CHAPITRE CXXIV
'Vttleam situés aa nord da pny de Dôme. — Le petit piiy de
Ddme et le pny de Farloii*
Le pelU puy de Dôme. — Tout à cAté du puy de DAme
et ao nord de celle masse de trachyte, s'élève une montagne
8 TERRAINS LAVIQCES.
de scories (1,268 R) qui a reçu le nom de petit puy de Dôme. Ses relations avec le grand puy de Dôme sont éudentes , et ce contact immédiat ne peut être fortuit. Nous ne reviendrons pas sur les causes que nous avons assignées à cet assemblage en nous occupant de la théorie des monts Dômes.
On ne voit sur cette montagne que pouzzolanes et scories. Ces dernières » fratches et celluleuses , forment une double rangée d*éroinences irrégulières, au milieu desquelles on distingue un joli cratère de dégagement qui n'a donné que des produits gazeui. C*est le met de ta Poule, profond de 89 mètres, si Ton mesure sa profondeur du point le plus élevé de son pourtour, et de 35 seulement si cette différence est établie entre le fond et son bord méridional (fig. 165).
Des blocs de domite , des fragments de lave grise sont dispersés sur la pelouse qui , presque partout , cache les scories. Puis à mesure que Ton s*élève au sud , les scories font place au domite qui forme la masse entière du grand puy de Dôme.
Les cellules nombreuses des scories sont quelquefois tapissées de lamelles de fer oligiste qui brillent au soleil , et qui proviennent sans doute de celte abondante sublimatiou qui s*est condensée dans les Assurés do domite. C'est la suie brillante du feu \olcanique éteint depuis longtemps.
Le nid de la Poule n*est p:is le seul cratère de cette montagne. A l'ouest des monticules de scories, un autre se présente moins profond et moins caractérisé, gazonné comme le premier. Un très-petit crolèrc, négligé sur la Carte à cause de son peu d'importance, se présente encore , si l'on sait le pied de la montagne pour se diriger vers Pariou.
Enfin » à l'ouest du petit puy de D6me , il y a encore un
cratère latéral ouvert en demi- cercle et d'où s'échappe une coulée de lave qui parait se diriger vers Ceyssat en longeant la base du grand puy de DAme à l'ouest. On voit , en eiïet, une coulée qui se divi.^e à son extrémité. Une des branches semble descendre de Montroeyre et arrive sous les premières maisons de Ceyssat , tandis que l'autre branche , passant sous les Tavernes et sous Téglise « supporte les maisons des Girots et ne se termine que plus loin. Il se peut aussi que cette coulée aille se confondre avec celle de Côme , vaste désert où certainement plusieurs laves différentes sont venues se réunir.
On a jusqu'ici considéré le petit puy de D6me comme une montagne de scories sans coulée de lave, et cependant nous venons d'en citer une qui sort bien évidemment de sa base. Ce n'est pas la seule. En contournant le puy de Dôme à l'est 9 on remarque plusieurs points scoriacés que l'on ne peut attribuer directement au petit puy de Dôme, mais qui se rattachent pourtant à ce cône d'éruption. La pression que le puy de Dôme exerçait par sa masse sur ce terrain a forcé les lave^ de sortir par le pied de la montagne.
Là , en effet , ce sont des points scorifiés , sans cratère, mais qui montrent la lave bouillonnante s'échappant et courant vers la plaine. Des fentes ou de simples points éruplifs ont permis la sortie. Ces matières fondues se réunissent sur la plaine élevée qui est à la base des puys , et forment une large nappe à laquelle ont probablement contribué deux petites éminences scoriacées, situées au nord-est du puy de Dôme , et désignées sous les noms de Chuquel-Couleyre et Chuguel'Genesloux. Selon M. Poulett Scrope, le premier de ces deux monticules aurait produit la lave que nous attribuons à la base du puy de Dôme. Ce sont certainement
4 TEERAIHS LAV1QCES.
deax points éraptifs » et le dernier des deux renferme de grosses masses de granité à mica bronzé et des bombes volcaniques dont les noyaux sont en granité. Souvent aussi des fragments de granité ont leur surface fondue et vitrifiée avec de petites scories adhérentes.
Rien de plus bouleversé que cette petite plaine couverte de pouzEolanes , de scories et de lave. Rien de plus sec que ces terrains absorbants» sur lesquels Teau ne peut séjourner un instant et que les pluies mouillent à peine sans pouvoir les imbiber.
On peut suivre » en descendant, ce désert de lave jusqu'à Enval f où Ton remarque une sorte de tuf peut*étre moderne et de Tége de la lave, probablement plus ancien et de l'époque des basaltes.
Une branche de cette lave noire et pyroxénique va rejoindre celle qui descend deTariou» laissant le village d*Orcines dans une tk granitique, tout entourée de flots de lave et d'amas de pouuolanes. L'autre branche , c'est-à*dire la coulée principale, traverse b grande route du Mont-Dore» se rétrécit et descend à Font-de-l'Arbre » là elle laisse échapper une source magnifique. Un peu plus bas des sources plus abondantes encore sortent à Fontanas , et vont arroser les prés et les vergers d'une admirable vallée. On aperçoit , dans le fond de cette vallée , le cours de cette lave. Elle forme saillie et se maintient longtemps , à une exception près» sur la rive droite du ruisseau. En approchant de Royat, elle passée sur la rive gauche, puis le ruisseau la partage, et, enfin , elle arrive au village.
Presque toutes les maisons de Royat sont situées sur cette lave. Celle de Gravenoire vient la joindre , non à la partie supérieure du village qui est bAti sur l'arkose et sur le gra-
fiite , mais plus bas » près de sa sortie. Cette lave de Graranoire est séparée de celle dont nous venons de suivre la trace par le ravin qui longe le chemin de Clerroont. La lave de Gravenoire continue de former les escarpements et les déchirures qui dominent Saint-Murt , puis elle s'élargit et s'arrête près de Montjoli.
Une seule source » à Royat , sort de la lave d<*. Gravenoire. Elle se trouve dans le haut du village. Les autres » si abondantes et si limpides, s'échappent de l'extrémité de la coulée de Fontanas , laquelle s'arrête à Royat » un peu au delà de la prise d'eau des fontaines de Clerroont. La lave ^ à son point d'arrêt, forme un petit promontoire situé entre deux ravins. Dans l'intérieur de Royat, cette coulée est ellemême partagée en deux par le ruisseau , et c'est cette coupure qui a mis à découvert la jolie grotte et ses charmantes cascatelles.
Le puy de Pariou. — Si le puy de Pariou n'est pas le plus intéressant des volcans modernes de la chaîne des puys, il est certainement le plus connu et le plus visité. La facilité de ses abords , la proximité de Clerroont et la conservation de son magniGque cratère, sont des raisons suffisantes pour justifier cette prédilection.
Pariou se distingue de loin , au milieu des autres cônes» par sa longueur et par une espèce de pointe située à l'ouest de la montagne. Le chemin le plus court et surtout le plus commode pour visiter le volcan , en partant de Clerroont p est de suivre la grande route de Limoges qui passe au pied même de la montagne; mais si l'on veut (aire à pied une promen.ide aussi intéressante qu'instructive , laquelle peut s'accomplir en une petite journée, nous conseillons de suivre» pour aller» Tune des branches de la coulée de lave qui sort
da cratère » et de redescendre par Tautre branche da coarant.
A peine a-t-on traversé le village de Chamalières , que Ton aperçoit le front de la coulée de lave qui se présente sous la forme d*un rocher très-saillant. L*eau s'échappe en abondance de !*eitrémilé de cette lave , et sa présence a déterminé remplacement d*une maison de campagne désignée bous le nom de Fontmort.
Il y a environ trente ans , on ouvrit nne carrière an pea an-dessus de Fontmort , sur la lave même qui , en cet endroit, présente de très-beaux vignobles. La lave était d*un grain 6n , d*un gris bleuâtre , poreuse, et contenait des fragments de feldspath blanc ; ses fissures étaient tapissées de fer oligiste, en paillettes ou en cristaux bien caractérisés.
Le propriétaire eut l'idée d'atteindre U base de la coulée, espérant y rencontrer de l'eau. Un puits fut percé dans le rocher , et en peu de temps on atteignit la buse de la coulée. On vit alors la partie inférieure de la lave toute couverte d'aspérités; dans quelques endroits , elle reposait sur des masses de cendres et des fragments de lave ; ailleurs , un cours d'eau , qui se divisait sous cette voûte , avait entraîné le terrain et creusé des galeries qui s'étendaient assez loin. Le sol , composé de cailloux roulés , était fort inégal et forçait le cours d'eau de se diviser à l'infini. Chaque filet d'eaa prenait une direction; les ons passaient sous des voûtes d'abord élevées , et ensuite tellement surbaissées, qu'il était impossible de les suivre ; d'autres disparaissaient immédiatement sous des masses de cendres agglutinées, glissaient sur des pentes rapides , et le bruit de leurs eaux s'entendait longtemps encore après qu'elles avaient disparu.
Toates ces eaux étaient parfaitemeot limpides ; quelques filets seulement entraînaient des cendres et des grains de pouzzolane , qui tourbillonnaient quelque temps et se déposaient sur le sol qu^ils exhaussaient peu à peu » en sorte que ces petits cours d*eau devaient souvent changer de lit. Ils avaient i peine quelques centimètres de profondeur et coulaient sur un sable noir» dont Tbumidilé augmentait encore Tintensité de la couleur. Aucune trace de végétation , pas le moindre Lichen « ne paraissait sur ces voûtes que Pair extérieur baignait pour la première fois depuis des milliers d'années; et quand on passait de la surface du courant de lave échauiïé par le soleil , dans la grotte obscure arrosée parce ruisseau souterrain, on croyait pénétrer dans un lieu incendié où Peau venait d*éteindre la flamme , sans enlever la couleur noire des parois enfumées.
Un peu plus haut, un autre puits fut creusé et conduisit aussi dans une grotte arrosée par le même cours d'eau , lequel est évidemment celui qui s'échappe à Fontmort. Ces grottes, dont le sol fut nivelé, sont maintenant des caves spacieuses , continuellement rafraîchies par les eaux limpides qui les traversent.
Le 20 mai 1862 , nous sommes allé visiter une excavation profonde sous cette même coulée , et à une petite distance de Fontmort. Nous avons été frappé» dans une large coupure, de voir la lave divisée en grandes couches mollement arrondies et ondulées comme des vagues oscillant doucement et tout à coup surprises et solidifiées. Le dessus est entièrement composé de fragments irréguliers » souvent sco« riacés. Le dessous de la coulée, que Ton a mis à jour sur Bne assez grande étendue » est entièrement scoriacé » et dans les lieux où le plafond de la grotte laisse distinguer facile-
8 TERBAIHS LAV1QUES.
ment le dessous de la lave » on voit celle-ci divisée , scoriacée, couverte d*aspérité$ et présentant par sa couleur noire l'apparence des scories de nos fourneaux et Taspect d'un incendie qui vient de s'éteindre'.
Le propriétaire de cette grotte poursuivait avec persévérance un Glet d'eau pure qu'il espérait augmenter. En efTet, il avait atteint le sol d'une ancienne vallée recouverte par la lave. Non-seulement ce sol était indiqué par des cailloux roulés et des argiles , mais par la présence de terre végétale noire et fortement comprimée.
Plusieurs arbres dicolylédons , volumineux , croissaient dans cet ancien sol. On a mis leurs racines à découvert et on a laissé subsister la base d'un tronc tenant au sol par de fortes racines. Ce sont évidemment les restes d'une forêt anté-volcanique qui occupait le fond de cette vallée, et dont la lave a brisé les arbres et recouvert les racines abritées par Qo sol humecté.
Un objet long de plusieurs mètres gisait aussi dans ce soi. Son diamètre et sa forme indiquaient une défense d'Eléphant, mais l'état gélatineui dans lequel se trouvait l'ivoire n*a pas permis de l'eitraire. Cette défense paraissait entourée d'une sorte d'écorce en fer hydroxydé.
Toutes les coulées de lave moderne de l'Auvergne recouvrent ainsi les ruisseaux qui occupent le fond des vallées où elles ont coulé. On remarque partout ces amas de cailloux roulés qui exhaussaient continuellement leur lit • jusqu'à l'époque où la lave vint arrêter leurs cours. Plus haut , le courant de lave qui occupe le fond de la vallée de Villars ae rétrécit à plusieurs reprises et laisse échapper encore quelques sources embellies par la plus fraîche et la plus gracieuse végétation.
On passe soas Tescarperoent basallîqae de Prudelles, dans une vallée que les eaux ont creusée dans le granité.
On continue de suivre la coulée. Lu lave forme çà et ià des monticules irréguliers , accompagnés de cendres et de scories , puis on arrive à Villars » hameau bâti sur la lave. Les rochers deviennent plus nombreux ; ils couvrent une petite plaine de leurs aspérités. En s'élevant sur une des éminences granitiques qui dominent la lave , on voit que le courant s*est élargi considérablement au-dessus de Villars; il s'y est formé un lac de matière fondue, qui s*est étendue sur le sol presque horizontal en cet endroit., et c'ebt de là qu*es)t partie la bande étroite dont nous venons de remonter le cours et qui est allée s'arrêter à Fontmort. {fig. 17» tome 1 , page 180).
Rien ne nnosque l'étendue et la surface de cette petite plaine de lave que Ton nomme scheire de Villars. Audessus, le courant se rétrécit, sans se montrer nulle part aussi étroit que dans la vallée de Villars. La penle est faible, la lave s'est étalée; on arrive au hameau de la Barraque.
Là le sol est rendu plus inégal encore par des tas de scories qui recouvrent la lave et font pressentir que Ton approche de l'issue dont elle s'est échappée. Eiïectivement , la grande route que l'on vient de rejoindre est tracée an milieu du courant. A droite et à gauche s'é'.èvent des monticules de laves ou de scories ; partout le sol est jonché de rochers, et quelques espaces cultivés, formant de petites oasis aa milieu du désert, attestent le travail et la patience de l'homme bien plus que la fécondité du terrain.
On laisse à gauche le village d'Orcines, situé très*près de la coulée, sur le sol primitif; on traverse des Bruyères dont la lave est en partie couverte , et l'on arrive enfin au
iO TERRAINS LAVIQ€E8.
pied des cAnes volcnniques que Ton distingue très-bien dès que Ton a atteint la Barraque. Il inut cependant une heure pour franchir la distance qui sépare Pariou du hameau.
En approchant d*un pont de pierre qui existe sur la route, près du hameau de Chez-Vasson , on voit è droite des couches puissantes de pouzzolane noire ; tantôt les grains en sont très-fins , tantôt ils ressemblent i de petites scories » et l'on trouve, quoique rarement, au milieu de ces sables volcaniques , des scories noires assez volumineuses d'une eitrème légèreté.
A mesure que l'on avance , la pouzzolane devient pins abondante ; elle occupe tous les interstices que laissent les blocs de lave , et forme souvent une couche assez épaisse à
leur surface.
On continue de s'élever par une pente très-douce, en s'approchant de plus en plus des montagnes régulières qui se présentent en face. A gauche de la route se trouvent Pariou, le Pelit-Suchet , le petit et le grand puy de Dôme ; è droite le puy des Goules qui semble tenir au puy de Sarcoui, montagne domilique des plus régulières et offrant l'aspect d'une calotte renversée.
On marche toujours sur la lave ; on rencontre plusieurs carrières oii cette lave est taillée comme celle de Volvic , et quoique son grain soit moins fin et ses pores plus grands , elle prend bien le mortier et s'emploie avec avantage dans les construct'ons.
Très-près du volcan, et sur la gauche do chemin, M. Fouilhoui , minéralogiste instruit et zélé , nous a fait remarquer deui cavités remplies de scories et de blocs de rochers. La nature de ces matériaux est entièrement différente de celle de la lave et des matières scoriacées qui Tac**
compagnent. On y distingue de grosses masses de trachyte noir, avec quelques cristaux de feldspath, et surtout une grande quantité de scories rougeâlres, et quelquefois tellement compactes, qu*on les prendrait plutôt pour du domite fondu que pour une modification delà lave de Pariou.
Le voisinage des puys domitiques ne peut laisser aucun doute sur Inexistence d'une couche de cette nature , à laquelle le contact de la la\e incandescente aurait fait éprouver les modifications dont nous venons de parler. Le fait est que toutes ces scories sont dues à deux petits points d'éruption qui, dans cet endroit, ont percé la couche de lave.
On est alors pour ainsi dire , au pied des montagnes que Ton «percevait de si loin , et bientôt la route est resserrée entre deux cônes de scories dont la hauteur semble à peu près la même; à droite est le puy des Goules, qui s*élève à 1,149 m. ; i gauche est celui de Pariou^ qui surpasse le premier de 66 m.
Le mieux est de gravir le puy des Goules jusqu'à la moitié de sa hauteur, ou d'en atteindre le sommet si l'on désire visiter aussi le cratère peu profond qui le termine , et dans lequel se trouvent dispersés quelques blocs de trachyte.
Lorsqu'on a atteint la moitié de la hauteur du puy des Goules, on est au point le plus convenable pour prendre Dne idée générale de Pariou. On voit alors que le volcan offre deux cratères bien distincts ; un supérieur qui parait profond , i en juger par la grande élévation de l'un de ses bords, et un autre bien plus grand , qui, du lieu où l'on se trouve , parait entourer toute la montagne , sous la forme d'une ceinture qui aurait la moitié de sa hauteur. Celui-ci
12 TEBRAIHS LAVIQCES.
est le «érîuble cratère dont la roulée de lave est sortie , et le cAne régulier dans lequel e^t creusée la coupe magnifique du sommet e$t sorti de l'ancien cratère postérieurement à Téruption de la lave. Celle-ci s*est épanchée du cAté du puy des Goules , c'est-à-dire %ers le nord , et a changé pre>que aussilAt de direction pour couler à Test. On voit distinctement Id brèche qu'elle a faîte à Tanoten cratère pour s*en échapper ; on remarque quelques ondulations et un grand nombre de monticules formés de lave et de scories. Ces monticules s'abais«ent graduellement i mesure qu*ils s'é-> loigneut du cratère; la coulée s'élargit, suit la pente da sol, et se distingue encore au loin à la couleur blanche des Lichens qui recouvrent ses rochers.
On croirait , si l'on en jugeait seulement du point où Ton se trouve « que le ^eco^d cratère , celui qui a donné issue à la lave, entoure entièrement le cône de scories qui le domine; mais il occupe seulement un bon tiers de sa circonférence au couchant et au nord. Au sud et au levant , et même en partie au couchant, toute la montagne ne présente qu'une pente unie , depuis la pointe qui domine 1^ cratère» jusqu'à sa base qui touche celle de Clierzou , du Petit- Su* chet et du petit puy de DAme. L'ancien cratère dont nous venons de parler forme une espèce de crête qui porte le nom d'Argnasiou et qui sépare complètement Pariou da grand et du petit Fraisse, situés tous deux au nord-ouest du volcan qui nous occupe.
Le cAne intérieur qui n*a donné issue à aucune coulée , et qui s'élève à une h.iuteur de 114 m. au-dessus de la route et de 1 , 1 23 au-des«us de TOcéan , présente partout une pente sensiblement égale et que l'on peut évaluer à 35 degrés ; c'est à peu près celle que prendraient des ma-
KORD DU PUY DE DOME. i 3
tîères pulvérulentes qui étant projetées è une certaine élévation , retomberaient en s'accumulant autour de rorifice dont elles seraient parties.
Quand « du puy des Goules, on a vu d*Qn coup d'œil le Taste appareil volcanique dont Pariou nons a conservé Tensemble , il faut atteindre le volcan lui-même et étudier successivement les détails qu'une première vue ne permet pas de distinguer.
On entre d*abord dans la vaste échancrure dont la lave est sortie ; on marche sur des rochers amoncelés que cache souvent une végétation vigoureuse , et l'on ne tarde pas à remarquer une espèce d'escarpement formé par de gros blocs de lave qui paraissent avoir été séparés des autres par une secousse violente. On les voit suspendus et placés sur deux rangées , qui s'abaissent graduellement vers le centre pour se confondre en un demi-cercle. Ces blocs établissent à l'entrée du cratère inférieur, une sorte de barrière qu'il est facile de franchir.
Ils sont formés d'une lave grise ou violette, très-compacte , d*une pesanteur spécifique de 2,69, trop tendre pour rayer le verre , et fondant au chalumeau en émail gris-verdAtre un peu transparent. Elle offre rarement des vacuoles et contient quelquefois de très-petits cristaux d'amphibole et plus souvent du feldspath.
On voit sous cet escarpement quelques grottes peu profondes, tapissées en été des frondes légères du Polypodium dryopteris , puis on entre dans le petit vallon formé par la crête d'Argnassou. On y reconnaît facilement le bord d'un cratère, et à l'extrémité de ce vallon quelques cavités cratériformes indiquent encore d'anciens soupiraux.
£o montant lentement , on n'emploie qu'une demi-heure
14 TERRAINS LAYIQUES.
pour arriver aa sommet du cône intérieur , et l*on jouit alors de la vue d'un des plus beaux cratères de TEurope.
Des proportions régulières , une pente assez douce « des contours arrondis dans tous les sens» et la verdure riante qui en revêt les parois, éloignent pour un instant l'idée d'un cratère; il étonne par ses dimensions; il platt par sa forme et sa végétation ; mais le fracas d'une éruption volcanii^ue revient bientôt è Timagination. On croit voir encore l'air obscurci par les nuages de scories qu'il élevait dans l'atmosphère ; on croit entendre le bruit souterrain des gaz et des vapeurs qui cherchaient è se frayer une issue » entraînant avec elles ce qui s'opposait à leur passage » et cependant tout est calme , tout est tranquille » et les papillons voltigent sur les flancs du cratère.
On peut facilement en faire le tour , et l'on voit que ses bords sont inégaux. La pointe qui forme le sommet du puy et qui atteint 1,215 m. d'élévation absolue et 114 audessus de la route , a 22 mètres de plus que l'oreille septentrionale.
a Le bord du cratère de Pariou, près de Clermont, dit » M. L}ell , est tellement aigu et a si peu souffert des in- » jures du temps, qu'à peine ofTret-il une place pour s*y » asseoir. » Ce cône est effectivement très-bien conservé ; mais nous pouvons assurer que plusieurs centaines de personnes peuvent s'y reposer À l'aise.
Du point culminant au fond du cratère on trouve la profondeur de 93 m. Ainsi, en retranchant ce nombre de 114, mesure du cAne au-dessus du chemin , on voit qu'il ne s'en faut que de 21 m. pour que le fond du cratère soit au niveau de la grande route. Le cratère parait rond ; son diamètre est de 310 m. et dépasse par conséquent trois fois sa
profondear. Une pente des plus uniformes conduit du sommet de Pariou à sa base méridionale, qui n*est élevée que de 990 m. 9 tandis que la route qui longe, au nord « le pied de la montagne » atteint 1 ,001 m. En sorte que celte pente, qui a 35 degrés, comme nous l'avons déjà dit , s'étend sur one dilTérence de niveau de 135 m.
On voit très-clairement, sur ce volcan que Ton doit dis-* tinguer , les cratères qui ont fourni des coulées , de ceux qui n*onl lancé que des scories. Ces derniers sont toujours plus OQ moins réguliers, bien conservés , d'une pente uni* forme, tandis que la matière fondue qui est sortie des autres a presque toujours détruit un de leurs côtés.
Un grand nombre de volcans de la chaîne des monts DAmes ont eu, comme Pariou, deux éruptions successives : la première a donné la lave ; la seconde a comblé le premier cratère en s'élevant sur ses ruines , et n'a pas eu la force de former un second courant. Quelquefois, on retrouve^ comme ici, les vestiges de l'ancien cratère; plus souvent , il a complètement disparu , et plusieurs couronts , dont la véritable origine a été cachée par de nouveaux produits, appartiennent à des montagnes qui semblent n'avoir lancé que des scories.
Le cratère de Pariou , si remarquable par ses belles dimensions , oiïre , dans ses parois , une inclinaison de 35 degrés comme celle de la montagne; il a la forme d'un entonnoir très-évasé, dont le fond serait formé par une petite plaine. Aucun rocher, aucun ravin ne vient déranger sa régularité ; c'est le plus beau et le plus vaste amphithéâtre que l'on puisse voir. Plusieurs milliers de personnes pourraient y tenir à l'aise. Quelques géologues se rappellent peut-être encore la réception amicale qui leur fut faite dans
16 TEREAINS LAYIQUES.
ce cratère par les membres de rAcadémie de CIcrmont. C'était le 30 août 1833. La salle de feslin avait pour plafond Tazar du ciel et le soleil pour Téclairer : ses tentures étaient Therbe fratche et les fleurs qui cachaient rancien incendie du volcan. Jamais cratère et géologues ne furent plus amicalement fêtés et chantés avec plus dVsprit.
Le cône de Pariou paraît entièrement formé de scories rougeAtres , légères et très-ferrugineuses. Partout où Ton peut observer quelque déchirure sur la pelouse , on rencontre la même nature de roches , et ce n*est que vers sa base méridionale que Ton trouve accumulées des couches puissantes de pouzzolanes.
Le point culminant du cratère présente cependant une roche dilTérente et a^sez singulière ; c*est la réunion d'un grand nombre de petits fragments de lave , plus ou moing scorifiés, plus ou moins volumineux , agglutinés par on ciment jaune de nature feldspathique. La juxtaposition des fragments laisse des vides quelquefois tapissés par un pea d*ozyde de fer rouge.
La pelouse qui couvre la montagne empêche de savoir si tout le contour du cratère est formé par cette roche ; cela est probable , et c'est peut-être à l'adhérence que tous les fragments de cette roche ont contractée entre eux ^ qu'est due la plus grande élévation de cette partie du cratère.
Cette brèche feldspathique, ou du moins quelque chose d'analogue , se retrouve i peu près à mi-c6ne de Pariou* entièrement décolorée , avec cavités parsemées de fer oligîste. C'est M. Rousseau* teinturière Clermont» et qui s'occupe avec zèle de géologie et de minéralogie, qui a découvert ce curieux gisement. Ce sont évidemment les mêmes circonstances qu'au puy de la Vache , mais les scories
tu
NORD Wi PUT HE DOME. { 7
agglutinées qtiî forment cette brèche sont bien moins friables et se laissent f^içonner en jolis échantillons.
Toute la minéralogie du volcan se borne, comme nous venons de le voir , à quelques échantillons de laves et dt scories; on ne trouve ici aucune substance pari icu hère , aucun minéral digne de fi\er l'attention. Peut-être en auraiton découvert quelques-uns sans la belle végétation qui coik vre toute la montagne.
La vue du sommet de Pariou est magnîGqne, c'est à peu près la même que celle que nous avons décrite du sommet du puy de Dôme.
Après l'avoir admiré , on peut descendre facilement sur tous les points de la montagne. Il est peut-être préférable de suivre un chemin qui se dirige vers le nord-est . et dont la pente est très-douce. Unefois è In base du cône, ce chemin traverse le commencement de la coulée , et l'on remarque à droite et & gauche un certain nombre de monticules de lave . qui ne sont pas dus è l'accumulation de la matière fondue, mais à de petits centres d'éruption qui se sont manifestés sur le courant même , et ont produit ces boursouflures que l'on remarque sur la plupart des coulées à peu de distance des cratères dont elles sont sorties.
Comme en arrivante Pariou, on a remonté, parla vallée de Villars , une des branches de la codée , on en suit une autre pour redescendre , et, pour aller la joindre , on longe la lisière gauche de la cheire.
Celle-ci , après avoir recouvert un assez grand espace , borde la montagne primitive de Côte-Verse, et s'étend plus ou moins selon la pente du terrain. Elle est toujours appuyée sur le granité dont elle est pourtant séparée par de grandes masses de pouizolanes. Ces sables volcaniques sont très-
iS TERRA1KS LAVIQUES.
abondnnts sar ce cAté de la coulée , tandis qu'on en trouve très*peu sur Tautre bord On arrive an hameau de Cressi^ nier^ où des sources qui s'échappent de la lave appellent les prairies et une belle végétation. De grands amas de ponzlolanes eii>tent aussi aui environs.
La dernière maison du Cressinier est encore bfltie sur la lave^ qui* bientôt après* forme plusieurs monticules* d*où Ton jouit d*une vue magnifique. On a « au-dessous de sot^ les plateaux basaltiques de Chanturgues « des Côtes et de PniJelles qui semblent n'avoir formé autrefois qu'une seule nappe. Au delà , Tœil suit au loin les contours de la Lima-» gne, dont le fond , autrefois couvert par les eaux , est maintenant traversé par TAIIier et par la Dore « et dont le fol, parsemé de villages , est relevé çà et là par des pics basaltiques.
Enfin, plus près de soi, on remarque quelques émincnces granitiques qui arrêtèrent un instant le cours de la lave et la forcèrent de s'étendre au loin. Le courant s'élargit et recouvre le sol depuis le Cressinier jusque Chez-Vasson* auberge bâiie sur le bord de la route, et de là jusqu'à l'église d'Orcines* située sur le terrain primitif, près de la rive droite du courant. C'est de celte large nappe que s'échappe la fa^e dont nous avons remonté le cours dans la vallée de Villars , et celle que nous allons suivre dans la vallée da Cressinier. La dipue que présentaient les monticules dont nous a^onsdéjà parlé n'étant pas insurmontable, la matière incandescente trouva bientôt un passage , et, favorisée par une pente rapide et une pression considérable , elle s'écoula rapidement dans la vallée qui s'ouvrait devant elle. On la voit tourner pour éditer les angles, se rétrécir un peu avant d'atteindre la base de Prudelles , qui présente de ce côté*
IfOBD DU PUT DE DOME. 1 9
comme da cAté de la vallée de Yillars , les bords escarpés d*un plateau basalliqae.
La lave arrive à la base de grandes masses granitiques couvertes de Fougères et de Licbens jaunes et sa pente devient moins rapide jusqu'au village de Durtol. A droite* la vallée est couronnée par le basalte en prismes informes du plateau de Prudelles ; à gauche , elle est dominée par des collines de granité ; sur les deux versants , on remarque une grande quantité de pouzzolanes noires qui semblent même 8*étendre depuis la lave jusqu'au basalte. Quelques vallons qui viennent s'ouvrir du côté du nord présentent aussi de grands amas de pouzzolanes , et les cours d'eau qu'ils amènent disparaissent après un court trajet sur ces matières poreuses.
Un peu avant d'arriver à Durtol , la vallée s'élargit et la lave disparaît presque totalement sous les sables volcaniques qui s'étendent à droite et à gauche, et occupent même tout le fond d'une vallée latérale qui monte à Sarsenat. Ces sables sont nivelés dans les environs du village et déposés sur une épaisseur de plus de dix mètres en couches d'inégale puissance. Il existait en cet endroit , avant l'éruption Tolcanique* une espèce de bassin oii les eaux qui entraînaient les pouzzolanes vinrent s'arrêter , jusqu'à ce que les matières qu'elles charriaient , aient suffisamment exhaussé le sol pour faciliter leur écoulement.
Cette localité fournit « depuis très-longtemps , la majeure partie des pouzzolanes qui s'emploient dans les constructions de Clermont. Aussi on a creusé de si grandes cavités que f dans certains endroits « on a atteint la terre végétale qui se trouve au-dessous , et l'on a formé de petits champs cultivés sur le sol qui existait avant les éruptions de Pariou.
20 TEREAIHS LAVIQDBS.
On a fait • dans les environs de Dartol « plusieurs tentatives pour se procurer de Peau , mais toujours san9 succès* Les pouuolanes qui encaissent* pour ainsi dire, la coulée, ne laissent pas échapper la moindre trace de liquide. Dès le Cresninier, on remarque des cendies grises sur lesquelles b lave s*est épanchée , et ces cendres deviennent encore plus fines <*t plus abondantes dans les entrons de DurtoL
On peut voir, dans celte dernière localité , que la coulée de lave repose sur des cailloux roulés; mais un peu au delà du vilUge , on rencontre une coupe naturelle qui oiïre plus d*intér6t. Le long du chemin qui conduit à Chanat, les pluies d'orage ont creusé un profond ravin qui laisse voir toute répaissenr du courant et une partie du terrain suf lequel il repose. On remarque* immédiatement sous la l^ive, une couche de cendres grises eitrémement fines, dont les grains adhèrent quelquefois , et se présentent alors comme de petits fragments de lave que la pression réduit en poudre. Cette poudre, riaminée au microscope, oiïre des grains grii transparents qui paraissent entièrement composés de très-petits cristaux ou de fragments de cristaux de feldspath. Quelques points noirs qui s*y trouvent mélangés paraissent être des parcelles de pouzzolane. Leur pesanteur spécifique est encore de 2,50. Ces cendres sont mélangées de scorie» et de fragments de lave ; elles forment une couche dont l'épaisseur varie, et qui est encore séparée des cailloux roulés par un lit de pouzzolane noire. On remarque donc ici les superpositions suivantes : terre végétale, — lave, — cendres grises,^- pouzzolane noire, — cailloux roulés, — granité.
On trouve sur la gauche du chemin de Chanat d'énormes amas de pouzzolanes. Les Châtaigniers y sout enfoncés
ja$([Q*à la moitié de leurs troncs, et prouvent ainsi que ces sables volcaniques tendent à combler les vallées en exhaussant leur sol de quelques décimètres par siècle.
Le courant* qui suit alors une pente très-douce, s'élargit sensiblement : le bois de Nohanent en couvre toute Textrémité , et le village de ce nom , bâli sur les derniers Oots du courant , profite des sources limpides qui paraissent enfin sur le soi, après leur long trajet souterrain.
Connaissant maintenant les faits nombreux que nous présente le volcan de Pariou , nous pouions essayer d*en tirer quelques conséquences, et d'abord quelle est la masse de sespruduits?
En supposant Pariou exactement rond , ce qui est h peu de chose près l'expression de la vérité; connaissant Tangle que présentent ses pentes, le diamètre et la profondeur de son cratère , on peut facilement en déduire la masse entière de la montagne.
Le calcul donne pour cette masse 14, il 3,626™ cubes.
Le cAne est presque entièrement composé de scories et de pouzzolanes, parmi lesquelles on rencontre égdiement iesi fragments de lave. On peut donc attribuer i la matière qui compose Pariou une pesanteur spécifique de 2, 05.
Le calcul donnerait alors à la monta<;ne le poids de 30 milliards 168 millions 614 mille 600 kilogrammes.
La lave qui en est sortie offre une masse bien plus considérable ; elle a rouvert le sol sur une étendue de 412 hectares, ce qui fait 4,120,000 mètres de surface.
Son épaisseur moyenne est assez difficile à calculer. Elle est considérable à la sortie do cratère ; elle diminue ensoite , et augmente de nouveau dans les lieux oà la lave a formé des espèces de lacs. Quand les pentes deviennent ra-
22 TEBEAnCS LAVIQUBS.
pides , elle s'étend 9ans prendre une grande épaissear, et, enfin , la matière fondue « com^mençant à se refroidir et avançant plus lentement » sVst accumulée aux exlrémitéfl do courant ou elle 8*est arrêtée.
Dans plusieurs endroits « la lave a plus de 20 mètres d'épaisseur ; dans d'autres, elle a à peine 3 mètres ; mais, comme elle a nécessairement coulé dans des vallées qui sont entièrement recouvertes ou comblées par elle, nous ne vo}ons que les bords du courant qui sont toujours élevés au-dessus du terrain , et nous ne pouvons juger l'épaisseur delà lave dans son milieu, c'est-à-dire au point où elle doit être la plus grande.
D'après les différentes mesures que nous avons prises dans un grand nombre de localités, nous pensons pouvoir donner 10 mètres comme épaisseur moyenne sur les 412 hectares; ce qui donne pour toute la coulée 41, 200,000 mètres cubes. La moyenne de la pesanteur spécifique de la lave étant 2,65, on a, pour poids approximatif de la coulée, la masse énorme de 109 milliards 180 millions de kilogrammes. On peut bien en déduire 1|5 pour toutes les ca«vîti's , fissures , etc.; mais aussi on peut ajoutera la coulée* ce cinquième , c*est-i-dire 8,200,000 mètres cubes de cendres et de pounolanes , qui , ayant à peu près 2 de pesanteur spécifique , représentent une masse de 16 milliards 400 millions de kilogrammes.
Ainsi en récapitulant les différents produits de Parioa :
Mètres fubct. Kilngrammes.
Masse di^ la montagne.. 14,413.626 30.268.614.600 Mhsm de la couIi'h*. . . . 33,000.000 87,344.000.000 Gendres ou pounolanes 8.200 000 16,400.000.000
On aurait 75,613,626 ou 134,012,614*600 k.
KORD DU PUT DE DOHE. 23
poor toute la matière que Pariou aurait lancée de Tintérieur à l'extérieur du globe. Si ces matières étaient répandues également sur toute la surface du déparlement du Puy-de-Dôme, elles y formeraient une couche qui n*aurait pas un centimètre d'épaisseur.
Quoique offrant peu d'importance relativement à la masse du globe « la coulée de Pariou nous donne la possibilité d*eiaminer avec détails divers phénomènes relatifs à sa marche et à sa nature. Nous avons vu qu'elle s'était partagée en deux branches, dont l'une s'était arrêtée à Fontmort « et le long de laquelle nous sommes monté pour arri- \'er k Pariou ; l'autre qui atteint Nohanent jusqu'oiî nous Tarons suivie en descendant.
Aidé des mesures rigoureuses de Bamond, nous pouvons calculer avec soin la pente de la lave , en prenant pour point de départ le niveau de la grand'route , entre Pariou et le puy des Goules , point situé à 1 ,000 mètres d'élévation absolue.
Voici maintenant les éléments qui vont nous servir è calculer la pente de la lave :
De la base de Pariou (1,001") à Fontmort ^^ totïïT
De la base de Pariou (1»00I) à Nohanent
De la base de Pariou (1,001) au pont du
Berger (897) 104 1615
Du pont du Be ger (897) Chez-Vasson (824) 73 2000
De Chez-Vasson (824) à la Barraque (783). 41 988
De la Barraque (783) à Villars (707) 76 900
De Villars (707) à Fontmort (42 1 ) 286 2304
De Chez-Vasson . 824) à Durtol (534) 290 3005
De Durtol (534) à Nobanent (433) 101 1550
2i TnEAiHS fj^moues.
D*après ces données « on trouve que la pente de la lave etprtmée pour chaque mètre oflre une moyenne de :
De Parîou A Fontmort O'^Oli
De Pariou h Nohanent 0, 069
De Puriou au pont du Berger 0, 064
Du pont du Berger Ch^i-Vasson • • . • 0, 036
De Cbez-Vahson à la Burraque 0, 04t
De la Barraque à Villars 0. 081
De VillarH à Fontmort 0, 124
De Chez-VaHson à Durtol . 0. 096
De Uurtol à Nohanent 0, 063
Il n*y a, comme on le voit, qu'une différence de 12 mètres entre les deui points ou les deux branches do courant de lave se sont arrêtées ; elle est descendue à Fontmort» 12 m. plus bas qu*à Nohanent.
La moyenne de la pente est » comme on le voit , de 0"" 074 par mètre sur une longueur de 7,807 m. de Parîou à Fontmort » et de 1 ,069 sur un développement de 8,170 m. de Pariou à Nohanent.
La lave de Gravenoire présente beaucoup plus de diUérence dans les deux branches de sa coulée. Dans Tune, la pente est seulement de 0*" 037 sur une longueur de 6,000 mètres , et , dans l'autre , celle qui descend à Royat » de 0* 071 sur une longueur qui n'est que de 2,500 m.
Pariott a donné 33 million» de mètres cubes de lave ; Gravenoire en a fourni 57 millions , quoique le volcan palaisse moins puissant.
La nature de la lave , qui est certainement uniforme an pied du cAne volcanique « parait différente à Teitrémité de ces deux courants. A la sortie du cralère, la lave est grise, d'une peMcUeur spécifique de 2,63 , et si elle ne fond pas
en émail blanc au chalumeau , elle doit la couleur grise de Tessai à la petite quantité de pyroiène qu'elle contient, car la moindre quantité d'augite donne la couleur noire aux émaux.
Chez-Vasson , la lave n'est dôjh plus la même ; elle est phs noire. Vous sui\ez les graduations de couleur jur^qu'à Durtol, ou, à rintensité de couleur, s'est jointe une Augmentation de densité , car elle donne 2,65 à la balance de Nickolson ; et k Nohanent où e le s'est arrêtée , elle ressemble è une lave pyroxénique ; elle en offre la couleur foncée , le grain serrré, et pèse 2,68.
Nous avons expliqué ces différences en nous occupant des laves d'une manière générale, et nous les avons attribtiées à des phénomènes de liquation.
Une autre question peut néanmoins se présenter. Pariou n^aurait- il pas eu plusieurs éruptions et plusieurs coulées de lave?
Dans cette hypothèse » il faudrait en admettre au moins deux. L'une pyroxénique, plus ancienne, qui se serait arrêtée à Nohanent ; une autre postérieure et feldi^pathiquc qui aurait atteint Fontmort. Il est impossible à Tinspection des cratères de décider cette question. Le cratère qui a fourni la lave n'est apparent que d'un côté de la montagne qu'il entoure en partie; le nouveau cône qui s'est élevé sur l'ancien , peut cacher Torigine de coulées antérieures.
Sar le Oanc et près de la base de Pariou, du côté du petit poy de Dôme » Desmarest a figuré sur sa carte un rocher êahi il fait partir une coulée qui va rejoindre celle de Pariou. Non-seulement ce rocher existe , mais on en loit à eOté plusieurs autres de même nature, offrant une lave plus noire que celle de la grande coulée. Il semblerait qu'avant
26 lERRAINS LAYIQCKS.
la fo'-fnation du cratère supérieur et avant même la grande éruption de laves , Pariou aurait pu verser une lave pyroiénique qui serait venue se confondte avec l'autre « ou plutôt qui aurait été recouverte et en partie cachée par la lave plof moderne que nous avons décrite.
Cette roulée de Pariou , que nous supposons plus ancienne , forme en effet une nappe assez Urge qui déborde sous le véritable courant. Celte lave pourrait encore m rattacher à celle que Ton voit h la base de Chuquet-Cou« leyre.
Ce dernier est un amas de scories comme Chuquet^Gencj^toui ; mais , de chaque côté « on distingue des monticules de lave dont Desmarest a aussi indiqué Torigine, bien qu'elle soit peu distincte. Il se peut que les blocs désignés par Desmarest, sous le nom de Pierre-Plania, soit le point où cette coulée pyroxénique se .«épare de la nappe plus mo« derne de Pariou. Il peut y a\oir aussi, dans cet endroit, confusion avec celte nappe de lave noire sortie de la base du puy de Dôme et qui descend dans la vallée deRoyat.
Il est certain que tout le terrain en dessous de Couleyre, jusqu'à la grande route et sous Villeneuve, est formé d'une lave très-pyroiénique que Desmarest a indiquée comme lave moderne sur quelques po'nts et comme basalte sur d'autres.
Cette lave repose sur terrain primitif que Ton \oil à découvert près de Villeneuve. Ce sont des blocs de granité arrondis. A côté se trouvent des pouzzolanes dans lesquelles suinte une petite source. En suivant toujours cette lave, on voit qu'elle se partage en deux branches. L'une , que nous avons décrite en parlant du petit puy de Dôme , de>cend dans la vallée de Fontanai»; l'autre, traverse la route et descend brusquement au Cbeii. Quelques maisons de ce ha*
meaa sont bâties ftur cette lave noire qui touche dans cet endroit celle de la coulée feldspathique de Pariou. Une petite maison , appelée Buisson-Maillye , est bfttie sur cette lave , sur le bord même de la roule » et Ton y remarque de grands amas de pouzzolanes.
De Tautre c6té de Couleyre • on voit aussi sortir de la lave 9 qui se réunit à celle que nou.s \enons de décrire.
Il est , du reste , très-diflicile de démêler l'origine certaine de tf)utes les laves qui se sont épanchées à la base da puy de Dôme et de Pariou.
Le village d*Orcines est tout entouré de ces laves et s'élève sur une île de granité. On y remarque plusieurs monticules couverts de gros blocs de granité; mas le plus considérable d*entre eui est un basalte qui paraît s*être fait jour sur ce point même , bien qu'on n'y remarque aucune trace de scories.
Mais revenons i la grande coulée de Pariou. L. de Buch avait remarqué , dès 1802 , la différence minéralogique qui existe entre la lave de l'extrémité des deux branches de la coulée de Pariou , & Fontmort et h Nohanent. Il considérait même ces deui laves comme distinctes , et allait jusqu'à supposer qu'elles pouvaient provenir de deux volcans différents.
Cependant, en examinant de près ces deux courants, on les suit distinctement jusqu'à la base de Pariou ; tous deux sont formés d*une lave feldspaihique, tendre et taillable ; tous deux reposent i^ur des cendres grises absolument semblables ; enfin tous les caractères s'accordent à faire considérer comme vraie l'opinion émise d'abord par de Montlosier , suivie ensuite par Desmarest et tous les autres géologues. Les différences que de Buch a observées
28 TciKRAWS LAViores.
proviendraient de certains phénomènes de liquation qui s'opèrent dans les laves pendant leur trajet, et d*où il résulterait une séparatifin partielle , mais non com|ilète à beaucoup près, du pyroiène et du feldspalh , les deut éléments ininéralo;;i({ues « dont les proportions inégales constituent ordinairement les laves» » en leur imprimant le caractère de celui qui prédomine.
Celte étude un peu détaillée de Tun de nos principaux folcans nous permet d'établir ses rapports avec les voirans contemporains. Quoique les apparences tendent à placer Féruplion de Pariou avant les temps historiques , nous poufons cependant nous faire une idée assez juste de cette grau* iio^ éruption.
Si la date précise nous manqne« nous retrouvons dans Tarrangement des prodoits , dans leur superposition , des données certaines sur Tordre de leur formation. Nous voyons sur plusieurs points la lave reposer sur des cendres grises ; et, près de Durtol, dans le ravin dont nous avons déjà parlé , ces cendres , couvertes de lave , sont séparées des cailloui roulés par une couche de pouzzolane noire. Cette substance se présente en amas considérables tout autour de la coulée de Pariou. La lave y est en quelque sorte emballée; puis on retrouve les pouzzolanes bien au delà de la coulée , partout où les vents ou les eaui ont pu les entraîner. La plaine qoi s'étend de la base do plateau de Châteaug^y à Cebazat et à Gerzat , est recouverte de grandes quantités de pouzzolane noire qui est placée sous une couche plus •o moins épaisse de terre végétale. On retrouve même de ces pouzzolanes à une assez grande élévation , en montant se village de Châteaugay. Ces sables se voient aussi sur le flanc calcaire de la montagne de Chaoturgues , et ils se pro-
longent jusqu'à Gerzat, Saint-Beauzire et au delà. Leur stratiGralion , dans ces dernières localités, prouve qu'il existait encore de Teau dans la Limagne à cette époque , et la couche de terre végétale dont ces sables volcaniques sont recouverts 9 nous indique le long espace qui nous sépare des anciennes convulsions de nos volcans les plus modernes.
Tout porte à croire que ces pouzzolanes furent les pre^^ miers produits de Pariou , et que leur sortie précéda celle de la lave qui vint ensuite les recouvrir ; si ces sables noirs avaient terminé l'éruption au lieu de la commencer « on en trouverait d'énormes amas sur le c6ne » tandis qu'on ne len rencontre qu'à une certaine distance.
Après la sortie de h lave commença une nouvelle projeo tion puKérulente composée de cendres grises qui sont trèsabondantes sous la lave à l'extrémité des deux branches da courant.
Quoiqu'on ne trouve jamais ces cendres à la surface» où leur extrême finesse ne leur a pas permis de séjourner , il est probable qu'elles ont suivi la sortie de la lave ; mais comme celle-ci avançait lentement , elles furent déposées sor les lieux vers lesquels s'avançait le courant embrasé; les esnx s'en emparèrent ensuite et les entraînèrent dans leur lit C'est ainsi que l'on peut expliquer ces fragments de cendres agglutinées que la pression seule réduit en poudre et qui reposent déjà sur la pouzzolane dans le ravin de Durtol.
Longtemps avant que la lave ait pu parcourir an tel trajet 9 les eaux avaient entraîné ces cendres , et quoique pofrtérieurcs à la lave , leur transport plus prompt les plaça sous la coulée. Leur position, sur un lit de pouzzolane, prouve à révidence rantériorité de cette dernière matière ; car si
30 TERRA1KS LAYIOUES.
elles eussent été lancées en même temps , les cendres plas fines et plus légères eussent été le? premières entraînées par des eaui dont le cours était peu rapide , comme elles Feussent été les dernières , si la déclivité des cours d'eaa avait permis A la pesanteurdes sables d*accélérer leur marche.
Ce fut après ces divers paroxj^mes du volcan que s'éleva le nouveau cône tel qu*il existe aujourd'hui. Il est formé par des si!orres rougefttres plus ou moins contournées , et Ton n*y remarque aucune trace de cendres.
Pariou, qui est relnti\cment moderne, n'a pu se faire jour qu'au milieu des débris lancés par les autres » et de violentes commotions ébranlèrent encore des lieux qui présentaient partout des traces de bouleversement.
Une première éruption donna naissance à une large montagne ayant peu d'élévation. Des matières scoriacées la composaient entièrement , et une fumée pesante et noire s'élevait lentement de ses fissures. Bientôt l'intérieur du sol fut en communication avec l'air extérieur; un large cratère se forma dans le centre, et la fumée, réunie et chassée avec violence , paraissait comme une colonne vacillante sillonnée par quelques jets lumineux. A une certaine hauteur, ces vapeurs refroidies ne pouvaient plus s'élever; elles formaient un gros nuage arrondi qui pesait lui-même sur les vapeurs nouvelles, et qui, s'abaiàsant successivement, dut comrir toute la montagne.
Des jets de matière embrasée traversaient de temps en temps cet amas de vapeurs • et la flamme se communiquant soccessi\ement à des gaz inflammables , remplaçait la fumée par une vive lumière qui éclairait l'horizon. Des sables volcaniques étaient lancés en geibes de feu à de grandes hauteurs, et, chassés par les vents, retombaient à demi-re-
NOBD DU PUT DB hOm. 3 1
froidis loin du cratère dont ils sortaient. Les vapeurs d'eau , si abondantes pendant les éruptions volcaniques , formaient aussi des nuages épais au-dessus de la montagne ; de violentes détonations se succédaient rapidement ; un bruit sourd qui se propageait au loin faisait frémir le sol et ridait la surface du lac qui couvrait encore la partie basse de la Limagne.
Cette éjection de pouzzolanes continua pendant longtemps ; les vents les dirigèrent du côté de la plaine ; les pluies les entraînèrent également dans la Limagne où elles furent nivelées par les eaui du lac et disposées en couches plus ou moins puissantes et toujours stratiGées.
Déjà ces sables noirs avaient été entraînés par les ruisseaux et déposés dans leur lit, quand la lave, accumulée dans le cratère , rompit sa digue et sortit comme un torrent , après avoir fondu les parois qui la retenaient captive. Les matières incandescentes continuèrent à couler pendant longtemps; la lave , épanchée sur une plaine , y forma une large nappe , et sa surface » refroidie et fissurée , était entraînée par la masse interne qui coulait avec lenteur.
Les deux branches de la coulée ne purent se former que longtemps après la sortie de la lave ; la pente du terrain favorisa leur marche ; elles eurent bientôt comblé le lit des ruisseaux qui occupaient ces vallées , et leurs eaux , réduites en vapeur, durent s'échapper par les fissures de la coulée. La lave devint enfin tout à fait solide , et s'arrêta brusquement aux points que Ton désigne maintenant sous les noms de Fontmort et Nohnnent. Les eaux , d'abord très-chaudes, se refroidirent en même temps que le sol et formèrent ces belles sources qui doivent leur fraîcheur à la voûte solide qui les abrite.
32 TERRAINS LAVIOITES*
La lave avançait encore quand l'air fut obscurci de noa« veau par une poussière {;rise très- fine , tout è fait semblable è des cendres * et qui semblait être la lave elle-même divisée à rinfini. Ces cendres devancèrent la lave qui coulait lentement 9 et en Ira t nées par les mêmes eau i qui a^aieot charrié les pouzzolanes , elles formèrent une couche 8U|»éripure à ces cendres noires. Des monceaux de lave et de scories plus ou moins volumineuses vinrent bientôt se mêler à ces cendres; ils annonçaient Tarrivée prochaine du courant qui suivait le lit du ruisseau et qui vint enfin se répandre sur les didérentes assises dont nous venons de parler.
Un calme de peu de durée succéda aux violentes secousses du volcan. Pariou offrait alors un large cratère échancré d'un côté. Ses parois, peu élevées, étaient eo partie formées de ces matières pulvérulentes ou scoriacées.
Des vapeurs s'élevaient constamment de toutes les fissures et donnaient à la montagne l'aspect d'une solfatare oa d'un volcan qui s'éteint. Cependant, ure nouvelle éruption allait avoir lieu , et les laves étaient à peine refroidies, que des phénomènes analogues à ceui que nous avons décrits se renouvelèrent avec intensité ; mais aucune lave ne sortît du cratère, les pouzzolanes noires et les cendres grises oe se montrèrent plus. Il se forma une immen>e quantité de scories , toutes plus ou moins poreuses , lesquelles , lancées perpendiculairement , retombaient sur la bouche qui les renvoyait de nouveau. Chauffées ainsi pendant longtemps , elles prirent la teinle rouge du fer peroxyde , et , s'accuroulant toujours autour de leur foyer , elles formèrent le cône supérieur dont on admire aujourd'hui la belle conservation.
Pariou présenta dès-lors , comme le Vésuve et le mont
IfORD DU PUT DE DOME. 33
Somma » un cAne supérieur s'élevant sur les ruines de Tancien critère , en confondant , d'un côté , sa pente avec la sienne , et formant , de Tautre , une petite vallée qui n'entoure pas complètement la montagne.
Le nouveau cratère est resté tel qu'il fut formé. Il n'a pas été dégradé par une éruption de \n\e , et ce fut à peu près vers cette époque que cessa Tincendie de l'Auvergne.
Depuis lors, les siècles se sont succédé; le lac qui réfléchissait les feux des volcans, et dans lequel les vents et les torrents charriaient leurs cendres , offre une terre fertile , couverte de villes et de villages. Les laves , refroidies , sont en partie cachées sous la végétation ; la pelouse est descendue jusqu'au fond du cratère , et Pariou , souvent couvert de nuages légers , semble puiser dans l'atmosphère les vapeurs qu'il y répandit autrefois.