V. Ce prince tout sanglant, privé
I l'ART. L1VR. II.
J’estime qu’il est tout à fait inutile d’énumérer ici les centaines de petits poèmes qui ont en quelque manière gravité autour de ces trois astres qui font
Tranche les écus à boucle et les lances,
Les pieds, les poings, les épaules et les flancs des
[cavaliers.
Qui l’eut vu démembrer ainsi les Sarrazins,
Jeter par terre un mort sur l’autre,
Celui-là eut eu l’idée d'un bon chevalier.
Mais Olivier ne veut pas oublier le cri de Charles :
« Montjoie ! Monjoie ! » répète-t-il d'une voix haute
[et claire.
Il appelle Roland, son ami et son pair :
« Compagnon, venez vous mettre tout près de moi :
« C’est aujourd’hui le jour où nous serons douloureusement séparés. »
Et l’un se prend à pleurer en pensant à l’autre.
Roland regarde Olivier au visage
Il est pâle, violet, décoloré, livide.
Son beau sang jaillit et coule, tout clair, de son corps
Les ruisseaux en tombent par terre :
« Dieu, dit Roland, je ne sais maintenant que faire,
« Quel malheur, ami, pour votre courage!
« Jamais plus on ne verra homme de votre valeur.
« O douce France, tu vas donc être veuve
« De tes meilleurs soldats ; tu seras confondue, tu
[mourras.
« L’Empereur en aura grand dommage. »
A ce mot, Roland sur son cheval se pâme.
Voyez-vous Roland, là, pâmé sur son cheval Et Olivier qui est blessé à mort ?
11 a tant saigné que sa vue en est trouble ;
Ni de près, ni de loin, ne voit plus assez clair Pour reconnaître homme qui vive.
Le voilà qui rencontre son compagnon Roland.
Sur le heaume orné de pierreries et d’or, il frappe un
[coup temble
Qui le fend en deux jusqu’au nasal,
Mais qui, par bonheur, ne pénètre pas en la tête.
A ce coup Roland l’a regardé
Et doucement, doucement, lui fait cette demande :
« Mon compagnon, l’avez-vous fait exprès ?
«Je suis Roland, celui qui tant vous aime.
« Vous ne m’aviez pas défié, que je sache.
« — Je vous entends, dit Olivier, je vous entends parler,
de son épée, n'ayant plus que la moitié de son écu, son casque délacé, blessé en plus d’endroits que je ne l’ai dit encore, s’était ai’raché des mains de Brandimart comme un épervier qui s’échappe demimort des serres d’un vautour après avoir payé de sa queue son avidité et son impudence. Roland arrive sur lui et le frappe précisément à l’endx’oit où la tête se joint avec le buste.
VI. Son heaume entr 'ouvert laissait son cou sans défense : il fut tranché netcomme un roseau. La tête tombe, et le tronc inanimé du souverain de la Lybie va faire au loin sur le sable son dernier mouvement. Son âme se précipite vers le fleuve où Caron l'entraîne dans sa barque, à l’aide de son crochet recourbé. Roland, sans s’arrêter davantage auprès de lui, Balizarde à la main, court au roi de Séricarne.
VII. Lorsque Gradassevit tomber la tête d’Agramant séparée de son buste, il sentit (ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’alors) l’épouvante dans son cœur et le trouble sur son visage. Présageant son malheur, dès l’arrivée du comte il semblait déjà vaincu, et quand le coup mortel descendit sur sa tête, il ne fit aucun mouvement pour se défendre.
VIII. Roland le frappa dans le flanc droit, au-dessous de la dernière côte, et le fer, plongé dans son corps, baigné de son sang jusqu’à la garde, sortit par le côté gauche de la longueur d’une palme. Ce coup, qui donna la mort au plus redoutable chevalier de la secte païenne, prouva bien qu’il partait de la main du plus grand, du plus brave guerrier de l’univers.
IX. Peu joyeux d’une pai-eille victoire, le Paladin quitte promptement la selle, et le visage troublé, inondé de larmes, se hâte de voler auprès de son cher Brandimart. Il trouve la tei’re trempée de sang autour de de lui : son casque, qui semblait ouvert d’un coup de hache, eut-il été plus fragile qu’une mince écorce, ne l’aurait pas plus mal garanti.
X. Roland lui ôte son casque de la tête, et la lui voit fendue jusqu’au nez entre l’un clFaulre sour-