VI. Italie
La légende et la gloire de Roland ont pénétré de fort bonne heure en Italie, et des jongleurs venus de France ont d’abord célébré le héros mort à Roncevaux en des chansons qui, elles aussi, venaient de France, mais dont la langue avait dû être singulièrement italianisée. Les Italiens ne s’en contentèrent pas longtemps, et l’on vit bientôt les Lombards, les Trévisans composer eux-mêmes de nouveaux poèmes dans une langue factice, qui avait le français pour base, mais qui était fortement influencée par les dialectes vénitien et lombard. 11 n’y avait pas là de quoi satisfaire la légitime ambition des Italiens ; ils consentirent volontiers à garder nos fictions épiques pour lesquelles ils s’étaient pris d’une véritable passion; mais ils ne voulurent plus de notre langue, si italianisée et méconnaissable qu’elle pût être. Ces Italiens enfin prétendirent faire, sur des sujets français, des œuvres vraiment italiennes : de là ces six livres des Reali di Francia que compila Andrea da Barberino à la fin du xiv° sièele, au commencement du xv°. De là (et nous sommes ici au cœur de la légende de Roland), cette Spagna in rima qui fut composée entre les années 1350 et 1380 ; de là, cette Rotta di Roncisvalle qui n’est, au xv° siècle, qu’un remaniement de la Spagna en vers ; de là, enfin, la Spagna en prose, et le Viaggio di Carlomagno in Ispagna (en prose également), qui appartiennent l’un et l’autre au même xv° siècle cl où éclate cette gloire du neveu de Charle¬
magne dont notre Chanson de Roland demeure la plus ancienne et la plus haute consécration. Ce n’est pas ici le lieu de parler des Nerbonesi, et de la geste de Guillaume en Italie, ni du cycle d’Ogier, ni de celui de Renaud ; mais nous allons retrouver Roland dans les poèmes de la Renaissance italienne, dans le Mor gante de Pulci en 1481 ; dans F Orlando innamorato de Bojardo, en 1486, et enfin dans l 'Orlando furioso de l’Arioste, en 1516. Encore aujourd’hui les cantastorie d’Italie et ceux de Sicile chantent à pleine voix les exploits de notre Roland, et, comme e racontait tout récemment un voyageur ’rançais, le prix des places est doublé au Théâtre des marionnettes, quand on y représente la Rotta di Roncisvalle.
a. bibliographie.
2514 Ferrario (Giulio).Sf on'a ed analisi degli antichi romanzi di cavalleria e dei poemi romanzeschi d’Italia. — Milan, 1828, 1829, quatre vol. in-8°.
Les trois premiers volumes sont consacrés à l’histoire et le quatrième à la bibliographie des romans italiens (Bibliografia dei romanzi e poemi romanzeschi, Appendice ail’ opéra dei dottore Giulio Ferrario).
Voy. surtout t. hpp. 1-136; (Romans d’origine française sur Charlemagne et sur Roland; Chronique de Turpin), etc., et t. III, pp. 17-24: La Spagna istoriata, etc.
2515 Melzi (Gaetano de’ conti). Ribliografia dei romanzi e poemi cav aller eschi italiani, seconda edizione corretta ed accresciuta. — Milan, 1838, in-8».
La première édition est de 1829 : Raynouad lui avait consacré dans le Journal des savants un article important.
2516 Gautier (Léon). Les Épopées françaises, 2e éd., Paris, 1878-1894 ; t. II, 1892-1894, pp. 386 et ss.
« Tableau de toutes les Chansons de geste qui, depuis les xi° et xu° siècles jusqu’aux temps modernes, ont été connues, imitées, traduites en Italie (p. 386).
b. GÉNÉRALITÉS.
2517 Paris (Gaston). Histoire poétique de Charlemagne. — Paris, 1865, in-8°.
La légende de Charlemagne en Italie (pp. 159 et ss.).
2518 Rajna (Pio). La Rotta di Ron-
BIBLIOGRAPHIE SPÉCIALE
cisvallc nella letteratura cavalleresca italiana. Il Propugnatore, art. i, vol. III, part. 2 (1870), pp. 384-409. — Art. n, ibid., IV, 1 (1871), pp. 52-78. — Art. ni, ibid., pp. 333-390. — Art. iv, ibid. IV, 2 (1871), pp. 53-133.
2519 Nyrop (Cristoforo). Storia delV Epopea francese nel medio evo, prima traduzione dalV originale danese di Egidio Gorra. — Turin, 1886, in-8°.
Histoire abrégée de la diffusion de nos poèmes en Italie, par E. Gorra, pp. 207, 208.
2520 Gaspary (Adolfo). Storia délia letteratura italiana, tradotta del tedesco da Nicola Zingarelli. Volume primo. — Torino, 1887, in-8°, pp. 96 et ss.
Cf. Romania, XVIII, p. 325.