‹ Les erreurs des démocrates de la "Justice sociale", augmentées d'un appendiceChapitre 5 sur 12 · FUNESTE A LA DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUE ET A LA FORMATION · texte numérisé non relu

FUNESTE A LA DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUE ET A LA FORMATION

DU JEUNE CLERGÉ )) ! — à (( la disciplinc ecclésiastique », qui souffre de voir l'autorité épiscopale indignement méconnue dans la personne du vénérable cardinal de Lyon, dans la personne de Févêque de Quimper, dans la personne de Mgr Lorenzelli, dans la personne de^Mgr xMonnier, dans la personne de Mgr Turinaz, auquel Léon XIII écrivait, après la condamnation de l'américanisme de la Quinzaine, pour le féliciter de son c( art de bien dire », de son ce zèle éclatant pour la reli-

gion », enfin, de ses projets : « Que sur ce point ceuxlà surtout vous prêtent aide et concours qui appartiennent aux saints ordres, et dont la principale gloire doit être d'écouter leur évêque comme un maître et de le suivre comme un chef, » Que penser de ceux qui, avec le docteur Lancry, voudraient ridiculiser (( ce maître » et ce « chef »? — « à la formation du jeune clergé », puisque Léon XIII et Pie X ne veulent chez lui ni (( américanisme », ni loisysme, ni rationalisme exégétique, ni modernisme, ni a nouveautés », chères à la Justice sociale; mais la piété profonde, la foi vive et ardente, l'esprit sacerdotal et la science acquise par les (( méthodes traditionnelles », qui nous ont donné les Pétau, les Mabillon, les Thomassin, les Bossuet.

(( L'Eglise, a dit le cardinal Perraud, est moins inquiète des attaques dirigées contre elle par les ennemis du dehors qu'elle n'est émue des périls suscités aux âmes par les témérités de quelques-uns de ceux sur lesquels elle avait cru pouvoir compter pour protéger et défendre la foi de ses enfants. »

La Semaine religieuse de Bourges du 1^^' décembre

4905, après avoir résumé sous ce titre : Une question

doctrinale, l'affaire Le Boy et la (c fausse attitude » du

P. Sertillanges, qui s'est heureusement rétracté, con

dut ainsi :

Un grave conseil

A cette occasion, nous voulons avertir et prier les lecteurs de revues en général et MM. les membres du clergé en particulier de choisir avec grand soin entre les organes de publicité qui sollicitent leurs préférences et leurs abonnements. 11 en est aujourd'hui un certain nombre en diverses villes de France, à Paris, à Lyon, etc., qui appartiennent ouvertement à ce qu'on appelle la a nouvelle école », et qui adoptent, qui répandent des théories philosophiques, religieuses, sociales, faites pour égarer les esprits, pour ébranler les vérités les plus fondamentales, pour affaiblir les

principes de la discipline et de Vautorité dans notre Eglise catholique.

Nous nous proposons de suivre ce mouvement d'idées fausses et subversives, et nous ne négligerons rien pour prémunir nos lecteurs, prêtres et fidèles, contre les dangers que font courir à leur foi les audaces de cette a école nouvelle ».

S'il est permis de recevoir une leçon de la part de ses ennemis, fas est ab hoste doceri, écoutons ce que dit M. Paul Sabatier, protestant de nuance fort avancée, dans une récente brochure (1), où, après avoir formulé contre FEglise et ses vrais défenseurs les récriminations les plus amères, il se laisse aller à la plus douce espérance, en songeant à l'apparition, au sein même de l'Eglise, (( d'un nouveau catholicisme, celui de demain, car la dénonciation du Concordat achèvera la déroute du catholicisme d'hier, ou cléricalisme, p. 97 )). Le catholicisme de demain est celui de M. Loisy, sur lequel l'auteur a écrit une page dithyrambique, vivement sentie. Ce catholicisme nouveau serait partagé par (( MM. Chaine, Dabry, Lemire, Naudet, Houtin », auxquels M. Paul Sabatier unit quelques autres noms que l'on s'étonne de lire à cet endroit. Vient ensuite la mention, plus explicable, de MM. Ed. Leroy, Laberthonnière, Fonsegrive et la (( brillante Quinzaine », qui a toutes ses admirations, ainsi que la nouvelle revue lyonnaise : Demain. Demain lui semble être, si je ne me trompe, l'expression la plus sincère du futur catholicisme.

Eh bien, la Justice sociale du 6 janvier 1906, ne fait qu'une réserve sur la page 93 de cette brochure, de ce réquisitoire, à propos des Frères, et elle écrit :

La sincérité la plus évidente ajoute, du moins, un fort attrait à ces pages où se révèle pour l'Eglise catholique une

(1) i propos de la Séparation, chez Fiesbacher.

sympathie (!!) d'autant plus inattendue que l'auteur n'est pas un des nôtres.

Il y aurait profit pour beaucoup à lire cet essai d'un honnête homme sur un point si controversé.

Aussi Mgr Turinaz, toujours sur la brèche, vient-il de lancer, en réponse à M. Paul Sabatier, une brochure : Les Causes de la séparation de VEglise et de l'Etat : un Catholicisme nouveau et un Clergé nouveau, où il débute ainsi :

Votre brochure me permet, en combattant votre opinion sur les causes de la séparation de réfuter des accusations qu'on s'efforce de répandre partout (1). Les éloges que vous donnez, au nom des libres-penseurs, aux doctrines d'un certain nombre de catholiques et de prêtres que j'ai combattues, m'apportent une démonstration puissante et un précieux concours. Vos éloges démontrent que ceux-là sont, non pas seulement des novateurs dans le catholicisme, mais des destructeurs du catholicisme. Il y a certes de quoi vous être reconnaissant.

Dans TAUocution adressée par S. S. Pie X, le 12 décembre 1904, à une centaine d'archevêques et évêques de divers pays, venus à Rome, pour le cinquantenaire de l'Immaculée Conceptionj on lisait ces graves paroles :

(( Je ne vous fais, vénérables Frères, qu'une seule recommandation : Veillez sur les Séminaires et sur les aspirants au sacerdoce.

(( Vous le savez, il ne souffle que trop sur le monde un air d'indépendance, meurtrier pour les âmes, et cette indépendance s'est introduite même dans le sanctuaire : indépendance non seulement vis-à-vis de l'autorité, mais encore vis-à-vis de la doctrine. Il en résulte que certains de nos jeunes clercs, animés de cet esprit

(1) L'évêque de Nancy réfute les accusations portées contre l'Eglise catholique dans trois paragraphes : Origine de la crise. — Situation actuelle de l'Eglise romaine en France. — Conséquences de la dénonciation du Concordat, Il établit de quel côté se trouvent les responsabilités.

de critique sans frein qui domine aujourd'hui, en arrivent à perdre tout respect pour la science dérivée de nos grands maîtres, des Pères et des Docteurs de FEglise, interprètes de la doctrine révélée.

(( Si jamais vous avez dans vos Séminaires un de ces savants au type nouveau (di nuovo conio), délivrezvous-en au plus vite, et, à aucun prix, ne lui imposez les mains. Vous vous repentirez toujours d'en avoir ordonné, ne fût-ce qu'un seul, jamais de Tavoir exclu. »

« On sape, disait naguère à Sa Sainteté Pie X un prêtre du diocèse de Poitiers, on sape les fondements de la foi par une exégèse rationaliste, qui s'infiltre dans le clergé avec les idées kantistes. Des revues ecclésiastiques, des journaux dirigés par des prêtres propagent les idées de Loisy.

— Oh! fit le Pape d'un air sévère, M. Loisy a fait encore plus de mal en Italie qu'en France ; mais je fais écrire une lettre sévère, pour interdire d'ordonner les clercs qui professeront ces idées-là. (Il les avait appelés déjà (( les abbés nouveau type »). Quand on ébranle les fondements de la foi, que reste-t-il ? »

Rien, hélas ! et M. Fonsegrive lui-même constate, dans la Quinzaine du 1^^ janvier 1906, p. 28, que a la fermentation intellectuelle du jeune clergé est lamen TABLE ». La faute, quoi qu'il en dise, en est en partie à la Quinzaine et à la Justice sociale.

Ecoutons donc M. le comte Albert de Mun, disant l'autre jour dans les Annales de la Jeunesse catholique :

Vous savez comme Bossuet parle dans l'Oraison funèbre de la reine d'Angleterre. Il décrit « l'état déplorable des catholiques anglais « dans ce temps de la persécution. « L'erreur et la nouveauté se faisaient entendre dans toutes les chaires, et la doctrine ancienne qui, selon l'oracle de l'Evangile, doit être prêchée jusque sur les toits, pouvait à peine parler à l'oreille, »

Il cherche la raison profonde de ce désordre des esprits, et ce n'est pas dans les disputes théologiques, dans les querelles liturgiques qu'il la découvre. « Quelque chose de plus violent se remuait dans le fond des cœurs: c'était un dégoût secret de tout ce qui a de l'autorité, et une démangeaison d'innover sans fin. »

Que voilà bien notre état présent !

A cette (( démangeaison w il n'y a qu'un remède, qui est la vérité vraie, la vieille vérité, la vérité intégrale. Mais :

Hoc opus, hic lahor est !

Louis Veuillot^ à qui il faut toujours revenir, parce qu'il a vu jusqu'au fond l'âme de son siècle, écrivait, il y a quarante ans :

(( Les âmes sont malades et d'une terrible maladie, la fatigue et la terreur de la vérité. »

On dirait que le diagnostic est d'hier. Car, ainsi que parle l'Ecclésiaste : « Une génération passe et une génération vient ; mais la terre toujours reste debout. »

Oui, cela est vrai, la même maladie tourmente les générations contaminées au berceau par le poison révolutionnaire. La vérité les choque et les irrite, les lasse et les épouvante tour à tour, parce qu'elle est une condamnation et une règle : la condamnation de Terreur fondamentale sur laquelle repose tout l'édifice moderne ; la règle de toute action, destinée à construire sur ses ruines un édifice nouveau.

Mais « qu'est-ce que la vérité ? » L'interrogation de Pilate a traversé les siècles.

L'accusé divin voulut en souffrir l'orgueilleux défi, afin, sans doute, qu'apparût, comme une leçon pour tous les temps, la funeste complicité qui unit le doute outrageant et la haine cruelle.

Pour y répondre, chaque fois qu'elle renaîtrait sur les lèvres des hommes. Il a institué son Eglise.

C'est elle qui définit et qui garde la vérité, et voilà ce qui révolte notre temps.

A nous donc, catholiques, à nous, prêtres surtout, d'écouter sa voix divine et de la défendre contre « l'erreur et la nouveauté », funestes et pernicieuses.

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