‹ Les epoques de la musiqueChapitre 12 sur 37 · I. M. Shedlock · texte numérisé non relu

I. M. Shedlock

i. Herbert Spencer.

yt LES ÉPOQUES DE LA MUSIQUE

veux dire l'être ou l'espèce sonate — a trouvé chez Beethoven le terme de sa croissance et le commencement de son déclin.

Dans la brochure que nous avons citée plus haut^ M. Weingartner, à propos delà symphonie, parle ainsi de Beethoven et de ses successeurs : « Un léger sentiment de mélancolie s'empare toujours de moi quand, sachant la grandeur de Beethoven et étant pénétré de la profonde portée de ses créations, je me rappelle que beaucoup de compositeurs, après lui, ont entrepris et entreprennent d'écrire des symphonies. Devant l'abondance intarissable de pensée et de sentiments exprimés par Beethoven dans sa musique, une telle entreprise semble vraiment presque aussi insensée que celle de vouloir monter plus haut qu'un sommet. En effet, l'apparence des oeuvres est semblable à celle des symphonies, souvent même les moyens extérieurs semblent beaucoup plus grands; mais l'auteur ne possède pas cette force d'âme et cette profondeur particulières à Beethoven, pour exprimer une succession de sentiments qui se meuvent entre l'amour le plus tendre et la passion la plus violente, entre l'humour le plus franc et la profondeur métaphysique. Après Wagner et avec lui, M. Weingartner s'étonne « que les compositeurs n'aient vu que la forme dans les créations de Beethoven et aient continué tranquillement à écrire des symphonies, sans se rendre compte que la deniière symphonie était déjà écrite et que c'est la symphonie avec chœur's. » Cela n'est pas moins vrai de l'ordre ou du genre de la sonate, que de celui de la symphonie. Il se peut qu'avec

l'op. 1 1 1 de Beethoven la dernière sonate pour piano, elle aussi, ait été écrite. « Est-il possible d'utiliser cette forme de nouveau, alors qu'un maître Ta remplie de pensées si vastes, qu'elle se montra trop petite pour lui ? Après avoir exprimé par elle ce qu'il y a de plus prodigieux, le maître la brisa... » Comme la symphonie, il semble que la sonate ait « éclaté sous la pensée de Beethoven », et sans doute, recueillis et rapprochés par ses successeurs, les éclats ou les morceaux en sont bons ; ce ne sont pourtant que des morceaux.

Il y a quatre sonates de Weber, ou plutôt, suivant l'expression de Spitta, quatre « fantaisies en forme de sonate », quatre merveilleuses improvisations de grand pianiste et de grand virtuose ; musique plutôt en surface — en surface brillante, étincelante même -^ qu'en profondeur, où le génie mélodique l'emporte de beaucoup sur le génie du contrepoint et du développement. C'est aussi par la faiblesse du développement^ par la disproportion des parties et par la prolixité, que les sonates de Schubert demeurent au-dessous de celles de Beethoven. Créateur de mélodies sans nombre^ sinon sans égales, au moins sans pareilles, Schubert est un faible symphoniste; or, le principe symphonique est le fond ou l'àme de la sonate non moins que de la symphonie elle-même. Il est rare qu'un morceau de Schubert ne commence pas d'une manière exquise : avec une grâce, une spontanéité ravissante; il est rare qu'il continue de même. Je parle surtout ici des grands iîlorcèaux : préftiier allegt-o ou finale, car les scherzos de Schubert sont très souvent parfaits. « Schubert, a écrit

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Schumann, est comme un tempérament de jeune fille qui s'est attaché au maître Beethoven... Il est vis-à-vis de lui comme un enfant qui joue sans souci entre les jambes du géant *. » Cela n'est peut-être pas assez dire du Schubert des lieder; mais du Schubert des symphonies et des sonates, cela est la vérité même. Avec une touchante humilité, Schubert sentait lui-même sa faiblesse et l'avouait. En 1828, étant déjà l'auteur d'innombrables chefs-d'œuvre, il voulut se remettre à l'école et demanda les leçons de Sechter, un des maîtres les plus célèbres d'alors. Il le vit une seule fois ; peu de jours après, « il entrait dans la vallée des ombres de la mort ». Pas plus que les contemporains de Beethoven, ses successeurs ne l'ont égalé. Schumann, comme Schubert, ne paraît auprès de lui qu^un enfant, plus irrité seulement que Schubert et plus farouche. Tandis que l'œuvre pour piano de Beethoven ne consiste guère que dans les trente-deux sonates, l'œuvre pour piano de Schumann renferme deux sonates seulement. Le maître de Zwickau, dans une de ses lettres, a défini la symphonie avec chœurs : « le passage du génie classique au génie romantique^. » Il a été lui-même le premier et peut-être le plus glorieux représentant de ce nouveau génie, dont la sonate, pas plus que la symphonie, peutêtre moins encore, ne pouvait être ni ne fut en effet la forme par excellence. L'état d'esprit et d'imagination habituel de Schumann convenait mal à la composition

1. Schumann, Écrits sur la musique et les musiciens, traduits par M. H. de Curzon; chez Fischbacher.

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