Recueil d'Utrecht^ p
6# :.A i'EN<F:E bE S'AS^AL. III
•iVsl là une des péri».»de> les plus inléressantes de la vie de Pascal et Jonl la pleine connaissance jellerail un grand j«»ur et sur le reste de sa vie et sur ses écrits. Suivant l'idée que l'un se fait de son genre de vie entre IGiîJ et l*>5i, on est en effet porté à retrouver dans les Pensées une inspiration toute différente : on y voit ou la démarche suprême dun sceptique, effrayé du néant où il s'égare et qui recourt désespérément à la foi, ou la conversion d'un libertin -, ou un simple retour à la ferveur janséniste après un instant dattiédissement de la foi et de sécheresse de cœur. Et ce qu'on lit, ce qu'on croit d»*viner dans les phrases inachevées et entre les lignes des Pensées, varie naturellement suivant que l'on admet l'un ou l'autre.
Ce qui rend la question plus difficile, c'est qu'il nous reste de lui peu d'écrits authentiques, dans lesquels nous puissions retrouver l'état de son esprit et de ses croyances à cette époque ; nous en sommes réduits au témoignage de ses deux sœurs. Or, si le jansénisme plus tendre de M""* Périer la pousse à jeter un voile sur les erreurs de son frère mort, le jansénisme intransigeant de Sœur Euphémie la pousse au contraire a user do bien grands mots en parlant de ses égarements. Toutes deux sont donc un peu suspectes et la vérité doit être entre les atténuations de Tune et les exagérations de l'autre.
C'est par degrés que Pascal en vint au point
d'inspirer de si vives inquiétudes à sa sœur Jacqueline. Son zèle a môme dû commencer à se relâcher du vivant et du consentement de leur pôre^, tout janséniste que fût ce dernier. Etienne Pascal avait appris avec un mélange de joie chrétienne et de douleur paternelle que sa fille voulait se faire religieuse. Ses sentiments de père furent les plus forts; il lui opposa un refus formel, blâma vivement Pascal d'avoir encouragé sa sœur et s'efforça de les ramener tous deux à la vie de la société. Du mois de mai 1649 au mois de juin 1650, il emmena ses enfants en Auvergne. 11 espérait que, dans ce pays, où il avait beaucoup de parents et de relations, où il aurait beaucoup de visites à faire et à recevoir, ses enfants seraient contraints de vivre au milieu du monde et y reprendraient goût. Ses prejets furent déçus par la fermeté de sa fille; elle suivit dès lors un régime tout monacal où se fortifia sa vocation-; mais ils réussirent du moins pour Biaise. Désœuvré, privé par Tordre des médecins
1. M. Gazier {But. de la liltérat. française^ Colin, 1897, p. 500) croit que c'est après la mort de son père, en 1652, que Pascal « s*enfonça dans le monde ». Il semble bien pourtant que son « relâchement » ait dû commencer plus tôt : on comprend bien mieux un retour passager au jansénisme sous le coup de la douleur, qu'un amour subit de la vie mondaine, moins de trois mois après la mort de son père. D'ailleurs, les témoignages du Recueil cVVlrec ht et de Marguerite Périer sont formels : « La mort de mon père ne lui donna que plus de facilité et de moyens pour cow^mwe?^ ce train de vie. » (Recueil^ p. 238.) « Mon grand-père mourut ; il continua à se mettre dans le monde. » (Marguerite Péhie», L. 0. M., p. 43.)