LA FAMILLE DE PASCAL *. RANG, FORTUNE. ETIENNE
PASCAL : SES IDÉES ET SES SENTIMENTS EN MATIÈRE DE RELIGION ; SON GOUT POUR LES SCIENCES ET SES TRAVAUX. ÉDUCATION DE PASCAL.
L'auteur, quel qu'il soit, du Discours sur les Passions de V Amour a dit : « Je voudrais ne compter [la vie] que depuis la naissance de la raison et depuis qu'on commence à être ébranlé par la raison, ce qui n'arrive pas ordinairement avant vingt ans: avant ce temps, on est un enfant; et un enfant n'est pas un homme ^ » Mais l'enfant prépare l'homme et les premières impressions reçues dans une âme encore tendre par une raison qui s'éveille agissent puissamment sur un jeune esprit et contribuent pour une large part à former la pensée.
Pour Pascal en particulier, il est d^autant plus nécessaire d'étudier de près ses premières années, qu'il y a reçu une éducation exceptionnelle. On sait en effet qu'Etienne Pascal, ayant perdu sa femme, Antoinette Bégon, en 1626, voulut dès lors se consacrer entièrement à ses enfants. Il ne put se résoudre à confier son fils à des étrangers, ne le fit entrer dans aucun collège et fut toujours son unique maître ^ Il a donc pu diriger k sa guise l'esprit de son fils, et le pénétrer de ses propres sentiments. Comme Pascal avait alors trois ans, sa sœur Gilberte cinq, et Jacqueline un 2, qu'ils ont grandi sans être jamais séparés, l'intimité a dû être très grande entre eux et, malgré l'absence d'une mère"^, la famille de Pascal a eu sur lui une très puissante action, sans obstacle ni contrepoids : elle l'a un peu façonné à son image, et la connaître, c'est commencer à le connaître.
La famille de Pascal avait été anoblie par Louis XI ^. Sur l'acte de naissance du fils^ le père est qualifié de « noble », la mère de « noble demoi-
1. M"* Péribr, Vie de Biaise Pascal, H., t. I, p. lxiii; B., p. 2.
2. Il était né le 19 juin 1623; Gilberte (M- Périer), le 3 janvier 1620; et Jacqueline (sœur Euphémie), le 4 octobre 1625. Etienne Périer avait eu une autre enfant morte en bas âge (Anthonia).
3. Ce qu il y a d'un peu dur dans le caractère de Pascal ne s'expliquerait-il pas — dans une certaine mesure — par cette éducation exclusivement virile, où manquait la tendresse maternelle ?