LAÏCISATION INTÉGRALE
Or, (( la laïcisation intégrale », dans le jargon du Bloc, c'est la destruction complète de toute influence religieuse, l'anéantissement de toute religion.
qui désarment le Bloc, et il n'y a qu'un moyen de le désarmer, c'est de le chasser. {Vifs applaudissements) ».
Les reproches que nous adressons à la Justice sociale, à propos des inventaires, tombent à pic sur le Sillon, dont l'esprit est le même, ainsi qu'on peut en juger par cette lettre recommandée à la Vérité Française :
K Paris, le 5 février 1906.
« Monsieur le Directeur,
(( Les récents événements qui viennent d'ensanglanter plusieurs de nos églises sont de nature à porter un trouble profond dans la conscience religieuse de nos concitoyens.
(( Nous avons tenu à organiser à cette occasion, pour vendredi prochain, une réunion publique, dans le dessein de montrer les fautes et les dangers de la politique anticléricale du gouvernement, d'affirmer aussi combien il importe que les catholiques, à l'heure actuelle, demeurent unis sur le terrain religieux, docilement soumis à leurs pasteurs légitimes, et ne laissent pas exploiter par des coteries politiques le sentiment religieux du pays.
Il y a là une a vilaine insinuation », qui semble s'inspirer du langage tenu à la tribune par M. Rouvier, comme le faisait remarquer M. Auguste Roussel :
« En dehors du Président du conseil, parlant ainsi pour flatter le « Bloc », il n'est personne, en effet, qui puisse accuser les manifestants d« nos églises d'agir autrement que par conviction religieuse, et sans la moindre préoccupation politique.
« Il est vraiment indigne d'un catholique de vouloir insinuer le contraire.
(( Si c'est inadvertance de la part de M. Marc Sangnier, il fait preuve d'une étrange légèreté.
(( Si c'est réfléchi^ nous disons très net que c'est une mauvaise action. »
D'ailleurs, M. Marc Sangnier marche, la main dans la main, les pas dans les pas, de MM. les abbés Naudet et Dabry. Le Sillon du 25 mai 1905 raconte qu'à propos de
(( Tanniversaire » de l'Encyclique sur la condition des ouvriers,
Le « camarade » Marc Sangnier donna la parole à Vabbè Dabry, un de ceux qui furent le plus meurtris dans cette lutte des démocrates chrétiens.
L'abbé Dabry montre que, malgré Vechec apparent de leur politique, les démocrates chrétiens ne sont pas des vaincus. Leur effort n'aurait pas été perdu, quand il n'aurait eu pour résultat que de déblaya- le terrain sur lequel devaient s'avancer avec plus d'assurance les générations suivantes et de rendre ainsi possible V effort (ht Sillon. Il salue les généreux pionniers de Vidée démocratique ' h rétienne, les Naudet, les Lemire, ciui, en souffrant pour leurs idées, ont préparé la moisson que d'autres seront appelés à récolter. 11 évoque le souvenir des deux congrès ecclésiastiques de 1896 et de 1900, auxquels il se consacra particulièrement, et insiste sur les résultats de ces congrès.
On sait comment Mgr Turinaz les a blâmés, dans les
Périls de la foi et de la. discipline.
Au Congrès du Sillon de 1906, « le camarade » iMarc, nous dit le Sillon du 10 mars, « boit à nos devanciers sur ia route de la démocratie, à V abbé Lemire, à Vabbé Garnier, à Vabbé Gayraud, à l'abbé Naudet, assez haïs à cause de nos idées pour avoir le droit d'être aimés par nous pour ces mêmes idées.
M. Tabbé Barbier a trop bien répondu aux prétentions étranges qu'affiche le Sillo7i de couvrir ses hardiesses républicaines et a son action démocratique » du pavillon de la c( démocratie chrétienne », pour que nous ne reproduisions pas sa réponse topique et irréfragable :
Vous avez beau jeu, dit-il à l'abbé Desgranges qui a essayé de répondre au livre Les idées du Sillon, à vous élever contre cette prétention supposée de vous refuser le droit d'être démocrate chrétien et démocrate tout court ; mais celui que vous devriez réclamer, pour justifier l'attitude du Sillon dont j'ai apporté cent exemples, serait le droit d'être démocrate tout court en tant que démocrate chrétien.
Là, et là seulement est la question.
Vous ne contesterez pas qu'une telle position serait en contradiction évidente avec les prescriptions de Léon XIII et de Pie X. C'est cette contradiction que j'ai reprochée au Sillon. Je lui reproche de confondre à tout propos la démocratie po/i^iqwe avec la démocratie c/iréiimrze ; j'ai fait voir qu'il identifie son esprit démocratique avec Vesprit chrétien; que cette action démocratique du Sillon, qu'il déclare, être différente de la démocratie chrétienne, M. Marc Sangnier l'appelle à toutes les pages action sociale catholique ; que la Revue du Sillon, organe de cette action démocratique, indé pendante, s'est toujours appelée, jusqu'à ces derniers temps, Revue d'action sociale catholique ; que le Sillon identifie sans cesse son action avec celle de l'Eglise; en un mot, et par des exemples qui remplissent ma brochure, que le Sillon, après les déclarations de Léon XIII et de Pie X, a repris les errements pernicieux de VEre nouvelle en 1848, dont la formule était .: La démocratie, c'est le christianisme même.
Et j'ai posé la thèse que je développais, en termes dont la précision ne permettait pas de subterfuge :
Pour nous, il nous semble évident que le devoir chrétien et la loyauté dont le Sillon s'honore lui font une égale obligation de choisir, et le mettent dans l'alternative ou de ne pas revendiquer pour son œuvre d'action démocratique le caractère d'action sociale catholique par excellence, ou de se conformer aux prescriptions des Souverains Pontifes,
Il vous fallait donc, ou disculper le Sillon de se présenter comme une œuvre d'action sociale catholique, ou revendiquer pour lui le droit de confondre son action démocratique avec la démocratie chrétienne. L'un et l'autre vous étaient également impossibles.
On comprend qu'à propos des démocrates italiens, aussi réfractaires que les nôtres aux directions pontificales, le Pape ait écrit au cardinal Svampa : « C'est pour nous une douleur intime que de savoir inscrits à cette démocratie autonome tant de pauvres jeunes gens qui donnaient les meilleures espérances ; Nous voudrions leur dire, avec la plus affectueuse compassion : Prenez garde, car vous êtes trompés par des gens qui vous circonviennent de leurs ilatteries, vous assourdissent de leurs discours, et ne se
font point scrupule de vous conduire dans une voie qui vous mène à la ruine. »
Néanmoins, les lauriers du Sillon et de la Justice sociale ont séduit d'autres démocrates.
Dans la Croix des Deux-Sèvres du 18 février 1906, M. l'abbé Godet, qui s'inspire de MM. Dabry et Naudet, blâmait énergiquement les catholiques qui résistent, affirmait que leur protestation ne doit se faire que dans la prière, et ajoutait textuellement cette phrase par laquelle se clôt Tarticle .
(( C'est bien ainsi que V entendent et que continueront (( à Ventendre — et ce sera leur honneur — les catho- (( liques de ce département, en dépit des excitations c( intéressées de gens qui ne cherchent que plaies et (( BOSSES, POUR AVOIR LE PLAISIR D'EMBÊTER LA c( RÉPUBLIQUE. »
La même Croix des Deux-Sèvres trouvait aussi ce insolites et intempestives » les pétitions adressées au Pape par les catholiques royalistes et la Fédération Jeanne-d'Arc.
Or, le Pape a ce béni avec reconnaissance » les délégués de la Fédération, et le cardinal Merry del Val a félicité les publicistes chrétiens, MM. de Marolles, Henry de France, Dom Besse, abbé Godeau, Charles Dupuy, Tristan Lambert, pour une Adresse suppliant le Pape ce de diriger et d'encourager larésistance )>. {Rqvuq de VOuest, li avril 1906.)
De plus, Mgr Pelgé répondait au candidat Corderoy et à M. Fabbé Godet, en écrivant Tautre jour :
Quant à l'affiche relative à la fermeture des églises, contre laquelle M. Corderoy a cru devoir protester, elle constate simplement, aux yeux de tous les gens de bonne foi, la conséquence inévitable, c'est-à-dire le but véritable de la loi — que la franc-maçonnerie elle-même n'a pas caché — à savoir : V anéantissement de la foi catholique en France, et pour commencer, la pj'meture des églises.
Nouvelles erreurs doctrinales et sociales de la « Justice sociale »,
Pendant que la Justice Sociale défendait en rU cembre 1905, janvier, février et n^ars 1906 uè ,o con
naturel et a Ja Constitution divine de l'Eglise » pDp tm,, vaitieten.psetlap,acede débiter d'autrXt Z-
Ainsi le 30 décembre 1905, elle s'octroyait un brevet de franchise orthodoxe, avec une assurance qui n'ad e^Ile que la fausseté de l'assertion : qu' n a a égale
librement au service de l'Idée ' " ''"' '"" P'"«
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Appendice. .
le Temps ne pourrait parler que de météorologie ; il serait interdit au Matin de raconter les choses qui se passent le soir • la Patrie ne pourrait jamais parler des Belges, et on enverrait des gendarmes à la Vérité toutes les fois qu elle imprime des calomnies contre les chrétiens démocrates, ce qui obligerait à installer un corps de garde dans ses bureaux. Oh! que voilà bien la parfaite exemption de « préjugé de parti » et surtout le « service désintéressé » de « l'idée », sans égard aux personnes !
Ainsi encore, le 6 janvier 1906, la Justice sociale disait, en se substituant au Saint-Père et aux évêques, qui ont réclamé le maintien des Congrégations religieuses, telles qu'elles existaient en France avant 1901 et telles qu'elles existent encore ailleurs :
Les religieux de l'avenir seront des apôtres ayant passé quelques jours dans un cénacle, et qui, après un contact rapide, mais énergique, avec l'Esprit, en sortiront enflammes de la grâce divine et prêts à communiquer au monde le feu divin pour le purifier, sans avoir à en craindre pour euxmêmes les souillures. On leur donnera une idée, un plan, une mission, une méthode, avec la recommandation de se conduire comme des saints. Et cela suffira pour que, durant de longues années, ils se conduisent comme des saints.
Aujourd'hui, les soldats ne sont plus placés coude à coude sur les champs de bataille ; ils combattent en ordre disperse. Ce sera dans l'avenir la manière de combattre des religieux. Jésus-Christ sera leur Général, l'Evangile leur règle, et le Saint-Esprit leur clôture (M).
Entre temps, Mgr Turinaz, pour ne pas en perdre l'habitude, se voyait «houspillé » de belle façon, sous ce titre : Une réponse. Les connaissances théologiques de Mgr Turinaz :
Le dernier numéro des Annales de philosophie chrétienne contient une réponse topique du Père Laberthonnière à cerj tains prétendus écrits doctrinawa; de Mgr Turinaz. La leçon esli cruelle; car elle laisse transparaître que la théologie du fou\
gueux prélat a quelques lacunes. Peut-être le ramènera-telie à la modestie, si elle ne le ramène pas à l'idée de reprendre ses études...
Décidément, la Justice sociale joue de malheur.
Elle c( recommande », le 7 janvier 1905, avec une « insistance » remarquée (voir les E7''reurs, p. 22), la brochure de M. Paul Viollet, Y Infaillibilité du Pape et le Syllabus^ qu'elle a publiée tout entière : et voilà que VOsservatore Romano, du 6 avril 1906, donne un décret de \ Index condamnant \ Infaillibilité du Pape et le Syllabus, de M. Paul Viollet !
Elle loue, en 1906, l'abbé Laberthonnière et s'en sert comme d'un bâton pour battre Mgr Turinaz: or, M. Fabbé Laberthonnière osait écrire dans les Annales de Philosophie chrétienne, décembre 1905, p. 298 :
... Ces manifestations de zèle aussi stériles que stérélisantes, ne sont évidemment qu'une manière d'exploiter Vau~ torité au profit de passions mesquines, d'intérêts ou de préjugés de partis, ou même de rancunes personnelles.
... Il n'y a rien à dire, en effet, à des gens qui ne font que répéter qu'ils veulent être orthodoxes et dont tous les gestes sont des gestes de soumission. On ne peut que les approuver. Il est mêmenaturel que ce soient eux qui obtiennent les faveurs.
Et voilà que deux livres de Tabbé P. Laberthonnière, Essais de Philosophie religieuse, le Réalisme chrétien et V Idéalisme grec ^ sont mis à l'Index par Rome ! [Osservatore Romano du 6 avril) «
C'est comme la Vie du P. Hecher^ Comme les Livrer rouges de l'abbé Loisy, Comme la Question biblique ei V Américanisme de Ïa.hh6 Houtin, loués par la Justice sociale et condamnés par Rome en 1899, 1903 et 1904.
Il n'y a guère de livre suspect, de doctrine erronée qu'elle ne patronne !
Gageons qu'elle ne parlera pas plus de la condamnation de MM. Viollet et de Laberthonnière que de celle de Tabbé îloutin !
La Semaine Religieuse de Nancy dit à ce propos :
Il y a quelques années, dans sa première brochure sur les Périls de la Foi et de la Discipline, Monseigneur l'Evêque de Nancy avait signalé et combattu quelques doctrines de M. l'abbé Denis, directeur des Annales de philosophie chrétienne. Celui-ci répondit par quelques pages d'injures et de récriminations passionnées, souvent inintelligibles, espérant bien mettre Téveque, comme tout homme qui se respecte, dans l'impossibilité de répliquer et de soutenir une polémique de ce même genre. Mais bientôt après, deux ouvrages de M. l'abbé Denis étaient frappés par la Congrégation de Y Index, Dans sa seconde brochure sur les Périls de la Foi et dans sa réfutation de M. E. Le Roy sur cette question : Qu'est-ce qu'un dogme? Mgr l'Evêque de Nancy a du combattre l'apologétique de Fimmanence, dont M. l'abbé Laberthonnière, nouveau directeur des Annales de philosophie chrétienne, est un des plus ardents apôtres. M. l'abbé Nouvelle, supérieur de M. l'abbé Laberthonnière, a écrit à Mgr Turinaz une lettre dans laquelle il lui opposait des objections et des prétendues preuves. Monseigneur a répondu dans les termes les plus polis et les plus précis à ces objections et à ces preuves, invoquant de nouveau les grands théologiens, le Concile du Vatican, etc.
M. l'abbé Laberthonnière s'est décidé alors à suivre la méthode de M. l'abbé Denis et à mettre à la place d'arguments les négations les plus audacieuses des textes qu'il avait sous les yeux, à transformer les affirmations et les paroles et à se moquer de l'ignorance de l'évêque de Nancy. La Justice sociale s'est empressée de donner la plus grande publicité à cette lettre du directeur des Annales de philosophie chrétienne, ajoutant encore à son insolence. Comme ces loyaux et vaillants adversaires l'avaient espéré, l'évêque n'a pas daigné les suivre sur un pareil terrain. Mais M. Laberthonnière vient d'avoir le même succès que M. Denis, et ses deux principaux ouvrages, qu'avait combattus l'évêque de Nancy, sont mis à VIndex.
Depuis quelque temps, M. Tabbé Naudet fait voyager ses lecteurs « à travers les problèmes psychiques». — On se demande ce que ces problèmes peuvent bien avoir à démêler avec la question « sociale ». Mais enfin, puisque « tout est dans tout », la Justice sociale peut, comme jadis Pic de la Mirandole, parler de omni re scibili et .., quibusdam aliis.
Il ne faudrait pas, pourtant, que M. Naudet, sous prétexte « d'hypnotisme», se moquât des théologiens et nous dît, avec la désinvolture qu'on lui connaît, Justice sociale du7avriH906:
Je sais que certains graves docteurs et théologiens de renom voient le « diable » en ceci, comme beaucoup de leurs devanciers non moins savants le voyaient jadis en bien d'autres endroits où il n'a jamais été. Mais cette opinion — moyen un peu primitif d'expliquer ce qui paraît inexplicable — n'est pas appuyée sur des raisons suffisantes ; nous n'aurons point souci de nous en préoccuper (??)
Ainsi, pas de théologie dans une question théologique au premier chef !
De plus, M. le chanoine Elie Blanc, professeur à l'Université catholique de Lyon, qui a fait sur l'hypnotisme des travaux aussi remarquables que bien documentés, n'a pas su donner « de raisons, sufiîsantes »... pour M. Naudet!
Le cardinal Satoli, qui, dans une lettre publique, a loué M. l'abbé Blanc pour sa thèse antihypnotique, l'a fait aussi sans c( raisons suffisantes ! »
Et M. Naudet affirme, sans sourciller, que « l'hypnotisme, absolument et de lui-même, n'est pas un acte immoral, » comme s'il pouvait être jamais permis à l'homme d'abdiquer sa conscience, sa raison, sa liberté, de les aliéner au profit d'un hypnotiseur, qui en dispose absolument ! Et comme si cet hypnotiseur pouvait impunénient se faire le complice d'une aliénation, d'une
abdication « immorales », et l'auteur d'une servitude, d'un esclavage^ condamnés par la loi naturelle !
Mgr Dubillard, évêque de Qaimper et de Léon, publiait, dans sa Semaiîte religieuse du 10 février, le communiqué suivant :
A raison du déplorable eiïet produit dans les milieux catholiques de Paris par un article de M. l'abbé Gayraud, député du Finistère, paru dans V Univers du 5 février et ayant pour titre : Respect' à Dieu, nous avons le devoir de déclarer publiquement que les appréciations contenues dans ledit article ne répondent, en aucune façon, aux sentiments de l'évêque de Quimper ni à ceux de l'inimense majorité de ses diocésains, clergé et fidèles 1 .
La Justice Sociale, qui avait reproduit en partie Tarticle incriminé, — paru aussi tout au long en tête de la Semaine Catholique de Saint-Flour, décidément inféodée à la Justice Sociale — , se garda bien de faire une allusion à cet acte si grave de la juridiction épiscopale.
Mieux valait, paraît-il, louer Tabbé Lemire de sa visite du l^i janvier à M. Loubet, à M. Doumer et à M. Rouvier :
Au moment où, par un acte arbitraire et non moins outrageant pour le sentiment national que pour le sentiment catholique, quelques administrations diocésaines (2) se sont permis de supprimer la prière pour les Pouvoirs publics,
(1) M. l'abbé Gayraud y disait :
« Le gouvernemenl exécute les basses œuvres maçonniques. Que personne ne s'en fasse le complice fsic\ en provoquant l'intervention de la force armée dans la maison de Dieu. »
Ainsi, résister à des francs-maçons persécuteurs, c'était se faire leur complice !
M. l'abbé Gayraud ajoutait, en terminant :
« Devant Tagent fiscal qui se présente à la porte du sanctuaire, rappelons-nous l'accueil digne et calme que Jésus fit au traître Judas. Respect à notre Dieu ! » — Oui, mais tirez les premiers. Messieurs les Anglais : c'est-à-dire, Messieurs les sectaires, respect à notre Dieu et à nos églises I
(2) -Voilà des a administrations diocésaines )) accusées « d'outrager le sentiment national et le sentiment catholique » : rien que cela I
M. l'abbé Leinire a eu le bon esprit de ne point déroger à son habitude de se joindre au bureau de la Chambre pour aller présenter ses vœux de nouvel an au Président de la République.
Quelques journaux ayant manifesté quelque étonnement, M. l'abbé Leraire a fait, à un rédacteur du Figaro, les plus excellentes déclarations, que nous nous faisons un devoir de reproduire.
Dans le fragment de Vintervieio reproduit par la Justice Sociale, se trouve Tétonnante déclaration que voici :
Je disais donc à M. Rouvier que nous avions besoin plus que jamais de la paix religieuse. Celte paix, ne croyez pas que le Souverain Pontife veuille en aucune manière la troubler. Soyez, au contraire, assuré qu'il pratiquera, sous un régime différent, la même politique française que Léon XIII.
. (( Il résulte de ces paroles, disait la Vérité du 14 janvier, que, pour M. Lemire, la paix religieuse existe, en France, et qu'elle ne court qu\m danger, celui d'être « troublée » par les catholiques, c'est bien sa pensée, ou par le Souverain Pontife. 11 ne croit pas pouvoir parler au nom des catholiques français, que d'ailleurs, selon ses déclarations plusieurs fois répétées, il ne représente pas à la Chambre ; mais, pour le Souverain Pontife, il en répond : <i Celte paix, ne croyez pas que le Souverain Pontife veuille en aucune manière la troubler. »
(( Et je le crois bien !
(( N'est-ce pas, ici, le cas d'appliquer à M. Lemire, cette parole de M. de Maistre : Vœil ne voit ipas ce qui le touche? Oui, M. l'abbé Lemire est-il à ce point inféodé à son parti qu'il soit incapable de voir ce qui s'y dit et s'y fait ? Il ne croit pas à la persécution : a Mais pourquoi parler de persécution? » dit-il. Qu'est-ce alors que ce qui se passe en France, depuis trente ans? C'est donc la paix religieuse que nous annonçait ce cri de guerre du plus célèbre, sinon du plus éminent des chefs de son parti : <^ Le cléricalisme,
voilà rennemi !» Et il faut expliquer à M. Lemire que, depuis que le parti républicain est au pouvoir, ses actes n'ont pas démenti ce cri de guerre ?
(( Quel incroyable aveuglement !
(( Dans sa lettre à M. Tailliez (de la Vérité), M. Lemire disait :
(( Je voulais même vous convertir à la pacification, à l'espérance, à QUELQUE GuosE DE RADIEUX commc cc que le cardinal de Paris a apporté à ses prêtres aux réceptions de l'an. »
(( Vraiment, M. l'abbé Lemire, pour qui les termes : dette publique éqmwdX^ni k fortune publique, est trop... semblable à lui-même. »
Depuis lors, M. Tabbé Lemire a donné toute sa mesure dans son Discours du 7 mars, qui a reçu ce le châtiment qu'il méritait » : les applaudissements de la gauche ; l'affichage voté par elle de ce discours entre celui de Briand et celui de Dubief; la sanglante apostrophe de M. Lasies :c(Le jour de la condamnation du Christ, Monsieur l'Abbé, vous auriez dîné chez Pilate » ; et enfin les huées indignées des catholiques de Bœschèpe, aux funérailles de Ghisel, si mal défendu par ce l'Aumônier du bloc », comme on l'a appelé.
Le Nouvelliste du Nord et du Pas-de-Calais et la Dépêche, qui représentent à Lille l'opinion moyenne des catholiques, des libéraux sincères et des indépendants, publiaient l'appréciation suivante sur l'attitude que l'abbé Lemire, député de la circonscription d'Hazebrouck, avait observée dans la séance du 7 mars à la Chambre :
Le député de la première circonscription d'Hazebrouck, dont les conseils à M. Maxime Lecomte n'avaient reçu qu'un démenti insuffisant, s'est fait, dans la circonstance, le meilleur auxiliaire du gouvernement.
Pour lui^ les inventaires ne constituaient qu'une formalité sans danger, qu'un peu plus il aurait approuvée. S'il a su
trouver quelques paroles émues pour les victimes et quelques blâutes pour les procédés de l'administration^ on voyait cependant que la conclusion logique de son discours était le désaveu de la résistance, telle qu'elle était réglée et ordonnée par l'autorité épiscopale, résistance qui répondait, sauf quelques rares exceptions, au sentiment de l'unanimité des prêtres du diocèse de Cambrai.
M. l'abbé Lemire a trouvé tout de suite le châtiment de son attitude dans les applaudissements des pires ennemis de l'Eglise catholique et dans l'affichage qu'ils ont ordonné de son discours.
Nous sommes de ceux qui, à toute époque, n'avons jamais eu la moindre illusion sur le rôle politique du député d'Hazebrouck. Mais pour faciliter l'union, nous avons gardé un silence dont nous ne nous sommes départis que pour protester contre certaines paroles. Aujourd'hui, notre devoir est de nous faire interprète d'un sentiment de réprobation qui ne peut plus être dissimulé.
L'abbé Lemire a tellement compris lui-même de quelle responsabilité lourde il s'était chargé, en tenant à la tribune le langage qui lui a valu les ovations de la gauche et les -reproches amers de la droite, que, dans la sténographie de son discours destinée au Journal Officiel, il a modifié sensiblement les déclarations que lui attribuent cependant à l'envi tous les comptes rendus des journaux du soir, rédigés de auditu.
Quoi qu'il en soit, aucune conscience droite ne comprendra jamais que l'efïusion du sang catholique par une main officielle et policière pût être, pour un prêtre député, l'occasion d'un blâme à l'adresse des défenseurs des églises, ou d'un soupçon jeté sur leur désintéressement politique, ou enfin d'une apologie de l'accommodement avec la loi, condamnée hautement par l'Encyclique Vehementer Nos.
Néanmoins, la Justice Sociale du 10 mars louait ainsi fabbé Lemire de son Discours scandaleux du 7 mars :
Puisque la Chambre a voté faffichage de ces deux discours (de Lemire et de Ribot) (1), il nous suffira d'en citer ici les
(l) C'est oublier sciemment et volontairement qu'elle a voté aussi l'affichage de ceux de M. Briand et de M. Du bief, entre lesquels celui de M. Lemire a paru encadré.
passages caractéristiques, en exprimant à notre ami, l'abbé Lemire^ toutes nos félicitations pour la loyauté de ses paroles et pour la grande noblesse et la fierté de son attitude.
Au moment où l'abbé Lemire venait de terminer son admirable discours, l'abbé Gayraud s'est avancé vers lui et lui a serré la main avec effusion. — (Oui, mais il a été le seul de toute la droite à le faire.)
Le moment était solennel. L'abbé Gayraud a très bien compris que l'abbé Lemire venait de défendre la liberté ecclésiastique contre la Droite politicienne, comme, il y a dix ans, il avait défendu la même liberté, lui, abbé Gayraud, contre les monarchistes du Finistère.
Toute la question, en effets est encore là.
11 s'agit de savoir si l'Eglise de France sera enfin maîtresse de ses destinées, ou si elle continuera à suh^r la loi de politiciens qui, au nom de leurs intérêts de caste, veulent rexploiter et la faire marcher (1).
Il s'agit de savoir si la hiérarchie de l'Eglise se compose du Pape, des Evoques et des Prêtres, ou de quelques députés de droite et de quelques journalistes salariés (??).
Malheur aux catholiques qui ne comprendraient pas que l'intérêt suprême de l'Eglise, en ce moment, est d'échapper enfin, après quinze ans de luttes, à une domination humiliante, et de se tourner définitivement vers le pays, qui a besoin de nous, qui nous désire et qui ne tarderait pas à nous payer, par beaucoup de sympathie, des sacrifices que nous aurions faits !
II n'y a de a domination humiliante » pour nous que celle des Blocards, franGs-maçons et sectaires.
Et puis, tout cela est horriblement déplacé. 11 s'agissait pour M. Lemire et pour M. Gayraud de défendre les catholiques, victimes d'odieuses violences, et non pas dédire à nos gouvernants « qu'on ne leur demandait pas d'aller à Canossa ». — Pardon, M. Gayraud : c'est la seule chose qu'ils aient à faire, pour ne pas violenter les consciences et déchaîner la guerre civile.
(1) C'est un scandale qu'un tel langage, en présence des actes néfastes du Bloc, qui, seul, nous « exploite et nous fait marcher », en dépit de la droite, qui, seule, nous défend.
D'ailleurs, la Libre Parole^ par un article du 9 mars, consacré à « l'Aumônier du Bloc », faisait justice de ce (( Jobard », de ce « Jocrisse buté », de cet esprit irrémédiablement faux, (( qui fait le mal avec la conviction qu'il fait le bien ».
Voici, de plus, comment \q Temps, huguenot et peu suspect de tendresse pour les catholiques, appréciait, le 9 mars, le discours de M. l'abbé Lemire :
Tel fut ce débat, où M. l'abbé Lemire, prêtre catholique, acclamé par l'extrême gauche, prêchait le respect de la Constitution et des lois de la République. En le voyant, on croyait revivre une séance de l'Assemblée Législative de 1792; et puis, quand on l'écoutait, on pouvait croire que c'était Lamourette, invitant à la réconciliation nationale, et commentant dans un esprit d'évêque constitutionnel — car tout recommence — Je décret sur les biens du clergé par rapport à la nature et aux lois de V institution !
Et dire que la Justice sociale faisait encore, le 17 mars, p'éloge de l'abbé Lemire par Torgane du Bulletin de la Semaine, et parlait, le 24 mars, A'hommages à Vahbé Lemire^ auquel, comme à l'abbé Gayraud, nos démocrates ^voulaient offrir un banquet, un objet d'art ! Les deux abbés députés ont allégué (( le carême » et renvoyé à plus tard ces hommages, qui sonnent si mal après les blâmes formels de Mgr Dubillard et de la Semaine religieuse de Cambrai. Nous pouvons aflirmer, d'ailleurs, que l'autorité compétente a interdit cette étrange manifestation.
Le Petit Marseillais, peu clérical, publiait le 21 mars un portrait de M. l'abbé Lemire, signé par M. Paul Bosq, où il était dit :
Quand il a fini, il recommence, et (juand il recommence, il ne finit plus...
il y a, sans doute, beaucoup de mérite à rester profondément et radicalement naïf, naïf jusqu'aux moelles, dans cette
mauvaise fournaise du Parlement, qui déprime, qui racornit les meilleures natures ; mais dans le milieu où il lui faut vivre, cette naïveté le dessert et le désarme. Elle est exploitée par ses adversaires contre la cause même qu'il croit et veut servir. Aussi, chaque fois qu'il prend la parole, on entend ses voisins murmurer : « Mon Dieu, préservez-nous de notre ami l'abbé Lemire ; pour nos ennemis, nous nous en chargeons. »
« Je vais vous unifier ! » lui criait naguère M. Jaurès, en voyant que ce prêtre, à propos des retraites ouvrières, allait plus loin que les socialistes « non unifiés ».
Le D^ Lancry peut glorifier à Taise son ce cher député » ; mais il est certain qu'à son dernier voyage à Rome, Tabbé Lemire n'a pas eu l'audience du Pape qu'il espérait : tous les démentis de la Justice sociale ne sauraient prévaloir contre ce fait, affirmé par l'un des nouveaux évêques consacrés à Rome par Pie X, le 25 février.
Dans la séance du Jeudi Saint, 12 avril 1906, M. Tabbé Lemire a fait voter, aux applaudissements de toutes les gauches, une proposition dont il est l'auteur : elle unifie à vingt et un ans l'âge de la majorité matrimoniale pour les filles et les garçons, et supprime tout acte respectueux vis à vis des parents. C'est ce détruire l'autorité paternelle et maternelle », comme Tont fait observer MM. de Ramel, du Halgouët et Lasies.
Ce qui est plus significatif encore, c'est que les électeurs catholiques de l'abbé Lemire lui ont fait rudement sentir à Bœschèpe leur légitime indignation contre lui, lors de Tenterrement de Ghisel :
Près de l'église, apparaît l'abbé Lemire.~ Aussitôt il est entouré ; on le conspue fortement: « Nous ne vous avons pas élu pour nous combattre! disent les uns. Vous êtes bien l'aumônier du Bloc. Allez chez Brisson. A bas les vendus ! A bas, les Francs-Maçons !»
L'abbé Lemire, devant la manifestation spontanée de cette!
aie qui le renie, qui le suit et le siffle, demande la protecfen du maii:.e.
Mais les catholiques le suivent jusqu'au bout, lui jetant L la face l'épithète de (( Jobard » et « d'Aumônier du Bloc ».
En vain cherche-t-il une main amie, le clergé se détourne ur son passage.
M. le doyen de Saint-Amand, à qui il avance la main, la ui refuse.
Il n'aura, pour se consoler, que la main de Naudet, elles de Dabry et autres Jordan et Dutrève, d'autant plus ue la Pairie dû 27 avril a pu raconter, sans recevoir lucun démenti, le fait suivant :
Le langage peu mesuré, tenu par ce prêtre à la Chambre, vait donné cette impression que son rôle ne.pouvait être utile ! la défense des idées religieuses. Ce sentiment fut surtout Bssenti par les prêtres de la première circonscription d'Haiîbrouck, qui avaient été les meilleurs auxiliaires et qui isqu'à ce moment étaient restés les amis les plus dévoués e M. l'abbé Lemire. Spontanément, les doyens, curés et Icaires, signèrent une adresse à leur député en lui marluant combien sa situation était devenue difficile et lui smandèrent de ne plus se représenter. Cette adresse fut
gnée par la plus grande majorité des prêtres intéressés.
Nouvelles erreurs politiques et historiques de /a (( Justice sociale )).
L'approche des élections législatives devait amener une recrudescence de folles divagations dans les colonnes d'une feuille, où l'on a vu le franc-maçon Brisson, le funèbre insulteur de la Providence (1), préféré à un catholique monarchiste.
Voici ce qu'écrivait, le 24 mars 1906, M. l'abbé Pierre Dabry, sous le titre Etiquettes menteuses, à propos des candidatures de MM, Roy de Loulay et Ernest Renauld,^ directeur du Soleil, à Saint-Jeân-d'Angély, contre ce le député sortant, M. Réveillaud, radical-socialiste » :
Ainsi M. Ernest Renauld, directeur très royaliste, très autoritaire, très intolérant et très sectaire du journal le Soleil, est qualifié et probablement se qualifie lui-même de candidat libéral ! Il y a là une supercherie, une mystification et un mensonge, contre lesquels on ne saurait trop mettre en garde les électeurs. Il faut que chacun ait le courage de son opinion et que les journaux sachent faire une certaine critique dans les qualificatifs que se donnent les candidats.
Dans le cas présent, il n'y a pas de doute que, si on compare les deux candidats, Ernest Renauld et Réveillaud, celui-ci, quoique protestant, ne présente plus de garanties de
(1) A propos de la catastrophe du Bazar de la Charité, en 1897, M. Brisson, alors président de la Chambre, comparait la Providence au dieu Moloch !
loyauté, de sérieux et de vrai libéralisme que le directeur du Soleil^ et ne soit plus digne des suffrages des honnêtes gens. Les catholiques ont été assez dupés par les fanfarons réactionnaires pour qu'ils se tiennent un peu sur leurs gardes et ne se laissent pas duper une fois^^le plus.
Quand on songe que M. Ré veillaud, ancien catholique, est un apostat, un sectaire^ qui a prononcé à la Chambre, en 1905, un des discours les plus odieux sur la loi de Séparation, la note de M. Dabry, qu'on vient de lire, paraît tout simplement monstrueuse.
D'ailleurs, il est stupéfiant de voir reprocher à un royaliste d'être ce très intolérant, très sectaire y), par la Justice sociale, qui, le 17 mars 1906, osait écrire, sous le titre la Dictature des Réfractaires :
Avez-vous lu le superbe discours de Mgr ïouchet à Rome? C'est à faire pleurer de joie et d'émotion. Il est évident que le Pape ne gouvernera librement le peuple chrétien que s'il condamne solennellement les trois ou quatre journaux réfractaires ou royalistes, qui montent quotidiennement la tête des catholiques. Le fera-t-il ? Je le crois, car il n'a pas peur...
On se demande d'abord, sans parvenir à trouver la solution de ce problème insoluble, quel rapport il peut bien y avoir entre le Discours de Mgr Touchet à Rome et c( la dictature (?) des réfractaires », a la condamnation solennelle de trois ou quatre journaux réfractaires (!!) ». Il est vrai que la logique et la Justice sociale sont, depuis longtemps, brouillées d'une manière irrévocable.
Et puis, n'est-il pas plaisant de voir un journal, qui, naguère, dans sa Table des matières de 1906, appelait (( inquisiteur » un de ses adversaires les mieux documentés, se faire lui-même ce inquisiteur », pourvoyeur de Tlnquisition, laquelle se préoccupe, non pas des opinions politiques, parfaitement libres, mais des doctrines contraires à la foi catholique, comme celles qu'a si souvent soutenues la Justice sociale ? Elle cherche le bâton pour se faire
battre, et les approbations données à notre brochure par Mgr Dubillard, Mgr Monnier, Mgr Rutten, évêque de Liège, Mgr Rumeau, Mgr Turina^, ne sont-elles pas une ce condamnation » indirecte, mais formelle, des dangereuses (( erreurs » de ce journal ?
Enfin, il serait plus que temps d'en finir avec cette appellation de a réfractaires » jetée à la tête d'honnêtes gens, dont la fidélité à leurs convictions politiques n'a jamais eu rien de répréhensible, ainsi que Mgr Turinaz vient de le prouver dans une remarquable Lettre, écrite, le 16 mars 1906, à M. l'abbé Barbier, à propos de son livre: Cas de conscience; les Catholiques français et la République :
Le cas de conscience dont il s'agit, est celui du ralliement des catholiques de France à la République. Vous retracez, en citant à chaque page de nombreux documents, l'histoire de ce ralliement, ses origines, rintervention et les vues politiques de Léon XIII, Vètat de la France, les méprises ou les erreurs, Véchec du ralliement et les causes de cet échec, les droits de la résistance à un gouvernement, enfin, les directioiis pontificales de Pie Z, et vous exposez vos conclusions.
Il m'est impossible de vous suivre dans tous les détails de vos affirmations et de vos démonstrations. J'insisterai sur ce point essentiel que la vraie pensée et les instructions de Léon XIII ont été dépassées, exagérées, transformées ..
J'ai eu, dès le principe, la conviction d'un changement introduit dans les instructions de Léon XIII. Mais cette conviction est devenue absolue, quand l'auguste Pontife a bien voulu me lire lui-même^ deux mois environ après le toast d'Alger,' et me permettre de copier une note qui exprimait nettement sa pensée. « Et, a-t-il ajouté, plus nettement et plus clairement que la lettre publiée par S. E. le cardinal Rampolla, quelque temps auparavant. » « Le but de cette note, disait le texte, est d'indiquer aux évoques une ligne de conduite qui semble de nature à devoir calmer l'émotion causée par de récentes déclarations. »
Parmi ces récentes déclarations, il faut évidemment compter, en premier lieu, le toast d'Alger.
La note poursuit en ces termes :
« Ceux d'entre eux (des évêques) qui estiment pouvoir adhérer à la forme républicaine^ ainsi que Fa fait l'évêque d'Annecy, devront le faire aï)ec toutes les réserves nécessaires quant aux lois iniques volées jusqu'à ce jour. Ceux qui, pour des considérations méritant tout respect, ne croient pas pouvoir aller si loin, et à qui répugnerait une adhésion explicite, devraient au moins profiter des occasions qui leur sont offertes, pour faire connaître ouvertement qu'ils ne nourrissent aucune hostilité contre la forme établie du gouvernement républicain, quoiqu'ils déplorent tout ce que ce gouvernement a fait contre la religion et l'Eglise. »
Le Pape demandait, ensuite, aux catholiques « de se mettre en dehors des partis politiques, pour n'avoir en vue uniquement, comme bien supérieur, que de soustraire la France aux funestes influences de l'impiété et des sectes qui s'efforcent de la déchristianiser. ))
Mgr Turinaz raconte alors qu'il démontra au cardinal Lavigerie que a son toast d'Alger» n'était pas cV accord avec la note du Pape sur deux joints :
D'abord sur Vadhésion absolue, explicite, qu'il exigeait de tous les catholiques à la République, ainsi que sa lettre en faisait foi ; et de plus, parce que, dans son toast, il ne faisait pas les réserves nécessaires quant « aux lois iniques votées jusqu'à ce jour ».
Je fis remarquer à Son Eminence qu'il réclamait, comme Léon XIII, Tunion nécessaire et évidente des catholiques et des honnêtes gens pour la défense de la religion et de la société, et que, d'autre part, il imposait, comme première condition de cette union, Vadhésion à la République, adhésion qui, certainement, ne serait pas obtenue, et que, ainsi, nous allions fatalement à la division et aux désastres. Les faits ont dit et disent encore si je me suis trompé.
Voici, dans les termes les plus précis, quelques-unes des preuves qui confirment la conviction, que je viens d'exposer.
Léon Xîll n'a jamais demandé aux catholiques d'adhésion à la République. Il ne s'est jamais servi de ce terme, quand il a parlé d'obligation. Il n'a jamais dit que les catholiques
Appendice. 5
devaient être ou devenir républicains. Ce sont, pourtant, là les obligations qu'on a voulu imposer aux catholiques de France.
Léon XllI a déclaré, plusieurs fois, qu'il ne voulait rien changer ou ajouter à l'enseignement des Papes et des Docteurs, sur ces graves et délicates questions. Or, jamais les Papes et les théologiens n'ont rien demandé de pareil, à l'égard d'aucun gauvernement.
Ces obligations dépassent manifestement les principes que l'auguste Pontife a invoqués dans ses instructions aux catholiques de France.
L'éminent prélat le montre, en rappelant une Lettre de Léon XIII au cardinal Rampolla, alors nonce à Madrid^ et où Sa Sainteté disait ce quit est permis et légitime de défendre ses opinions (politiques) sur le terrain qui leur est propre. »
Quelques-uns, ajoute Mgr Turinaz, ont trouvé un moyen merveilleux de tout concilier. Ils ont dit ; « Gardez dans vos âmes vos convictions politiques ; mais parlez et agissez en républicains ; soyez monarchistes, croyez que la monarchie est le meilleur gouvernement, le seul qui convienne à la France ; mais parlez et agissez comme si vous étiez convaincus que la République est le meilleur gouvernement, et le seul qui convienne à la France. » Me serait-il permis de faire siuiplement remarquer que ce conseil est le comble de la déloyauté et de Vhypocrisie ? Et voilà où conduisent l'esprit de parti et l'aveuglement obstiné.
Mais rien n'a arrêté les commentateurs des instructions pontificales. On est allé, dans certaines régions, jusqu'à refuser l'absolution et la sainte communion aux catholiques et aux parents des catholiques qui prétendaient avoir le droit de voter pour des catholiques intelligents, dévoués, signalés déjà par d'importants services, mais qui n'avaient pas adhéré à la République et ne s'étaient pas déclarés républicains. Et il fallait, sous la menace de pareilles peines, donner ses suffrages, pour obéir à Léon XIII, à tel candidat républicain et démocrate, dont la candidature était désapprouvée par Léon XIII.
Vous avez dit les conséquences lamentables de cet aveu-
clément : l'échec des candidats catholiques ou sincèrement libéraux, et, à leur tête, de ceux qui avaient adhéré avec éclata la République. Il suffisait pourtant, dans ces élections, pour donner la majorité aux catholiques, de gagner dans la France entière environ trois cent mille voix. Depuis lors, les mêmes manœuvres ont amené les mêmes échecs, ont accumulé les désastres et les ruines et nous ont conduits à une implacable persécution. Pour donner la victoire aux catholiques, en 1893, et préparer une ère nouvelle, une organisation était prête, constituée : « LUnion de la France chrétienne », sous la direction de MM. Chesnelong et Keller. CoQime Léon XIII aux Espagnols, elle demandait aux catho^ liques de France et aux honnêtes gens, aux libéraux monarchistes ou républicains, de s'unir sans renoncer à leurs opinions, pour la défense des libertés civiles et religieuses, de la religion et de la société. C'est là qu'était le salut, c'est là qu'il est aujourd'hui encore. C'est enfin ce que nous paraît être très clairement la direction de Pie X.
On voit par là quels sont les vrais « réfractaires » ; MM. Naudet et Dabry, conseillant de voter pour Brisson et Réveillaud plutôt que pour des catholiques, des ce libéraux », des monarchistes ; ou bien le D'^Lancry, s'am usant, le 24 mars 1906, à nous conter, de la voix chevrotante dont il parle, au nom d'un ce vénérable de la loge », que, si « l'assemblée générale des évêques français, dans six semaines, demande et exige Tacceptation ferme et loyale de la constitution républicaine (! !) » et que, si, ce contrairement à toutes les prévisions, les vrais chefs, les vrais cardinaux de l'Eglise de France cessent d'être les directeurs de la Libre Parole, de V Autorité, de la Vérité française, de la Semaine de Cambrai, etc. »
Le plus vulgaire bon sens fait justice de ces suppositions, injurieuses pour c( les vrais cardinaux de l'Eglise de France )>.
Il fait justice aussi de cette « note » de la Croix du Cantalf que la Justice sociale du 10 mars trouve « excel-
lente », en la tronquant, comme l'établit la communication bienveillante qui m'est faite du texte intégral du jeune Lissorgues, dont on a déjà vu plusieurs fois l'extravagance démocratique :
La Liberté publie, dans sa Tribune Libre^ une lettre d'une maladresse singulière. On y dit : « Le Clergé qui^ docile à la voix du Pape, s'était rallié en masse à la République, fait machine en arrière depuis quelques années. » Ces lignes pourraient laisser croire que le clergé se rebelle contre la parole de Léon XllI et celle de Pie X.
Notez que la Justice sociale se garde bien de dire que c'est à un « curé », son aîné dans le sacerdoce et dans le ministère, que l'étourneau de la Croix du Cantal adresse ces reproches impertinents de « maladresse singulière » et de (( rébellion contre Léon XIII et PieX ». Le (( curé » en question a riposté avec une singulière justesse au jeune hanneton, tapageant dans son tambour, et qui ajoutait ces lignes supprimées par la Justice sociale :
La lettre dont nous nous occupons contient en outre cette phrase stupéfiante : « Le Clergé préférera s'enfermer dans la « Tour d'ivoire » ou l'Arche d'Alliance (??), et il étudiera le passé de l'Humanité, pour se consoler du présent et surtout de l'Avenir ! » Ce sera, à la vérité, une magnifique consolation ! De telles lignes révèlent un lamentable état d'esprit.
Ce qui est vraiment « lamentable » et scandaleux, c'est que le jeune Lissorgues (1), insulteur de ses confrères,
(1) Ce jeune Artaban de la a démocratie » ne se prive de rien, et Ton me communique un numéro de la Croix au Cantal^ où il amnistie, pour tout son passé, odieusement anticlérical et blocard, \q Président Fallières, qui, en 1880, exécutait contre les Religieux les décrets du 29 mars ; en 1882, supprimait les traitements des curés et des évêques ; en 1883-85, appliquait la loi scélérate de 1882 ; en 1880 et 1891, citait devant la Cour d'appel de Paris Mgr Cotton et Mgr Gouthe-Soulard ; et, en 1899 1900, présidait odieusement la Haute-Cour; et un autre article du 15 avril 1903, où Lissorgues écrit, dans le premier Aurillac :
(( Il ne faut pas oublier que la grève est un droit. A coup sûr, les
puisse continuer à diriger une Croix diocésaine, et cela avec Tappui de la Semaine catholique de Saint-Flour, dont nous avons dû signaler l'américanisme incorrect, ainsi que Téloge indécent de deux ouvrages mis à V Index, Elle ne craint pas d'écrire, à propos du Discours de Mgr Touchet à Rome, ces lignes trouvées « excellentes » par la Justice sociale du 31 mars :
Nous tenons à mettre sous les yeux de nos lecteurs le magnifique programme d'action sociale et, politique que Mgr Touchet exposait, dans la chapelle du Séminaire français à Rome, aux quatorze évêques que Sa Sainteté Pie X venait de consacrer. Il est de bon ton dans certains milieux d'accorder l'épithète d'exaltés aux prêtres qui, dans l'exercice du saint ministère, ne cachent ni leur loyalisme envers la constitution du pays, ni leurs sympathies pour l'essor démocratique.
grévistes formulent plus d'une fois des revendications excessives. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et leurs réclamations sont maintes fois légitimes. La grève qui sévit^ à cette heure, à Toulon, est largement motivée. »
Or, rien de « moins motivé )), de plus « excessif», de plus injuste que les « revendiciutions des ouvriers de l'arsenal maritime de Toulon, qui, pour faire réintégrer quelques « camarades » dûment expulsés, violent tous leurs engagements envers l'Etat et compromettent la défense natinale, à l'instigation du néfaste Pelletan, surnommé (( le péril national ». — Les limonadiers grévistes de Toulon arrêtent et emprisonnent un commissaire de police (!) — D'autre part, le Figaro raconte la plaisante histoire que voici :
« Il y a quelques jours, à Toulon, un ouvrier de l'atelier de chaudronnerie adressait à l'ingénieur chef de la section une demande à l'effet d'obtenir un poste moins fatigant, celui qu'il occupait étant tellement dur qu'il ne pouvait pas exercer hors de l'arsenal sa profession habituelle
(( L'ingénieur apprit alors que cet ouvrier, le soir venu, se livrait en ville au mélier de masseur. Comme on ne fit pas droit à sa requête, ce qui s'explique aisément, il se fâcha tout rouge, se plaignit en haut lieu, et le syndicat, prenant fait et cause pour lui, dénonça violemment le procédé arbitraire par lequel on empêchait un travailleur de gagner sa vie.
(( Depuis que M. Pelletan les a soutenus, les ouvriers de la marine veulent bien toucher leur solde, mais à la condition de ne guère toucher à leur ouvrage. »
Et voilà les hommes dont un prêtre se fait le champion, dans une Croix de province !
L'éminent évêque d'Orléans déclare d'une part que le clergé devra s'occuper d'œuvres sociales, coopératives, maisons à bon marché, conférences populaires, et d'autre part que, même sous le régime delà Séparation, on devra s'efforcer de ne pas vivre en défiancs, encore moins en bataille, avec les poux)oirs publics.
Apprenons donc à ne pas mesurer l'orthodoxie de notre catholicisme à la violence de nos critiques contre les abbés républicains et démocrates.
Où est-ce donc que nous avons critiqué les (( œuvres sociales », recommandées par MgrTouchet ?
Et depuis quand ces a œuvres sociales » sont-elles le monopole a des abbés républicains et démocrates »? Estce que saint Vincent de Paul et M. Olier, qui avaient créé au xvii^ siècle des secrétariats du peuple, des patronages ouvriers, « des conférences populaires », étaient a républicains et démocrates » ?
Tous les catholiques sincères, depuis dix-neuf siècles, ont fait de (( l'action populaire, de la bienfaisance populaire chrétienne », sans se douter qu'il fallût pour cela être (( républicain et démocrate ».
Quant à la « mesure de l'orthodoxie catholique », elle consiste parfaitement dans la a critique », non pas « violente » — on laisse aux démocrates le monopole de la (( violence » contre les cardinaux, les évêques, la c( chenille » Delassus, le a chien enragé » de la Vérité Française^ ce l'imbécile ou la canaille » de docteur èslettres(l), — mais sacerdotale, juste, équitable, écrasante, des erreursdes démocrates de \di Justice sociale et d'ailleurs.
(l) Voir plus loin, p. 68, ces outrages contre M. Delmont. M. Lagarriguê, directeur de la Semaine catholique de Saint- Flour, si prompt à accuser autrui « de violence », n'est-il pas le même M. Lagarrigue, qui, le lO octobre dernier, dans la Vérité Française, taxait M. l'abbé Delmont, professeur aux Facultés catholiques de Lyon, « d'étourdi, de téméraire, de critique plein d'apreté » ? M. Delmont a dû lui rappeler qu'il était son « ancien maître » et, de ce chef, méritait une autre reconnaissance.
Ainsi, la Semaine catholique de Saint-Flour qu'on nous communique de loin, contient, le 22 février 1906, un article dithyrambique en Thonneur du P. Tyrrell, ce un orateur émérite, un apologiste pénétrant et un penseur profond..., qui contribue largiement à la restauration du catholicisme en Angleterre ». — Or, M. Tyrrell n'est plus (( Père )) : il a été chassé de la Compagnie de Jésus, après c( une solennelle réprobation de ses doctrines,... ))qui ne sont qu'une forme du loisysme et de Tévolutionnisme, et que condamnent également M. l'abbé Franon, dans \q Bulletin de littérature ecclésiastique àe V Institut catholique de Toulouse, et M. l'abbé Blanc, l'éminent professeur des Facultés catholiques de Lyon, dans la Pensée contemporaine du 25 mars. Est-ce notre faute à nous, si les ce abbés républicains et démocrates » foulent aux pieds (( l'orthodoxie catholique » dans un organe diocésain (1) ?
Quant à « vivre en bataille avec les pouvoirs publics », comme parle la Semaine catholique de Saint-Flour, il faut lui rappeler avec Mgr Turinaz que Léon XIII luimême a dit : « Quand on est sous le coup d'une domination qui tient la société sous la pression d'une violence injuste, ou prive l'Eglise de sa liberté légitime, il est permis de chercher une autre organisation politique^ sous laquelle il soit possible d'agir avec liberté. » (Encycl. Liber tas) (2).
Voulez-vous savoir comment on écrit l'histoire, dans l'école démocratique, quand on s'appelle Pierre Dabry et qu'on affiche la prétention de donner des leçons à tout le
(1) Voir à ce sujet un article très documenté de M. l'abbé Delmont, dans la Revue de Lille de février et de mars 1906 : « Une très grave question doctrinale ».
(2) Voir les passages cités plus haut d'autres Encycliques de Léon XIll contre M. Dutrève*.
monde? Lisez ces lignes abracadabrantes de la Justice sociale du 17 mars dernier :
La politique du ralliement nous avait valu cinq ans de paix religieuse.
Le (( ralliement » est de 1892, et les ce cinq ans de paix religieuse, qu'il nous a valus », vont de 1892 à 1897. Or, «cette paix religieuse», c'est la loi des fabriques, 1892-93, avec ses exigences liscales, préparatoires de la loi de Séparation ; c'est l'inique droit d'accroissement, ou d'abonnement, 1894-1895 , pour toutes les Congrégations religieuses : c'est la suppression des traitements d'archevêques et d'évêques par dizaine, et de curés par centaines et milliers; ce sont les laïcisations, multipliées par M. Méline au point qu'il se vantait d'en faire douze par mois, contre sept à huit opérées par le radical M. Bourgeois. Oh ! la jolie (( paix religieuse », mes amis ! Et comme l'àme catholique se dilate d'aise, en y songeant !
Mais voici qui est infiniment mieux.
Vous croyiez, comme tout le monde, que c'est M. Barthou , qui, ministre de l'intérieur en 1898, a « fait les élections » cette année-là? Pas du tout, dit Dabry, l'ineffable Dabry :
Depuis que (la politique du ralliement) a été abandonnée, ouvertement par les uns, sournoisement par les autres, nous sommes allés de chute en chute et de malheur en malheur. Les élections de 1898, faites par la Croix fllj, nous valurent la chute du ministère Méline et l'avènement du ministère Waldeck-Rousseau.
Vous aviez lu dans tous les journaux qu'en 1902, c'était M. Waldeck-Rousseau qui, ministre de l'intérieur et Président du Conseil, avait tenu les urnes et « fait les élections »? Illusion, erreur profonde ! foi de Dabry, a les élections do 1902, faites par V Action libérale, nous valurent le ministère Combes ». '
Voilà donc M. Piou, battu en 1902 avec la plupart de ses candidats, qui devient, malgré lui, le père du ministère au c( petit père » Combes, comme la Croix, dont les candidats avaient été battus par ceux de M. Barthou, en 1898, était devenue, malgré elle, la mère du ministère Waldeck-Rousseau !
Mais attendez : voici le comble.
Aujourd'hui la résistance, organisée par la quasi unanimité des journaux catholiques, affolés et désemparés, faute de direction politique et de direction religieuse, nous vaut le ministère Clemenceau,
Et moi qui croyais que ce ministère était ce le don de joyeux avènement » du président des Blocards^M. Fallières ! Il faudra rayer cela de mes papiers, pour en venir à dire -— avec Dabry, désolé, marri, navré — qu'on a « affolé les populations » et ce trompé la foule par des sophismes ». Ce sont, apparemment, ceux que renferme l'Encyclique du 11 février, dont le citoyen Dabry tient si peu de compte qu'il ose affirmer que « la loi de Séparation », (( condamnée, réprouvée » solennellement par le Pape, « pouvait être entre nos mains une grande force! »
La combattre, « c'était incohérent et c était stupide ». On devait en faire « V essai loyal » : comme si on pouvait faire ce l'essai loyal » de « Tapostasie », de « la négation officielle » de Dieu, de mesures « contraires à la Constitution divine de l'Eglise, à ses droits essentiels et à sa liberté», ainsi que parle PieX! Comme si on pouvait attendre quelque « loyauté » de la part de gouvernants francs-maçons, sectaires, qui, depuis vingt-sept ans, travaillent tous, les uns avec violence, les autres ce lentement et sûrement», à « déchristianiser la France », à « écraser rinfâme, et l'Infâme, c'est Dieu », disait M. deLanessan !
Nouvelles erreurs de polémique de la (( Justice sociale )).
La Justice Sociale, qui couvre de fleurs MM. Gayraud et Lemire, est d'une dureté injurieuse, outrageante, pour le vénérable rédacteur des Annales d'Ars et pour M. Th. D. (Delmont), docteur es lettres, professeur aux Facultés catholiques de Lyon, qui, comme on Ta vu dans le cours des Erreurs, à fait justice des propos malsonnants de M. l'abbé Tartelin contre le Bienheureux Curé d'Ars. Voici la réponse tardive de ce Tartelin, sous le titre Question de loyauté :
Si la bonne foi, la justice, la loyauté étaient bannies du . reste de la terre, on n'irait certainement pas les chercher, ni à la Vérité Française, ni aux Annales d'Ars.
La Vérité, dans son numéro du 6 décembre ; les Annales d'Ai^s, dans leur numéro de février 1906, page 345, m'ont pris successivement à partie pour mon article du 16 septembre.
Le Monsieur T. D., qui a écrit dans la Vérité, a mis trois mois pour essayer de dire quelque chose (1) ; les Annales d'Ars ont mis six mois pour accoucher d'une infamie. {Est-ce assez odieux ?)
C'est Talleyrand qui a dit : Donnez-moi quatre lignes de l'écriture d'un homme, et je me charge de le faire pendre.
(1) Comme « le temps ne fait rien à l'affaire /), l'essentiel est que M. Delmont ait a dit quelque chose », et il en a dit assez pour se faire injurier par MM. Naudet, Dabry, Tartelin et C^^
Le sieur ï. D... de la Vérité Française et le rédacteur des Annales d'Ars sont de la race de ïalleyrand. {Merci /)
J'ai écrit : Le B, J.-B. Vianney, curé d'Ars, a fait beaucoup de mal à VEglise de France.
Cette phrase^ prise toute seule, en dehors de ce qui la précédait et de ce qui la suivait {Elle a été citée et commentée par M. Delmont avec tout le contexte) serait un sacrilège. Et afin de se donner le luxe facile d'émettre une accusation calomnieuse, on l'a isolée de son contexte pour essayer de nuire à la Justice Sociale. (C'est faux, archifaux.) Les apaches du boulevard sont plus respectables que les bandits de la plume. (Bandit est charmant contre des prêtres /)
J'ai dit, et je maintiens : Le curé d'Ars suppléait à un manque d'instruction notoire par un bon sens rare, et aussi par des lumières surnaturelles qui ne sont pas données à tout le monde.
Or^ j'ai dit et je maintiens, et c'est un fait : que l'on n'a pas suffisamment tenu compté de cette élection spéciale, et que, parfois on a jeté dans le sacerdoce des gens chez qui, un jour, selon le mot d'un supérieur de Saint-Sulpice, la piété a disparu et la sottise est restée. Le Curé d'Ars a donc fait du mal par le mauvais enseignement que l'on a prétendu tirer de sa vie (1).
C'était bien clair cependant, et le moindre gosse qui va au catéchisme saisirait ce raisonnement. Le sieur T. D .. et le Monsieur qui écrit dans les Annales d'Ars n'ont pas compris." Ils aiment mieux exploiter le curé d'Ars que de l'expliquer.
Ce n'est pas la première fois que j'ai affaire à ce journal qui s'appelle d'une étiquette trompeuse : La Vérité. La première fois je posais ce dilemme au rédacteur :
Ou vous êtes un imbécile qui ne comprenez pas ;
Ou vous êtes une canaille (2) qui dénaturez la pensée de vos adversaires.
Je ne retire rien de ce que j'ai dit, il y a quatre ans^ et M. Auguste Roussel, ou même M. T. D... peut écrire tout ce qu'il voudra.
(I)Dans les Erreur.'^, M. Delmont et M. Dalbin répondent à tout cela : Tartelin n'a qu'à les lire.
(2) Ah! qu'en termes gâtants ces choses-là sont mises!
Et comme Tartelin a prête aimablement ses qualités aux autres » !
Ainsi donc, voilà un docteur ès-lettres, professeur d'Université catholique, M. Delmont, et M. Roussel, directeur de la Vérité Française, traités (( d'imbéciles ou de canailles )> par un curé de Saône-et-Loire ! Le Siècle avait bien raison de citer la prose de Tartelin, pour montrer comment se traitent « entre eux » certains prêtres catholiques.
Mais, c'est Mgr Sonnois, le vénérable archevêque de Cambrai, et Mgr Delassus, rédacteur de la Semaine Religieuse du diocèse, qui ont eu, pendant les derniers mois, les honneurs des outrages les plus injurieux. Il nous répugne de les reproduire et nous en demandons pardon à Sa Grandeur Mgr Sonnois et à Mgr Delassus : il faut, pourtant, triompher de nos répugnances, pour faire œuvre de salubrité publique, en dénonçant une feuille qui semble être une sentine d'injures contre l'autorité épiscopale et ses serviteurs les plus dévoués.
Donc, le 6 janvier 1906, le docteur Lancry « causait » ainsi :
Dans le diocèse de Cambrai^ nous broyons du noir, beaucoup de noir. Je suis allé ce matin à la messe et mon doyen nous a lu une « ordonnance » portant la signature de notre archevêque et celle de M. Massard, secrétaire chancelier. La France a fait acte d'apostasie et s'est rayée du nombre des nations catholiques.
Notez que c'est le Pape lui-même qui devait parler de la sorte et que Mgr Sonnois n'avait fait que devancer les déclarations éclatantes de Sa Sainteté Pie X, en le disant, dans une Lettre pastorale, qui a fait le tour de toute la presse en France et où il résumait ainsi la loi de séparation : (( Plus de Dieu :... c'est l'apostasie nationale voulue et votée... Plus de budget des cultes... Plus de prêtres... Plus d'église... Plus de croix, plus de calvaire, plus d'images de la Sainte Vierge Marie... Plus de religion. »
Voici, à ce sujet, les réflexions de Tétrange « diocésain » de Mgr Sonnois qu'est le D^' Lancry :
Voyez où nous en sommes, nous catholiques de France, avec Tex-régime concordataire. Etant donné que notre vénérable archevêque est souffrant et alité ; étant donné que seul^ sauf erreur théologique de ma part, il représente Vautorité divine pour nous ; étant donné que très probablement « l'ordonnance » émane de l'assemblée des vicaires généraux, je me suis demandé, en sortant de la messe, dans quelle mesure une réunion de vicaires généraux avait qualité pour me donner une note juste et pour m'obliger en conscience à agir dans un sens déterminé.
Quel catholique, tout de même, que ce Docteur, qui ne sait pas que ce les vicaires généraux )) ne font qu'une seule personne morale avec leur évêque ou archevêque !
Et voilà Lancry qui parle ce d'anarchie religieuse », mais non pas ce dans le but de discuter l'autorité légitime », Que ferait-il donc, ce Docteur atrabilaire, s'il la ce discutait » %
Il passe de « septembre 1870 » à (( l'Assemblée Nationale », à c( la Croix », aux c( lois persécutrices »^ à c( Léon XIII », à ce V Univers », à « la Vérité Française »^ à Mgr l'archevêque de Bourges, ce condamné explicitement » par Mgr Turinaz, au « Cléricalisme et aux excommunications », au chanoine Delassus et à l'encyclique Rerumnovarum, à la Semaine Religieuse de Nancy et à la Semaine Religieuse de Cambrai, aux jardins ouvriers et au Sillon, et dans cette course échevelée à travers tant d'idées incohérentes, notre homme crie toujours : « Anarchie ! anarchie ! » pour terminer ainsi :
Sagesse ou folie. — A ce sujet, l'administration diocésaine de Cambrai, pendant la maladie de notre archevêque, vient de décider : 1° que l'abonnement à la Semaine religieuse de Cambrai est obligatoire pour tous les presbytères ; 2° que la Semaine sera divisée en deux parties : une partie officielle, une partie banale.
Ceci est ou de la sagesse ou de la folie, voire même de V extrême folie.
C'est de la sagesse, si ces deux mesures sont suivies d'une troisième, qui retirera la direction de cette publication au chanoine Delassus.
C'est de Vextrème folie, si le chanoine Delassus en conserve la direction. Et je n'en veux d'autre preuve que, pas plus , tard qu'il y a huit jours, j'assistais à une petite réunion de l catholiques pour savoir si oui ou non on intenterait une action judiciaire à ce qui est devenu, provisoirement je l'espère, V organe officiel de V Archevêché, sinon de notre Archevêque.
On n'a pas Tidée d'une pareille insolence de la part d'un laïque, qui se dit « soumis » à son archevêque.
Des propos si abracadabrants et tout à fait scandaleux, dans un journal qui se pique de respect pour l'autorité épiscopale, devaient provoquer et ont provoqué, en effet, l'indignation de tous les vrais catholiques.
Le 20 janvier, le ce causeur » impertinent de la Justice Sociale l'avouait en ces termes :
Nombreuses protestations. — J'ai reçu, au sujet de ma dernière chronique, de nombreuses protestations. Il paraît ^ qu'en demandant « si les décisions de l'Administration dio- \ césaine de Cambrai, prises en dehors de mon archevêque, empêché par raison de maladie, m'obligeaient en conscience moi, diocésain de Cambrai », j'ai soutenu, — il est vrai sous forme dubitative (1) — une véritable proposition hérétique. 11 parait, toujours d'après mes très nombreux correspondants, que, d'après (2) les statuts de l'Eglise, a l'évêque administre par ses vicaires généraux » et que, par conséquent, je suis tout à fait en faute.
Je m'excuse donc d'avoir écrit ces lignes que je rétracte entièrement. Et je suppose bien que personne de vous ne s'en est scandalisé {?). Vous savez tous, du reste, que, de mon métier, je suis, non théologien, mais médecin, et je vous ai
(1) (( Soutenir... sous forme dubitative » est tout simpiement absurde, Docteur : quand on « soutient )), on ne « doute » point ; et quand on (( doute )), on ne soutient rien du tout.
(2) En voilà des « diaprés » / Quel style, grand Dieu !
déclaré, à maintes et maintes reprises, que mon rôle, dans la Justice Sociale, était de traduire surtout lopinion publique et, en quelque sorte, de représenter ce qu'était (( le chœur » dans les tragédies grecques.
Ah ! il est joli, a le chœur» d'injures grossières, que fait entendre Tatrabilaire Docteur !
Il plaide, pourtant, ce les circonstances atténuantes » en sa faveur ; mais aussitôt il aggrave sa faute, en lançant une I ruade contre Mgr Delassus et contre M. le vicaire général ILobbedey, dont « Forléaniste Dépêche de Lille » fait un futur (( Monseigneur ». Il se pique « d^être en parfaite communion d'idées avec son archevêque », et il invective à outrance « Nos seigneurs Delassus et Lobbedey ».
Leur mesure. — J'estime que les futurs candidats à l'épiscopat de la Dépêche de Lille ont donné leur mesure, non seulement tn ordonnant a V ordonnance » (1) qui se termine "é la mode protestante, par ces mots « catholiques, est-ce cela ique vous voulez ? » mais par ce fait d'avoir imposé à toutes les paroisses la lecture de la prose venimeuse du chanoine Delassus. Et ici, je tiens à bien préciser ma pensée.
Sagesse. Sottise, faute impardonnable. — Il va de soi que je considère comme un acte de parfaite sagesse, pour une admmistration diocésaine, d'avoir un organe officiel et id'obliger les administrés de recevoir cette publication officielle. Ceci est d'élémentaire bon sens administratif Et iQotez bien que, si notre archevêque ne Va pas fait plus tôt de wn propre mouvement, c'est parce qu'il savait très bien que le zhanome Delassus était absolument impossible à imposer Aussi les prêtres étaient absolument libres de refuser de continuer l'abonnement, et Dieu sait s'il en a plu des refus i'abonnements !!!
Sottise. — Ce qui est une maladresse et, en bon français me sottise, une vraie sottise, c'est de créer un a or^ne )fîiciel qui ne soit pas exclusivement o/flciel ». — Si votre )ublication officielle est l'organe de l'autorité ecclésiastique iît de l'administration diocésaine, donnez-moi les actes de
(1, Qliel charabia, mes amis !
l'autorité et de l'administration diocésaine ; donnez-moi les paroles^ les conseils, les enseignements de mon archevêque et de ses collaborateurs. Mais, franchement, n'allez pas m'imposer, sous le couvert de l'autorité de l'archevêque, la prose fielleuse, récoltante, déloyale et répugnante du chanoine Delassus (1) !
Vous avez le droit de m'imposer vos actes et vos paroles. Mais non, absolument non, vous n'avez pas le droit de m'imposer la prose du chanoine Delassus !
Faute impardonnable, — Et je dis que agir ainsi est une faute impardonnable.
Et ici je m'adresse aux « futurs évêques » de la Dépêche de Lille,
Oui ou non, est-il de notoriété publique, par tout le diocèse, par toute la France, par toute la catholicité, que la Semaine Religieuse de Cambrai, dirigée par le chanoine Delassus, a été l'âme de l'opposition, en France, à toutes les directions politiques et sociales de Léon XIII ?
Oui ou non, est-il prouvé et avéré que, jamais, au grand jamais, le chanoine Delassus et sa Semaine, que vous soutenez et que vous imposez, n'ont parlé de ces directions et les ont toujours considérées comme nulles et non avenues ? Vrai, vous en doutez ? Demandez-lui, pour voir, une déclaration à ce sujet ! Il vous refusera net. J'en mets ma main au feu.
C'est bien pour la centième fois que Lancry nous sert ces propos de rageur impuissant ; mais qu'y faire? Gela tourne, chez ce vieux maniaque, en crises chroniques d'épilepsie, et il conclut... enfin ! il conclut insolemment, comme il a commencé et continué :
Conclusions. — 1° J'ai eu tort de poser la question de savoir si les décisions de l'Administration diocésaine obligeaient en conscience « les administrés ».
Meâ culpâ et je retire mes paroles. — (Est-ce bien sincère? Vous allez le voir.)
(1) On sait que Mgr Delassus est l'auteur d'un livre magistral, Le Problème de l'heure présente, dont la 2*^ édition vient de paraître avec une Lettre d'approbation de Mgr Sonnois et les félicitations les plus flatteuses de personnages éminents, ecclésiastiques et laïques.
2° L'Administration diocésaine de Cambrai agit a à la mode protestante », en demandant aux fidèles « ce qu'ils veulent » au sujet de la loi de séparation, et en n'agissant pas conformément aux actes de notre archevêque, qui a déclaré tout récemment « attendre les ordres du Pape ».
3° L'Administration diocésaine de Cambrai agit sagement, en créant un organe officiel de l'Archevêché et en l'imposant aux paroisses. — Elle fait un acte de folie, en imposant la lecture de la prose venimeuse du chanoine Delassus. — Elle commet une faute inconcevable, en s'associant, se solidarisant et s'identifiant avec celui qui a été l'adversaire irréductible des directions de Léon XIII.
4'i Grâce à la politique personnelle du chanoine Delassus, à laquelle s'inféodent, contrairement à la volonté de notre archevêque et contrairement à tous les actes antérieurs de notre archevêque, les futurs évêques de l'Administration diocésaine de Cambrai, la loi de séparation, qui devait rapprocher tous les catholiques dans la communauté d'infortune, va être une cause de division encore plus accentuée qu'autrefois. — {A qui la faute, sinon à vous. Docteur, le plus impertinent des mortels, et à vos amis les républicains ?)
5" Dans quelque temps, quand le Pape aura parlé (1), on s'apercevra qu'on a agi inconsidérément ; mais il sera un peu tard.
6° Et si vous êtes surpris de V audace de mon langage {Oui, un peu, beaucoup : vous n'êtes pas encore Pape), je vous dirai tout net que, sans être théologien le moins du monde, je sais pourtant de science certaine que Dieu, malgré sa puissance infinie, ne peut pas faire qu'un rond soit carré, que deux et deux fassent cinq. A plus forte raison les « futurs évêques » de la Dépêche de Lille ne peuvent pas faire que la prose du chanoine Delassus soit acceptable.
Vous croyez peut-être que tant de bile, expectorée contre « Padministration du diocèse de Cambrai», a soulagé le Docteur Lancry ? Pas du tout : il recommence le 27 janvier, et cette fois contre iMgr Monnier et « les futurs
(1) 11 a parlé solennellement et solennellement donné raison k Mgr Sonnois et à a l'administration diocésaine », indignement attaqués par cet énergumène de Lancry.
Appendice. 0
évêques », auxquels il en veut ; il écrit à l'un d'eux une c( Lettre ouverte », pour fixer leurs devoirs et « leur nientalité intellectuelle et sociale »('??).
C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé,
OU du moins au conseil du Pape, qui a eu le front — comprenez-vous cette incroyable audace ? — de nommer dixneuf évêques français, sans consulter Lancry, la lumière du Nord et le soleil de la Justice Sociale !
Première conclusion. Les futurs èvèques. — La première conclusion qui s'impose de ces constatations, c'est que le choix, par Rome, des futurs évêques est extrêmement important. Aurons-nous des évêques qui verront le salut en avant, c'est-à-dire qui accepteront « franchement, loyalement et sans arrière-pensée », la forme républicaine du Gouvernement ? Ou bien aurons-nous des évêques qui feront le jeu de la réaction?
Comme si, à l'heure actuelle, où la France et l'Eglise sont en péril, il s'agissait de discussions byzantines et de chinoiseries constitutionnelles ! Il n'y a, pourtant, que cette question de République pour le grincheux Docteur qui (( cause » à la Justice Sociale. Lisez plutôt :
Léon XIII et Delassus. — Je demande pardon à la mémoire de cet homme de génie et de ce grand pape que fut Léon XIII de lui opposer un sot comme le chanoine Delassus. Mais la vérité me force bien à reconnaître que, si la politique religieuse et sociale de Léon XIII a si complètement échoué en [France, c'est au chanoine Delassus — (àqui Mgr Monniefjcêque de Lydda et coadjuteur de Varchecêque de Cambrai, adressa de si nombreuses lettres de félicitations et d'encouragement) (1) — qu'en revient la princiiDale responsabilité.
Comment un simple chanoine, même félicité par Mgr Meunier, a-t-il pu avoir une pareille action et une pareille influence? Mais tout simplement en s'appuyant tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre; mais en sachant extraire savamment
(1) C'est le D' Lancry qui souligne ces mots.
et artistement tantôt quelques lignes, tantôt quelques mots d'un mandement, d'un discours, d'une publicatioiè, pour faire parler les uns conformément à ses intentions^ pour faire parler les autres d'une manière odieuse. Cet homme â poursuivi son but avec une ténacité de sectaire et avec une obstination dHmbécile, se servant habilement de l'opposition plus ou moins sourde de quelques évêchés, pour neutraliser presque tous les autres. Mais encore, il faut bien reconnaître que tous ces misérables moyens auraient radicalement échoué, si l'anarchie religieuse n'avait pas régné dans la presque totalité de l'Eglise de France. Sans doute, la faute de cette anarchie remonte, pour une large part, aux entraves du Concordat.
Il fallait bien que le Concordat écopât, ce ce pelé, ce galeux, d'où vient tout le mal! » Car n'allez pas croire que le mal vienne des Ibis sectaires de la République et surtout de la loi d'apostasie, que Lancry ne peut consentir à blâmer, jusqu'à ce que le Pape l'ait réprouvée solennellement.
Notre atrabilaire causeur aime mieux s'en prendre au clergé, sans doute par respect et par amour pour lui :
Anarchie, Anarchie! — Eh quoi, tous les ans, en France, il se trouve un millier de jeunes, intelligents, instruits, travailleurs, l'élite de notre jeunesse, pour se consacrer au sacerdoce; et sur ces mille jeunes gens qui se dévouent annuellement à l'Eglise, il n'en est pas un^ pas la moitié d'un, pas le quart d'un seul, qui se lève et qui perce, au point de se faire un nom dans les lettres, dans la philosophie, dans l'éloquence, dans l'apologétique, dans la prédication, dans les sciences ! L'Eglise de France nous a donné au xvn' siècle Richelieu, Bossuet, Fénelon, Pascal et tant d'autres ; elle n'a pu susciter personne au xvni'' siècle contre les encyclopédistes! Elle n'a pu susciter personne au xix'' siècle, au sein du mouvement intellectuel le plus actif qu'on ait jamais vu!
Et vous appelez cela être gouvernés ?
Comment I « au xix^^ siècle », il n'y a eu a personne » dans l'Eglise de France, ni Lamennais, ni Frayssinous, ni
Lacordaire, ni Ravignan, ni MgrPavie, ni Mgr Dupanloup, ni Mgr^ie, ni Mgr Freppel, ni le P. Félix, ni le P. Monsabré, ni le cardinal Perraud !
Ah ! ça, mais, est-ce a qu'être gouvernés » donnera du génie ou de l'esprit aux prêtres ? Est-ce que le républicain Lancry en serait encore à croire
Qu'un Auguste aisément peut faire des Virgile,.,. Qu'un regard de Louis enfantait des Corneille,
des Bossuet, des Pascal, des Fénelon ?
Mais voilà que notre homme, après une sortie contre les (( lettres de félicitations » envoyées au chanoine Delassus, — décidément, le docteur a les digestions difficiles : depuis près de deux ans, il n'a pu encore digérer ce ces lettres de félicitations! » — après une histoire d'inventaire, où la femme au Docteur court après lui — le voilà qui s'écrie, en s'adressant aux évêques :
Voyons, il y a plus de deux mois que la loi de Séparation est votée et nous avons eu, depuis, la réunion des cardinaux : est-ce que vous ne pourriez jias, enfin, savoir ce que vous voulez /
Le trône et Vautel. — Or, notez bien qu'au fond de toutes ces tergiversations se trouve toujours la question politique du trône et de l'autel.
^ Les monarchistes — et c'est cela qui nie met en défiance — poussent aux mesures extrêaies. Leur jeu et leur intérêt est que les tabernacles soient profanés, qu'il y ait un scandale énorme et que les églises soient fermées, pour avoir, aux prochaines élections législatives, un tremplin religieux pour faire pas^r leurs candidats. L'intérêt du « trône » est évident et manifeste.
Reste à savoir si c'est l'intérêt de « l'autel » de servir ainsi de tremplin électoral, et si c'est l'intérêt du catholicisme en France d'engager une lutte à outrance et de rejeter, pour une longue période encore, tous les catholiques français dans l'opposition anticonstitutionnelle, et de motiver par là toutes les nouvelles persécutions dont on nous menace.
Seconde conclusion : les futurs évèques. — Les dix-huit ou vingt nouveaux évêques qui seront nommés, seront-ils d'une
mentalité sociale et intellectuelle telle qu'ils puissent s'entendre, faire converger leurs efforts, viser à un but commun, faire travailler leurs prêtres, promouvoir les capacités et susciter les travaux? Voilà ce que nous saurons bientôt.
Nous savons seulement que la politique n'est pour rien dans le choix des nouveaux évêques français et que le Pape n'a tenu compte que de leur doctrine et de leurs vertus, sans leur faire passer un examen <( constitutionnel » et républicain. Le docteur Lancry peut en faire son deuil, et Mgr Ghesnelong, Mgr Gouraud, Mgr de Ligonnès, Mgr du Va,uroux, Mgr Déchelette, et tant d'autres ce refusés » de M. Dumay n'iront pas prendre leur mot d'ordre à la Justice Sociale et chez le Docteur Lancry.
Voyez, en effet, ce qu'était forcé d'écrire à cette feuille le vénérable archevêque de Cambrai (Justice Sociale du 10 février) :
Cambrai, le 29 janvier.
Monsieur le Directeur,
On me communique deux numéros du Journal la Justice Sociale, en date du 6 et du 20 janvier 1906, dans lesquels, à la 3^ page, 3' et 4« colonnes, sous le titre « Causerie », un de vos correspondants s'occupe de moi et de mes récentes lettres épiscopales.
Je ne peux laisser passer ces causeries sans protestation.
J'affirme à votre correspondant :
1" Que je me porte bien, quoi qu'il en dise.
2^ Que je revendique hautement Ventière responsabilité de tous les actes épiscopaux, lettres, ordonnances, communiqués et autres signés de mon nom.
3" Que rien n'est fait ou publié en dehors de moi ou sans mon complet agrément.
Je laisse à la loyauté du public le soin d'apprécier ou de qualifier les communications de votre correspondant, qui se dit en parfaite communion d'idées avec son archevêque, bien ([ue je ne le connaisse pas, communications dans lesquelles il traite « d'extrême folie, de sottise ou de faute impardonnable », les actes de son archevêque.
Je m'étonne qu'un journal, qui se dit catholique, accepte de semblables communications.
Je vous prie, Monsieur le Directeur, et au besoin vous requiers, de publier ma réclamation dans le plus prochain numéro de votre journal, et je vous demande de me le faire parvenir.
Recevez, Monsieur le Directeur, l'assurance que je ne garde aucune animosité contre votre correspondant, ni contre votre journal.
-}- M. A. SONNOIS,
Archevêque de Cambrai.
Voici la réponse de M. l'abbé Naudet, qui ose blâmer avec insolence le collaborateurapprouvéd'un archevêque :
Paris, le 1^' février 1906.
Monseigneur,
Je rentre de voyage et on me remet la lettre que Votre Grandeur m'a fait l'honneur de m'ccrire. 11 est trop tard, notre journal étant à l'impression, pour que cette lettre paraisse demain ; mais elle se trouvera dans notre prochain numéro, et j'y répondrai moi-même immédiatement.
Je veux toutefois. Monseigneur, faire très respectueusement une simple remarque à Votre Grandeur. Jusqu'ici nous avons toujours eu soin de tenir votre personne en dehors de la lutte, où nous entraînent nécessairement les attaques méchantes et les perfides calomnies de M. Delasms. Votre Grandeur trouve-t-elle quelque intérêt à s'interposer entre nous et cet homme, qui se donne la mission de nous décrier sans relâche et qui s'est constitué notre irréconciliable ennemi?
Pour ma part, je le regretterais. J'aurais préféré que l'Archevêque de Cambrai planât au-dessus de cette bataille et laissât M. le Directeur de la Semaine Religieuse se débrouiller tout seul. La « communication » à laquelle répond la lettre que je viens de recevoir ne me paraît pas de nature à porter grand préjudice à Votre Grandeur, et peut-être le silence serait-il préférable.
Je dis cela. Monseigneur, non par crainte des responsabilités, je les accepte si pleinement que, devant Votre Grandeur, je me substitue dès maintenant à notre estimé collaborateur. Je ne crois pas non plus qu'une réponse suffi-
santé à votre communication présente des difficultés insurmontables ; et si Votre Grandeur juge à propos de maintenir sa demande, elle le constatera facilement. Mais j'ai cru remplir un devoir de conscience, en soumettant cette simple remarque à la haute sagesse de Votre Grandeur, dont je suis le très respectueux (?) et dévoué serviteur en Notre-Seigneur.
P. Naudet,
Chanoine honoraire,
Directeur de la Justice Sociale.
Après M. Naudet, qui oublie que la Justice Sociale a attaqué violemment, non seulement Mgr Delassus, mais encore MgrMonnier, auxiliaire de MgrSonnois, M. Lobbedey et les autres vicaires généraux de Cambrai, voici le Docteur atrabilaire, qui, au lieu de s'excuser de ses graves calomnies contre ses supérieurs ecclésiastiques, les aggrave par de nouvelles violences.
Dunkerque, 2 février 1906.
Mon cher Directeur,
La caractéristique de Mgr l'archevêque Sonnois,pour ceux qui le voient et qui Tentendent, est la magnanimité et la bonté. Ceux qui, comme moi, ont eu l'honneur de l'approcher et de causer avec lui à de nombreuses et diverses reprises conservent l'impression que Mgr l'archevêque de Cambrai est gentilhomme jusqu'au bout des doigts.
La caractéristique de M. le chanoine Delassus c'est... tenez, je vous envoie la Semaine de Cambrai, n° du 13 janvier, pages 37 et 38. Vous y verrez :
lo (page 37, 2' paragraphe), le directeur et le rédacteur en chef de la Justice Sociale « cuisinés » à la sauce protestante et schismatique, afin de montrer que ces prêtres ne sont pas catholiques, et cela suivant une méthode d'insinuation calomnieuse, spéciale au chanoine Delassus.
2" (page 37, 3' paragraphe), une citation de la Justice Sociale habilement tronquée et falsifiée, de façon à faire dire à l'auteur cité tout autre chose que ce qu'il disait, suivant une méthode de falsification de textes, -spéciale au chanoine Delassus.
3° (page 38) : un article fielleux contre M. l'abbé Lemire,
où le chanoine Delassus combine, suivant une méthode qui lui est spéciale et particulière, une véritable bouillabaisse de mensonges, de calomnies, d'insinuations et de mysticisme religieux.
11 m'a paru moralement impossible que le gentilhomme qu'est notre vénérable archevêque couvre de sa noblesse de telles indignités. Voilà pourquoi je croyais moralement impossible que Mgr Sonnois nous imposât de sa haute autorité épiscopale, à nous, membres des conseils de fabrique du diocèse de Cambrai, la lecture des mensonges, des injures et des calomnies de la Semaine de Cambrai.
Et voilà pourquoi, envers et contre tous, je me suis cru le droit de dire que ce n'est pas mon archevêque qui me fait payer cette prose mensongère, vile et déshonorée,
D' Lancry, Membre du conseil de fabrique de l'église SaiDt-Eloi, Dunkerquc.
Et ce n'est pas tout ! M. Naudet accuse Mgr rArchevêque de lui avoir écrit une seconde lettre, ce manquant plutôt... de sérénité » et que la Justice Sociale se garde bien de reproduire. En revanche, l'abbé Naudet parle ainsi à Mgr Sonnois :
D'abord, pour traiter deux questions de fait :
1) Mgr l'Archevêque nous affirme qu'il se porte bien. — Nous l'en félicitons, et nos lecteurs ne peuvent que s'en réjouir avec nous. Mais nous n'avons jamais prétendu le contraire. Notre correspondant a dit simplement que Mgr TArchevêque a été souffrant quelquefois (1). Avoir été souffrant quelquefois n'est pas un péché et nous n'aurions jamais cru que Sa Grandeur pût être offensée de cela.
2) Mgr l'Archevêque écrit :
« Je laisse à la loyauté du public le soin d'apprécier et de (( qualifier les communications de votre correspondant, qui (( se dit « en parfaite communion d'idées avec son archevêque », « bien que je ne le connaisse pas. ))
Or, non seulement Mgr l'Archevêque connaît le D' Lancry,
(1) Lancry a dit catégoriquement : « Notre archevêque est souffrant et alité. » M. Naudet a oublié de relire son journal, ou, l'ayant relu, il... le cite à faux.
mais il a plusieurs fois déjeuné et tenu, soit avant, soit pendant, soit après le repas, de longues conversations avec lui' — Nous sommes tout prêts à en fournir la preuve a à la loyauté du public ».
Ceci est une défaillance de mémoire; la suite est une inexactitude tendancieuse que nous devons relever.
3) Notre correspondant n'a pas dit simplement qu'il est (( en parfaite communion d'idée avec son archevêque » : cette manière de présenter les choses le mettrait en contradiction avec lui-même, et il suffît de relire son texte pour s'apercecevoir qu'on dénature ainsi sa pensée. Le texte porte, en effet (n° du 20 janvier) : « J'attends tout simplement vos (( ordres ou plutôt les ordres de Rome que vous me trans- (( mettrez. — Or, en parlant ainsi, je suis, notez-le bien, en (( parfaite communion d'idée avec mon archevêque. Sa (( Grandeur, en envoyant ses souhaits de bonne année au (( Souverain Pontife, déclarait attendre ses instructions au (( sujet de la loi de séparation pour les transmettre. ))
On voit donc que la pensée de notre correspondant n'est pas précisément celle qui ressort de la lettre épiscopale.
Défaillance de mémoire et inexactitude tendanciruse, nous aurions voulu éviter de faire cette double constatation devant « la loyauté du public », et nous avions prié Monseigneur de nous l'épargner ; nos lecteurs constateront que c'est Monseigneur qui l'a voulu.
4) Mgr l'Archevêque revendique l'entière responsabilité de tout ce qui est publié sous sa signature ou en son nom.
Nous aurions mauvaise grâce à ne pas donner acte à Sa Grandeur de cette revendication. Nous reconnaissons, d'ailleurs, que le geste est digne et nous nous inclinons.
5) D'après Monseigneur, notre correspondant « traite d'extrême folie, de sottise et de faute impardonnable les actes de son archevêque ».
Or, un peu plus haut, il est reproché au même correspondant d'avoir méconnu l'authenticité de ces mêmes actes. Mais en ce cas où est l'injure, puisque Mgr l'Archevêque a déjà reconnu que notre correspondant avait écarté sa personne du débat? 11 faudrait pourtant s'entendre, et une porte doit être ouverte ou fermée, Mgr l'Archevêque peut-il trouver irrespectueux qu'on traite sévèrement des actes
u'on déclare ne pas lui attribuer?
En voilà de la logique ! Gomme si les actes de ce l'administration diocésaine » de Cambrai, des vicaires généraux de Mgr Sonnois, n'étaient pas couverts par son autorité archiépiscopale ! Et comme si ce n'était pas l'attaquer luimême que d'attaquer des actes « dont il revendique hautement l'entière responsabilité ! » Le Docteur Lancry, qui a oublié son catéchisme, peut ignorer ces choses élémentaires ; mais un prêtre, M. l'abbé Naudet ! • 11 continue :
6) A la suite de ces réflexions de natures diverses, Mgr l'Archevêque (( s'étonne qu'un journal catholique accepte de semblables communications )).
Eh ! ne devrions-nous pas nous étonner bien davantage, de voir Mgr l'Archevêque donner son patronage et une prime d'encouragement à la Semaine de Cambrai, obliger tous ses curés à recevoir ce véritable a Boltin de la dilïamation », couvrir de sa robe violette (1) et nourrir avec « les recettes de l'église paroissiale » — ce sont les termes du communique — ceux qui travaillent dans cette louche oflicine? Depuis des années ce monde-là distille du fiel (2) et s'en sert en guise d'encre pour nous salir et nous calomnier, heureux de nous laisser sur tout ce que nous faisons et écrivons la trace, que laissent, sur l'écorce des arbres, les limaces et les limaçons. Et Mgr l'Archevêque trouve naturel de soutenir ce petit commerce (3) et juge malséante notre protestation !
7) Mgr l'Archevêque sait très bien quel rôle odieux joue la Semaine, et nous le documenterons encore, s'il en témoigne le désir. Dans ces conditions, conlier à cette méchante personne l'honneur de publier les actes officiels du siège métropohtain, et imposer à nos amis et aux honnêtes gens du diocèse la lecture d'une publication qui nous calomnie à
(1) Cela dépasse toute mesure.
(2 Du « fiel » ! Mais où peut-il y en avoir autant que dans des Causeries, où l'on vient de voir « la chenille Delassus », le « Tarlulïe » Delassus, « le sot », « l'imbécile )), a le sectaire » Delassus, accusé d'écrire « une prose venimeuse, fielleuse, révoltante, déloyale et répugnante » et où « l'administration diocésaine » est taxée (( d'extrême folie, de sottise impardonnable » ?
(3) Quelle injure pour un vénérable archevêque !
plume-que-veux-tu, cela nous paraît excessif. Nous n'ignorons pas que le mal dont souffre la Semaine est chronique, et nous n'espérons point qu'elle en puisse guérir; mais elle avait très peu de fidèles, et ses ressources étant res4;reintes, elle ne faisait pas tout le mal qu'elle aurait voulu. Augmenter en des proportions considérables le nombre de ses abonnés, faire affluer, par ordre, les gros sous dans sa caisse, et frapper d'un impôt les églises paroissiales, pour permettre à cette feuille non seulement de nous calomnier tout à son aise et devant un public plus étendu, mais encore de s'enrichir à ce métier honteux, cela nous a paru trop anormal pour que nous n'ayons pas pris le droit de le dire publiquement.
La Semaine et ses amis ont peut-être voulu mettre leur malfaisance et leurs calomnies derrière la personne respectée du vénérable archevêque de Cambrai, s'imaginant par là échapper à nos ripostes.
Ils se sont trompés.
Nous saurons trouver cette malfaisance en quelque endroit qu'elle se réfugie, et poursuivre partout les calomniateurs. Si les nécessités de notre défense font jaillir des éclaboussures, nous le regrettons pour la respectabilité de ceux qui ne méritent pas cette souillure ; mais, en vérité, nous ne verrons pas dans ce regret un motif suffisant pour refuser le combat.
Ce combat, nous ne l'avons pas cherché, nous ne désirons pas qu'il continue.
Ce n'est pas nous qui avons déclaré la guerre, et nous désarmerons le jour où il plaira à M. Delassus de désarmer.
Nous le ferons sans regret et loyalement ; mais nous désarmerons les derniers.
M. Delassus et ses amis ont commencé le bal ; nous nous réservons le droit de congédier les violons.
Voilà donc un journal catholique, un prêtre catholique, qui s'insurge publiquement contre l'organe officiel d'un diocèse, d'un archevêque français en union avec le Pape, et qui traite un prélat romain de a méchante personne », de (( limace et de limaçon », à la a malfaisance » intéressée !
Cela peut être très démocratique ; mais c'est scandaleux
et intolérable, aussi scandaleux, aussi intolérable que les propos du Docteur Lancry, osant dire, dans son Sursum corda du 22 février, après TEncyclique :
J'en retiendrai tout spécialement à mon usage l'obligation de V union entre tous les catholiques : je tiens à dire, cependant, qu'à mon appréciation, en toute sincérité et en toute conscience, je n'ai jamais connu ni la haine ni même Virri tation.
Si ce n'est p^ « l'irritation et la haine » que suent les diatribes virulentes du docteur Lancry contre « la chenille Delassus », Mgr Monnier, Mgr Turinaz, M. Lobbedey, que lui faudrait-il donc pour être « haineux et irrité » ?
Mais laissons à ses « causeries » truculentes le vieil énergumène qu'est le docteur Lancry et réprouvons une fois de plus la polémique de la Justice Sociale, aussi grossière que sa doctrine est erronée.