et le redire. Pourquoi y met-il cette insistance ? Nous ne pouvons bien en comprendre le motif sans rapprocher les lignes que nous lisons des passages parallèles de l'épître à Tite (I, 10, 11; II, 10, 11).

C'a été la condition de l'Apôtre de voir ses principes faussés et travestis. Lorsqu'il parlait de liberté, quelques-uns l'entendirent de l'abolition de toute loi. Lorsqu'il parla de l'unité, de la fraternité universelle, de l'anoblissement de toute la famille humaine dans le Christ, des docteurs brouillons et révolutionnaires, juifs pour la plupart, l'interprétèrent au sens d'un nivellement universel, ramenant tous les fidèles à l'absolue égalité. Il avait osé dire : Non est servus, neqiie liber... omnes enim vos unam estis in Christo Jesu. Pourquoi donc persévéraient des distinctions et des relations maintenant abolies ? Pourquoi l'esclave continuerait-il à ne rien posséder, à ne rien avoir à lui ? N'était-ce pas un démenti infligé à la doctrine du Christ ? Sans plus de discussion, l'Apôtre prononce l'anathème contre ces faux docteurs qui démentent la parole du Seigneur et l'enseignement de la vie chrétienne": bavards ignorants et orgueilleux, docteurs chétifs embarrassés dans des contestations vaines et des discussions de mots, d'où ne vient ni clarté ni lumière, mais seulement des jalousies et des disputes, des injures et de méchants soupçons, des rivalités et des querelles entre esprits dépravés, qui se détournent de la vérité et se persuadent que la vie chrétienne est un moyen de posséder et de s'enrichir. Car c'était pour assurer le pécule de l'esclave et lui constituer enfin un bien personnel que ces docteurs poussaient à l'esprit de révolte et à l'émancipation,

La vie chrétienne, dit l'Apôtre, n'est pas un moyen de s'enrichir : elle est elle-même une richesse inestimable lorsqu'elle s'unit, au cœur de l'homme qui en jouit, à une sage modération. Eh ! qu'est-il besoin de nous amasser du bien ? Que nous soyons nés esclaves ou libres, avons-nous apporté une richesse en venant au monde ; emporterons-nous un trésor, lorsque nous en sortirons ? Des vêtements, le pain de

chaque jour, que cela nous suffise entre la pauvreté de la; naissance et la pauvreté de la mort. Sans doute on n'a rien, puisqu'on est esclave, et on s'ennuie de ne rien avoir, et les docteurs révolutionnaires nous invitent à faire effort pour avoir du bien, nous aussi : « Enrichissez-vous ! » disent-ils. Mais poursuivre la richesse, c'est courir à la tentation et au péril, c'est s'engager dans les filets du diable, c'est s'exposer à une foule de désirs insensés et pervers qui jettent l'homme dans la mort et la perdition. Il est difficile de chercher les richesses sans fièvre, de les posséder sans préoccupation, d'en uî-,er avec mesure, de les perdre sans regret. La recherche de l'or est la racine de mille maux ; et beaucoup se sont laissé enivrer par le désir d'avoir du bien, qui se sont éloignés de 1?, foi et se sont engagés dans des épines de tout genre.

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