‹ Les époques géologiques de l'AuvergneChapitre 21 sur 115 · C. Leur décomposition et leur érosion · texte numérisé non relu

C. Leur décomposition et leur érosion

A . — Tous ceux qui se sont occupés de cartes géologiques et qui ont parcouru de grandes étendues de pays» savent ce qu'il faut entendre par dénomination d'une roche.

Ainsi 9 le terrain de gneiss , moins que tout autre « présente rarement des caractères nets et semblables. Tantôt la roche est normale , feuilletée » rubannée , tantôt elle est en masse, riche en quartz et quelquefois en amphibole. Ailleurs elle est ferrugineuse , presque compacte , et passe sur quelques points au micaschiste et sur d'autres au schiste argi-

leax. En d'autres localités, elle se décompose ou se brise en une multitude de fragments. C'est donc sur l'ensemble qu'il faut établir sa dénomination.

Ces considérations s'appliquent surtout aux terrains primitifs de l'Auvergne. Les gneiss très-variés y passent au granité et au porphyre et surtout au micaschiste ; ce dernier passe f par gradation , au schiste argileux. Nous avons peu d'occasion de suivre ces passages en Auvergne oh le schiste argileux se rencontre rarement ; mais on les observe souTcnt dans le nord de la France , dans les Ardennes belges, etc.

Tous les géologues ont fait cette remarque de la difGculté de séparer les roches et de distinguer plusieurs formations dans cette première époque. Jacquemont, après avoir étudié avec soin les roches primitives d'une partie de l'Himalaya , n*a pu y trouver de superposition régulière ni constante, «n n'existe , dit-il» aucune disposition à la représentation de laquelle l'artifice pasigraphique de M. de Humboldt puisse être utile, et je doute vraiment, qu'il puisse jamais s'appliquer à la représentation de la composition d'un terrain primitif. » {Journal 9 t. 2, p. 97.)

On est convenu pour les couches sédimentaires , de considérer comme formés pendant une même période les couches qui renferment les mêmes débris organiques, ce qui doit être vrai au moins pour une certaine étendue de pays; mais pour les terrains primitifs on n'a aucun guide. Il est même difficile de raisonner par analogie , car , à l'époque actuelle, nous voyons les produits volcaniques varier selon les lieux et les volcans. Les mêmes faits, à plus forte raison , doivent s'être produits dans la longue période primitive , et c'est à peine si dans une contrée restreinte , nous pou-

68 TERRAINS PRII^ITIFS.

▼ons déterminer TAge relatif des roches qui appartiennent i celte période.

Les micaschistes passent aux gneiss par nuances insensibles et se montrent principalement au sud du bassin de TAIlicr et sur les bords de la Sioule et à l'opposé des granites , en sorte que* dans un grand nombre de points , le gneiss se trouve comme enserré entre des granités et des micaschistes.

B. Il est rare lorsqu'une donnée nouvelle est introduite dans la science que Ton n'en abuse pas, et cette réflexion peut très-bien s*appliqoer au métamorphisme. On a voulu voir dans ces roches schisteuses d^s dépAts de grès que les granités auraient à demi fondu et métamorphisé , soit en les traversant sous forme de nombreux 6lons injectés , soit eii les échauffant par dessous, au point de leur faire éprouver une demi fusion. Il est très-vrai que les gneiss et les micaschistes sont très-souvent associés au granité , que souvent même il est difiicile de les distinguer et de les reconnaître, mais on trouve sur diverses parties du globe , des gneiss qui pa* raissent complètement indépendants, qui couvrent seuls de très-grands espaces , et il est remarquable que sur les deux plus grandes lies de l'ancienne Europe , dans la Scandinavie et dans Tile centrale , ces roches affectent les mêmes caractères et présentent la même ancienneté , la même indépendance d'origine*

Nous ne voulons pas nier que des actions métamorphiques aient pu s'exercer sur les gneiss de l'Auvergne , main nous croirions plutôt à de petites actions locales, déterminées plus encore par les eaux minérales de cette époque , que par des granités dont la température , lors de leur émission , est encore un problème. Et, lors même que Ton viendrait ii

prouver que le granité peut agir ainsi sur les roches préexistantes , il resterait à cohcevoil* coninieut son action pourrait s*étendre à de si grandes distances.

Ces roches he contiennent aucune trace de fossiles; cependant les géologues qui les considèrent comme les premiers sédiments , lesquels plus tard ont été soumis au métamorphisme 9 né désespérèrent pas d'en rencontrer et n'acceptent pas leur absence d'une nianière absolue. Ils sel fondent sur ce que l'action métamorphique peut avoir fait disparaître les traces d*étres organisés qui pouvaient exister dans ces premiers grès, et d'un autre côté , ils rappellent que des couches très-puissantes de calcaires ou de grès stratîGés bien plus modernes , peuvent ne montrer aucune trace des êtres qui pourtant vivaient depuis longtemps sur la terre. Rien en Auvergne ne nous fait supposer que les gneiss ou les micaschistes puissent contenir des débris organiques.

C. Les gneiss peuvent être altérés comme toutes les au* très roches par des émanations gazeuses qui traversent leurs fissures. Notre ami, M. Fournet, nous a fait observer à Pontgibaud , que toutes les fissures du gneiss métallifère de cette contrée sont complètement remplies de gaz acide carbonique libre, qui s'échappe du sol de tous côtés. Aussi ce gneiss est altéré, et tous ses éléments à l'exception du quartz sont devenus terreux.

Ces roches peuvent encore être altérées par les eaux cou-

rantes , et l'on voit sur plusieurs points de TAuvergne et notamment dans l'Alagnon, près de Lempdes (Haute- Loire), des gneiss usés par l'eau , un peu ravinés et présentant souvent des cavités arrondies assez profondes. Cescavités sont dues à des cailloux souvent quartzeux qui s'arrêtent sur un point et finissent par y creuser nue petite cavité qui

continue de s'agrandir par les chocs répétés de la masse dure soumise à l'impulsion des eaux. Humboldt a cité aussi dans des gneiss sur les bords de TOrénoque, des trous semblables « ayant quatre pieds de profondeur sur dix-huit pouces de large » et contenant des cailloux de quartz. {Voyage aux Rig. Equin.)^ t. 7, p. 159.)

Nous avons fréquemment observé le même phénomène dans le lit de TAIIier, mais sur des calcaires très-mous que des cailloux de granité ou de gneiss entamaient avec la plus grande facilité.

Les cavités creusées dans le gneiss quartxenx du Saut de la Saule ont été décrites avec soin par H. Baudin. [Stalisii^ que minérale du Cantal^ Annales d* Auvergne ^ t. IG» p. 51.) Le nom de cuves leur convient parfaitement. « Leurs dimensions sont variables » depuis quelques décimètres jusqu'à plusieurs mètres. Elles conservent pour ne la perdre que par l'évaporation , Peau de la Rue » et se présentent ainsi remplies à divers degrés , selon les époques. Leurs parois parfaitement polies et d'une extrême dureté» leurs formes complètement indépendantes de la nature minéralogique de la roche et de sa structure schisteuse , nous paraissent exclure l'explication des géologues anglais , une action décomposante des agents atmosphériques, et nous leur assignerons une toute autre cause.

9 Cette cause est la lente perforation de la roche , par le frottement des galets qu'amènent les crues de la Rue, et qui tenus, par le mouvement saccadé ou tourbillonnent des eaux dans un mouvement perpétuel , taraudent par frottement le rocher qui les supporte, absolument comme le ferait dans on sondage un outil dépourvu de tranchant. Et en effet, au fond de toutes les cuves que nous avons examinées , nous

aTons toujours trouvé une collection de galets de gneiss , de quartz, de schiste amphibolique , de basalte même, qui ne peuvent point , lorsque la cascade grandit , ne pas être mis dans ce perpétuel mouvement , duquel la perforation de la roche est une conséquence forcée.

» Il est clair, d'ailleurs , que dans ce travail , Toutil dont la dureté égale à peine celle de la roche , s*use lui-même et doit même s'user assez rapidement ; mais comme la rivière répre les pertes , le phénomène ne s'en continue pas moins pour ne cesser que par un approfondissement limité, tel que les galets taNudeurs ne soient plus déplacés ou simplement agités par les eaux aflluentes.

» Puis, lorsque les roches ainsi taraudées , cédant ellesmêmes à l'action destructive de la Rue, viennent à se fracturer suivant quelques-unes des nombreuses fissures du gneiss , et à s'ébouler en partie au plus profond du torrent qoi bientôt en a emporté les débris, les cuves apparaissent au jour sur toute leur hauteur et donnent lieu sur les escarpements, 6 autant d'enfoncements demi-cylindriques, que nous ne pouvons mieux comparer qu'à ces niches dont les architectes décorent l'extérieur de nos édifices. »

Ces cuves ne sont pas habituellement recouvertes par l'eau. Elles ne sont noyées que pendant les crues, et par conséquent, c'est pendant ces crues seulement, qu'elles peu- ▼eol et qu'elles ont pu se former. Or, la Rue offre bien quelquefois des débordements et se gonflle parfois assez fortement, mais ce n'est pas son état habituel. Pour que de telles caves aient pu s'excaver dans une roche aussi dure, il a fallu une masse d'eau plus grande que celle qui coule aujourd'hui, et cette rivière apporte une preu\e déplus à cette vérité.

72 TCERAINS PRIMITIFS.

que les eaux courantes étaient plus abondantes aotreroîs qu'elles ne le sont de nos jouis.

Nous parlerons d'une manière spéciale des divers minéraux du gneiss après avoir étudié les granités. Nous les passerons en revue dans Tordre de leur importance , mais nous croyons devoir nous occuper ici des calcaires cristallins et des serpentines qui paraissent n'avoir aucun rapport avec les graniles et qui sont très-probablement contemporains des gneiss ou du moins liés à celte roche primitive.

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