SS^A
XYÏI
Correspondance avec Mme Poise.
Le soir même, en rentrant de promenade. Charlotte rassembla tout son courage et écrivit une longue lettre à Mme Poise, dans laquelle elle lui avouait combien peu elle était heureuse chez sa cousine de Silbermann.
« Je vous assure, chère madame Poise, disait Charlotte, que je ne me plains pas sans raison, et que j'ai longtemps hésité à le faire, d'abord parce que je suis un peu orgueilleuse, et ensuite parce que j'avais peur d'être accusée de ne pas
savoir m'accommoder de mon sort; et aussi beaucoup parce que, mon cher bon-papa mort, je sais que je ne pourrai plus jamais être heureuse nulle part. Mais ici je ne suis aimée de personne; on me traite comme une pauvre orpheline recueillie par charité, tandis qu'il me semble, quand j'y réfléchis, que l'argent de ma pension doit plutôt amener un certain bien-être dans la maison. Enfin je sens que je suis à charge à cousine Hilda; plus son fils fait des sottises, plus elle me prend en grippe. Je crois qu'il vaut mieux que je m'en aille. »
Charlotte ierminait sa lettre en demandant si son tuteur ne consentirait pas à la mettre pensionnaire au couvent de Saint-Joseph, à Regelberg.
« J'y connais une religieuse que j'aime de tout mon cœur, disait Charlotte, et j'y ai de très aimables compagnes. Certainement je sais que c'est très dur d'être toujours enfermée; autrefois j'aurais poussé les hauts cris et je me serais révoltée rien qu'à l'idée de vivre entre quatre murs. Mais il faut bien que je m'y résigne; et là du moins je serai dans une douce prison. »
Charlotte venait à peine d'envoyer sa lettre,
quand elle en reçut une très volumineuse de Mme Poise, qui s'était croisée avec la sienne. Charlotte l'ouvrit et lut ce qui suit :
Vienne, 12 Favoritenstrasse.
« Ma chère Charlotte,
ce II y a quelque temps que je ne vous ai écrit, et je me reproche de ne l'avoir fait jusqu'ici que d'une façon bien incomplète et bien peu détaillée. Mais vous comprendrez les causes de mon silence quand je vous aurai mise au courant des épreuves véritablement inouïes par lesquelles je viens de passer et dont vous ne pourrez prendre connaissance sans émotion, car vous conservez toujours, j'en suis persuadée, des sentiments de reconnaissance pour mes soins éclairés et dévoués, et pour l'intérêt que je vous ai toujours témoigné.
« D'abord, vous voyez par l'en-tète de ma lettre que j'ai quitté Moscou et que, ballottée comme la feuille d'automne au gré des vents, je suis venue échouer à Vienne où sans doute le destin avait d'avance marqué ma place; car autrement, pourrait-on s'expliquer comment Mme Poise, née au cœur de la France, mariée
à un homme éminent dont toute la vie fut consacrée au service de la patrie, serait un jour transplantée dans la capitale de l'Autriche? Sans doute c'était écrit, comme disent les disciples de Mahomet, et nul ne saurait lutler contre la fatalité.
« Ah! ma chère Charlotte! ce que j'ai eu à souffrir chez la princesse Olga Dougoronky, personne ne le saura jamais. Tout ce qu'il y a en moi de délicatesse et de distinction a été méconnu, heurté, froissé au point qu'il me semhic que je ne m'en relèverai jamais et que ma dignité en sort amoindrie pour le reste de mon existence.
vc Ce n'est pas qu'au point de vue strictement matériel j'aie eu à me plaindre de quoi que ce soit, et que le train de cette dame ne fût fort grandiose. A mon arrivée chez la princesse, — est-il possible que des personnes de cette espèce aient droit à un titre si imposant! — je fus reçue fort civilement par une femme de charge qui me souhaita la bienvenue au nom de sa maîtresse et m'introduisit dans une vaste chambre richement meublée, oi^i se trouvaient réunis tous les raffinements du confort moderne alliés aux magnificences du temps passé. Mais quelle horrible
odeur de tabac, ma chère enfant! Les tapis, les tentures en étaient imprégnés. Je me sentis suffoquer, et je priai la femme de charge de m'ouvrir la fenêtre qui était à demi masquée sous une profusion de draperies.
« Y pensez-vous, madame? me dit cette perce sonne d'un air surpris. Jamais nous n'ouvrons ce les fenêtres, cela nous est expressément décc fendu.
ce — Mais quand les domestiques balaient? ce demandai-je épouvantée par la perspective de ce vivre dans une pareille atmosphère.
ce — On balaie sans ouvrir », répondit tranquillement la femme de charge.
ce Balayer sans ouvrir les fenêtres! Comprenez-vous, ma chère Charlotte, un tel manquement aux lois de l'hygiène et de la propreté? Pour moi, j'en frémis encore rétrospectivement. Je jetai un coup d'œil circulaire : la négligence, l'incurie, je ne trouve pas d'expression assez forte, éclatait dans les moindres détails autour de moi. Je m'aperçus bien vite que tout était à l'avenant dans le palais de la princesse, et qu'au milieu de splendeurs invraisemblables, il régnait une saleté repoussante.... Balayer sans ouvrir les fenêtres!
« Le soir au dîner je fis la connaissance de Mme la princesse Olga Dougorouky. La justice dont je me flatte d'avoir toujours fait preuve, m'oblige à dire qu'elle pouvait passer pour une belle personne. Mais quel genre! quelles manières! quelle façon de parler, de s'habiller, de remuer! Non, ma chère Charlotte, les bras m'en tombèrent de stupéfaction, si je puis employer cette image vulgaire. Cette dame avait une véritable tignasse de cheveux roux qui se dressaient sur sa tête comme la perruque d'un clown. Au lieu d'être vêtue élégamment et décemment, selon son haut rang, d'une robe richement garnie et sortant des mains d'un faiseur en renom, elle portait une sorte de blouse en soie à fleurs, sans taille, droite comme une chemise. Enfin, ma chère Charlotte, oserai-je vous le dire? Ses pieds étaient nus dans des babouches brodées d'or! Yous entendez bien, cette dame n'avait pas de bas. Être princesse et ne pas même porter de bas, une telle aberration saurait-elle se concevoir?
« Après cette description, comment pourrais-je mieux vous donner une idée de son moral qu'en vous disant qu'il était à hauteur d'une telle apparence physique? Elle entrait dans des colères
folles contre ses domestiques; elle les battcait, les pinçait, les égratignait comme une furie pour le moindre oubli ou la moindre peccadille. Elle vivait entourée d'une bande de grands chiens lévriers qui ne la quittaient jamais et couchaient dans sa chambre. Enfin, ma chère enfant, pour mettre le comble à tant d'abominations, cette dame fumait du matin au soir cigarettes sur cigarettes, et c'est elle qui était la cause de l'horrible odeur de tabac que j'avais faussement attribuée dans ma pensée au prince Dougorouky. Le pauvre homme en était d'autant plus innocent qu'il n'habitait pas Moscou et se soignait pour le moment, à Nice, d'une phtisie galopante, — dont il est mort d'ailleurs.
« Mme la princesse fut d'abord très aimable pour moi. Elle me faisait raconter des épisodes de mon existence passée, m'écoutant avec beaucoup d'intérêt et ne m'interrompant que pour s'écrier très fréquemment : « Tiens, comme c'est rigolo » ! J'eus toutes les peines du monde à lui faire comprendre que le mot « rigolo » ne devait être employé sous aucun prétexte dans la bonne société, et je ne parvins jamais à le faire disparaître de son vocabulaire.
là
« Vous n'ignorez pas que Mme la princesse m'avait fait venir auprès d'elle aussi bien pour lui enseigner les bonnes manières que pour lui servir de dame de compagnie. Certes, je puis le dire sans orgueil, je crois qu'elle ne pouvait mieux s'adresser, et que le respect des convenances, l'observation stricte des règles les plus infimes de l'étiquette et du savoir-vivre ont toujours été ma constante préoccupation. Mais véritablement la tàcbe était impossible.
ce Mme la princesse était aussi d'humeur fort capricieuse. Tantôt elle me traitait avec la plus grande amabilité, m'emmenant avec elle dans sa voiture, me disant : « Poise, voulez-vous ceci? ce Poise, voulez-vous cela? Poise, tel objet vous ferait-il plaisir? » — car il faut vous dire que je n'avais pu empêcher la princesse de m 'appeler ce Poise » tout court sans y joindre mon titre de dame, et cette étrange façon de parler me choquait au plus haut degré. Puis brusquement le vent tournait, sans que rien dans ma conduite pût motiver un pareil changement, et Mme la princesse refusait de me voir ou m'accueillait par ces mots dénués de bon sens : ce Décidément, ma pauvre Poise, votre figure m'excède >).
CORRESPONDANCE AVEC MADAME POISE. 227 c< Le soir Mme la princesse ne pouvait s'endormir; il fallait que je lui fisse la lecture. J'avais voulu l'initier aux beautés de notre littérature française : La Rochefoucauld, La Bruyère, Racine, Corneille.... Peine perdue! Mme la princesse baillait, s'étirait, et m'interrompait en disant : « C'est assommant, ce que vous me lisez là, ce Poise. Ne pourriez- vous trouver quelque chose ce de plus rigolo? — Encore ce mot, mon Dieu! ce — Allons, laissez tout ce fatras et lisez-moi le ce journal de modes. »
ce Enfin les choses se gâtèrent de plus en plus et je commençais à être à bout de patience quand un beau jour, Mme la princesse ne s'avisa-t-elle pas de vouloir me forcer à laver et à peigner ses chiens griffons, sous prétexte que les femmes de chambre ne s'acquittaient pas de cette tache avec assez de soin : ce Vous qui avez tant dordre, ce Poise, me dit Mme la princesse, vous ferez ce beaucoup mieux. Ces sottes filles sont si négliee gentes que sûrement mes chiens finiront par ce avoir des puces. »
ce — Madame la princesse, répondis-je en ce pâlissant d'indignation, je regrette beaucoup ce de ne pouvoir vous obéir; il m'est impossible ce de faire ce que vous me demandez.
« — Ah! çà mais, Poise, perdriez-vous la tt tête par hasard? s'écria Mme la princesse, « folle de rage qu'on se permît de la contre- <c dire. Je ne vous demande pas votre avis. « Vous allez' exécuter mes ordres sur-lechamp.
« — Non, madame la princesse, répondis-je « avec beaucoup de dignité, une citoyenne de la « France libre et républicaine ne se laisse pas « traiter comme une serve. J'ai le regret de vous « annoncer qu'a partir d'aujourd'hui je n'appar- « tiens plus à votre maison.
« — Vous vous en allez? Tiens, au fait, c'est « une bonne idée. Partez, parlez, ma pauvre « Poise; je ne vous retiens pas. 11 y a assez «:'' longtemps que votre tête m'excède. »
« Et je partis. C'était une place largement rétribuée que je perdais. Mais après tout, il vaut mieux perdre sa situation que renoncer à sa dignité.
« Des personnes dont j'avais fait la connaissance à Moscou, frappées par ma distinction, me procurèrent un poste de dame de compagnie, chez une dame belge qui avait épousé un Autrichien, et de passage à Moscou après un long voyage, devait retourner sous peu à Vienne.
C'est chez cette dame que je suis actuellement et d'où je vous écris pour vous donner un faible aperçu de mes épreuves.
ce Là encore il y a beaucoup à souffrir, ma chère Charlotte, et si je ne craignais d'être taxée d'inconséquence — critique que je ne voudrais en quoi que ce soit m'attirer — je dirais qu'il m 'arrive parfois de regretter Mme la princesse. Au milieu de ses pires extravagances, elle conservait au moins quelque chose d'aristocratique. Ici je vis en pleine vulg./ité. M. Schûtzkopf se donne pour un fabricant d'automobiles, mais en réalité, je crains qu'il ne se livre à des opérations financières auxquelles M. Poise n'eût jamais consenti à prêter les mains, si ce n'est toutefois en qualité de capitaine de gendarmerie pour les mettre au collet de M. Schûtzkopf. C'est un petit homme jaunâtre et blafard, sans cils ni sourcils, qui arrive à l'épaule do sa femme et qu'elle mettrait dans sa poche sans se gêner, rageur et bilieux, et d'une ignorance inimaginable; vous ne sauriez lui arracher une parole sensée. Je n'ai aucun renseignement sur le passé et la famille de Mme Schiitzkopf; mais plus je l'observe, plus je me convainc qu'elle doit sortir d'une
très basse extraction. Elle me fait l'effet de la géante de la foire, tant elle est épaisse et massive- Quelles jambes, et quels bras volumineux! Quel poids à soulever! Dans un certain milieu — celui des bouchers et des charcutiers — elle doit passer pour une belle personne; mais je ne saurais me la représenter venant faire une visite à votre bonpapa; rien qu'une telle supposition me paraît monstrueuse. Elle a des cheveux noirs et des yeux bleus; un front fuyant, triste indice de son inintelligence, et pas de menton du tout; le bas de son visage se perd dans une sorte de goitre et de bajoues, qui lui enlèvent toute espèce de contours. En outre, cette pauvre dame est afHigée d'un timbre de voix absolument impressionnant. La cause en est, paraît-il, une attaque de croup qu'elle eut dans son enfance. Je dois vous avouer, à ce sujet, qu'il m'est venu un soupçon terrible; je crains fort que cette dame ne s'adonne à la boisson. Elle répand parfois une étrange odeur d'eau-de-vie....
ce Inutile de vous dire que si mes soupçons se confirment, je n'hésiterai pas à quitter Mme Schutzkopf, dussé-je chercher longtemps une autre situation.
« J'ai été engagée par Mme Schiïtzkopf principalement pour corriger ses fautes d'orthographe et hii mettre la ponctuation dans ses lettres. Il y a beaucoup à faire. Tous serez peut-être surprise d'apprendre que M. Schiïtzkopf est en quelque sorte très fier de l'ignorance de sa femme; il la considère, je crois, comme une marque de supériorité qui lui donne un rang à part parmi les dames de la société. Ce monsieur a sur l'orthographe les idées des seigneurs du moyen âge. Le soir, quand il rentre de ses affaires, il me dit d'un air guilleret : « Eh « bien, ma chère madame Poise, Louise a- 'f t-elle eu des lettres à écrire aujourd'hui? « — Oui, monsieur, trois. — Combien de fautes « d'orthographe, dans la première? — Dixce neuf. — Très bien, très bien (il se frotte « les mains avec satisfaction). Et dans la se- « conde? — Yingt-quatre. — De mieux en « mieux; et la troisième? — Yingt-neuf. — ^c Parfait, parfait ! Ah ! madame Poise, Louise « n'est pas comme vous; elle ne sait pas force thographe; elle n'entend rien à la musique; « elle ne serait pas capable de nommer la « capitale de la France. Rien, rien, madame ce Poise, vous m'entendez, elle ne sait rien. Et
« quelle écriture ! un gribouillage incompréhencc sible. Ah! ma Louise n'est pas un bas bleu, « je m'en vante. » Et il exulte, et il se gonfle, et il éclate. — Où l'orgueil va-t-il se nicher, ma chère enfant?
ce Mais c'est assez, c'est trop parler de moi, n'est-il pas vrai, ma chère Charlotte? Si je me suis étendue avec prolixité sur mes propres épreuves, c'est pour que vous en tiriez un profitable enseignement, et que l'exemple de mon stoïcisme vous apprenne à supporter les coups du sort. A votre tour de me donner des nouvelles détaillées et de me tenir au courant de votre existence à Regelberg. J'espère qu'au contact de votre nouvelle famille vous ne perdez pas la distinction qui fait le plus bel ornement d'une jeune fille. Je dois vous l'avouer, Mme Hilda de Silbermann m'a fait l'effet d'une personne fort vulgaire, en quelque sorte d'une cuisinière, et ses enfants m'ont paru manquer tout à fait d'éducation. »
Quelques jours après, Charlotte reçut une seconde lettre de Mme Poise, très hâtive cette fois, et en réponse à la sienne : « Je suis au regret, disait Mme Poise, des fâcheuses nouvelles que j'apprends. J'espère que votre sensibilité un
peu exagérée — (naturellement! ô madame Poise) — ne vous a pas fait voir les choses trop en noir. Voici ce que je vous propose. Dans trois semaines je dois accompagner à Bade Mme Schûtzkopf; elle s'y rend pour suivre un régime dans l'espérance de faire disparaître son goitre et ses bajoues qu'elle se plaît à mettre sur le compte d'un léger excès d'embonpoint (que d'illusions, ma chère enfant!). Je lui demanderai deux jours de liberté, et je ferai un crochet jusqu'à Regelberg. Nous causerons ensemble de vos projets et nous prendrons une décision. D'ici là, s'il arrivait quelque chose de particulier, vous pourriez écrire à votre tuteur pour l'en informer. A bientôt, ma chère enfant. Stoïcisme et dignité, je ne puis vous recommander d'autre ligne de conduite. »
Charlotte porta ces deux lettres à sœur Joséfa, qui ne put s'empêcher de sourire en les lisant.
« Yotre ancienne institutrice exprime ses sentiments d'une façon un peu bizarre, dit sœur Joséfa à la petite fille; mais au fond tout ce qu'elle dit est fort juste, et elle me fait l'effet d'être une personne très digne et très honorable. Sa manière d'agir prouve qu'elle
met la considération au-dessus de l'argent. C'est un grand mérite chez une personne qui est dans une situation difficile. »
Le vol.
L'existence paraissait s'adoucir un peu pour Ciiarlotte. Ce n'est pas que la cousine Hikla fût plus aimable ni que ses enfants se montrassent plus affectueux envers la petite fille. Mais depuis la promenade à Regelberg, du moins la laissaient-ils en paix, et, à défaut de la tendresse dont elle sentait bien qu'elle serait toujours privée, Charlotte essayait de se contenter des avantages négatifs de l'indifférence.
Elle continuait à se rendre régulièrement au
couvent, où elle émerveillait ses maîtresses par sa vive intelligence et l'ardeur de son application. Dans le travail et l'affection de sœur Joséfa, elle trouvait un adoucissement à son triste abandon et attendait sans trop d'angoisse le moment où Mme Poise devait venir passer quelques jours à Regelberg.
Charlotte n'adressait plus la parole à Friederich qui d'ailleurs, plus que jamais, vivait en loup et en sauvage au milieu des siens. Par une aberration inouïe, la cousine Hilda continuait à le traiter en pauvre victime de sa cousine; elle ne lui parlait qu'avec un air d'attendrissement profond : « Mon petit Friederich chéri, veux-tu encore du jambon? es-tu fatigué, mon pauvre Friederich aimé, mon bon petit Fritzele?... « Une tendresse aussi aveugle, une faiblesse aussi insensée recevait d'ailleurs sa juste récompense. C'était encore avec sa mère que le petit garçon se montrait le plus grossier et le plus sans cœur, et l'on se demandait à quel degré d'inconscience pouvaient en être arrivés des parents qui supportaient chez leur fils une manière d'être aussi révoltante.
Pour la vive sensibilité de Charlotte, le voisinage de Friederich était très pénible; elle l'évitait
le plus possible; mais nerveuse et impressionnable, elle éprouvait un serrement de cœur quand elle rencontrait le petit garçon dans l'escalier ou au jardin. A table, assise en face de lui, elle n'osait pas lever les yeux; la vue de cette physionomie sombre et sournoise lui coupait l'appétit, et tout le temps que duraient les repas elle luttait en vain contre un malaise quasi intolérable.
Depuis quelque temps les Silbermann parlaient fréquemment d'un voyage qu'ils projetaient de faire à Bayreuth. Bayreutli est une ville de Bavière où l'on se rend en foule de tous les points de l'Europe pour entendre les opéras d'un grand musicien appelé Wagner. Wilhelmine, qui avait la prétention de savoir jouer du piano, éprouvait le besoin de compléter son éducation musicale par un séjour à Bayreuth. Le « Professor » von Becker, sa mère et sa sœur devaient être de la partie. Le cousin Gaspard, le seul qui comprît et aimât réellement la musique dans la famille, avait dit en soupirant : « Quel dommage que je ne puisse être des vôtres. Oh! si ce n'était mon usine! Ce voyage est le rêve de ma vie. » Cette remarque avait passé complètement inaperçue.
CliarloUc écoutait avidement tout ne que l'on racontait sur Bayrcuth et les œuvres de Wagner; elle en parlait avec sœur Joséfa et elle eût bien voulu aller entendre, elle aussi, cette musique merveilleuse qui faisait l'admiration du monde. Mais il n'était jamais question d'elle dans tous ces beaux projets; sans doute on la laisserait à Regelberg, en compagnie du cousin Gaspard et de Kiitel. Il fallait s'y résigner d'avance.
Cousine Hilda faisait des économies en vue du séjour à Bayreutb, et personne n'ignorait que la somme, qui grossissait chaque jour, dormait en attendant son emploi, dans un portefeuille sous une pile de serviettes au fond de l'armoire à linge. La cousine laissait presque toujours la clé sur la serrure, aussi bien par négligence que parce qu'elle n'avait pas de raison pour se méfier de qui que ce fût dans la maison. L'honnêteté de la grosse Kâtel élait aussi absolue que sa saleté, ce qui n'est pas peu dire.
Un jour où tout le monde élait parti pour faire une promenade à la campagne, Charlotte, restée seule à la maison, s'était installée au fond du jardin et lisait un livre que lui avait prêté sœur Joséfa, quand à son grand déplaisir, elle
vit approcher Frieclerich qu'elle croyait sorli avec le reste de la famille.
« Que lisez-vous donc, Charlotte? lui dit-il en Tahordant tout tranquillement, comme s'il s'était toujours montré le plus aimable des cousins.
— Cela vous importe peu, Friederich, répondit Charlotte doucement, mais fermement. D'ailleurs, je vous prie de ne pas vous asseoir près de moi et de ne pas me parler.
FRIEDERICH
Tiens! voilà que cela vous reprend tout à coup. (Singeant Charlotte.) « Ne me parlez pas, « ne m'approchez pas... « Vous êtes malade, ma pauvre demoiselle. »
Charlotte ferme son livre et se lève.
FRIEDERICH
Où allez-vous? Vous partez?
Certainement, je pars. J'ai reconnu que je ne pouvais vous faire aucun bien, et vous, chaque fois que vous en trouvez l'occasion, vous me faites du mal. J'aime mieux vous éviter. Pourquoi n'êtes-vous pas allé avec vos sœurs et vos frères? Cela eût beaucoup mieux valu pour nous deux.
FRiEDERiCH, lictussant Ics êpaulcs.
Charmantes promenades! Je m'assomme, moi, clans la société de cette grande dinde de Wiliielmine, toujours flanquée de son oison de M. von Becker. Il n'y a qu'une seule chose qui m'amuserait : ce serait d'avoir une harque à moi et de m'en aller sur la rivière tout seul ou avec des camarades, me promener quand j'en aurais envie. Mais ces éternelles processions en famille, grand merci! j'aime mieux rester à la maison.
Vous êtes bien ingrat envers cousine Hilda qui vous aime tant.
FRIEDERICH
Croyez-vous, par hasard, que ce soit amusant d'être sans cesse appelé mon Fritzele chéri, mon Fritzele aimé? J'en ai mal au cœur à la (in.... Oh! si je pouvais m'en aller tout seul, bien loin, bien loin!...
Eh bien! partez sur un navire, faites-vous mousse ; vous apprendrez à obéir et vous ne serez plus ni maussade ni ennuyé, je vous le garantis.
FRIEDERICH
Par exemple! il ne manquerait plus que cela! Peiner du matin au soir sur un navire quand
déjà je n'ai pas la force de supporter les heures de classe au Gymnase? Non, non, ce que je voudrais, c'est une barque, à moi, dont je serais le maître, qui me conduirait où j'aurais envie d'aller. Je partirais le matin et vous ne me rcverrie? plus de la journée : bonsoir la compagnie! »
Charlotte aurait pu répondre que personne ne regretterait cette absence; mais elle se contenta de dire :
" Demandez à votre mère de vous acheter un bateau, vous savez bien qu'elle ne vous refuse jamais rien....
FRiEDERicii, d'un air sombre.
Ah! ouiche! elle dit que c'est trop cher, qu'il n'y a pas moyen pour le moment.
Alors n'y pensez plus, vous avez tant d'autres choses !
FRiEDERicii, ent7^e ses dents.
Oh! je trouverai bien moyen de l'acheter quand même! ce ne sera pas si difficile! CHARLOTTE, qui na pas bien entendu.
Qu'est-ce que vous dites? qu'est-ce qui ne sera pas dii'hcile?
FRiEDERiCH, brusquement.
Moi? je ne dis rien du tout. Yous avez la
berlue. Et puis d'abord, puisque vous ne voulez pas de ma société, je vous quitte, je rentre chez moi, j'ai encore un maudit devoir à faire. Adieu!... Je ne sais vraiment pas pourquoi je vous ai raconté tout cela. Je voulais seulement savoir où vous étiez.... »
Friederich s'éloigna en sifflotant d'un air dégagé, et la petite fille reprit sa lecture; mais le livre était presque achevé. Quand Charlotte eut tourné la dernière page, elle se leva et se dirigea vers la maison pour y chercher un petit ouvrage à l'aiguille qu'elle destinait à so3ur Joséfa et qu'elle se proposait de terminer au jardin, n'ayant pas envie de s'enfermer par un si beau temps.
Dans le corridor, au premier étage, elle se heurta contre Friederich qui sortait précipitam ment de la chambre de sa mère. Le jeune gar çon était très pâle; il tenait son veston croisé sur sa poitrine par un geste bizarre, comme s'il eût voulu dissimuler quelque chose sous ce vêtement, et son regard parut à Charlotte plus étrange et plus trouble encore que de cou lume.
« Eh bien! quoi, qu'est-ce? dit-il à Charlotte. Pourquoi restez-vous devant moi comme si j'étais
une bête curieuse? Qu'est-ce que vous faites dans le corridoi ?
CHARLOTTE, étonfiée.
Ce que je fais? mais je rentre dans ma chambre. C'est à vous qu'il faudrait demander ce que vous faites. Pourquoi avez-vous Tair si bouleversé? Est-il arrivé quelque chose à cousine Hilda?
FRiEDERicii, de plus en plus troublé.
Comment, arrivé quelque chose? Que voulezvous dire? 11 n'est rien arrivé du tout; qu'est-ce qui aurait pu arriver? Et puis d'abord avez-vous bientôt fini de m'espionner? »
Et Friederich, bousculant sa cousine, descendit'quatre à quatre les escaliers. Charlotte haussa les épaules : «Pauvre garçon! il devient tout à fait fou, » se dit-elle; et elle entra dans sa chambre sans plus y songer.
Le soir, à l'heure du dîner, toute la maison était sens dessus dessous. La cousine Hilda, ayant eu besoin d'une facture, avait voulu la chercher dans le portefeuille de cuir noir; mais c'est en vain qu'elle avait bouleversé son armoire de fond en comble. Le portefeuille n'y était plus. 11 avait disparu, et l'argent avec, bien entendu.
LA COUSINE HiLDA, dans Vagitation pour la première fois de sa vie.
Il faut absolument que je sache si personne n'est entré dans ma chambre en mon absence. La maison était vide, puisque nous avions emmené Kàtel avec nous. Friederich a passé la journée chez un ami. Il n'y a que vous, Charlotte, qui soyez restée ici cette après-midi. C'est inexplicable, épouvantable. Je suis sûre que jamais rien de pareil ne s'est passé dans Regelberg.
Charlotte ouvrait la bouche pour dire : « Mais Friederich aussi est resté à la maison, il n'a pas été chez des amis ainsi que vous le croyez. » Un sentiment instinctif, qu'elle n'eût pu définir, arrêta les paroles sur ses lèvres. En même temps elle chercha des yeux son cousin : le jeune garçon fixait sur elle un regard à la fois méchant, effrayé et suppliant : il y avait de tout dans ce regard. Alors un soupçon terrible étreignit le cœur de la petite fille. Elle se rappela la rencontre de Friederich, hagard, bouleversé, devant la chambre de cousine Hilda, et la conversation qu'il lui avait tenue au jardin, car, chose étrange, les gens qui méditent une mauvaise action ou qui s'en sont rendus coupables éprouvent le besoin d'y faire allusion, et c'était sans doute cet
instinct mystérieux qui avait poussé Friederich, pourtant si taciturne, à entretenir sa cousine de la barque qu'il convoitait, au moment même où il avait résolu, pour se la procurer, d'employer un moyen criminel.
COUSINE HiLDA, S cidressaut à Charlotte.
Quelqu'un est-il venu? un fournisseur, le blanchisseur ou la couturière à la journée qui avait précisément à me parler? Vous n'avez vu personne?
Charlotte ne répondit pas.
COUSINE HILDA
M'entendez-vous, Charlotte? Avez- vous vu quelqu'un entrer dans ma chambre pendant mon absence sous un prétexte quelconque?
Même silence de Charlotte.
LA COUSINE HILDA, hovs cC elle.
Mais enfin c'est trop fort! vous étiez seule à la maison, il est naturel que l'on vous interroge. Répondez : oui ou non.
CHARLOTTE, balbutiant.
Ma cousine, je ne puis rien vous dire; je ne sais rien, je vous assure que je ne dois et ne puis rien dire.
LA COUSINE HILDA
Comment, vous ne devez rien me dire? que
signifie ce langage? Votre altitude est étrange, mademoiselle. Vos réticences et vôtre silence embarrassé ont lieu de surprendre les honnêtes gens. Prenez garde, si vous persistez à vous taire, nous serons en droit de supposer que vous avez de i3onnes raisons pour cela.
CHARLOTTE, d'uue voix étranglée.
Que voulez-vous dire, ma cousine? Je ne vous comprends pas.
LA COUSINE niLDA.
Je vois à votre trouble que vous me comprenez fort bien, au contraire. Vous êtes restée seule à la maison; ce vol inexplicable a eu lieu en notre absence. Des personnes moins bienveillantes vous accuseraient peut-être d'en être l'auteur.
CHARLOTTE, les maius jointes.
Oh! ma cousine, c'est impossible, vous ne pensez pas ce que vous dites? Moi, une voleuse? et pour quelle raison aurais-je pris cet argent? Oh! mon Dieu! mon pauvre bonpapa 1
LA cousLNE HiLDA, sècliement.
Votre action serait en effet assez surprenante, mais enfin nous ne pouvons soupçonner que vous; je le répète, vous êtes resiée seule à la
maison, et, avant de sortir, j'ai eu ce portefeuille entre les mains.
CHARLOTTE, pouvaut à peine parler.
Je n'étais pas seule à la maison, ma cousine, il y avait une autre personne....
LA COUSINE IlILDA.
Et qui donc, je vous prie?
CHARLOTTE, (Xuue voîx à peiïie distincte. Friederich.
LA COUSINE HILDA
C'est abominable, ce que vous faites là! Accuser un innocent, le fils de la maison où l'on vous héberge, et devant sa propre mère encore ! je n'ai jamais rien vu d'aussi affreux.
CHARLOTTE, de même.
Je n'accuse pas Friederich; je dis seulement qu'il était à la maison comme moi, et que vous pouvez aussi bien l'interroger que moi.
Pendant cette scène, Friederich, assis dans un coin de la salle à manger, s'est levé doucement et a gagné la porte sans faire de bruit.
LA COUSINE HILDA
Cela suffit, mademoiselle; puisque vous osez faire naître un soupçon contre mon fils, mon
Fricderich chéri, nous allons monter avec vous dans voire chambre, et en fouiller les moindres recoins. Vous no méritez pas que Ton vous traite autrement.
CHARLOTTE, tristement.
Comme vous voudrez, ma cousine. Je suis bien tranquille, je sais que vous ne trouverez rien. Mais vous vous repentirez d'avoir fait tant de peine aune petite fille sans défense.
La cousine Hilda sortit de la pièce, suivie de Charlotte et du cousin Gaspard, qui jouait comme à l'ordinaire un piètre personnage, au fond blâmant sa femme, mais n'osant prendre la défense de Charlotte. Wilhemine et Marguerite venaient à la rescousse, échangeant en allemand des exclamations indignées. Au haut de l'escalier, Mme de Silbermann rencontra Friederich qui s'apprêtait à descendre, et la pâleur de son favori acheva de la jeter hors des gonds.
LA COUSINE HILDA
Regardez dans quel état vous avez mis ce malheureux enfant; il ne se lient plus sur ses jambes. Oh! je vous en préviens, je serai impitoyable. Tout le pensionnat de Saint-Joseph sera instruit de votre action.
La cousine Hilda entre dans la chambre; elle
commence par jcler un coup d'œil circulaire avant de commencer sa perquisition. Puis elle ouvre les tiroirs, bouleverse la malle, secoue les livres et les cahiers, et ne craint pas de couronner cette basse besogne, en arrachant les couvertures du lit et en retournant Toreiller... et tout à coup, elle pousse un cri de triomphe : sous le traversin elle a senti quelque chose qui résiste... elle le soulève... et en relire un objet qui n'est autre que le portefeuille de cuir noir.
Mme de Silbermann s'approche lentement de Charlotte plus morte que vive; elle lui montre le portefeuille et lui dit d'une voix glaciale :
« Quelle audace, mademoiselle, quel cynisme! Vous n'aviez pas pensé que votre vol serait si tôt découvert, et le temps vous a manqué pour mettre mieux en sûreté le produit de votre larcin!
CHARLOTTE, (l'une VOIX déchirante.
Ma cousine, au nom du ciel, ma cousine, ce n'est pas possible, c'est un cauchemar, dites-moi que ce n'est pas vrai, que vous ne le croyez pas.... Je vous le jure, ma cousine, c'est Friederich qui a pris votre portefeuille; jamais je ne vous l'aurais dit si vous ne m'aviez pas accusée; je vous
jure que je l'ai vu; il n'a pas été chez son ami ainsi que vous le croyez, il est resté à la maison, je l'ai vu sortir de votre chambre, il tenait le portefeuille serré contre lui; il était aussi pâle qu'il l'est maintenant; et il m'a bousculée dans l'escalier pour se sauver plus vite. C'est lui, c'est lui, je vous jure que c'est lui. Quand il s'est vu découvert, il aura mis le portefeuille dans ma chambre pour faire croire que c'était moi qui l'avais pris. Oh! le malheureux, le malheureux!
LA COUSINE HILDA
Votre audace dépasse les bornes, et vous méritez que je vous fasse enfermer dans une maison de correction par votre tuteur jusqu'à votre majorité. Vous niez l'évidence et vous persistez dans une accusation monstrueuse contre mon fils, en dehors de toute vraisemblance. N'a-t-il pas d'ailleurs tout ce qu'il lui faut? lui avonsnous jamais refusé la moindre chose?
CHARLOTTE, se tordcint les maiiis.
Il voulait s'acheter un bateau, c'était pour avoir de l'argent, pour se procurer ce bateau que vous lui avez refusé. Oh! mon Dieu! mon Dieu! qui me viendra en aide? « (Elle jette des regards éperdus autour d'elle^ tandis que la cousine Ililda
LE VOL. 2b 1
a ouvert le portefeuille pour vérifier si le compte des billets s'y trouve bien.)
A ce moment, une feuille de papier s'échappe du portefeuille et vient tomber aux pieds de Charlotte; la petite fille, reconnaissant soudain récriture de Friederich, la saisit, y jette les yeux, et pousse un grand cri.
« Ah! c'est le bon Dieu qui a eu pitié de moi! Lisez, ma cousine, lisez ce que Friederich était en train d'écrire quand il a été surpris par votre arrivée; il aura jeté cette lettre dans le portefeuille en vous voyant revenir plus tôt qu'il ne le pensait, et il aura oublié de l'en retirer.... »
La cousine Hilda prend le papier que lui tend Charlotte, et machinalement, elle lit :
« Mon cher Peter, nous allons pouvoir acheter la barque; j'ai trouvé de l'argent, et plus qu'il n'en faut; je t'expliquerai comment, en venant te voir demain dans l'après-midi. Je n'irai pas en classe le matin; Ludwig te remettra ma lettre; mais surtout, pas un mot devant lui de la barque ni de l'argent. Je suis bien tranquille pour la lettre, il est si bête, qu'il ne songera même pas à l'ouvrir. Dans la matinée, j'irai tout de suite pour la barque chez.... » La lettre en était restée là. Sans doute l'arrivée de sa
famille avait empêché Friederich de continuer.... Comme dans un rêve, Charlotte entend la cousine qui dit d'une voix altérée : « Oh! Friederich! est-il possible? « Puis tout tourne autour d'elle, et c'est le silence, la nuit : la commotion a été trop violente. La petite lillc s'est évanouie.
Arrivée du tuteur.
Tandis que Charlotte, en proie depuis plusieurs jours au délire d'une fièwe ardente, ne reconnaissait personne autour d'elle et implorait le secours de son bon-papa et de la sœur Joséfa, Mme Poise, qui avait obtenu quarante-huit heures de congé, pendant que sa dame Belge s'installait à Bade, arrivait à Regelberg et croyait rêver en se trouvant nez à nez, à la gare, avec un grand monsieur tout de noir vêtu, qui n'était autre que le tuteur de Charlotte : M. Guêpier.
M'"*^ poiSE, absolument stupéfaite.
Comment, monsieur Guêpier, vous ici? Ce n'est pas possible, je suis le jouet d'une illusion.
M*^ GUÊPIER, toujours sévieux.
Nullement, madame Poise, nullement. C'est bien moi-môme en personne et non mon double. Vous devinez qu'il se passe quelque chose de grave, pour que j'aie entrepris ce voyage. Moi qui ai horreur des déplacements !