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CHAPITRE II

SUITE DU PRÉCÉDENT. — PHYSIONOMIE LITTÉRAIRE DES DERNIÈRES CHANSONS DE GESTE \

Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour se convaincre que nos dernières chansons sont un composé d’éléments anciens et d’éléments nouveaux. Les nou-

1. Nous donnons ci-dessous une liste des derniers romans en vers auxquels s’appliquent les données du présent chapitre et du chapitre suivant. Il convient d’ajouter que nous ne prétendons pas dresser ici une nomenclature complète, laquelle, dans l’état actuel de la science, nous paraît difficile à établir. Cette énumération, par ordre alphabétique et très sommaire, n’en sera pas moins, croyons-nous, de quelque utilité.

Andrieu de Chauvigni. V. Chevalier au Cygne.

Bastars de Buillon (Li). Cette suite de Bauduin de Sebourc a été publiée par Aug. Scheler (Bruxelles, 1877). Cf. une analyse détaillée dans Yhistoire littéraire (XXV, pp. 593-618).

Bauduin de Sebourc, édité par Bocca (. Li romans de Bauduin de Sebourc, troisiesme roy de Jherusalem, poème du xive siècle,... Valenciennes, de l’imprimerie de B. Henry, 1841 ; deux vol. in-8°). Cf. une analyse détaillée dans le tome XXV de Y Histoire littéraire et une longue étude ci-dessus, pp. 432-442.

Brun de la Montaigne, Roman d’aventure, publié pour la première fois, d'après le manuscrit unique de Paris, par Paul Meyer, 1875, in-8o (Société des anciens textes français).

Charlemagne, compilation de Girart d’Amiens. Inédite. Deux analyses en ont été publiées : l’une par Gaston Paris {Histoire poétique de Charlemagne, pp. 471-482) ; l’autre par nous ( Epopées françaises , lre éd., t. I, p. 466 ; 2e éd., pp. 423-427) — Nous publions plus loin un Iragment du Charlemagne (III, pp. 578, 579) et la traduction d’un autre fragment.

I PART. L1VR. lit.

Les auteurs des dernières Chansons de geste continuent à se servir des procédés

littéraires de leurs devanciers.

Charles le Chauve. Inédit. Deux analyses en ont été données ; l’une dans Y Histoire littéraire (XXVI, pp. 94,-125); l’autre ci-dessus (pp. 430-

1 rAcHAP.T.' 111 ‘ veaux> nous les analyserons tout à l’heure. Commençons par les autres.

Ces vieux poèmes des xic et xnc siècles, ils avaient eu trop de vie pour ne pas se survivre. Quand le moment fut décidément venu de les remplacer par d’autres chansons, les poètes nouveaux se virent forcés d’accepter la versification, les procédés, le style de leurs devanciers. Ils comprirent qu’en innovant ils n’auraient aucun succès, et se mirent vaillamment à écrire leurs rapsodies en interminables couplets mo-

435). Le résumé que nous avons publié dans notre première édition (I pp. 454-457) est tout à fait insuffisant.

Chevalier au Cygne (Le). Publié par M. de Reiffemberg ( Collection des Chroniques belges inédites, 1846 et années suivantes et analysé longuement dans Y Histoire littéraire (XXV, pp. 510 et suiv.) = On peut considérer Bauduin de Sebourc comme la suite du Chevalier au Cygne, et le Bastart de Buillon comme la suite de Bauduin de Sebourc ; mais on ne s’est certainement point arrêté en si beau chemin. L’auteur de Bauduin de Sebourc annonce lui-même qu’il se propose de pousser jusqu’au temps où il écrivait, jusqu’au règne de Philippe le Bel, le récit des fais d’outremer: « Chi orrés la venue, sans aukes prolongiez — Du Bastard de Buillon qui tant fîst à prisier — Jusqu’à Salehadin, comment vint tournoïer— A Chambrai le chité, avoec maint chevalier. — S’orrès de Chauveigny, le nobile princhier — Et de Quassant aussi qui tant ot le cuer fier, — De la belle Herminette qui se fîst baptisier. — Se vos volés oïr, je vous cuit desrengnier — Jusqu’au biau roy Phylippe de Franche l’eritier, — Voire, jusqu’aujourd’ui. » (II, p.275). D’un autre côté, on lit, à la fin du Bastart de Buillon, l’annonce de la prise de Jérusalem par « Salehadin qui vint au tournoi de Cambrai », et l’auteur ajoute, : « Et puis de Chauveigni vous ferai mention Et de Cassant son fil, de Polis le baron, — Et de belle Herminette qui clere ot le fasson; — Jusques au tamps Tristrain vous dirai le quoron, — Trestout en descendant, prendant conclusion — Jusqu’au biau roy Phylipe qui tant ot de renom — Qui dessous Mons en Peule tendi son paveillon. » (éd. Scheler, p. 232, v. 6542-6548). Il nous paraît certain qu’un plan si étendu a été réalisé, peut-être par l’auteur de Bauduin de Sebourc et du Bastart de Buillon, peut-être par un autre continuateur, et nous avons sous les yeux les rubriques d’une compilation manuscrite où sont racontés tous les faits annoncés plus haut : le tournoi de Cambrai auquel assiste Saladin ; la très longue histoire du victorieux chevalier Andrieu de Chauvigny; le récit mi-historique, mi-fabuleux, des croisades de Philippe-Auguste et de saint Louis ; les aventures de Jehan Tristan, fils de saint Louis, et de Cassant, fils de Chauvigny, celles de Polis et de la belle Herminette, et tout ce qui suit jusqu’à la prise de Saint-Jean-d’Acre par les Sarrazins en 1291, qui forme le dernier épisode de cette œuvre et du cycle tout entier. Nous estimons que cette continuation du Bastart de Buillon a dû porter comme titre:

LES DERNIERS ROMANS EN VERS

norimes, qu’ils bourrèrent d’épithètes « homériques » et où ils conservèrent pieusement toutes les formules d’antan. Ces formules, il est vrai, n’avaient plus rien de vivant ; ces épithètes étaient des chevilles ; ces procédés, enfin, n’étaient plus que de vieux oripeaux de rhétorique. Mais que faire ? Nos versificateurs du xivc siècle acceptèrent l’héritage en bloc, et leur médiocrité, incapable de toute industrie, s’en montra satisfaite. Firent-ils pas mieux que de se taire?

L’épithète « homérique » — puisqu’on n’a pas

à cause de son héros principal : Andrieu de Chauveigni; mais ce n’est là qu’une hypothèse. Quoiqu’il en soit, le cycle du Chevalier au Cygne est bien et duement achevé.

Chronique de Bertrand Duguesclin, par Cuvelier, trouvère du xive siècle, publiée pour la première fois par E. Charrière ( Collection des Documents inédits , 1839, deux vol. in-4°).

Ciperis de Vignevaux. Inédit. Analysé longuement dans l'Histoire littéraire (XXVI, pp . 19-41).

Enfances Garin de Montglane. Inédit. Analysé plus loin [Épopées françaises , lre éd. III, p. 91 et ss. ; 2e éd. IV, p. 106 et ss.).

Florence de Rome. Inédit. Analysé longuement dans l 'Histoire littéraire (XXVI, pp. 335-350). Cf. le Dit de Florence de Rome , publié par Achille Jubinal, Nouveau Recueil de contes, 1842, I, pp. 88-117).

Florent et Octavian. Inédit. Analysé longuement dans l'Histoire littéraire (XXVI, pp. 303-335).

Galiens li restorés, publié d’après le ms. de Cheltenham, dans la Collection de M. Stengel (Ausgaben und Abhandlungen aus dem Gebiete der Romanischen Philologie , t. LXXXIV, Marburg, 1890).

Garin de Montglane. V. Enfances Garni.

Garins li Loherains. Fragment d’une rédaction en alexandrins (V. Romania , 1877, p. 481).

Geste de Liège. Chronique en vers (avec le petit vers de six syllabes à la fin de chaque laisse) qui contient un nombre appréciable d’éléments légendaires et épiques. A été publiée dans les Pièces justificatives de la Chronique de Jean des Preis, dit d’Outremeuse (t. I, p. 589 et ss.; t. II, p. 537 et ss.; t. III, p. 411 et ss.; t. IV, p. 60 et ss.; t. V, p. 583 et ss.; t. VI, p. 639 et ss.). On y trouve notamment une version très allongée de Jehan de Lanson.

Girart de Viane. Fragments d’un remaniement en vers, dans le manuscrit de l’Arsenal 3351. V. Épopées françaises (2e édition, IV, p. 172 173) où nous avons l’occasion de citer un long fragment de cette rédaction de la décadence.

Girart de Roussillon, version française, en alexandrins, composée entre les années 1330-1334. Publiée par Mignard (Paris et Dijon, 1858, in-8c, xlviii-458 pages). Cf. Paul Meyer, Girart de Roussillon , Chanson de geste traduite pour la première fois , Introduction, p. cxxiv et ss.

I PART. LIVR. lit.

L'épithète dite « homérique » fleurit dans leurs poèmes comme dans ceux des siècles précédents.

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i part. livr. m. encore trouvé de meilleur nom à lui donner — fleurit

GHAP. II.

à foison dans ces vastes poèmes, comme coquelicots en un champ de blé. Ils étaient même trop heureux de la trouver sous leur main, ces infortunés rimailleurs, ces besogneux, qui avaient parfois trente mille vers à « rédiger ». L’épithète épique, après tout, cela fait une bonne moitié d’alexandrin ; quelquefois davantage. Ils n’en furent pas avares et commencèrent, comme jadis, par en gratifier Dieu qui nous apparaît sans cesse, dans leur œuvre peu rajeunie,

Hugues Capet. Publié par le marquis delà Grange dans la Collection des anciens poètes de la France (t. VIII, Paris 1884). Analysé longuement dans Y Histoire littéraire (XXVI, pp. 125-149) et ci-dessus (pp. 427429).

Huon de Bordeaux, version en alexandrins. Inédit. V. Epopées françaises (lre édition, II, p. 553; 2e édition, III, p. 740-741) où nous publions un fragment de ce remaniement. Les Suites d 'Huon appartiennent au xme siècle ; mais la cinquième ( Croissant ), n’a été écrite, selon toute probabilité, qu’au xive siècle.

Jehan de Lanson, très longuement délayé dans la Geste de Liège (Chronique de Jean d’Outremeuse, etc., II, p. 675, v. 13861, etc., etc.).

Jourdains de Blaives, version inédite en alexandrins. V. le ms. de l’Arsenal 3144, qui a longtemps porté le faux titre de Girart de Blaive.

Lion de Bourges. Deux rédactions, également inédites. Le ms. de l’une est du xve siècle (Bibl. Nat. fr. 2255), en alexandrins, et le ms. de l’autre, du xvie (Bibl. Nat., fr. 351), en octosyllabes. Cf. la première édition des Épopées françaises (I, p. 471, 472), où nous avons cité des fragments de l’une et l’autre version.

Maugis d’Aigremont. Brit. Mus. Roi 16, G, II. Remaniement inédit : 1699 alexannrins. V. Ward, Catalogue of romances in the departmen ofmss. in the British Muséum, t. I (1883), pp. 621-622.

Meurvin. Il a certainement existé un Meurvin en vers. C’est ce qu’attestent les vers suivants de VOgier du manuscrit de Turin G I, 38 : « De Meurvin vous lairay chy en droit maintenant : — Car sa vie est escrite en un autre romant. » Il ne saurait guère être question ici que d’un poème en alexandrins. Inédit.

Ogier le Danois. Rédactions inédites en alexandrins, lesquelles datent du xive siècle et sont renfermées dans les manuscrits de l’Arsenal 2985 ; du British Muséum (Royal, 15 E. VI) et de la Bibliothèque de l’Université de Turin (G. I, 38, de 1401, avec cette rubrique finale :

« Chis livres [fu escrit par un] conteur de geste — Qui toudis vorroit bien que ce fuissent feste. » Etc. Il reste à comparer de près ces trois manuscrits. Inédit. Cf. aussi la Geste de Liège , v. 21410 et ss., etc.

Quatre fils Aimon. Remaniement inédit du xve siècle en 28000 vers ( Histoire littéraire, XXVI, pp. 704-705). = Cf. le ms. du British Muséum, 16 G II, xve siècle. Quelques couplets en vers seulement. Inédits.

Reine Sibille. Fragments d’un texte en alexandrins. Voy. De ReiU

LES DERNIERS ROMANS EN VERS

comme le « pere esperituel 1 », comme « celui qui 1 111

tout créa 2 », « qui fist ciel et rousée 3 », «. qui fist et -

ciel et mer 4 », « qui maint en Trinité 3 », etc. etc.

C’est bien usé, je l’avoue, mais leur imagination ne va guère plus loin, et si Cuvelier, l’auteur de la Chronique de Duguesclin, s’enhardit une fois à écrire : « Par Dieu qui fist Abel 6 », c’est qu’il a besoin d’une rime en e/, et ses prédécesseurs lui ont plus d’une fois donné l’exemple d’une telle hardiesse. C’est partout le même décalque de nos vieux poèmes. Tous les chevaliers ont « un cœur de lion 7 », « un aduré talent 8 » et, s’ils sont vieux, « une barbe florie 9 ».

Toutes les femmes « un beau viaire cler 10 » ; toutes les salles de château sont « marbrines, pavées 11 ou perines 12 ». S’il surgit ça et là quelque épithète moins banale, elle est presque toujours d’une platitude désespérante, et l’on conviendra, par exemple, qu’il y aurait mieux à trouver pour la Vierge-Mère que de la nommer : « Marie au corps vaillant 13 », et pour Jérusalem, la ville sainte, que de l’appeler « la cité suffisant 14 ». J’aime mieux le mot « tresorière 15 »,

femberg, Philippe Mousket, J, 610 et Épopées françaises , 2e édition, III, pp. 692, 693.

Theseüs de Cologne. Ce poème inédit de 15700 vers, que nous ne citons ici que pour mémoire, est renfermé dans le ms. du British Muséum, Additionnai 16955. (xve siècle). V.Ward, Catalogue of romances, etc., pp. 769-775.

Tristan de Nanteuil. Inédit. Très longuement analysé, avec de nombreux extraits : 1° par Paul Meyer ( Jahrbuch fur romanische und englische Literatur , IX, pp. 1-42 et 353-398) et 2° dans l'Histoire littéraire , XXVI, pp. 229-269. Etc., etc.

1. Cuvelier, Chronique de Bertrand Duguesclin , v. 20538, etc. — 2. Ibid., v. 13501, etc. — 3. Ibid., v. 1498, 6728, etc. — 4. Ibid., I, p. 126^ etc. — 5. Ibid., I, p. 154, etc. — 6. Ibid., p. 154, etc. — 7. Ibid., v. 2427? etc. — 8. Ibid., v. 186, etc. — 9. Ibid., v. 10738, etc. — 10 .Ibid., v. 12801,’ etc. Cf. I, p. 125 et v. 16396. — 11. Ibid., v. 6725, etc. Cf. v. 19390, etc.— 12. Ibid., v. 19,407. — 13. Florence de Rome, v. 27, citée dans V Histoire littéraire, XXVI, p. 336. — 14. Il faut cependant observer que « suffisant » a un sens beaucoup moins restreint qu’aujourd’hui. — 15. Cuvelier, v. 1115, et passim dans Bauduin de Sebourc.

LES DERNIERS ROMANS EN VERS

t part. livr. m. qUi est alors appliqué si souvent à la mère de Dieu,

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