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- nous avons eu le désespoir de retrouver chacun en
tête de plusieurs romans ; l’un représentant un chevalier fort empanaché à la tête de ses gens, et qui orne les premiers folios de la Conqueste de Trebisonde \ de Galien restauré 2, de Mabrian 3 ; l’autre, qui pourrait, au besoin, figurer assez grossièrement l’entrée triomphale de Charles VIII à Naples, et qui s’épanouit dans le Fierabras de Nicolas Bonfons et dans le Huon de Bordeaulx de Jehan Bonfons. Au bas du titre se trouve presque toujours le nom de l’éditeur avec son adresse fort détaillée : « On les vend à Paris, en la rue Neufve Nostre Dame à l’enseigne de l’escu de France par Alain Lotrian \ » « On les vend à Lyon, en la maison de Pierre de Sainte-Lucie \ » « On les vend à Paris joignant la première porte du Palays en la bouticque de Jacques Nyverd, imprimeur et libraire 6. » Néanmoins cette formule, où ne se trouve encore aucune date , fait défaut dans un certain nombre de nos romans imprimés, parmi lesquels il convient de signaler le Mabrian d’Alain Lotrian et Denis Janot, YOgier le Danois, des mêmes éditeurs 7, et bien d’autres. Quelquefois un encadrement, assez semblable à celui des Livres d’heures, enveloppe gracieusement tout le titre et lui donne une nouvelle richesse 8. Bien n’est alors plus attirant que ce premier feuillet, et c’est souvent le plus agréable à lire.
Quant à ce que les imprimeurs contemporains
1. Édition d’Alain Lotrian, sans date. — 2. Édition sans date, de la veuve de Jehan Trepperel et de Jehan Jehannot. — 3. dition de Jacques Niverd, 1530. — 4. Conqueste de Trebisonde , s. d. — 5. Fierabras. — 6. Mabrian de 1530. — 7. Sans date, l’un et l’autre. — 8. Il faut citer surtout l’édition, mentionnée plus haut, de la Conqueste de Trebisonde.
LES INCUNABLES. 609
appellent « un faux titre », nous n’en avons trouvé d’exemple que dans le Mabrian de 1530.
Trois formats ont été adaptés à nos romans : le petit in-folio que l’on peut considérer comme le plus ancien; l’in-octavo qui est le plus commode; l’inquarto qui est le plus fréquemment employé et auquel la Bibliothèque bleue n’a pas craint de donner une consécration populaire. Quel que soit leur format, nos incunables gothiques ont été imprimés tantôt à deux colonnes, tantôt en lignes courantes, mais toujours en caractères compacts et avec la préoccupation évidente de faire tenir le plus de matière possible sur le moins de papier possible. N’oublions pas que, malgré leur luxe apparent, on a presque toujours prétendu en faire des livres à bon marché. Leur papier est médiocre, leurs marges offrent aux yeux peu de champ pour le repos dont ils ont besoin. En tête de chaque chapitre, les rubriques sont par bonheur encadrées dans un espace blanc qui distrait le regard 1 : rubriques en encre noire et qui ne méritent plus leur nom. Les chapitres commencent par des lettrines assez élégantes, qui sont conçues, les unes dans le goût gothique, les autres dans celui de la Renaissance. Les plus anciens textes ne sont pas paginés, et sont seulement revêtus de signatures par Ai, Au, Aiii, Aiv, Ri, Bu, etc. Bientôt, cependant, la foliation est introduite dans nos romans imprimés 2 ; un certain nombre sont en outre munis de titres
1. « Comment le comte Guy de Maience ala chasser en une moult grant forest et comment, en voulant tuer ung cerf, occist un hermite. » — « Comment le Comte fist veu à Dieu de demourer en l’hermitage après qu’il eust occis l’ermite, » etc., etc. ( Fleurs des batailles Doolin de Mayence.) Tantôt ces rubriques sont suivies de l’indication numérique des chapitres : « Chapitre i, n, ni ; » tantôt elles se réduisent, comme les précédentes, à un titre en forme d’interrogation. —