DO TERRAIN PRIMITIF DU DÉPARTEMENT DE LA CREUSE
Le département de la Creuse est un des moins connus et présente cependant un grand intérêt pour l'étude des terrains primitifs du plateau central de la France ; il est presqu'uniformément teinté de rouge sur la grande Carte géologique de la France de HM. Dnfrénoy et E. de Beanmont. Mais en I86O9 M. P.deCessaCy président de la société des sciences naturelles de la Creuse» a publié une carte géologique de ce département. Cette carte très-détaillée et très-intéressante est malheureusement dressée à une trop petite échelle (là 250,000), ce qui est regrettable à cause de tous les détails qui y sont indiqués. H. de Cessac a préparé l'explication de cette carte , c'est-à-dire une description géologique de la
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de la Creuse. Il ea a même publié ua résumé eo 1859, dans les Hémoires de la société de la Creuse, et eo 1862, dans le Bulletin de la société géologique de France» dont il est membre.
M. de Cessaca poussé l'obligeance jusqu'à nous offrir eu communication son manuscrit sur les terrains de la Creuse ; nous le prions de recevoir ici tous nos remerciements pour cet acte de confiance et de désintéressement. Nous avons dû refuser » n'ayant à nous occuper de cette contrée que d'une manière générale , et voulant aussi lui laisser la priorité de sa publication. Néanmoins» on peut considérer ce que nous allons dire de cette contrée comme lui appartenant» soit par sa carte » soit par la courte notice publiée dans le Bulletin de la société.
A peu d'exceptions près, le département de la Creuse est formé par des roches primitives assez variées, mais se rapportant à celles que nous connaissons dans le département du Puy-de-Dôme. Une bande de terrain carbonifère » quelques bassins houillers peu étendus, un petit dépôt tertiaire, voilà l'ensemble des formations de la Creuse dont la plupart sont traversées par des filons de quartz et de porphyre. Là , comme sur la majeure partie des terrains primitifs du plateau central , ce sont les roches schisteuses qui dominent. On y voit les gneiss , les micaschistes et les stéaschistes. L'ensemble de ces roches occupe à peu près les trois quarts de la surface du département.
Ces gneiss passent facilement au granité à petits grains, et celui-ci au micaschiste très-développé dans la Creuse. « Le gneiss de la Creuse présente deux variétés : le gneiu à un $eul mica , et le gneiss à deux micas » » lesqueb sont souvent traversés par des filons de porphyre.
DÉPABTBMBIIT DB LA CBBCSB. 419
€ Le micaschiste » dit M. de Cessac » est uoe roche assez importante dans la Creuse. Au nord il forme une large bande E.-O. qui se prolonge dans les départements de rindre], du Cher et de l'Allier. Cette bande a subi depuis son dépAt deux phénomènes importants à signaler : Vamphibolisation et la feldspalhisalian. Ces deux phénomènes vus en grand semblent bornés » le premier à la partie occidentale , le second à la partie orientale » et sont assez bien limités par la route de la Châtre à Aobusson. Dans la partie amphibolisée, Tamphibolite disséminé dans toute la formation du micaschiste f y a formé de nombreux amas allongés du N.-E. an S.-O. environ » et autour l'amphibole s'est substituée au mica da micaschiste. Dans sa seconde région » Tamphibole s'est localisée et constitue une sorte de bourrelet au pied de la ehatne de Toulx (amphibolite et siénite de Chàtelus à Clognat).
Dans cette région, le micaschiste est profondément altéré ; il est moins schisteux , contient du feldspath en assez grande quantité; enfin il n'est plus un véritable micaschiste, sans être encore da gneiss. Si l'on cherche i reconnaître à quelle cause est due cette dernière altération du micaschiste , on la troavera , comme pour l'altération précédente , dans la présence de roches éruptives. Le granulite et la pegmatite criblent le micaschiste de toute cette contrée , comme il est facile de l'observer le long de la route de Clagnat à Boussac , et dans tontes les carrières ouvertes , pour l'empierrement des routes. Une de ces carrières montre le (ait dans sa plus grande évidence. On voit dans certains échantillons , le grannlite à feldspath rose injecter ce feldspath dans le micaschiste noir et le veiner de feldspath rose*
a Le micaschiste de la Creuse contient de fréquentes
420 TEBRAINS PRIMITIFS.
roches graphiteuses* notamment aax Boissières » commune de Saint-Dizier-les-Domaines » où Ton a cherché à Teiploiter f à Soalies » commune de Janaiilat , etc. D'après M. Poyet y ingénieur civil des mines , ces failles remplies seraient les débris consenés d'on terrain de transition » qui devait recouvrir un assez grand espace , et que les nom* breuses dislocations du sol » suivies de puissants courants diluviens » ont presque fait disparaître.
Le micaschiste du sud est assez variable comme roche. A Soulier , il passe au schiste argileux ; d'Arrènesà Champroy » le mica est remplacé pur une substance verte qui est peut -être de la chlorite ou du talc , et au village de la Cour, commune de Saint-Pardoux » et au moulin de Parsac, commune de Chavanat, la roche» composée de quartz et de mica en grains , ressemble à un grès » mais devient bientôt normale.
« Un lambeau de stéaschiste occupe les environs d'Evanx; c'est de cette roche que sourdent, selon M. de Cessac , les eaux thermales de cette ville. »
Le savant auteur de la Carte géologique de la Creuse distingue aussi, dans ce département, deux espèces de granité auxquels il donne les noms de granité micacé et granité bleu. Nous croyons pouvoir rapporter ces deux espèces ou variétés à nos granités à petits grains et a gros grains; mais les roches primitives , tout en conservant sur toute la terre certains caractères essentiels , varient tellement par des caractères secondaires , et souvent même à de petites distances , qu^elles sont toujours difficiles à déterminer et à comparer.
Le granité micacé a été décrit avec détail , par M. de Cessac. « Le granité à deux micas , dit-il « est aussi variable dans son aspect , que le granité à un seul , et présente
comme lui , ODe variété joaaDt an r61e tellement important dans la constitution du pays , qu'il est nécessaire de le décrire i part « et de le désigner par un nom spécial.
« Le granité micacé ^ vrai pendant du granité bleu , n'a pas les grains serrés comme lui; il a quelque chose de lâche dans la structure ; son toucher est plus rude ; on sent que le quartz y est plus abondant. Il varie beaucoup dans la grosseur de ses principes constituants qui , sans jamais être fins» ce qui est son caractère essentiel, passent cependant d'une grosseur assez considérable» à une texture grenue et assez fine » pour constituer un vrai leptynite.
« Les feldspath sont de couleur jaunâtre assez vive , rarement blancs. Ce granité» comme le granité bleu » a deux feldspath » l'un formant sa pâte » l'autre, ordinairement de couleur moins foncée » s'en séparant quelquefois pour constituer des cristaux semblables à ceux du granité bleu porphyroïde. Ce second feldspath est plus dur que le premier» et ses cristaux » sur les roches altérées» forment des saillies assez prononcées. Le quartz est gris » le mica noir plus commun » le mica blanc plus rare » recouvrant souvent le premier.
« Sa structure est souvent stratifiée , tabulaire » divisée en petites plaquettes de 1 à 3 centimètres d'épaisseur» se suivant sur des espaces considérables» comme de vraies strates de roches sédimentaires. Sur ses bords » il est parfois gneissique » sans que ses éléments diminuent de grosseur. De plus » de même que le granité bleu » il a » en se décomposant» laissé dans de certaines régions» d'énormes blocs sur les montagnes qu'il constitue ; mais ce phénomène ne m'a paru avoir lieu que là » où ses feldspath sont blanchâtres. »
422 TERBAIHS PHUflTlFS.
L'inspection de la carte de la Creose , fait voir que le granité micacé recouvre deux espaces considérâtes; Too dans la partie nord du département forme une bande allongée de l'E. à rO.y en contact surtout avec le micaschiste, dans lequel on trouve aussi ce granité enclavé. L'antre est dans la partie S.-O. et presque toujours aussi en contact avec le schiste micacé que Ton retrouve souvent à nu au milieu des granités et principalement dans le fond des vallées. H. de Cessac, qui a parfaitement saisi ces relations, y voit la preuve de grandes actions métamorphiques, qui pour nous , sont toujours difficiles à établir et à comprendre. Nous rapporterons textuellement son opinion sur ce sujet.
a En somme , dit-il , cette roche a tous les caractères d^nne roche métamorphique , malgré sa structure asseï sou* vent porphyroïde. Les pénétrations du granité micacé dans le micaschiste et du micaschiste dans le granité micacé , et leur enchevêtrement réciproque si fréquent, semblent démontrer que cette dernière roche a été formée aux dépens de la première. Pour cela il a suiB qu'une énorme quantité de feldspath ait été injectée dans le micaschiste et y ait cristallisé ; sa structure stratiforme serait un reste de sa structure primitive , restant là pour démontrer Torigine à la fois sédimentaire et métamorphique de la roche nouvelle.
« Plusieurs faits semblent mettre hors de doute cette origine du granité micacé ; ce sont : le parallélisme àe$ deux roches , au nord et au sud du département; leur passage in« sensible de Tune à l'autre , à l'aide du gneiss à deux micas; enfin ce passage matériellement constaté au sud de Felletin et bien établi , sur des échantillons de collection. Ainsi le granité micacé aurait pour origine le micaschiste feMspathisé par le granité et la pegmatite qui auraient fourni, outre k
feldspath, le mica blanc. La pegmatite» coapant dans la Creuse le granité bien , l'âge métamorphique de notre roche serait parfaitement indiqué.
« Le terrain de granité micacé est composé dans la Creuse , du granité micacé décrit plus haut , de gneiss sur les bords de la formation le long du micaschiste et jamais ailleurs (ce gneiss est à deux micas et à gros éléments ; on y voit de gros cristaux de feldspath contourner les feuillets de la roche » et leur origine est bien évidemment postérieure à sa formation primitive), et enGn de leptynite. Cette dernière roche, composée de quartz gris et de deux micas, ne parait contenir qu'un seul feldspath blanc , jaunâtre ou rougeâtre. Ce leptynite est plus feldspathique que celui qui est en connexion avec le gneiss à un seul mica ; au toucher il est moins rude , et sous le marteau il est moins dur et moins sourd ; il s'écrase ou lieu de se briser comme le premier. »
Le granité bleu de M. de Cessac n'a qu'un seul mica. C'est une roche éruptive qui constitue une large z6ne accidentée dirigée N.-O. S.*E.; elle est sortie des gneiss qu'elle a souvent dérangés et oiïreau milieud'eux, indépendamment de grands espaces , une foule de petits tlots qui paraissent éruptifs. « Ce granité , dit M. de Cessac , est grenu ordinairement 9 quelquefois porphyroïde , surtout sur les sommets. Il a surgi antérieurement au terrain houiller qui , dans la Creuse , en contient des cailloux roulés dans son poudingue et a été relevé suivant une ligne N.-O. S.-E. postérieurement à ce terrain, qui lui-même a été aiïecté par cette direction dans la vallée de la Creuse. »
Dans les montagnes qui avoisinent Guéret , c'est le granité qui domine, et il se présente avec de grands cristaux de feldspath blanc et du mica noir, circonstances qui rap-
424 TKRBAUfS PaUUTlFS.
pellent tont à fait nos granités des environs de Clennont. Ces roches ont encore entre elles nne autre espèce de rapports, c*est la facilité avec laquelle elles se décomposent. Dufrenoy avait déjà fait cette remarque. « Le granité des environs de Guéret» dit-il, est peu solide et se désagrège facilement, de sorte que le terrain est sablonneux ; on rencontre seulement, de distance en distance, des blocs de granité qui paraissent autant de monuments druidiques ; mais on reconnaît bientôt à la simple inspection du terrain que ce sont des blocs en place, qui ont résisté à la décomposition. » {Bull, delà Soc. GéoL, t. 11 , p. 216j.
De nombreux filons sont indiqués sur la carte de H. de Cessac. Ils ont en général des directions moyennes et constantes.
Porphyres. — H. de Cessac indique, dans la Creuse, trois orientations bien marquées du porphyre, sans compter celle du porphyre granitoïde. Ces orientations sont: N. un peu E. ; N.-O. S.-E. etO. 10* N.
« Le porphyre granitoïde de H. Gruner n'est pas commun dans la Creuse , où il est diilicile à séparer du granité. M. Poyet Ta vu dans le poudingue houiller d'Ahun, en cailloux roulés. Il serait donc antérieur à ce terrain.
Cl Le porphyre N. un peu E. coupe, dans le département» le terrain carbonifère , et se retrouve en cailloux roulés dans le conglomérat houiller d'Ahun ; il est donc intermédiaire entre ces deux terrains. Celui trouvé dans le conglomérat contient des pinites. Ce minéral y est rare , tandis qu'il est fréquent dans le porphyre N.-O. Cette roche éruptive parait confinée dans la partie £. de la Creuse, où elle forme de nombreux filons que l'on peut suivre sur de longues étendues de terrains.
DÉPABTEMElfT DE LA CRECSB. 425
« Le porphyre orienté E.-O. ne se trouve pas dans le conglomérat houiller dont il est d'ailleurs très-éloigné. Il forme des monticules , au milieu ou sur les bords du terrain tertiaire de Couzon. Il y est » en général » fort décomposé et a été pris pour un grès tertiaire , mais les petits cristaux rares de quartz bipyramidés ne permettent pas de s'arrêter à cette idée. Plus à l'ouest , près de Parsac et dans la commune de Saint-Sulpice-le-Guéritois , il est normal. A Longechaud » même commune , ce porphyre contient de petites taches ocreuses et est traversé par de nombreux filets de quartz 9 tantôt à aspect gras , tantôt radié.
a Le porphyre N.-O. S.-E. contient différentes substances accidentelles : mica noir , amphibole « pinites, etc. Dans le sud du département , il coupe le terrain houiller an midi de Bourganeuf. A Domérat p dans le bourg même , un filon de quartz partage en deux un filon de porphyre à aspect un peu schisteux. x>
« Vamphibolite et la diorite de la Creuse sont antérieures à la pegmatite, qui les traverse souvent. Ces deux ro* ches qui passent de l'une à l'autre» forment , dans le micaschiste f des bourrelets allongés dont l'orientation moyenne peut être rapportée auN.-E.; elles se décomposent en blocs semblables à ceux du granité bleu , notamment entre Chatelus et Clugnat.
Pegmatite et granulite. — « La pegmatite est un granité à gros éléments sans mica. Cependant ce minéral s'y trouve souvent ; alors il est toujours blanc , argentin ou légèrement doré. Dans la Creuse, la pegmatite coupe tous les terrains azoïques p y compris le granité bleu. Elle est donc postérieure à cette dernière roche p mais elle est antérieure
426 TBafiAOïs FEiifiTirs.
au groupe carbonifère dans lequel elle ne pénètre pas. Soo orientation n'est pas constante.
« Le granulite est un granité compacte , rose » trës-feldspathique à grains presqn'indiscernables ; il contient souvent de petits grenats rouges et quelquefois des pyrites. Il doit être contemporain de la pegmatite. »
QtULrtz. — M. de Cessac distingue trois groupes « oo trois époques dans les quartz de la Creuse.
« Le premier comprend les rognons quartzeux si abondants dans le micaschiste et le granité associé au gneiss et les petits filons qui traversent ces terrains. Ce quartz est à aspect gras et semblable à celui des pegmatites.
o Le second groupe comprend les filons de quartz hya« lin avec tourmaline mica et feldspath , qui dépendent des pegmatites. Ces filons signalés par MM. Manès et Gniner dans la Haute-Vienne , se retrouvent dans la Creuse.
» Le troisième groupe comprend les vrais filons de quarts dans] la Creuse; ils sont orientés en moyenne N.-O. S.-E. Le quartz de ces filons est saccharoïde, d*un beau blanc et nullement semblable à celui des groupes précédents. M. Gruner^ d*après ses observations au sud de Bourganeof , les considère comme postérieurs au terrain houiller. »
Les filons de quartz sont » dans la Creuse comme dans le Puy-de-Dème, les plus importants. Ils traversent presque toutes les roches primitives , mais ils sont rares dans les micaschistes et peu fréquents danslegranite micacé. Ils sont plus abondants dans le granité bleu et dans le gneiss. C'est dans cette dernière roche que se trouve le filon de Bourganeof décrit par H. Gruner; d'après ce géologue « c'est un éDorme filon de quartz blanc fibreux on radié, de 30 mètres
DÉPARTEMERT DE IJL CORRÈZE. 427
de puissance et de deax kilomètres de longoeor, c'est le roc de Mazuras , qai se voit de[loin en crête saillante ao-dei^sas dn granité. Il est dirigé du N.-N.-O. au S.-S.-E. et particolièrement remarquable en ce qu'il est postérieur aux deux petite bassins houillers de Mazuras et de Bouzogle, qui, selon toutes les apparences , étaient autrefois unis, tandis qu'au* jourd'hoi ils sont séparés par le filon en question, d (Gruner, Descrip. géoL de la Loire ^ p. 280).
Quelques filons de quartz dn département da Puy-<le- D6me peuvent être poursuivis dans la Creuse sur le même alignement. Il existe aussi dans ces terrains bon nombre de filons de porpbyre dirigés N.-S. comme dans le Puy-de- DAme, ou N. légèrement E. vers S. légèrement 0. qui est encore l'alignement des filons de Pontgibaud et la direction dominante des principaux accidents topographiques du massif central de la France.
DU TERRAIN PRIMITIF BU DÉPARTEMENT DE LA CORRiZB.
Le grand plateau primitif de la France s'étend au moins sur les trois quarts du département de la Corrèze ; mais dans la partie sud-ouest , le sol primordial est recouvert par des grès et des terrains jurassiques qui lui sont adossés. Les gneiss , les micaschistes et surtout les granités du départe-ment du Puy-de-Dôme, se prolongent dans celui delà Corrèze, et constituent la partie la plus élevée de cette contrée. Le sol est ondulé et coupé par de nombreuses vallées, dont quelques-unes présentent des cassures assez profondes. Ces vallées paraissent d'autant plus fertiles , qu'elles sont moins étroites et qu'elles vont s'ouvrir dans la plaine accidentée où elles oondm'sent leurs eauz.
Le GhAtaigoier est l'arbre qui vient orner les pentes des montagnes» mais Taridité de ces dernières est telle sur quelques points de ce département, surtout dans le centre et vers le nord, que des espaces de plus d'un myriamètre carré sont entièrement dépourvus de végétation et complètement déserts.
La roche dominante, sur celte vaste étendue de terrain, est le granité qui oiïre aussi un grand nombre de variétés , puis les gneiss, les micaschistes, les amphibolites et les calcaires.
Un grand nombre des cassures qui existent sur le sol primitif, et qui sont, à n'en pas douter, l'origine de nombreuses vallées élargies par l'érosion, paraissent dues à l'apparition successive des granités. C'est à l'éruption de cette dernière roche qu'il faut attribuer aussi le déplacement et le soulèvement des gneiss et des micaschistes, dont les crêtes saillantes et déchirées se montrent sur plusieurs points.
C'est au nord du département que le sol primitif offre une de ses plus grandes saillies , aux monts Jeargean, qui séparent la Creuse de la Gorrèze ; la hauteur moyenne du plateau, inférieure à celle du Puy-de-Dôme, ne dépasse guère 600 mètres, mais au plateau de Mille-Vaches, le granité atteint 1200 mètres; l'élévation du plateau diminue en se dirigeant vers le Mont-Dore, où l'on sait que le granité existe à découvert dans le fond des vallées, à des hauteurs relativement peu considérables.
La première roche dont nous ayons à nous occuper, et sans contredit la roche principale de la Corrèze , est le granité, car il constitue la majeure partie de la région élevée, tandis que les roches schisteuses (gneiss et micaschistes), ne forment guère qu'une vaste bordure continue , autour de
DÉPARTEBUaiT DE LA CORRÈZB. 429
la partie la plus élevée , et de larges tlots sur la surface du plateau.
Les terrains de la Gorrèze ont été étudiés avec soin par de Boucheporn, et sans nous arrêter à ses idées théoriques, nous lui emprunterons la majeure partie des faits que nous aurons à exposer sur les roches primitives de ce département.
Ce savant fait d'abord remarquer le passage intime de toutes les roches primitives Tune avec l'autre, circonstance que sa généralité doit faire considérer d'ailleurs « comme un fait acquis à la science, et comme un principe fondamental, devant former la base de toute théorie de ces roches. »
Il cite les environs d'Ussel , de Treignac , de Ventadour, de Neuvic, comme les localités où Ton peut observer le plus facilement les passages du granité au gneiss. La liaison du gneiss et du micaschiste se voit partout où ces deux roches sont rapprochées. Quant au granité proprement dit , il occupe au moins la moitié du département de la Corrèze, et c'est toujours lui qui en forme les sommets les plus élevés ; il se présente aussi avec des structures très-variées, qui indiquent sans doute des époques d'apparition distinctes; toutefois, on pourrait encore grouper ces granités en deux séries, ceux à grains /îns, et les granités à gros grains. Dans le département de la Corrèze, comme dans celui du Puy-de- DAme, ces derniers seraient les plus récents.
u Néanmoins, dit deBoucheporn, il n'est pas possible de réduire les choses à des termes aussi simples que l'apparition, le surgissement de deux granités d*époque différente ; en effet, quoique le granité à grands cristaux et le granité à petits cristaux soient ordinairement distribués par masses , je n'ai presque jamais vuentr'eux (les filons mis à part), une démarcation tranchée ; ils se fondent l'un avec l'autre , et
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Mos contredit plus intimemeQty plus fréqQemiBeQt qa'afte le gneiss; leur passage est même gradué le plus souvent par une sorte de granité à structure moyenne , de telle sorte qu'à partir de certains axes» on peut observer, dans le même granité, toutes les dégradations progressives de structure cria* talline» depuis le granité à très-gros grains, k larges cristaui de feldspath, jusqu'au granité à grain le plus fin ; de là au gneis, et enGo an micaschiste.
« Il est essentiel d'observer, en outre , que la disposition générale du granité à grands cristaux coïncide assez exac* tement , dans la Corrèxe , avec les parties les plus épaisses du terrain granitique , avec les axes de grande élévation (généralement orientés ici du N.-O. au S.-E. ou quelquefois dtt S.-O. au N.-E«). En partant de l'idée duaoulèfement des granités , on arrive donc encore à cette condusion, que la variété dont nous parlons appartient i la partie originairement la plus profonde de ces roches , on , ce qui est encore à peu près la même chose , qu'elle doit avoir été la plus récemment portée jusqu'à la surface do sol. Si maintenant on obsene , en outre , que le feldspath est principalement abondant et développé dans cette variété, tandis qu'il paraît plus rare dans le granité à petits grains , plus encore dans le gneiss , et presque nul enfin dans le micaschiste , on ne peut se défendre de remarquer théorn quem3nt cdtte coïncidence entre les gradations de l'âge absolu des roches et celles de leur structure , de leur composition même. »
Nous avons vu que les mêmes laits , les mêmes orienta-» tiens existaient dans le département du Puy-de-Dôme.
De Boochepom a décrit , dans l'explication de la carte géologique de la Corrèze , les principales variétés de granits
DÉPARTEMBKT PB lA COKAÈZB. 43 1
de ce département. Tels sont. i^. le granité amphibolique que nous ne pouvons pas rapporter entièreroent^à nos diorites, bien qu'il y ait eu probablement simultanéité d'origine ; mais nous pourrions comparer cette roche au véritable granité amphiboliqued'Âydat. a On trouve, dit-il, dans le département de la Corrèze, des masses isolées assez nombreuses de cette sorte de rocbe , de couleur noire ou verte , que l'on nomme amphibole , masses dont la disposition conique répond ordinairement à l'idée d'un soulèvement local, et qui sont tantôt intercalées au granité massif, tantôt et le plus souvent, aux parties du terrain primitif, plus ou moins régulièrement stratifiées : mais dans ce dernier cas même , elles sont presque toujours en relations avec une saillie plus on moins considérable de granité proprement dit, qui perce à travers les schistes ou les gneiss. Maintenant, ce qui nous parait le plus intéressant à signaler , c'est que le passage de l'amphibole pure au granité donne lieu , le plus souvent , à une roche extrêmement remarquable , dont il est essentiel de parler, parce que sa signification géologique n'est pas douteuse : c'est un granité ordinaire, aux éléments duquel se trouvent surajoutées des lames cristallines d'amphibole , indistinctement enchevêtrées dans la masse des autres substances (quartz , feldspath et mica) , de manière à constituer quelquefois la plus grande partie de la roche , on tantôt une moindre partie ; il y a pénétration mutuelle des cristaux de difTérentes substances , comme dans le granité normal , et les lames d'amphibole n'y sont qu'un élément de plus ; quelquefois néanmoins, l'amphibole tient la place dumica et le fait disparaître. Le tissu de celte roche est tellement serré , qu'elle est presqu'impénétrable aux instruments d'à-
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cier, et que Ton a renoncé à s'en servir pour aoconnsage, malgré sa solidité.
(c L'amphibole pénètre également les gneiss dans les mêmes circonstances, et se troave mêlée intimement k lear structure , en leur donnant l'apparence d'une roche presque entièrement noire ou zonée de noir, parallèlement aux strates. Il existe des carrières de cette roche exploitée pour les routes 9 près de Sainte-Féréolle et de Seilhac au S. et au N. de Tulle. »
Ces roches mélangées^ dont nous venons de parler , se rencontrent partout où se trouvent de petits massifs d'amphibole. Elles forment un cercle plus ou moins étendu autour de ces massifs; elles passent d'autre part, par gradation insensible, au granité et aux gneiss ordinaires. On peut remarquer aussi que le granité qui accompagne les amphibolites, lorsqu'il est dénué d'amphibole, est ordinairement à feldspath rougeêtre, c'est-à-dire légèrement ferrugineux comme l'amphibole l'est elle-même. De Bouchepom tire de ce mélange intime de l'amphibole avec les roches primitives la conséquence « Que tous les éléments chimiques existaient dans ces roches avant la cristallisation qui leur a donné leur caractère propre , leur essence actuelle ; on ne peut concevoir, dit-il , rien de successif dans la constitution essentielle de ces sortes de roches , où tous les éléments cristallins se pénètrent réciproquement : une modification , une transformation du granité ou du gneiss ordinaire , par suite de la pénétration ultérieure des masses d'amphibole , ne lui parait pas admissible , car il aurait fallu que le tout ensemble fût de nouveau liquéfié , pour passer à l'état physique actuel, si toutefois la solidification par refroidissement , peut expli-
DéPARTEMENT DB LA CORBÈZE. 433
quer même la stractore propre aux roches granitoïdes , ce qa'il ne pense pas. Cette circonstance emporte la contemporanéité du granité actuel » non-senlement avec l'amphibole disséminée qai entre dans sa composition , mais encore arec les masses d'amphibole pure qui lui sont associées. Le mélange d'amphibole suivant les idées théoriques de Boucheporn, doit provenir d'éléments calcaires » magnésiens et ferrugineux, intercalés dès l'origine au dépôt primitif qui a donné lieu aux roches granitiques. Peut-être et probablement ce devaient être des carbonates , ce qui expliquerait très-bien les apparences de soulèvement qui accompagnent plus spécialement les amphibolites que les autres masses granitoïdes ; le soulèvement serait dû h la force élastique de Tacide carbonique dégagé des carbonates par l'action de la chaleur adventice , quelle qu'en soit l'origine , qui aurait modifié et transformé toutes ces roches anciennes postérieurement à leur dépêt. On trouve particulièrement ces roches an N. et à l'E. de Tulle , entre Albignac et Lanteuil, et près de la petite ville de Beaulieu. »
Nous serions tenté de rapporter ces roches amphiboliques à l'apparition d'anciennes sources carbonatées calcaires, magnésiennes et ferrugineuses, contemporaines des éruptions granitiques.
2*. Granité h tourmaline. — La Gorrèxe offre comme le Puy-de-Dôme , mais moins fréquemment, des gisements de tourmaline. De Bouchepom fait du granité qui contient ce minéral , une roche distincte qu'il n'a trouvée , dit-il , qu'en filon dans le granité ordinaire, à une demi-lieue d'Egletons, sur le flanc des plateaux assez élevés , qui s'étendent au N. de cette ville. Au reste , la composition de cette roche est la même que celle du Puy-de-Dôme ; elle I ^
434 TIUIBAU8 PRlMlTirS.
est formée de gros cristaux de tourmaline noire » de cristani volumineux de feldspath blanc méié de quartz hyaiio et parsemé de lames de mica argentin de grande dimension.
3®. Granité blanc à kaolin. — Cette variété de granité « susceptible de se décomposer avec plus de facilité que les autres, se trouve principalement aux environs de Bugeat et de Treignac. Sa transformation en kaolin, que Ton remarque sur quelques points de la Corrèze , acquiert bien plus d'énergie dans la Haute-Vienne. Elle a lieu , non-seulemeot à la surface » mais à l'intérieur de la roche.
De Boucheporn a donné des détails intéressants sur la disposition de ces granités, qu'il considère d'ailleurs comme n'ayant pas de limites précises pour chacune de ses variétés. « La disposition complexe du granité , dit*il , est concordante , dans la Corrèze , avec celle des schistes cristallins ; cette roche primitive ne s'étend pas capricieusement et sans loi entre les massifs schisteux ; elle y forme des bandes allongées d'une largeur sensiblement uniforme et s'étendant presque parallèlement l'une à l'autre. Ces bandes forment deux systèmes entre-croisé) et perpendiculaires en direction. Les principales , les plus longuement rectilignes , se dirigent da N.-O. au S.-E. , mais elles sont reliées par d'autres bandes perpendiculaires, c'est-à-dire, dirigées du N.-E. au S.-O. La plus considérable de ces bandes est celle qui , passant par Bugeat , Meimac , Ussel et Bort , relie les granités de la Haute- Vienne et de la Creuse à ceux du Cantal et do Hont-Dore. Une seconde, à peu près semblable, passe par Saint- Yrieix , Lubersac , Pompadour , Tulle, Servières , et va des câtes méridionales de la Haute- Vienne aux pentes méridionales du Cantal. Ces deux grandes lignes granitiques, dirigées N.-O. à S.-E., sont réunies entr 'elles à la haateer
d*Êgletonâ et deCorrèze, par nne bande transversale. » Il est à noter qae les directions de ces bandes de granité sont précisément les mêmes que celles des filons de qoartz snr l'ensemble du plateau central.
Il est bien remarquable aussi » d'après les observations de Boucheporn, que le granité à grands cristaux occupe le centre des bandes.
« De part et d'autre de ces. axes, le granité va diminuant de grain , le mica y abonde de plus en plus « et enfin , il prend la disposition en feuillets parallèles qui constitue le gneiss. » On conçoit que Tauteur de ces observations en fasse valoir l'importance ati point de vue de sa théorie « Vunité dans la formation première de ces grandes masses , qui forment un tout dont on ne saurait désunir les diverses parties.»
Roches ichistetises. — Gneiss et micaschistes. — De Boucheporn , dans sa carte géologique de la Corrèze , a séparé les gneiss et les micaschistes » mais il ajoute dans l'explication que ces deux roches ne sont pas séparables l'une de l'autre d'une manière absolue dans le département de la Corrèze. L'ensemble des roches feuilletées y est considérable f car indépendamment de celles que nous venons de nommer , il faut encore ajouter le schiste argileux et surtout la forme désignée sous le nom d'ardots^^.
» Le gneiss, par sa place et sa composition , est donc une dérivation plus directe du granité que le micaschiste ; il forme comme le lien mutuel de ces deux roches. La proportion de ces éléments est très-variable : il y a dans la Corrèze des gneiss presqu'entièrement composés de feldspath et quartz oii le mica n'est indiqué que par des filets parallèles très-minces, h peine discernables, comme aux environs de Beinac , à la roche de Vie , à Albussac , etc. ;
tantôt aa contraire ce sont les lames micacées qui y dominent, comme on le voit principalement dans le nord da département , vers les rives du Chavanonx ; dans le grand massif qui s'étend an sud et au nord d'Uzercbe ; dans celai où sont creusées les vallées de la Dordogne et de la Loz^e, à l'est du département, etc. ; tantôt enfin le gneiss réunit les éléments du granité , à peu près dans la même proportion que loi : cette variété qui n'est pas la plus ordinaire, se trouve principalement au voisinage do granité lui-même, dans ses passages aux roches primaires stratifiées ; elle pent s'observer en particulier au nordd'Ussel, près d*Egurande. » « Le micaschiste, quoique intimement lié ao gneiss dans la Corrèze , y forme aussi des masses particulières trèsétendues , principalement au sud du département. Son aspect est variable , mais non sa structure , qui est toujours très-schisteuse. Tantôt il est brillant à la teinte éclatante , fréquemment argenté , comme aux environs de St^Hilaire, de Peyrou , Véoarsal, etc.; tantôt il porte des couleurs plus sombres et en même temps un reflet plus mat , il est alors fréquemment jaune brunAtre ; enfin , il passe de là à la teinte bleue, à la structure compacte et fissile de l'ardoise , qui est exploitée en plusieurs endroits du département, notamment à Traversac près Douzenac, et au Saillant près Alassac. Ce passage à l'ardoise est tout à fait graduel , comme on peut Tobserver très-bien en parcourant le terrain depuis le village de Ste-Féréolle assis sur le granité, jusqu'aux ardoisières de Traversac : direction qui , coupant transversalement les couches schisteuses , les fait toutes passer eo revue. Les premières couches de micaschiste , appuyées sur le granité, sont brillantes, d'un gris verdâtre ; elles peaveot se diviser en feuillets très-minces , mais courts : peu à peo,
en suivant d'une couche à l'autre, on voit la teinte passer au gris sombre , puis au brun ; les feuillets deviennent plus nets , plus étendus , plus compactes , ne perdant point encore leur surface brillante et les reflets changeants du mica ; enfin l'on arrive insensiblement de ce micaschiste brun aux larges feuillets d'un noir bleuâtre du schiste ardoisier, qui d'ailleurs , enclavent fréquemment eux-mêmes de petites lamelles brillantes de mica noir. Au Saillant , il y a plus 9 Tardoise passe insensiblement aux couches de gneiss qui en est fort rapproché. »
« Outre les caractères que nous venons d'indiquer , le micaschiste de la Gorrèze est souvent mêlé de quartz pur intercalé aux feuillets schisteui. Cette particularité s'observe principalement au voisinage du granité et dépend , suivant toute probabilité, de ce voisinage. » Il se peut en effet que les éruptions granitiques aient amené dans les roches schisteuses de grandes quantités de silice , mais nous devons dire que nous avons va dans les Gévennes et notamment sur les limites des départements du Gard et de la Lozère , des schistes micacés remplis de lentilles de quartz et très-éloignés de toute éruption granitique.
Les roches schisteuses de la Gorrèze suivent les principales directionsN.-E. au S.-O. et de l'O-N.-O. à l'E. -S .-E., que nous avons déjà indiquées pour les granités. On en observe surtout une large bordure s'étendant du S.-E. au N.-O., le long de la limite entre le grand massif granitoïde et les terrains sédimentaires non modifiés qui sont déposés à Tentour. De Boucbepom les indique encore dans les massifs d'Uzerche et de Treignac, dans ceux de Laplau, de Rilhac, d*Argentat , au nord d'Ussel.
a La bordure méridionale de schistes cristallins que l'on
438 TERaAINS PRIMITIFS.
peat observer depuis Pompadoar et Jaillac ju^a'à Beaulieu f est composée comme les autres massifs schisteni du département 9 de deux parties suffisamment distinctes; l'une formée de micaschiste à peu près pur, qui s'éteod depuis Pompadour et Juillac jusqu'à St-Hilaire-le-Peyrou et Albignac, l'autre qui, partant de ces deux derniers points, aboutit à Textrémilé S.-E.» aux environs de Beaulieu» et qui est formée principalement de gneisH : gneiss très-pur, micacé et très*rocheux dans toute la partie élevée qui s'étend autour de la roche de Vie, Beinac, etc., approchant davantage de la nature du granité près de la Garde , et enfin^plus schisteux encore vers Beaulieu. »
« Enfin 9 en dehors de la bande continue dont nous venons de parler , on retrouve encore le micaschiste pur dans la vallée de TEIle, près Terrasson^à l'O. des mines de houille de Gublac. Ce lambeau de schiste micacé fournit aussi des ardoises , mais à teinte verdfttre et plus éloignées de la nature ordinaire des bonnes pierres tégulaires. »
Les roches schisteuses » dans la Corrèze comme dans le Pny-de-Dâme, contiennent quelquefois des calcaires saccharoïdes. Cet accident est rare dans le premier de ces départements 9 et ce n'est qu'à Gioux » très-près de la limite du Puy-de-Dôme, que Ton a constaté ce gisement de calcaire qui est exploité pour faire de la chaux. La couche calcaire est verticale, parallèlement aux couches du gneiss qui le contient; elle a 2 m. 1/2 d'épaisseur. On remarque souvent le passage du gneiss au calcaire ; ce dernier se colore près du contact , prend l'apparence d*un marbre cipolin et s'imprègne de lamelles de mica » à mesure qu'il s'approche de la roche schisteuse. Il est bien évident que le calcaire de Gioux est le même que celui de Savennes , qui n'en est pas
éloigné de deux kilomètres. Les lits de ce calcaire suivent exactement les strates des gneiss t se contournent avec eux. Ils sont verticaux à Gioux et ondulés à Savonnes , pour suivre un pli du gneiss. De Boucheporn regarde ainsi que nous le calcaire et le gneiss , comme étant contemporains , et conclut de la présence de ce carbonate de chaux au neptunisme du gneiss.
Serpentine. — *- Sur quelques points du département de la Corrèze , des masses de serpentine seraient en rapport avec le gneiss , comme Tarophibole, en d'autres localités, est associée au granité. Toutefois, c'est plutât sur les limites de la Corrèze , dans le Lot, à Cahus , et dans la Haute-Vienne, à Roche^-l'Abeille , que l'on rencontre ce silicate de magnésie hydraté. « D'une manière générale, dit de Boucheporn, la serpentine est une roche verte, tendre quoique fort tenace; elle a quelquefois, comme les masses d'amphibole, l'apparence d'une roche de soulèvement: nous croyons en effet que , par les mêmes causes que nous avons signalées , sa formation a pu , a dû même souvent être accompagnée d'un soulèvement local du terrain. Gomme néanmoins elle est souvent incorporée à des terrains que l'on peut regarder euxmêmes comme des agents de soulèvement , tels que le gneiss, et dont les strates sont ordinairement verticaux , la serpentine se rencontre fréquemment aussi intercalée simplement entre ces strates, comme on le voit à Gahus; et enfln il arrive qu'elle se fond même avec les gneiss et les schistes , de manière à ne (aire avec eux qu'un tout indivisible , ainsi que nous l'avons signalé pour l'amphibole. En un mot , nous regardons la serpentine, de même que l'amphibole, comme originairement contemporaine (par ses éléments prinàpaox) avec les terrains oii elle est actuellement intercalée.
440 TBARAUfS PJUMinFS.
AjoatODS encore à l'appui que , lorsqu'elle est massive et pure , elle présente fréquemment des traces distinctes de stratification. On peut citer comme particulièrement intéressant , le gisement de Cahus » où la serpentine forme des amas parallèles aux strates du gneiss dirigés au N.-O. et presque verticaux. De Boucheporn a reconnu la même manière d'être dans plusieurs des serpentines de l'Aveyron et du Tarn. Dans la Corrèze , la roche demi-serpentineuse de Juillac t présente à peu près le même caractère ; celle de Tulle est aussi intercalée dans une roche granitoïde évidemment stratifiée.
« Les petites masses de serpentine de la Gorrèie ne sont probablement pas de la véritable serpentine ; ce sont des silicates verts , souvent intermédiaires entre cette roche et Tamphibole. »
Dans tout son travail sur les terrains primitifs de la Corrèze, de Boucheporn revient toujours sur Tunité de formation de ces terrains» et rattachant le calcaire et la serpentine au gneiss , établissant le passage de ces derniers an micaschiste et au schiste ardoisier , il regarde toutes ces roches comme étant à peu près contemporaines. Nous trouvons bien ailleurs que dans la Corrèze , des motifs d'annexion du gneiss et de la serpentine ; mais de Boucheporn va pins loin f et réunissant les terrains primitifs et les terrains de transition, il considère les gneiss et les micaschistes « comme représentant dans la Corrèze les époques dile$ de trand" lion, s Une telle concordance ne pourrait se rencontrer dans la Corrèze » sans exister aussi sur l'ensemble du plateau central , et nous n'avons pas de preuves assez évidentes pour accepter cette manière de voir. Cette hypothèse nous conduirait aussi à considérer les granités comme contemporains