‹ Les errants de la gloireChapitre 1 sur 10 · LA LOUVE DU GÉVAUDAN · texte numérisé non relu

LA LOUVE DU GÉVAUDAN

Gilbert de La Fayette était un joli rouquin dégingandé, dont l'œil couleur châtaigne rappelait le fruit piquant de ses forêts. Comme il n'avait jamais connu son papa, hélas ! tué à la guerre, le petit marquis n'obéissait à personne. Sa mère, sa tante, vieille fille à perruque, et l'abbé chargé de lui apprendre dix mots de latin et un soupçon de catéchisme essayaient vainement de retenir le gosse turbulent au manoir de Chavaniac. Caresses, menaces, peu importait !

Un jour, Gilbert, de la panoplie paternelle, décroche en tapinois fusil et gibecière. Le sournois bondissant traverse la cuisine, enlève à ses casseroles le gentil marmiton, son compagnon de jeux. Les voilà échappés. — (( Gilbert, Gilbert, "où es-tu ? » criait la marquise penchée sur les terrasses. « Gilbert, Gilbert ! », hurlait l'abbé retroussant sa soutane et courant à pieuses enjambées vers les taillis touffus.

Ces escapades faisaient trembler la mère apeurée, car une louve terrible et mystérieuse rôdait. La bête du Gévaudan était partout, invisible et présente, emportant dans sa gueule rouge enfants nomades, bergers, agnelets vagissants. A dix ans, on est presque un homme ! La Fayette a juré d'abattre la louve diabolique. On l'avait aperçue louchant d'une prunelle flamboyante, sa vilaine queue cinglant la bruyère. Hérissée de poils bleus, elle zigzaguait, les crocs menaçants. Horreur î de sa langue vermeille pendait une bave verdâtre.

Le cœur battant, Gilbert s'approche sur la pointe des pieds. Il vise, tire sur la gâchette, sa main ne tremble plus. Une plainte aiguë siffle sur la lande, le sang empourpre les genêts. Il a blessé le fameux loup-garou. Quelle ivresse ! Les petits gars l'escortent. Bravo, Monseigneur ! Il rentre au château, dansant la bourrée et, grisé, savoure pour la première fois les vivats fouchtras des paysans d'Auvergne qui, torches en main, saluent le chasseur agile.

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