Les Epreuves De Charlotte
Je vous dédie ce livre^ chères petites amies disparues, dont le souvenir restera jusqu'au dernier jour dans ma mémoire — cette implacable mémoire qui jamais ne put rien oublier. En l^ écrivant, je croyais revivre h temps passé, quand je consolais votre triste enfance par mille récits naïfs où les petites fdles abandonnées sortaient invariablement triomphantes despires épreuves. Je vous ai revues telles que vous étiez alors, avec vos grands yeux bleus, vos petits visages craintifs, vos cadencttes blondes frétillantes sur vos sarrcaux noirs, blotties tout près de moi dans le grenier d'une grande maiscfi^^ iI^'p}f.oMrii^e','»bhiicfiq'Jiœ^ suspendues aux lèvres de la'. )ib^t'iuse'.* Si voué 'deviniez que l'histoire touchait au déflou&n'^ent V'jû's vous écriiez : « Oh! C/iarlotte, je Ven pyiej ne'' la fiYds pas, invente encore quelque chose! » Inf:dii:cih'e ècfé'iïé^rti^ade , j'entassais jiour vous plaire pCripéV.ês sur p^rîpéiries.
Cétait surtout dans les féeries que j'excellais. Sous le coup de baguette de l'imagination notre sombre grenier se transformait en un palais magique-, j'y faisais défiler les marraines secourables^ les enchanteurs paternels et les princes Cliarmant en habit de satin blanc brodé, bas de soie et culottes courtes, accourus
pour délivrer les petites princesses captives et les conduire dans un royaume où tout était bonté, joie et caresse. — 0 merveille!
Et les récits ne vous suffisaient pas : il fallait les Illettré en action. A moi toute seide, je vous jouais des comédies^ des drames : j'avais toutes les audaces. Tour à tour, j'étais A^idrom&de sur son rocher, le doux Éllacln, la terrible Athalie, la mélancolique sirène des contes d'Andersen. Ma verve ne oonnaissait nul obstacle : je remplissais dans une même pièce les rôles d'une demidouzaine de personnages, changeant en une seconde de voix et d'attitude, décrivant les costumes, expliquant les décors absents....
Maintenant vous êtes loin, bien loin, vous avez disparu de ma vie, chères petites compagnes que je chérissais avec une tendresse et une sollicitude au-dessus de mon âge. Mais vous, petits garçons et petites filles qui formez aujourd'hui mon auditoire, sachez bien que la Charlotte dont je iiùîf^ lvpm\ conter, lès [a^éKtitres, si à plaindre qu'elle vods sefnblera, 'eût ùncGi'c paru heureuse à d'autres Charlolies^t^ue'jè'^iq'is'rll-'
En apprenant que tous les'énfdûts'vie'hont pas gâtés et choyés comme vous l'êt'cè \}âu6-mèn>.6^y vous apprendrez aussi à apprécier votre bonheur, èt^ ai en témoigner chaque jour une plus vive reconnaissance au cher papa et à la chère inaman qui font tout pour vous rendre la vie belle.
CHARLOTTE RIEDER-CHABRIER.
Taris, 20 mai 18C8.
J^m:hA. „ .,,
Le bon-papa est parti.
Comme il pleuvait, mon Dieu! comme il faisait triste et sombre! le ciel était tout noir. Debout près de la fenêtre, une petite fille vêtue de deuil se tenait le front collé contre la vitre, et aussi pressées, aussi continues que les gouttes d'eau qui ruisselaient devant elle, tombaient de grosses larmes, sans trêve, sans fin, sur le visage de la pauvre petite fille en noir.
La porte de la chambre s'ouvrit; une domestique en tablier et bonnet blancs parut sur le
seuil, et s'adressant à la petite fille, lui dit d'un Ion aigre :
« Mademoiselle Charlotte, eh bien, Mademoiselle Charlotte, êtes- vous devenue sourde? Qu'est-ce que vous attendez pour venir dîner? Croyez-vous par hasard que Pierre va se donner la peine d'annoncer : « Mademoiselle est ser- « vie, » comme du temps de votre bon-papa? »
Charlotte se retourna et fixa sur la désagréable personne deux beaux yeux bleus innocents et fiers tout noyés de pleurs :
ce Pourquoi me parlez-\ous ainsi, méchante Héloïse, dit-elle d'une petitvî voix qui tremblait de douleur et de colère. Vous savez bien que bon-papa ne vous aurait jamais permis de le faire. Et puis d'abord, puisqu'il est mort, je ne veux plus manger, je veux mourir aussi pour aller le retrouver là où on l'a emporté. Laissezmoi tranquille.
— Ah bien, par exemple, en voilà des manières! s'écria Héloïse sur un ton encore plus hargneux. Bien sûr que ça aurait peut-être mieux valu pour vous de partir avec votre grand-père, maintenant qu'on sait ce qu'on sait. Pour ce qu'il vous laisse d'argenl, ma pauv' demoiselle, parai i que vous n'allez pas en mener
large. Mais le petit monde ne meurt pas comme ça, voyez-vous. Ça a la vie trop dure. Allons, venez vite, le dîner sera froid et votre institutrice est à table depuis longtemps. »
Pendant que la femme de chambre parlait, le visage expressif de Charlotte s'était crispé de douleur; de toutes ses forces elle serrait son mouchoir dans ses mains jointes. Elle voulut crier : « Méchante! vous me faites de la peine, je vous déteste! » les paroles expirèrent sur ses lèvres. Charlotte était encore bien jeune; elle n'avait que douze ans; mais son intelligence était extraordinairement développée, et elle avait un cœur fier et une petite âme de cristal. Puisque Héloïse, la femme de chambre, restait indifTérente à son enfantine douleur et lui répondait par de méchantes paroles, eh bien, Charlotte se tairait; elle renfermerait son chagrin en ellemême; dût-il l'étoufTer et briser son petit cœur en éclats, elle ne le laisserait plus paraître devant des gens qui s'y montraient hostiles oi^ indifférents.
En silence elle suivit la femme de chambrt, elle entra dans la salle à manger aux boiseries de chêne et aux tapisseries anciennes, et s'assit en face d'une petite dame rougeaude et courtaude
fort occupée pour le moment à découper un poulet avec des gestes solennels et prétentieux. Cette dame qui mettait de la prétention jusque dans le découpage d'un poulet, était l'institutrice de Charlotte; elle habitait avec l'enfant et son grand-père depuis plusieurs années. Le bon-papa l'avait chargée de l'éducation de sa petite-fille ainsi que de la direction de la maison et des domestiques. Les institutrices sont en général des personnes très bonnes et très dévouées qui se sacrifient entièrement à leurs élèves et finissent par les aimer presque autant que les mères aiment leurs enfants. Par malheur pour Charlotte, la grosse petite Mme Poise faisait exception à cette règle. Elle enrageait d'être obligée. de gagner sa vie et ne savait nul gré à M. de Silbermann, le grand-père de Charlotte, de la traiter avec égard et de la payer généreusement. Néanmoins, comme Mme Poise était une personne adroite et fine et que d'ailleurs le sentiment du devoir ne lui faisait pas défaut, elle avait toujours montré bon visage et donné des preuves de patience et de zèle. Pour le reste, ce n'était pas sa faute si elle avait le cœur sec et si, comme elle le disait elle-même, elle n'aimait pas G les eirusions ».
Charlotte voulait ciier : « Méchante, vous me faites de la peine
Charlotte, dont la sensibilité était très grande et qui devinait certaines choses avec une intuition bien au-dessus de son âge, n'avait jamais eu grande sympathie pour son institutrice : « Bonpapa, disait-elle à son grand-père, Mme Poise me produit l'eflet d'une grosse chatte qui rentre ses griffes. » Elle faisait aussi cette réflexion : « Quelquefois Mme Poise me regarde derrière ses lunettes; elle croit que je ne m'en aperçois pas, mais je la vois très bien, bon-papa; ses yeux brillent comme ceux d'un chat qui guette une souris. » Et l'enfant ajoutait : « Les yeux de Mme Poise, ce sont des yeux pointus. »
o Chut, petite fille! disait le bon-papa, en mettant un doigt sur ses lèvres. Il ne faut jamais faire de réflexions malveillantes sur qui que ce soit, et en particulier sur les personnes qui ont la bonté de s'occuper de nous. »
Charlotte, tout en adorant son grand-père, le respectait infiniment. Aussi ne se fût-elle jamais permis de répliquer à ses observations. Elle se taisait donc, mais elle n'en conservait pas moins son opinion sur Mme Poise. Certainement dans une existence antérieure, Mme Poise avait dû être une grosse chatte, et encore maintenant, bien que le bon Dieu l'eût trans-
s LES ÉPREUVES DE CHARLOTTE.
formée on ne sait pourquoi en une petite dame à lunettes, il lui arrivait de courir après les souris et de les croquer toutes vives quand on ne la voyait pas. Oui, Charlotte en était sûre. Et maintenant le pauvre bon-papa, unique ami, unique soutien de sa petite-fille, le pauvre bon-papa était mort; on l'avait trouvé dans son lit, les mains jointes, l'air calme et reposé, les yeux fermés comme s'il dormait : mais il ne respirait plus, il avait fini de souffrir. Il dormait, en effet, de ce sommeil qu'aucune douleur, ni bruit humain ne saurait plus troubler. Il était allé rejoindre le papa et la maman de Charlotte, dans ce pays mystérieux d'où nul n'est jamais revenu. Sa petite-fille qui le chérissait, n'avait même pas pu lui donner un baiser, ni lui dire adieu avant la séparation éternelle. Oh! mon Dieu! pourquoi ne l'avait-il pas emmenée avec lui! maintenant elle restait seule, toute seule au monde, en face d'une institutrice indifférente, entourée de gens de service qui ne l'aimaient pas parce qu'elle passait pour « fiérotte » et peu familière. Non, plus personne ne l'aimait, plus personne en vérité, et elle n'aimait plus personne. Le bon-papa avait emporté son pauvre cœur avec lui dans la tombe.
Mme Poise, ayant fini de découper le pou Ici. leva la tête et regarda la petite 1111e dont les larmes coulaient toujours silencieusement :
« Que désirez-vous, Charlotte, lui dit-elle; une aile ou une cuisse? ^>
Charlotte répondit d'une voix que les sanglots étouffaient :
a Merci. Je ne veux rien. »
M'"^ POISE, insistant.
Mais mon enfant, vous allez tomber malade. Voici trois jours que vous n'avez presque rien pris, vous n'êtes pas raisonnable. CHARLOTTE, Sanglotant.
On ne mange pas quand on n'a plus de bonpapa.
Mme Poise sentit qu'elle devait consoler Charlotte, qu'il était nécessaire de dire au moins à la pauvre enfant quelques paroles affectueuses, et, prête à faire son devoir, elle s'y essaya de son mieux.
ce Mon Dieu, ma pauvre petite, comment pouvez-vous dire qu'on ne doit plus manger, quand on n'a plus de bon-papa; vous concevez bien que cette affirmation est dénuée de bon sens. »
Et comme Charlotte ne répondait pas, elle continua :
« A ce compte-là, il y a longtemps que je devrais avoir péri d'inanition, car je n'avais que trois ans quand mon grand-père me fut enlevé. Allons, un peu de courage, mon enfant, tout le monde en a besoin dans l'existence. Qu'auriez-vous fait à ma place, s'il vous avait fallu subir les épreuves que j'ai supportées? Perdre son mari et sa position, se voir obligée d'entrer chez les autres (Mme Poise prononça ces mots, chez les autres^ avec une amertume qui indiquait combien sa vanité plus que son cœur avait souffert), être réduite à une sorte d'esclavage, après avoir été la femme du capitaine de gendarmerie Poise et avoir reçu le sous-préfet à son « jour «, voilà ce qui s'appelle une triste destinée. Suivez mon exemple, ma pauvre Charlotte, et tachez de supporter les coups du sort avec le stoïcisme des philosophes anciens. «
Sur ces belles paroles, Mme Poise, convaincue qu'elle avait largement rempli son devoir, en prodiguant ces austères consolations à une petite fille de douze ans, se servit du poulet. Au bout d'un moment, ayant de nouveau levé la tête, elle s'aperçut que Charlotte pleurait toujours et fut fort surprise du peu d'effet pro-
duit par ses discours réconfortants; en vérité, cette petite Charlotte n'était pas raisonnable! Que lui fallait-il de plus, pour la remonter? tout simplement un bon baiser et une tendre caresse venus du cœur. Mais ceci n'était pas dans vos cordes, Maclame Poise, et votre dignité s'opposait aux effusions.
Voyant que Charlotte s'obstinait décidément à ne pas vouloir manger, Mme Poise se servit la seconde aile de poulet, puis du jambon, puis de la salade, et enfin du fromage, qui passe, comme chacun sait, pour être très utile à la digestion. Le repas achevé, Charlotte n'en pouvant plus de fatigue et de chagrin, se retira dans sa chambre. Au milieu du désarroi général, personne parmi les domestiques n'avait songé à lui donner de la lumière; mais elle ne voulut pas en demander. Elle se déshabilla en hâte, jetant à l'aventure ses petits vêtements qu'elle pliait et rangeait pourtant tous les soirs avec tant de soin; elle se glissa dans son lit, et se cachant la tête sous les couvertures, fermant ses pauvres yeux brûlés de larmes, elle appela tout doucement : ce Bon-papa, mon bon-papa; bonsoir, mon cher bon-papa. ^^
Mais le bon-papa qui, trois jours auparavant.
couchait encore dans la chambre à côté, et répondait au bonsoir de sa petite-fille par un tendre : « Bonsoir, mon enfant chéri », le pauvre bonpapa n'était plus là; il restait sourd à ses appels déchirants, et plus jamais, jamais il ne devait entendre la voix aimée de son enfant.
Pleure, pauvre petit cœur tendre et désolé; pleure, pauvre créature innocente, qui n'a pas encore connu l'abandon. Tes épreuves commencent seulement, et tu sauras combien peut souffrir un enfant, quand il n'a ni maman, ni papa, ni personne pour le protéger.
Que fera-t-on de Charlotte?
Après la mort du bon-papa, il y eut beaucoup d'allées et venues dans la maison. Des messieurs vêtus de noir parcoururent les pièces en tout sens, examinant les tableaux, les œuvres d'art, les meubles, les tapisseries, et prenant note des moindres objets, au grand étonnement de Charlotte qui ne savait ce que tout cela voulait dire. Puis elle apprit par les racontars des domestiques, qu'on allait vendre la maison et que môme si la mort n'y était pas entrée, il eût fallu
en venir là, parce que le bon-papa s'était presque ruiné, en faisant de mauvaises spéculations et en prêtant de l'argent à des amis qui ne le lui avaient pas rendu.
Charlotte comprit alors les allusions aigres que faisait Mme Poise en sa présence, et le désappointement qui se trahissait dans ses moindres propos. Mme Poise avait bien compté qu'elle hériterait d'une belle somme à la mort du grandpère de Charlotte. Il n'en était rien; elle devait renoncer à toutes ses espérances. La mauvaise humeur des domestiques et leur manque d'égards envers la petite fille s'expliquaient par la même raison. Basant leurs calculs sur la générosité bien connue de M. de Silbermann et sur son grand train de maison, eux aussi avaient compté sur une belle gratification. Et tout cela s'en allait en fumée. Le château de M. de Silbermann et ses objets d'art vendus, toutes les dettes payées, — il s'était porté garant pour un ami qui devait des sommes considérables — Charlotte, qui avait été jusqu'alors considérée comme une riche héritière, restait avec une maigre rente qui la mettait tout juste à l'abri du besoin.
Charlotte se souciait peu des questions d'ar-
gent; elle était trop petite pour en comprendre la portée, et d'ailleurs 1 ame généreuse qu'elle tenait de son grand-père devait lui donner toute sa vie un mépris jirofond pour les calculs intéressés. Mais elle souffrait cruellement à la pensée de quitter le château et de le voir tomber dans des mains étrangères. Au prix de tous les sacrifices, elle eût voulu pouvoir le conserver et continuer à vivre dans la demeure où elle avait passé de si heureux jours, où tout lui rappelait son cher bon-papa. Hélas! ce désir était irréalisable. La pauvre petite fille apprenait de bien bonne heure à subir les exigences implacables de la vie, et à renoncer à tout ce qui lui était cher.
Depuis la mort du bon-papa, Charlotte, abandonnée, livrée à elle-même, passait ses journées tout au fond du jardin, sous la tonnelle de clématites et de jasmin qu'elle appelait autrefois « sa petite maison », en compagnie de Vermeille, la grande poupée, qui était aussi haute qu'un enfant de trois ans. Yermeille avait, comme Charlotte, des cheveux blonds, des joues roses et des yeux bleus avec des sourcils noirs. Mais les yeux de Yermeille ne s'étaient jamais mouillés de larmes et nul cœur ne battait
dans sa poitrine — semblable en cela à quantité de personnes pourtant bel et bien vivantes. Charlotte ne jouait plus guère à la poupée; elle était trop raisonnable et surtout trop avancée pour y goûter encore grand plaisir, et elle préférait de beaucoup la lecture. Mais elle se sentait si seule et si abandonnée, maintenant que le bon-papa n'était plus là, qu'elle avait retiré Vermeille du berceau où la poupée reposait depuis longtemps — telle la Belle au Bois dormant — et s'était prise d'un regain d'affection pour elle. Vermeille écoutait, immobile et muette, les interminables récits que lui faisait la petite fille sur son bon-papa, sur le temps — encore si près et pourtant déjà si loin — où elle vivait à ses côtés, heureuse, mon Dieu, si heureuse, qu'il lui semblait qu'elle avait fait un beau rcve. Toute la journée Charlotte parlait, parlait de sa petite voix musicale, brisée par le chagrin, ainsi qu'une petite sonnette d'argent fêlée. La poupée ne répondait jamais à tous ces discours, comme bien vous pensez, car si les poupées entendent, elles sont privées du don de la parole. Mais du moins ne disait-elle rien qui pût faire de la peine à la petite fille. Ses yeux bleus, tout ronds, restaient perpétuel-
lemenl fixés sur ceux de Charlotle, et sa bouche, toute ronde aussi, s'entr'ouvrait dans une moue d'éternel éfonnement sur ses quatre petites dents blanches.
Mme Poise avait abandonné les leçons de musique et de français qu'elle donnait chaque jour à son élève. Elle allait et venait, très affairée, dans la maison, écrivant une foule de lettres, rangeant, classant ou déchirant des papiers et des factures, recevant fréquemment la visite de M^ Guêpier, le notaire de la famille, qui était devenu le tuteur de Charlotte, — la pauvre enfant n'avait plus d'autres parents que des cousins éloignés qui habitaient l'Allemagne. M^ Guêpier était un excellent homme, en dépit d'une apparence froide et guindée qui ne prévenait pas en sa faveur; toujours vêtu de noir des pieds à la tête, cravaté de blanc,^ ses favoris gris bien peignés s'étalant sur un faux col en carcan d'une blancheur immaculée, son air solennel et sa façon de parler lente et composée vous glaçaient au premier abord; mais ces dehors froids cachaient un excellent cœur, et il avait pour Charlotte autant d'atfection qu'un vieux garçon quelque peu maniaque et égoïste peut en éprouver pour un enfant.
Un jour où l'entretien se proloni^cait entre M^ Guêpier et Mme Poise, le valet de chambre, qui n'avait pas encore été congédié, vint chercher Charlotte sous sa chère tonnelle et lui dit qu'on la demandait au salon.
Pourquoi faire, Pierre? Je suis trop petite pour qu'on ait besoin de moi. Je ne veux voir personne. Je n'ai rien à dire à personne.