‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 104 sur 217 · ORLANDO FURIOSO · texte numérisé non relu

ORLANDO FURIOSO

Le Calife montait un cheval roux :

De ses éperons d’or il le pique, /

Frappe Olivier par derrière, dans le milieu du dos,

Lui brise dans le corps les mailles du blanc haubert, Et la lance du païen passe de l’autre côté de la poitrine : « Voilà, lui dit-il, un rude coup pour vous.

« Charles fut mal inspiré de vous laisser aux défilés, « Et sur vous seul j’ai vengé tous les nôtres. »

Olivier sent qu’il est blessé à mort Et plus ne veut tarder à se venger.

Dans sou poing est Hauteclaire, dont l'acier est bruni ; 11 en frappe le Calife sur le heaume aigu couvert d’or Et en fait tomber à terre les pierres et les cristaux ;

Il lui tranche la tète jusqu’aux dents,

Brandit son coup et l’abat raide mort :

« Maudis sois-tu, païen, lui dit-il ensuite, u Je ne dis point que Charles n’ait rien perdu, y Mais, certes, ni à ta femme, ni à aucune autre dame, « Tu n’iras te vanter, dans le pays où tu es né, v D’avoir pris à l’Empereur la valeur d'un denier

« Ni de lui avoir fait dommage soit de moi, soit

[d’autrui. »

Puis : «Roland, s’écrie-t-il, Roland, à mon secours ! »

Olivier sent qu il est blessé à mort :

Jamais il no saurait assez se venger.

Aux païens il donne grands coups de Hauteclaire, Dans la grand'presse frappe en baron,

I. Quel frein assez puissant, quels nœuds de fer, quelle chaîne de diamants même (s’il en existait) pourraient contenir dans de justes mesures la colère de toute âme sensible et l’empêcher de passer les bornes prescrites, lorsqu'elle voit la violence ou la ruse attaquer la vie ou l’honneur de l’objet auquel elle est liée par le plus ferme attachement?

II. Et si l’impétuosité de ses transports l’entraîne à des actions cruelles , et inhumaines, elle est bien digne d’excuse, puisqu’alors elle n’est plus’ soumise à l’empire de la raison.

Lorsqu’Achille vit Patroclc sous des armes empruntées ensanglanter les chemins, ce ne fut pas assez pour sa fureur de donner la mort à celui qui l’avait donnée à son ami : il fallut encore qu’il le traînât à son char et lui fit mille outrages.

III. C’est donc à bien juste titre qu’un courroux soudain s’empara du cœur de Roland, lorsqu’il vit celui qui lui fut si cher, Brandimart, renversé mort sur la terre par l’horrible coup que le roi Gradasse lui avait donné.

IV. Tel que le berger nomade qui voit fuir en se glissant le serpent dont la dent venimeuse a fait périr son jeune fils jouant sur le sable, et qui saisit son bâton pour assouvir sa rage et son courroux :

tel et avec autant de fureur le chevalier d’Angers empoigne son épée, la plus tranchante qu’il y ait au monde. Le premier qu’il rencontra fut le roi Agramant.

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