CHAPITRE XXIV
Des terrâtes priadtifiii àmm caaIoBS de Saiat-CierflMlB-lliei d*ArUuie, d'AmberC, de Salat-Anthême et de VlTerels.
SAINT-€ERMAIN-L*HERIf . — SAINT-B0N7«ET. KOVACBLLES.
Tous les environs de Saint-Germain-rHerm sont primilifs ; on voit de tons côtés des masses de granité en blocs volumineux ; mais dès qu'on s'avance vers le Fayet , la Fécille (1070), etc., ce granité devient à petits grains fins et se trouve disséminé sur le sol en fragments peu volumineux. Il contient des filons de quartz , peu nombreux » avec cristaux de tourmaline , et il se décompose avec une grande facilité. Une partie de la commune de Fayet est sur gneiss ou micaschiste , roches assez mal déterminées quand elles touchent le granité et surtout le granité à petits grains » car ces roches ont de fréquents passages. De petits filons de quartz traversent le micaschiste , lequel forme la montagne de Combesneyre et supporte de très-belles forêts de Sapins. Le granité comme le micaschiste devient souvent très-quartzilère et passe alors au porphyre » en sorte que rien n'est bien déterminé dans ces localités.
L'aspect du terrain en dômes arrondis surbaissés , sans escarpements » indique plutôt les formations de porphyre et de granité que celles du gneiss et du micaschiste. Le granité existe dans la commune de Sainte-Catherine et au nord de
CANTONS DE SAINT-GERM AIN-l'hERM , etC. 325
Saint-GermaÎD , dans celles d'Echandelys et d'Âix-Ia- Fayette. Il y a bien , dans ces diverses localités , un peu de qaartz et quelques points de filons porphyriques , mais toujours mal déterminés , en sorte qu'il règne une grande uniformité dans tout ce canton. Le granité y varie beaucoup; è gros ou à petits grains , à mica noir ou blanc : en somme , ce pays offre bien peu d*intérèt au géologue.
Il serait donc inutile de nous suivre dans cette pittoresque contrée, où quelques points à peine peuvent attirer notre attention. Le terrain granitique y atteint souvent des altitudes de 1000 m. ; il domine partout. Cependant, au sud-est de Saint-Germain, entre la Bardelle et Saint-Bonnet-Ie-Bourg , on rencontre un petit filon d'une roche noire , qui est une espèce de serpentine ou de porphyre et qui parait se^ rattacher à un sommet de même nature, qui existe dans les bois de Sapins , au-dessus de la source du ruisseau voisin.
Au nord de Saint-Germain, au Montel, on remarque un cirque de granité dont le fond est occupé par un marécage; on est alors près de Tirevache (village) où le granité atteint 1120 m., et un peu plus loin encore , au nord de Tirevache, 1180 m., ce granité semble passer au gneiss et même au micaschiste , et en effet , on approche de cette tle de roche primitive schisteuse dont nous avons déjà parlé et sur laquelle se trouvent les villages de Pradelle, Thiolières et Saint- Ferréol-d es-Côtes .
La tendance au micaschiste dans le canton de Saint- Germain, se manifeste surtout à l'est, vers Saint-Bonnetle-Chastel. Si l'on continue encore plus à Test on au sud*^ est en descendant toujours , c'est un vrai micaschiste que Ton rencontre. On voit cette roche à Novacelle; elle constitue les bords abruptes et sauvages de la Dolore et se pro-
326 TsaRAUfs pamiTiFS.
longe jusqu'aux falaises de Tancien lac du Livradois , dans le caolOQ d'Ariane.
SAINT-ALLYRE. DORANGES. LA FRITTIBRB.
De Saint-Germain 9 une route magnifique conduit au village de Saint-Allyre. On passe à cAté de Déranges , qui est sur le granité , puis on entre sur les gneiss , et descendant toujours, on arrive au village qui, malgré la descente prolongée f est encore à 900 m. d'altitude. Saint-Allyre est biti sur le bord du ruisseau de Chelles qui a accumulé des cailloux roulés au milieu des prairies. Il est cx>nstruit sur le gneiss p et cette roche est dominante et l'on peut dire presque la seule dans toute la contrée.
Au sud de Saint-Allyre , nous vîmes le gneiss à Chelles « y à Chardet (1002) , an Hontillet , puis en remontant à l'ouest au-delà de sombres forêts de Sapins (1023), Chez-Hort , à Losbardet et à Gombris. De là à Montmorand (1054), on remonte vers le nord et l'on rejoint bientôt la grande route sur un terrain plutôt granitique que gneissique. Nous suivîmes la route en descendant jusqu'auprès de Gouste, oii nous vîmes dans le gneiss un filon d'un autre gneiss noir et très-micacé.
Nous remontâmes alors à Déranges et au Vemet sur le granité , puis à Ghard ou cette roche se présente en blocs. Entre ces deux villages nous vîmes , dans un bas fond , une grande prairie tourbeuse au milieu de laquelle est un point granitique.
Nous gagnâmes ensuite la Frittière , et un peu avant d'arriver, nous trouvâmes sur le bord du chemin, des masses de quartz blanc , qui n'étaient pas en place et qui
c;iMTOMs DE sai5t-gebmau«-l'uerm , etc. 327
reofermaieDi de petites veines de cuivre gris et de cuivre carbonate.
La Frittière (952) , au uord de Saiat-Allyre , est sur gneiss; il en est de même de Besse (943) et de Baspey re (886) ; mais tout près de là , dans un bois de Pins » nous vtmes un large filon (OON.-EES.) de quartz blanc. En sortant de Baspeyre, nous descendîmes dans une jolie vallée accidentée par des crêtes de gneiss dont les pentes sont décorées par des bouquets de Pins et dans le fond de laquelle coule la petite rivière qui va passer à Saint-Sauveur. Ses eaux sont pares » et Ton y remarque quelques rapides. Nous remontAmes à Germalanges et nous rentrâmes ù Saint-Allyre.
ARLANC. LOKGEVIE. NOVACELLKS. SAIMT-SACVECR.
— MAYBES.
Pour aller en voiture de Saint-Allyre à Ariane, il faut remonter sur le terrain primitif jusqu'à la Chaise-Dieu et redescendre à Ariane , par une route des plus pittoresques.
On traverse une belle forêt de Sapins. Un peu plusbas, on voit des Hêtres et des Bouleaux , puis on arrive à la vallée sauvage où coule la Dore. Là les gneiss sont escarpés , ciselés ou dentelés ; les arbres sont suspendus au-dessus des précipices , et la rivière court en écumant dérouler ses méandres f dans les longues prairies qui bordent son lit.
La route est taillée en corniche dans le gneiss , puis elle se détourne » s'éloigne de la rivière et Ton arrive à Ariane bâti sur le micaschiste. Cette roche domine dans tous les environs , et elle contient quelquefois de petits grenats.
Ariane occupe une des extrémités du joli bassin du Livra-
328 TERRAinS PBJMITIFS.
doisy et 1*0D a une vae magnifiqQe , sar cette belle vallée et sur les hantes montagnes du Forez , qui s*élèvent sur un de ses bords.
Notre première course fut dirigée à Touest et an sndouest d'Ariane. Nous passâmes sur le gneiss à la Bosdonie, à Chavagnat et à Ferronssac. Nous descendîmes ensuite pour atteindre Perpilanges. Nous passâmes au May et 1 Longevie (982) qui^est très-élevé. Traversant alors des bois, nous descendîmes dans la pittoresque vallée de la Dolore , au point même où se trouve le pauvre village de Novacelles. Ce village est placé dans un site des plus sauvages, sur le bord de la rivière , et il est entouré d'escarpements.
Novacelles est sur le gneiss, mais dès que l'on remonte un peu du côté de la Savoie, on retrouve le granité qui forme plusieurs éminences (999, 911, 943). Le Redondet, le Roussillac, sont sur le granité, et nous observâmes entre ces villages, un petit filon de porphyre rougeâtre.
Reprenant notre course au sud, nous descendîmes à Sainte Sauveur , village des plus pittoresques , situé dans la vallée de la Dolore sur des gneiss escarpés. Un promontoire de cette roche oblige la Dolore à faire un grand détour et i rouler plus longtemps ses eaux écumeuses , sur les blocs entassés dans son lit.
Nous montâmes à Saint-Sauveur, nous passâmes à la Grange, à Issac (901) et nous vîmes partout le gneiss bien ondulé , souvent d'un gris de fer, et parfaitement caractérisé. Nous le trouvâmes encore au château de Clavelier (934) ; nous rentrâmes 1 Ariane , par Rouaires et Mayres (767) , toujours sur le gneiss.
CANTONS DE saint-^ermàin-l'herm , etc. 329
DORE-l'ÉGUSB. — SOUFRE DU GNEISS. — RO€HES-POUES.
Aa sod d' Ariane on trouve le village de Moranges qui est sar le micaschiste , pais le Luminier, au-delà duquel nous raivtffles» jasqa*à Dore-l'Eglise, la limite primitive du bassin du Livradois.
Nous passâmes ensuite à Chassouneyres (668) , et après avoir traversé des alluvions modernes ainsi que la Dore» è Thelières et au Heynial (724), une pente assez rapide nous conduisit dans une petite vallée où coule un affluent de la Dore ; nous la traversâmes pour arriver au Hontel et nous vîmes f près de ce village , plusieurs sources minérales peu abondantes et sortant du gneiss.
Du Hontel nous fûmes à Grandrif^puis au moulin du Barsac» ne voyant que du gneiss ; nous atteignîmes ainsi la route de Craponne à laquelle on avait travaillé depuis peu et où nous espérions rencontrer des roches à découvert.
Un peu au-dessous de Besset , près d 'un coude que fait la route et sur son bord même, nous vîmes une fouille opérée par le propriétaire du sol , dans une localité bien connue par le soofre sublimé qui tapisse les fissures du gneiss.
Ce soufre se présente sous forme de croûtes très-fragiles ou de cristaux octaédriques très-petits, très-réguliers et tapissant les fissures de la roche. Sa couleur est le jaune pAle, tout à fait semblable au soufre déposé par plusieurs eaux minérales et notamment par celles d'Aix-la-Chapelle.
La roche qui le contient est un gneiss dans lequel le quartz domine. Elle est blanchie , fissurée , a souvent perdu sa solidité et tombe en fragments dès que Ton y touche. Outre le soufre , ses fissures sont remplies d'une matière terreuse
330 TERaAINS PRIMITIFS.
puivéruleote , et elle-même très-sulfureuse et d*uoe acidité encore très-prouoncée.
La fouille dont nous avons parlé avait mis à découvert de beaux échantillons de gneiss tapissés de soufre et contenant aussi des pyrites de fer. Ces minéraux sont très-probablement des produits d'eaux sulfureuses; mais quoiqu'il existe, à une distance assez rapprochée, plusieurs sources d'eaux minérales, aucune n'est sulfureuse.
Un peu plus haut , sur la roule , au-dessus du Barsac , nous vîmes des roches polies et striées , entièrement semblables à celles qui, dans les Alpes, ont été polies par les glaciers. Cette roche est noire , miroitante et comme vernie. Nous en vîmes plusieurs masses, et à côté, en enlevant la terre , on en trouve encore d'autres. Cependant en l'examinant avec soin , on reconnaît que c'est un gneiss recouvert d'une substance polie , laquelle se détache en plaques minces ; on ne peut donc , en aucune manière , considérer ces surfaces polies comme étant dues à un phénomène glaciaire.
Nous rentrâmes à Ariane par Dore-l'Eglise , construit sur le micaschiste , et un peu avant d'y arriver , dans un endroit où l'on a établi un moulin à vent, nous remarquâmes un porphyre rose très-quartzifère , et dans tous les environs une roche contenant beaucoup de tourmaline.
On voit aussi près de la, un peu avant d'entrer dans le village, des argiles qui paraissent provenir de la décomposition du terrain primitif.
Le micaschiste se montre sur la rive droite de la Dore , tout du long du bassin du Livradois. En suivant cette limite, au nord de Dore-l'Eglise, on passe à Roudiac (751), à Couraille (722). Le long du chemin qui conduit à Rouffiac,
CANTONS DE saint-gebmain-l'herh , etc. 33 1
OD rencontre beaucoup de pegmatite formant ou un amds ou un filon puissant , et cette pegmatite contient beaucoup de tourmaline. Le granité existe à la Pascaille.
En se rapprochant d'Ariane on voit encore cette roche primitive ou peut-être le micaschiste , au bourg d'Ariane , an Sail, aux Hontis. Là» existe une crête de gneiss qui s'avance jusque dans le canton d'Ambert et qui formait un promontoire dans le lac du Livradois.
MARSAT. BEDRIÈRES.
Très-près de Marsat se trouve l'étang des Riols qui est sur le bord de l'ancien lac du Livradois. En en suivant les bords , on voit encore le granité près de la digue et touchant l'eau. Au-delà , au sud , ce sont des gneiss et des micaschistes bien caractérisés.
Au nord , la falaise est granitique , à Lachanx , et si l'on s'élève on arrive à Collanges (772) et à Collangettes. On marche sur d'énormes masses de granité arrondies. De Collangettes au Chàtelet puis à Chavagniat (775) , ou reste sur le granité et l'on trouve le gneiss avant d'arriver à Pradailles. C'est encore la même roche aux Fournets , au Mas de MoDS» à Préjurade et à Ville-Gourtis. Le gneiss forme une lie an milieu des granités , et comme il occupe les points les plus élevés , il est probable que c'est un lambeau du terrain primordial qui aura été soulevé lors d'une éruption granitique. Les villages de Rouville , Ivaberts » du Vernet (768), Mirât , la Vaisse sont sur le granité qui constitue aussi tous les monticules qui les environnent. Feuillargues (780) est sur le même terrain, maisBargnes, un peu plus au sud, est sur le gneiss. Les roches primitives feuilletées reparaissent
332 TERBAinS PRIMITIFS.
donc 9 mais bientôt elles disparaissentsoas les argiles dès que Ton se rapproche de Marsat.
De l'autre côté de l'ancien lac da Livradois » c'est-à-dire à l'est de Marsat, on rencontre le bord granitique à la Greleyre ; Halmenaide (782j et Clavières sont sur le gneiss ; mais au nord « la falaise qui se prolonge le long du lac est entièrement granitique. En suivant la limite , au sud d'Espinasse» tout est gneiss ou micaschiste. La hauteur de celle falaise, derrière Beurières» Couraille, etc., est d'environ 725 mètres.
LA FOBIE. JOB.
La Forie , joli village éloigné d'Ambert de 5 à 6 kilomètres , nous parut plus rapproché des montagnes que la ville d'Ambert et mieux approprié à nos explorations.
Ce village (716) est situé sur le bord même du bassin d'Ambert, mais sur le granité qui vient toucher aux argiles sableuses. La Cartonie, au nord de la Forie, est encore sur la roche primitive ; mais si l'on veut traverser la vallée pour aller à la Tour-Goy on , on passe sur des argiles sableuses qui indiquent la pointe insensiblement rétrécie de l'ancien lac qui se terminait à Job. De la Tour-Goyon , nous dirigeant vers le nord , nous ne vîmes que granité sur une immense étendue , aux Chabriers (610), à Vialette, à Chante-Merle, à Cruxiol , auxChassaings, au Vernet, au Fraisse (747), et montant toujours sur la même roche , nous arrivâmes enfin À Tarrit , misérable village , dont toutes les maisons sont dispersées au milieu des blocs de granité ; nous montâmes encore pendant très-longtemps, et nous atteignîmes enfin un bois de Sapins où les blocs de granité blanc, d'abord dispersés , finissent par être amoncelés au sommet.
CANTONS DE saint-germain-l'herm , etc. 333
En redescendant à Job par la Brècherie , noas vîmes un filon de quartz assez paissant dont les masses s'étendent de tons côtés jasqn'aoprès de Ciamoni (671). Ce quartz n'est pas blanc, mais jaunAtre et un pen ferrugineux. Le village de Job est sur le granité au pied de ces montagnes, à 3 ou 4 kilomètres de la Forie.