ÉVÊCHÉ DE QUIMPER ET DE LÉON
Quimper, le 23 février 1906.
Bien cher Monsieur l'Abbé,
J'ai lu avec intérêt, mais en même temps avec grande tristesse, votre brochure sur les Erreurs des démocrates de la Justice Sociale.
Je dis avec intérêt, car vous avez mis en grande lumière et exposé avec une logique impeccable les divagations du nouveau système de théologie démocratique dont la Justice Sociale est une des voix les plus audacieuses.
Après vous avoir lu, les plus aveugles ne manqueront pas d'être éclairés et de se reconnaître dans ce dédale d'erreurs et d'affirmations fantaisistes, où l'on essaye d'entraîner notre jeunesse catholique française.
Cette lecture m'a été pénible ; car on souffre de voir des prêtres d'intelligence et de talent se jeter dans un courant de nouveautés périlleuses, qui peut les entraîner à l'abîme. On souffre plus encore de les voir employer, dans leurs discussions et critiques, un langage dont on trouve des exemples chez les hérésiarques, mais qui n'a rien de commun avec la parole du Christ, des Apôtres ou de nos grands écrivains ecclésiastiques.
Grâce à Dieu, depuis plusieurs années déjà la Justice Sociale ne compte plus guère d'abonnés dans mon diocèse et c'est là une faveur dont chaque jour je bénis le ciel. Les doctrines qu'elle contient sont, en effet, de nature à pervertir rapidement les âmes naïves qui y cherchent leur pâture.
Vous avez donc rendu, Monsieur l'Abbé, service à la cause catholique en condensant dans votre volume la doctrine contenue dans le susdit journal. Ses rédacteurs n'auront pas à s'en plaindre, puisqu'ils y sont jugés d'après leurs écrits.
C'est pourquoi nous engageons tous les catholiques sérieux à faire, avec les documents que vous mettez entre leurs mains, une étude réfléchie des erreurs et des tendances de la nouvelle école.
On a dit et on ne saurait trop le répéter : le grand péril de l'Eglise de France, à l'heure actuelle, n'est pas seulement du côté de la persécution gouvernementale, il est surtout du côté de cette école semi-protestante, qui a de très nombreuses ramifications et dontPe:^terme fatal ne peut être que le schisme et l'hérésie.
Veuillez agréer, cher Monsieur l'Abbé, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués.
t François-Virgile, Evêque de Quimper et de Léon.
ARCHEVECHE DE CAMBRAI
Cambrai, le 5 Févtier i906.
Monsieur l'Abbé,
Avant de vous remercier du gracieux envoi que vous m'avez fait de votre brochure : Les Erreurs des démocrates de la Justice sociale, j'ai voulu la parcourir rapidement. Je vous félicite d'avoir eu le courage d'entreprendre ce pénible travail, et d'avoir pu condenser, en moins de 200 pages, un si grand nombre de citations, suivies d'une courte et suffisante réfutation.
Quand mille textes, éparsdans les différentes feuilles d'un journal, sont ainsi rapprochés, on comprend mieux la portée de ces propositions téméraires, erronées, irrespectueuses ; on voit bien qu'il ne s'agit pas de paroles échappées dans la chaleur d'une discussion, mais qu'il y a là un système suivi, une école.
C'est cette école moderne, que quelques autres journaux et surtout certaines revues très dangereuses ont mise à la mode, et qui a séduit une partie du jeune clergé. Sous prétexte qu'il faut harmoniser les vérités de la Foi avec les exigences de la science contemporaine, cette école est en train de nous faire un christianisme qui soit le moins chrétien possible; et on se demande si l'Eglise de France n'est pas menacée d'un semi-arianisme dont il est temps d'arrêter les ravages.
Votre brochure, Monsieur l'Abbé, vient donc en temps opportun; et la conscience d'avoir bien fait vous dédommagera des attaques, et peut-être des insolences, auxquelles il faut vous attendre.
Veuillez agréer. Monsieur l'Abbé, avec mes remerciements et félicitations, l'assurance de mon sincère dévouement.
t Henri MONNIER, Evêque de Lydda,