SUPPLEMENT
Page 166, un oubli regrettable a fait omettre la fin de l'article Trois Etoiles contre le P. Fontaine. Elle est très
suggestive :
Je fais de la politique, je ne fais ni de l'exégèse, ni de la philologie, chacun son métier.
Donc M. Fontaine a tout inventé.
Il a fait là un acte qui reçoit plutôt un nom sévère dans dans la langue des honnêtes gens.
Et s'il y revient, je lui tirerai les oreilles, il peut en être sûr, autremmi que dans le journal.
Erreurs de la a Justice sociale )) sur la loi de Séparation
C'était immanqQable : la loi de Séparation des Eglises et de l'Etat devait faire commettre des sottises aux rédacteurs d'une feuille démocratique avant tout, américanisante envers et contre tous.
On a vu M, Pabbé Dabry, traiter de « fou » M. de Mun, pour avoir dit que la loi de Séparation est pire que la Constitution civile du clergé.
Lisçz maintenant l'auteur de « Mise au point r>, Justice sociale du 23 décembre 1905, à propos du Bulletin de la Semaine, dont l'assertion : « Nous croyons qu'il faut accepter virilement la loi », avait provoqué des protestations contre une telle théorie, en faveur a d'une loi inique, sacrilège, spoliatrice des biens de l'Eglise, attentatoire au droit, à la justice, etc. » :
A notre sens, accepter vii^ilement la loi, c'est, d'une part, montrer par un essai loyal si les dispositions que les hommes religieux y ont critiquées sont, comme ils l'ont dit, incompatibles avec une véritable liberté des cultes ; et, d'autre part, c'est obliger ceux qui nous l'imposent à en faire une application qui éclairera sur leur sincérité.
Comme si, après vingt-cinq ans d'expérience et les déclarations des Loges, des députés et des sénateurs blocards et gouvernementaux, on pouvait douter encore de leur (( sincérité » anticléricale et de leur dessein nettement avoué de « déchristianiser » la France !
Mais continuons à lire la Justice sociale ;
Il n'a pas dépendu de nous que la loi de séparation lùl ou ne fût pas votée. Et il ne dépend guère plus de nous que le pays — qui ne la réclamait pas — s'émeuve beaucoup d'une loi quine heurte encore, en lui, ni la loyauté nationale, ni les survivances catholiques. Car, à quoi bon se leurrer ? Ceux qu'effrayent les perspectives du régime séparatiste constituent une minorité.
Cette prétendue (( minorité )) se trouve être, non seulement l'immense majorité, mais la presque unanimité des catholiques, a heurtés », blessés par une loi d'apostasie et d'oppression, et se révoltant, d'un bout à l'autre du pays, contre des mesures attentatoires à leur « loyauté nationale » et française, comme à tous leurs droits les plus imprescriptibles et les plus sacrés de (c catholiques ».
Rien donc de plus faux que ce qu'ajoute le rédacteur anonyme de la Justice sociale :
Et, tout de même, attribuer exclusivement au mécdïiisme des lois antérieures (( l'athéisme social » ou « la ruine de la foi dans le peuple », c'est méconnaître le jeu des causes véritables dont la loi n'a pu que consacrer les effets.
Eh quoi ! ce ne sont pas les « lois antérieures », surtout les lois scolaires, les (( lois scélérates » de 1882 et 1886, qui ont préparé ce la ruine de la foi dans le peuple ! » Le nier, c'est nier l'évidence du soleil en plein midi et méconnaître le but avéré de nos adversaires.
Nos protestations, ajoute la Justice sociale, et nos résistances, si légitimes soient-elles, ne sauraient créer un efficace mouvement de l'opinion que si elles Vincarnaient.
Elles l'incarnent si bien que tout le pays de France s'émeut, depuis les Flandres ensanglantées jusqu'à Paris et Versailles, théâtres de scènes tragiques, jusqu'à la Bretagne et à la Lorraine, où de nobles et vaillants officiers brisent leur épée plutôt que de se faire crocheteurs d'églises ; Jusqu'au plateau central, où la Haute-Loire, la Lozère et l'Ardèche ressuscitent les antiques héroïsmes de la foi ; jusqu'à Montpellier, Avignon et tout le Midi, qu'on disait si indifférent et qui se révolte tout à coup, à la première application d'une « loi de malheur ».
Ecoutez la vigoureuse réplique que M. Piou, le président de TAction libérale, parlant à Nancy, le 11 mars, donnait à la Justice sociale :
Le gouvernement des francs-maçons a vu tout à coup se dresser devant lui la vieille foi nationale, qui sommeillait doucement dans une sécurité savamment entretenue. Devant cette révolte de la conscience française, le Bloc éperdu a essayé du mensonge, puis de la violence. Après avoir jeté sa police et ses soldats sur des foules désarmées, sur des femmes en prières, sur des hommes chantant des cantiques, le voilà maintenant qui s'arrête stupéfait devant l'immense soulèvement d'un peuple résolu à tout, même à mourir, pour barrer la route aux bandes maçonniques.
C'es|,^en vain, cette fois, qu'il a tenté de donner le change à l'opinion, accusé les partis d'une conspiration politique : le bon sens populaire a laissé passer avec mépris ces misérables subterfuges de la rouerie sectaire.
Ce brave peuple de paysans s'est levé dans un transport de foi, une croix d'une main, une fourche de l'autre. Devant cette évocation de la France chrétienne, le Bloc des librespenseurs et des sceptiques a pris peur, hésité, et, honteux du sang qu'il a sur les mains, des victimes qu'il a faites, des colères qu'il soulève, il reste stupéfait de l'impuissance de
ses sophismes et de l'odieux de ses violences.
y Mais voici M. l'abbé Naudet lui-même dogmatisant à sa
façon, c'est-à-dire à rebours du bon sens et de la saine
théologie, le 27 janvier 1906 :
Notre conviction est que le Pape conseillera aux catholiques français de subir la loi telle qu'elle a été promulguée. Cela ne fait pas pour nous l'ombre d'un doute.
Premièrement, parce que, dans sa teneur, la loi nous paraît ne rien renfermer de contraire à la doctrine (1) ;
Deuxièmement, parce que à l'étranger, et notamment en Allemagne, les catholiques, toujours unis au Pape, subissent des lois ecclésiastiques autrement dures et restrictives de leur légitime liberté.
Le tapage fait par quelques-uns, et les évidentes exagérations auxquelles se livrent tels orateurs et écrivains, avec leurs grands mots de a schisme » et « d'apostasie », a, sans doute, pour point de départ, un bon naturel, mais risque bien de n'être en réalité, qu'un (( bluff » maladroit et qui ne saurait aboutir (!!!).
Or, c'est le Pape lui-même qui, dans son Allocution eonsistoriale du 21 février, présente la loi de Séparation comme ce favorisant le schisme ».
C'est le Pape lui-même qui, dans son Encyclique du 11 février, nous dit que cette loi est une a loi d'apostasie », qui « renie officiellement Dieu ».
Pourquoi faut-il que l'excuse étrange qu'on va lire, à l'adresse des Blocards, soit signée d'un prêtre ?
Ne nous faisons pas illusion, ce n'est pas la loi qui a fait la séparation.
La loi n'a fait que constater une chose qui existait déjà {???J.
Nous sommes « séparés » depuis longtemps.
Depuis longtemps le peuple n'est plus avec nous ; il no nous comprend plus, il ne nous connaît plus.
Il ne s'agit pas des rapports du peuple et du clergé : il s'agit des rapports de la France, fille aînée de TEglise, avec Rome sa mère. Elles n'étaient pas a séparées » depuis quinze siècles ; elles le sont depuis la loi néfaste du 9 décembre 1905.
(1) On sait comment l'Encyclique du Pape a répondu à celte assertion, stupéfiante sous- la plume d'un prêtre.
Le 10 février, M. l'abbé Naudet insiste quand même :
(( Nous trouvons cfue la loi, acceptable au point de vue catholique, est inacceptable à d'autres points de vue et méconnaît outrageusement notre qualité de citoyen.,.
Qui ne voit, d'ailleurs, que, si la loi était nettement contraire au dogme catholique, il n'y aurait pas eu entre nous la moindre divergence d'opinions ?
Il ne faut pas être plus catholique que le Pape, pas plus qu'il ne faut être plus royaliste que le roi. Et quelle figure, vraiment, feront ceux qui crient aujourd'hui avec tant de fureur que la loi est inacceptable pour la conscience catholique^ lorsque le Pape aura dit — car, si le règlement n'aggrave pas la situation, il le dira, ce n'est plus un secret pour personne — qu'il faut subir la loi ?
Admirez « la conscience catholique » et l'esprit théologique d'un prêtre déclarant, le 11 février, ce acceptable » , et non « contraire au dogme », une loi que, le lendemain même, le 11 février, le Pape va « réprouver et condamner absolument, comme injurieuse à Dieu et contraire à la constitution et à tous les droits de l'Eglise » !
« Comment expliquer, dit la Semaine religieuse de Cambrai, du 10 février, une telle attitude de la part des défenseurs de la (c justice sociale » et du ce christianisme intégral » ? Le voici :
c( Les démocrates-chrétiens sont simplement les continuateurs des catholiques libéraux. Ils ont abandonné cette dénomination démodée après le concile du Vatican et, sous une nouvelle enseigne, ils ont repris les affaires delà maison.
(( Les catholiques libéraux voulaient, comme les démocrates-chrétiens, introduire la démocratie dans le régime, dans la constitution de TEglise. L'un d'eux, à Tépoque du Concile, a ainsi formulé leur pensée : « Il faut que l'Eglise y trouve son 89. » On sait ce que Pie IX répondit : « Celui qui a exprimé ce vœu, je le couvre de mon anathème. »
« La loi de Séparation a précisément pour but de faire de l'Eglise monarchique, instituée par N.-S. Jésus-Ckrist, une démocratie, une république. La constitution qu'elle donne à TEglise de France repose tout entière sur les associations cultuelles. L'Eglise de France sera gouvernée de par en bas. C'est Tidéal de la démocratie : tout par le peuple.
c( Les démocrates-chrétiens, voyant dans le régime des associations cultuelles la réalisation de leur pensée, -1 l'acclament, le défendent, font tout ce qui dépend d'eux pour persuader de Taccueillir avec tous les honneurs qui lui sont dus... »
Quoi qu'il en soit, les admirateurs de M. Naudet devaient le suivre, et ils Font suivi, dans la voie périlleuse où il s'engageait à l'étourdie.
Sous le titre Exagérations^ un certain E. Jordan écrivait, le 20 janvier 1906, dans la Justice sociale :
Il s'en débite beaucoup au sujet de la loi de séparation.
Elle lèse sur certains points les catholiques, ou gêne leur liberté. JMais elle ne leur impose aucun acte positif de schisme (1). 11 n'est donc pas exact qu'elle attente, plus que
(1) Non, mais elle « favorise le schisme » : on va le voir.
Il circule, adressé à la « presse républicaine », un factum signé Félix Meillon, directeur de « France et Evangile, journal de la réforme religieuse » :
(( La paroisse de Guley, par Loisey (Meuse), après une lutlc héroïque de dix-sept mois contre l'autocratie de l'évêque de Verdun et contre le cléricalisme de la magistrature départementale, vient de se constituer en association cultuelle catholique nationale (?). Cette association a adressé « un appel » à toutes celles qui vunt se fonder sous le régime nouveau. Un journal de Paris, « France et Evangile )), a pris en main la cause de ces associations. Deux avocats de Paris et plusieurs notabilités politiques ont promis leur concours pour défendre cette cause de la liberté des cultes. On nous prie d'informer les communes républicaines qui désirent élire et soutenir des prêtres libéraux, hommes de progrès et bons citoyens, de s'adresser — pour tous renseignements utiles, dans la lutte à soutenir — à « M. le secrétaire des Associations cultuelles catholiques nationales, 18, rue du Lunain, Paris, XIV^ »
Ensuite, sous le titre : « Eglise catholique nationale de France », on lit ce qui suit :
« Une grande loi, féconde en progrès, vient de changer la face des
la Constitution civile du clergé, aux principes fondamentaux et essentiels de l'Eglise. Elle n'y attente même pas du tout, au moins par elle-même ; sans cela comprendrait-on que les évêques soient presque unanimes (?) à envisager comme possible l'hypothèse que le pape ordonnerait d'y obéir ? Tout au plus peut-elle faciliter à des catholiques indociles le moyen d'y attenter, ce qui n'est pas la même chose.
Il n'est pas exact, notamment, qu'elle vise à séparer les catholiques de Rome. Bien au contraire, elle abolit les articles organiques...
11 n'est pas exact que la loi vole aux catholiques leurs églises. Elle modifie, pour les rendre un peu plus précaires peut-être, les conditions dans lesquelles ils en jouiront. Mais elle n'innove rien quant à la propriété des édifices.
choses rehgieuses en France. Désormais il s'agit de grouper autour de l'Evangile et de Notre Seigneur Jésus-Christ, sous la forme traditionnelle du culte catholique, toutes les âmes religieuses qui refusent de se résigner à la disparition de la rehgion dans notre patrie.
(( Le péril est double. L'athéisme s'organise et se montre déjà aussi intransigeant dans ses dogmes négateurs que le cléricalisme politico-religieux qui l'a engendré.
(( L'avenir ne saurait appartenir à aucune doctrine sectaire, qu'elle soit athée ou cléricale....
(( Nous respectons la hiérarchie ecclésiastique ; mais, conformément aux règles de rEghse catholique primitive (!), nous demandons que ses titulaires soient désignés d'abord par la liRre élection....
a Nous refuserons toujours de mettre la religion au service des intérêts politiques des partis, persuadés que nous restons fidèles à l'esprit de l'Eglise primitive, en ne séparant jamais dans notre cœur l'amour de la religion et le dévouement à la République.
« Il n'y a pas un seul prêtre éclairé en France, ni même un seul évêque consciencieux, qui ne sente la nécessité impérieuse d'une réforme de r Eglise catholique (??). Sans cette réforme, la France sera abandonnée aux ravages de l'incrédulité.
(( Le bureau de l'Association cultuelle de Guley (Meuse).
Posons maintenant une question à MM. Naudet, Jordan et autres rédacteurs de la Justice sociale. Si à Culey ou ailleurs une association cultuelle en communion avec l'évêque orthodoxe se constitue et réclame l'église, c'est un procès devant le Conseil d'Etat. Etes-vous sûrs à laquelle des deux celui-ci donnera raison? Et s'il ne s'en forme pas d'orthodoxe (car celle dont nous venons de parler est ouvertement schismatique), n'êtes-vous pas sûrs d'avance que c'est à la schismatique que passeront l'église et les biens de la fabrique ?
Il n'y a aucunement à se leurrer sur la formule de la loi : « En se conformant aux règles d'organisation générale du culte dont les associations se proposent d'assurer l'exercice » ; car l'association de
On demeure stupéfait devant de telles assertions, qui prouvent que Jordan n'a pas lu la loi dont il parle. Elle dit formellement, article 12 :
Les édifices qui ont été mis à la disposition de la nation et qui, en vertu de la loi du 18 germinal an X, servent à l'exercice des cultes et au logement de leurs ministres (cathédrales, églises, chapelles, temples, synagogues, archevêchés, évêchés, presbytères, séminaires)^ ainsi que leurs dépendances immobilières et les objets mobiliers qui les garnissaient au moment où les dits édifices ont été remis au culte, sont et demeurent propriétés de l'Etat^ des départements et des communes.
Or, tout le monde sait, excepté M. Jordan, que, sur une quarantaine de mille églises paroissiales, les neuf dixièmes au moins sont antérieures au Concordat, dans leur ossature primitive, et n'appartiennent ni à TEtat ni aux communes. C'est donc 33,000 églises que la loi de Séparation (( vole » aux catholiques, qui, d'ailleurs, ont contribué beaucoup plus que l'Etat et les communes à bâtir et embellir les 5,000 autres.
Il n'est pas exact, continue le stupéfiant Jordan, que d'un bout à l'autre elle traite le culte en délit.
Il n'est pas exact que la loi refuse au clergé sa légitime part dans le patrimoine commun des libertés publiques. Un
Culey et autres pareilles se contentent de trouver des prêtres et des évêques schismatiques.
D'autre part, la Croix de Paris publiait sous ce titre : Les coulisses des essais de schisme^ les lignes suivantes :
(( Nous avons signalé les diverses manœuvres tentées, soit en France même, soit à l'étranger, en vue de profiter de la crise actuelle pour susciter en France des schismes.
(( Dans la coulisse, qui tire la ficelle en cette entreprise, destinée du reste à avorter misérablement ?
(( Les questions suivantes, qui figurent à l'ordre du jour de la Loge l'Ecole mutuelle et l'Atelier socialiste, sont une réponse éloquente :
V Moyens à employer pour grouper dans chaque commune de France quelques hommes et quelques femmes laïques en face des associations cultuelles ;
2» Rôle de ces associations laïques et des moyens qu'elles peuvent employer pour arrêter l'expansion des associations cultuelles. »
prêtre qui voudrait exposer ses pensées dans la presse, dans les réunions publiques, dans les clubs, sera parfaitement libre de le faire,'et soumis au seul droit commun.
Oui, mais s'il a le malheur en chaire, dans l'exercice de ses fonctions sacerdotales les plus légitimes, d'attaquer le divorce, loi de TEtat, les lois scolaires, lois de l'Etat, il tombe, comme le P. Janvier, l'illustre orateur de Notre- Dame, sous le coup de l'article 33, avec trois mois à deux ans de prison :
Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s'exerce le culte, contient une provocation directe à résister à V exécution des lois ou aux actes légaux de l'autorité publique, ou s'il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s'en sera rendu coupable sera puni d'un emprisonnement de trois mois à deux ans, sans préjudice des peines de la complicité, etc.
Voilà c( la part des libertés publiques » que la loi de séparation, « la loi de jugulation », comme Tappelle M. Goyenèche dans V Univers du H mars 1906, laisse au clergé : la liberté d'aller en prison pour avoir -fait son devoir, rien que son devoir !
Après cela, conclut Jordan, avons-nous besoin de dire que la loi n'oblige pas les catholiques à se mettre à haïr Dieu, comme paraît le croire M. de Mun ?
Ce ne sont pas ce les catholiques » qui sont obligés de (( haïr Dieu » : c'est la République qui ce le hait », le chasse et le proscrit par la loi de séparation.
Art. 2. — La République ne reconnaît,., aucun culte.
Il n'y aurait qu'une réponse à faire à cet athéisme officiel : ce Les cultes ne reconnaissent pas la République. »
Déjà, le 6 janvier 190G, le même Jordan, dans un article intitulé (( On demande des héros », avait pris à partie le P. Prélot, des Etudes, auteur d'un article excellent : « La loi de Séparation : dévolution des biens », o novembre
1905. Il l'accusait ((d'inexactitudes, qui faussaient gravement la loi », dans le même sens que la Raison du défroqué Gharbonnel (!), à propos des associations cultuelles :
Alors, disait-il, que rien ne prouve qu'il doive venir de Rome des instructions intransigeantes, alors que les catholiques auront peut-être à faire Vessai loyal des associations cultuelles, croit-on habile, par la peur de responsabilités imaginaires, de les détourner d'y entrer ?
D'autre part, le jeune étourneau Lissorgues écrivait dans la Croix du Cantal du 18 février 1906 :
Il est vrai que Pie X acceptera, selon nous, les associations cultuelles. C'est le souhait de la presque unanimité de l'épiscopat(!!) (1).
M. Lagarrigue, directeur de la Semaine catholique de Saint-Flour, où il a fait Féloge de la Justice sociale^ affirmait, dans le même n^ de la Croioc du Cantal^ que ce Rome acceptera peut-être bientôt la loi de Séparation ».
Eh bien, Rome a parlé avec une éloquence, une force, une sérénité lumineuse, que Funivers catholique n'avait pas admirée depuis Grégoire VII, Urbain II et Innocent III, et Rome a condamné tous les Blocards, les Jordan, les Naudet de la Justice sociale^ les Lagarrigue et les Lis- ' sorgues^ sans autre théologie, sans autre doctrine qu'une ' démocratie, uniquement préoccupée de ne pas faire de la \ peine à la République sectaire.
Il faut écouter encore cette grande parole de Pie X^ dont l'écho n'est pas prêt à s'éteindre :
C'est pourquoi, Nous souvenant de notre charge apostolique et conscient de l'impérieux devoir qui nous incombe de
(1) C'était faire une injure impardonnable au corps épiscopal de France que de supposer qu'à l'unanimité il acceptait une loi qu'ai- 1 lait « réprouver » le Pape. M. Lissorgues prêtait aux évêques son ignorance théologique et canonique.
défendre contre toute attaque et de maintenir dans leur intégrité absolue les droits inviolables et sacrés de l'Eglise en vertu de l'autorité suprême que Dieu nous a conférée,
Nous, pour les motifs exposés ci-dessus, Nous réprouvons et Nous condamnons la loi votée en France sur la séparation de l'Eglise ^et de l'Etat, comme profondément injurieuse visa-vis de Dieu qu'elle renie officiellement, en posant en principe que la République ne reconnaît aucun culte.
Nous la réprouvons et condamnons comme violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité due aux traités, comme contraire à la constitution divine de TEglise, à ses droits essentiels et à sa liberté, comme renversant la justice et foulant aux pieds les droits de prqpriété que TEglise a acquis à des titres multiples et en outre en vertu du Concordat.
Nous la réprouvons et condamnons comme gravement offensante pour la dignité de ce Siège apostolique, pour notre personne, pour l'épiscopat, pour le clergé et pour tous les catholiques français.
En conséquence, nous protestons solennellement de toutes nos forces contre la proposition, contre le vote et contre la promulgation de cette loi, déclarant qu'elle ne pourra jamais être alléguée contre les droits imprescriptibles et immuables de 1 Eglise, pour les infirmer.
Quant aux associations cultuelles, chères à nos démocrates, le Pape les réprouve comme opposées à la hiérarchie ecclésiastique, a blessantes pour FEglise et contraires à ses droits et à sa constitution divine ».
M. de Mun écrivait au Temps, le 30 mars :
Vous croyez, comme les signataires (1) de la lettre aux eveques, qu'en annonçant ultérieurement des instructions
n Jr - ^^ ^'\^J^ ^.^ vingt-trois académiciens et intellectuels. MM. Bru- TnT.^' T^'^ ^p ^ ^?^^^' ^^"^ Thureau-Dangin, Georges Pico" ;ai Ininl '"n'^'^'^^'^r""' '^';:. ^^"^ demandaient aux évoques « l'es- M ^ J n Vf éclations catégoriquement réprouvées par le Pape M. de Gastelnau, 1 un des signataires de la « supDliaue aux éveques », a déclaré qu'il a s'était trompé „. C'est une loyale e^
pratiques, l'Encyclique a entendu réserver la question des associations cultuelles. Les passages du dacument pontifical que j'ai cités ne me paraissent cependant laisser aucune incertitude à cet égard. Dans TAllocution consistoriale du 21 février, le Pape les a d'ailleurs confirmés en termes formels. Parlant des dispositions de la loi, Pie X s'exprime ainsi : « Toute l'administration et la protection du culte public est remise à des associations de citoyens que la République reconnaît dans tout l'ordre religieux établies sur des bases laïques ; que si une controverse venait à s'élever entre elles, ce n'est pas au jugement des évêques ni au nôtre que le litige serait porté et tranché, mais au Conseil d'Etat. »
Voilà bien les associations cultuelles telles que la loi de séparation les définit et règle leur fonctionnement. Les ayant ainsi exactement désignées, le Pape ajoute, s'adressant au Sacré Collège : a Nous prononçons solennellement en votre auguste assemblée notre sentence sur cette loi : en vertu de la suprême autorité dont nous jouissons, tenant la place du Clirist sur la terre, nous la condamnons et la réprotivons. ))
Quel douté peut, après cela, subsister dans l'esprit des catholiques ?
Aucun c( dans l'esprit des catholiques » respectueux de la parole du Pape, mais beaucoup «dans Fesprit » de M. l'abbé Naudet, pour lequel cette parole du 21 février est non avenue le 31 mars, où il écrit dans la Justice sociale :
On parle des associations cultuelles imposées par la loi de séparation, et on déclare que jamais le Pape ne les tolérera. J'ignore ce que fera le Pape; mais ce que je sais très bien, c'est qu'en Allemagne les associations cultuelles sont acceptées par l'Eglise, qu'elles fonctionnent depuis trente ans,
noble rétractation, que n^a point su imiter le catholicisme des co-signataires de cette fâcheuse a supplique ».
CathoUcisme, n'est ca pas trop dire pour un homme comme M. Anatole Leroy- Beaulieu, qui, le 4 mars dernier, Présidait une conférence donnée sous les auspices de a revue protestante Foi et Vie, et félicitait le conférencier, M. Bois pour ses idées si utiles et si fécondes, qu'il désirait voir bientôt imprimées ?0r< M Bois avait dit que la crise iictuelle servirait a hberer les esprit du joug de l'autorité religieuse extérieure, auquel les avaieni façonnés des habitudes séculaires (!!).
bien plus dures que les nôtres, bien plus opposées aux libertés de l'Eglise et à ses droits.
Dans chaque paroisse, en effet, les biens du culte doivent être administres par un comité directeur composé de quatre SIX, huit ou dix membres. Cela ressemble singulièrement à nos associations ; mais la loi allemande y ajoute une représentation de la paroisse composée de douze, dix-huit, vingtquatre ou trente membres, selon le chilïre des paroissiens • la loi française n'a pas cette complication .
Chose plus grave, tandis que tous les membres de notre association cultuelle peuvent être choisis par l'autorité ecclésiastique et à son gré, les membres des deux associations
P êt?r"sîuftT' ''•' ''"' ^'' ''' paroissiens et aucun prêtre, sauf le cure, n'en peut faire partie.
Où donc M. Naudet, aux yeux de lynx, a-t-il vu que « 1 autorité ecclésiastique » choisissait « à son gré » les membres des « associations cultuelles », qui, article 18 doivent être constituées « conformément aux articles 5 et suivants de la loi du 1^^ juillet 1901 » ? De plus, en cas de conflit entre plusieurs associations, le Conseil d'Etat tranche seul, en tenant compte « des circonstances de Jait », et non pas des « décisions de l'évêque ».
C'est dans la base même de la constitution des deux associations cultuelles (allemande et française), écrit un pre'tre a la Crorx du 26 avril, que se trouve la divergence capiTat
La loi française, organisant les associations cultuelles ne tient aucun compte de la hiérarchie catholique : il n'y est question ni de l'évêque, ni du curé; leur nom n'est même pas prononcé. Une association cultuelle pourrait s'organi"er en dehors du curé et de l'évêque. S<*uiser en
En Allemagne, au contraire, le curé est membre-né légalement et légalement président de la Fabrique, qui est la principale partie de l'association cultuelle. De plus, l'évêqZ
dation ",rTT ""''.'' '" 'ï"'^' ^^"« '' -« °" »- a -ciation cultuelle devrait être dissoute, l'évêque coopérerait avec le gouvernement à la dissolution.
Il y a donc un abîme entre les deux organisations, et il ne serait pas contradictoire du tout de la part de l'Eglise
de rejeter en France l'organisation cultuelle tolérée, mais fort différente, en Allemagne.
Mais il y a mieux. L'organisation allemande a en réalité de très graves inconvénients. Les représentants de la commune dans l'association devant être élus par le public, il est arrivé récemment à Munich que les partisans impies des socialistes sont parvenus à se faire élire au Conseil de Fabrique. Le gouvernement, d'accord avec Vévêque, va casser l'élection. En France, on la maintiendrait mordicus. Voilà ce qu'il importe d'éviter à tout prix.
L'exemple des associations cultuelles allemandes, loin d'être un argument en faveur de Tacceptation de la loi, est donc un argument très fort en faveur de la résistance.
D'ailleurs, la Justice sociale du 31 mars, apprécie et loue, avec les Débats, dont le directeur est un protestant et dont la plupart des écrivains sont des libres-penseurs, la supplique auœ évêques, qualifiée a d'incorrecte » par VOsservatore Romano[i), (( d'encyclique laïque en contradiction avec l'encyclique papale » par l^.Difesa de Venise, et si éloquemment réfutée, dans la Croix, par M. le comte de Mun, auquel MM. Piou, François Goppée et tant d'autres catholiques ont envoyé par centaines leur adhésion.
La Justice sociale est avec le Temps et les Débats, avec les huguenots et les libres-penseurs : il faut la laisser en cette triste compagnie. D'autant plus qu'elle a reçu le châtiment qu'elle méritait : l'ex-ministre, M. Gaillaux, la citait à son appui dans le Discours programme de V Alliance républicaine démocratique, qu'il a prononcé le 7 avril, salle des Sociétés savantes (Petit Temps) :
On déclare que l'existence même des associations cultuelles est intolérable, parce qu'elle implique l'intervention desi laïques dans les choses d'Eglise. Je lis cependant dans la
(1) On sait que ce journal est l'organe officiel du Vatican.
■ <l"«Mued.ns]esn«rr "ienX "■"»«■". "ien plus le l'Eglise el à ses droiS' ,, "^ '^''°""' "" '"'"'«s
C'est M. ra65é Hemmer qui concluf Vart.vi en écrivant: « Pour nous mi m!? , "^'^.^J^ 'ï»e Je citais
noraie de l'Eglise beHu de'- *'°' ""'' '' '''"*^d'apparathonoriflqrnous vovonf "^"""'T' d'^'-^^^t et
èonfier,parlesorg2nLtio;scuUuelpr«°'°' ^' P'"'"' ^ '^«"^ au loyalisme, à la foi et à ^ ï . T™'°' °''^''°'"«ées,
dussions-nou chang 2 qu km chot' ^".P:"'^'^ '^'^••^"«'>' tie et de bureaucratie m, Hm- ^ °°' hal^itudes d'iner-
une indépendanrpa;\?eVe.:LrrronTuis^ ^^ ''"^'-'^^
Laissons ces trois nrêtres M\T r^^ Naudet, au ren^ords dU fo,!!i a TbTn ?'" ^' sectaire, dos ar«.es pour atta^r Egli et e pl\"" condamne la loi de séparation con,,. ^te .l!Zl ^ Concordats et articles organiques. '
D'ailleurs, dans une Le((re paslorafp >^n r.u„. / i f océse, Mgr de Crsala* du pZZJZl et e i/ "" .« ■n.nifes.e des ..>,«™„, ,,pisc^ 7/:: J '"""'^
,**'^ ^ I, ' P^^ vous émouvoir FIIo
'H est que l'expression de l'opinion personnelle chI^ él .
par'M'tu"4'eria'"R%tl£r^':;f /«"-^ ''^'P-^ vingt ans application. Pendant troirqûatïs 'de siLlt°",l'"'''?'''^'^'"'" •=' "«" et la prospérité de l'Eglise mm mn i?./^' '' "^'^" assuré la paix jassurées pendant troir^s ''^ t-oncordat de 1516 les avai^
Appendice.
assurément respectables et de bonne loi, mais qui se laissent impressionner beaucoup plus parles contingences que par l'essence même de la loi.
« En 1790, lorsque le clergé français se trouva en présence de la loi sur la Constitution civile du clergé, il ne manqua pas en France de beaux esprits, d'acadcmiciens et d'écrivains de renom, pour lui donner des conseils de modération et l'incliner à l'acceptation de la loi. Les raisons que l'on fit valoir alors étaient les mômes que celles que l'on nous expose aujourd'hui. Quelques évêques, déjà discrédités, Loménie de Brienne, Talleyrand, Jarente et Savines, et un certain nombre de prêtres se laissèrent persuader par ces conseillers laïques et prêtèrent serment à la Constitution.
ce Le peuple s'éloig-na avec horreur de ces malheureux
assermentés, et l'Histoire, qui les a jugés, les a marques
d'une flétrissure indélébile. Les autres, les réfraclaires
comme on les* appelait, refusèrent leur adhésion a la loi ;
ils quittèrent leurs églises, leurs presbytères, leurs biens,
et s'en furent finir leurs jours en exil, dans la pauvreté, ou
mourir sur les pontons de l'île d'Aix, sur les échafauds et
dans la cour du couvent des Carmes de Pans. Tout le
peuple catholique se rangea de leur côté et leurs ennemis
eux-mêmes ne purent se défendre de les admirer : « Nous
« avons leur argent, disait Mirabeau ; mais ils ont conserve
« leur honneur. »
« Que sont, en effet, Messieurs, ces avantages temporels nue l'on fait valoir à côté de la paix de notre conscience et de notre honneur sacerdotal ? Aucune transaction n'est possible avec la conscience et avec l'honneur. > Voici, d'autre part, des extraits de la grave et vigoureus< réplique de Mgr Turinaz, adressée à des hommes dont i reconnaît les bonnes intentions, mais u'il taxe avec raisoi d'immixtion illégitime dans une question d'ordre essen tiellement ecclésiastique :
del4::rdlttSre:rrT^'"^ cette intervention
éclat le plus grave danger llXloiyL'''""'' laïques dans l'administratinn/i ' intervention des
« Intervention qutr^^^^^ « titution essentielle drvhe%tE.^,ff"f « '^ -nsvue, votre intervention est Lfoif ïl ! ". ''P"'"' '' ;^;^;.u.tionde,at..eqr;r^^^^^
Pape. Eh bien, Li "canabr^'^ '^""'"'''" ''
puissiez, e„ P^isenee^rt^eVdlTîin^stt'"^ -des ra.sons qu'il a données pour repousler '''' "'
co.^a,n... cette loi, demander, suTtoutldeTr-'"' '' d accep er ceUe loi, de la n^ettre'en pratique '"^""'
« Le Pape reprouve et condamne cette loi vn, 1 accomplir, la mettre en nratianp T n d ) ''"' ''''"'^^ loi, parce qu'elle « place ' Egl se sous ifi ^""" '^^"^ « pouvoir civil )>: vous vous n !r domination du
oeptation de cette /oi "plirr ÎHÏsrs'f dV^^ ''.^^du pouvoir civil Le P^nr^r^n^^ domination
« comme contraiVe'L'Xf r^Tlî^^ « constaution divine de l'Eglise » roi H^'^'"''' '^ ^ la ^ tant cette loi, coopérera v i n W ! ' ''"^'''^' '^'^ ^^^'cu-
"iberté et la ;onstrt:;t1 v inrdîltiilrp'^'^' ^''^^ « teste solennellement et Zvlfl . ^"^ ^''P^ « P''»" « position, cont eTe vite ïll '1 ^''''' '°»^''«^^ P^-o- II affirme qu elîe nèto, ri^™™"'?''°" ^'"^ '^^''^J^' »•
« les droits^"^^L;nSr.ir'" ''? "^''^"'^''^ '=«»''■« Pour vn>.« lo "-P'"^"' 'Pf'^^^^ el immuables de l'Eglise »
d'<.«#»«- elle S v^M ' T r ™""°'"«"'« pas
voul« favoriser l»»*'^™' !"",?," ,o„s demande ce
;r:rJrr,tï:;^eC;t;seSdeus,n,«eauo„
qu'on a la eeritud'. ^^^«f ', Gouvernement ne le sera pas,
anéantir le catholicisme en Frane, ^^
«Mon troisième argument ser^^res cou ^^,^ ^^
Je le résume en abrégeant la ^^^ «"^ J^^^^" ^^ ,t de beauorateur catholique ^d;^^^7X/,f S î:i et d'un si coup d'esprit . Il X^' "^^ '^^^^^^
^^'^''V'ToZ^X.otoZéel^-^en, carie devoir devoir, il faut connaître la vo p^^^ ^^^
est l'accomplissement ^^^^f ^^^^^^„, Dieu lui-même.
naître cette volonté, ««'^^ '"^XlTpas i Y a a^^^^
^^^^ Pt'c'e^rd'iXTi'^ri: Se crrce Juele diable ressource . c est d mierroB ^^ ^^ ^^^^
ï"''?'"™" loerrogin 1o«c les représentants d„ Se%s"lè:s.aoîar„.s de D,et, .^^^^^^
unanimes a reciaiiici ^ ^ ,^^ movens doss blés a la ,.qnes. Ils travaillent Par^^^^^^^^^ ^Ta J de la résisfaire accepter II ont un p j ^'est cette
tance énergique et unanime û pour obtenir les concescrainte q^'^^^o^^^.'^^^/rl histant :« Voulez-vous,
'T 'tt fa Ssïn Vs c^tSques, voulez-vous la . disait-il, 'a resisid acceptez
l"!":;::Sr» Et' .Concessions faren. accordées
. Jes concessions. » Et es ~- - d Vi u 7 lëdevoir. ,. Tg^TnrrarMclnit'et discussion do texte .én«
de la lettre, qu'il réfute dans toutes ses parties avec une force et une logique convaincante (1),
D'autre part, dans une réponse à la supplique aux évêques de M. Brunetière et de ses amis, Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié, déclare que l'acceptation de constituer des associations cultuelles équivaudrait à l'acceptation de la loi de séparation :
« Instruit par l'expérience du passé, n'ayant pas oublié, dit-il, ni la neutralité scolaire solennellement jurée, mais outrageusement violée, ni les mensonges, ni les hypocrisies qui attirèrent les congrégations dans un guet-apens où elles furent étranglées, je me demande s'il ne vaut pas mieux garder une attitude]expectante.
« Nous verrons si, le 11 décembre prochain, le gouvernement osera nous mettre à la porte des églises, ou s'il reculera devant les protestations des catholiques, comme il capitula devant la résistance des bouilleurs de cru, comme il capitula devant certains syndicats de fonctionnaires. »
L'évêque termine par cette considération : « Nos ennemis crient sur les toits que la Séparation n'est qu'une étape. Le moyen de ne pas être contraint à fournir les étapes suivantes est de se refuser à subir la preonière, »
Voilà donc formellement condamné, par les archevêques et évêques qui ont adhéré à ]di Réponse de Mgr Turinaz, c( l'essai loyal » de la loi de Séparation, que réclament les (( cardinaux verts » et les abbés démocrates Naudet, Lagarrigue, Lissorgues, s'arrogeant le droit de parler au nom de a l'unanimité de l'épiscopat » !!
(1) Nous apprenons que, le 11 avril, Monseigneur l'Evêque de Nancy avait déjà reçu, par des cartes avec quelques paroles, ou, d'une façon plus explicite, par des lettres, les adhésions suivantes à sa lettre sur la loi de séparation : Réi>onse à des légistes et à des ctcadémiciens : Nos Seigneurs les archevêques de Sens, de Chambéry ; Nos Seigneurs les évêques de Moulins, Quimper, Saint-Dié, Verdun, Limoges, Laval, Blois, Coutances, Troyes, Saint-Jean-de- Maurienne, Mgr Gilbert, ancien évoque du Mans.
Erreurs de la « Justice sociale » sur les inventaires.
Les inventaires des fabriques des églises, des menses archiépiscopales, épiscopales et curiales^ ordonnés par l'article 3 de la loi de Séparation et réglementés par un décret du 29 décembre 1905, ont provoqué dans la France entière un mouvement d'indignation, aussi énergique que légitime, contre ce premier acte sacrilège, précurseur de la spoliation.
(( Tout doux ! réplique la Justice sociale. Ni spoliation, ni sacrilège ! Ce sont là de gros mots absolument déplacés ici ! »
Ecoutez Tabbé Naudet, pontifiant dans la Justice sociale du 10 février :
S'il s'était agi d'apostasicr, le clergé — nul n'en doute — aurait dit sans hésiter : « Mieux vaut mourir. » S'il s'était agi de violer les tabernacles, le clergé aurait dit : « On nous passera sur le corps. » Mais il ne s'agissait ni de ceci ni de cela ; aussi, restant dans son rôle, le clergé a dit : « Pas de violences : nous avons le droit de protester; mais soyons calmes.» Et quand la foule, comme à Passy, obéissant à une indignation, légitimedans son principe, mais lamentablement dirigée, a failli écharper le receveur de l'enregistrement, on a vu le vénérable curé lui faire rempart de son corps et recevoir les coups qui lui étaient destinés.
Se mettre vingt, quarante, cent, pour cogner sur un
homme seul et désarmé, cela se nomme une lâcheté en français et dans toutes les langues. En certains endroits on l'a oublié ces jours-ci, et nous n'avons pas lieu d'être fiers de pareils incidents.
Où donc M. Naudet, avec les yeux d'argus qui le distinguent, a-t-il vu cette a lâcheté » des catholiques, (( cognant par centaine sur un homme seul » 1 II est sûr^ au contraire, que, par une série d'illégalités flagrantes :
1® A Sainte-Glotide, la police s'est ruée en armes contre une foule de femmes, de jeunes gens et de vieillards désarmés;
2^ Elle a frappéj a cogné » brutalement, sans les sommations préalables, exigées par la loi ;
3o A Saint-Pierre du Gros Caillou, elle a brutalisé femmes et enfants, inondés d'eau glacée ;
¥ A Chanipels, à Montregard, dans la Haute-Loire, à Saint-Alban, dans la Lozère, à Bœschèpe, dans le Nord, le sang a coulé, par suite des violentes brutalités des gendarmes, usant de leurs revolvers contre la foule désarmée.
La mort de Ghisel en est la preuve douloureuse, ainsi que celle d'André Régis, qui, avant de mourir, a fait pardevant notaire la déclaration suivante :
En mon âme et conscience, n'ayant aucune haine au cœur, je déclare dire la vérité. Nous suivions les gendarmes ; nous étions dix ou vingt. Nous les avons suivis jusqu'au bois des Chazottes. Je ne les ai pas frappés ; mais j'avais un bâton et je leur criais: « Fainéants! vous venez voler le bon Dieu de Montregard ! » Alors, le brigadier de Monlfaucon s'est retourné. Il était à peu près à quinze mètres de moi et me dit : « Attends, je vais te régler, toi ! )) Alors je me suis mis derrière un arbre 11 cherchait à me tourner toujours. Alors il m'a tiré un coup de revolver à la cuisse; et puis, quand il m'a eu attrapé,, j'ai crié : « Oh ! que tu m'as fait mal ! » Mais je ne suis pas tombé, et il m'a tiré une seconde fois presque tout de suite, mais en se rapprochant de moi à moins de dix mètres, et je suis tombé. Mais les autres gen^
darmes ont aussi tiré. J'ai entendu le brigadier qui a commandé : « Faites feu ! » Mais c'est le brigadier qui m'a tiré les deux coups, le premier à la cuisse près du genou, le second dans le ventre, juste au-dessus de la vessie ; mais la balle est sortie par derrière.
Or, ce brigadier n'est pas arrêté, pas plus que l'assassin de Ghisel, tandis qu'on retient en prison une jeune fille de seize ans, qui n'a pu contenir son mépris pour un voyou entrant dans l'église chapeau en tête et cigare aux lèvres !
M. Naudet est donc mal venu à nous dire, le 10 février :
Pour les catholiques, il n'y a pas « nous )) et « les autres » : il y a l'universelle famille humaine rachetée par le sang de Jésus ; pour les (( catholiques », il n'y a pas à courir « sus aux mécréants », mais à essayer de les convertir. Et si nos elïorts ne peuvent aboutir, soit à cause de la malice des gens, soit par suite de notre insuiïlsance personnelle, le devoir « catholique » demande qu'on les aime quand même et qu'on leur tende la main.
Et les journaux auront beau dire, et les exaltés auront beau l'aire, la doctrine (( catholique » dira toujours qu'au point de vue religieux il est impossible de faire sortir de l'Evangile un autre enseignement.
Nous lui répondrons que, dans l'Evangile, le divin Maître nous dit : ce Je suis venu apporter, non la paix, mais le glaive », et qu'ajoutant les exemples aux paroles, il s'est armé deux fois d'un fouet vengeur pourchasser les vendeurs du temple, en s'écriant : a La maison de mon Père est une maison de prières et vous en faites une caverne de voleurs. » — N'est-ce pas ce que font de nos églises, autrement sacrées que le temple de Jérusalem, où le Fils de Dieu ne résidait pas dans le tabernacle, les agents du fisc chq^ngés en détrousseurs et crocheteurs officiels?
(( Oh ! pardon ! réplique, dans la Justice sociale du 3 février, un certain Louis Dutrève, qui, après avoir soutenu (( qu'un inventaire où l'on fait de la cachotterie avec
les autorités est toujours périlleux (!) » et que a la plupart des prêtres croient plus sage de tout présenter, d'autant plus quhin inventaire ri est pas une prise de passession », ne craint pas d'ajouter :
Les biens d'une église provenant des oblalions des fidèles, le gouvernement peut-il, sans injustice ou violation de la liberté, en prendre note ?
Là encore les avis sont partagés. Ici, l'on prend le ciel à témoin d'un attentat aux règles ecclésiastiques, un sacrilège^ quoi ! — Ailleurs, on trouve l'opération presque naturelle, légitime et inoffensive (///).
Je ne serais pas éloigné d'adopter le dernier sentiment, pourvu que les formes courtoises, bien entendu, soient conservées.
En effet, les biens qu'on inventorie sont entre les mains de la Fabrique. Mais en tant que possesseur, qu'est-ce qu'une Fabrique ? C'est un mineur sous la tutelle de l'Etat. De par le Concordat, une Fabrique ne peut contracter sans l'autorisation du Gouvernement. Le Concordat disparaît, les Fabriques aussi. Ne reste-t-il à tous qu'à fermer les yeux ? Sûrement non. Pour prévenir tout litige, sur les biens à transmettre, le tuteur doit établir le bilan, témoigner d'un acte officiel, dresser un inventaire.
L'inventaire s'imposait, l'Etat tuteur devant fournir et faire livrer des comptes en règle. La tutelle cessant avec l'inventaire et la transmission, les tribunaux seront seuls ensuite à déclarer laquelle des sociétés cultuelles répond à l'organisation catholique : fidèles, prêtre, évêque, pape unis, et quelle quotité de ressources lui est dévolue.
Je ne comprends même pas, par conséquent, comment le ministère de la justice et des cultes, en présence de tant de difficultés à prévoir, aurait pu se dispenser de la mesure que tant de journaux conservateurs ont présentée comme une déprédation. Le fisc constate, il n'emporte rien.
Viennent après cela des ricanements sur les protestations que lisent MM. les curés, de par Tordre de leurs évêques : a philippiques véhémentes, loquacité de commande )).
Comment ne pas suspecter la bonne foi d'un homme, d'un prêtre sans doute, qui, pour parler ainsi, doit oublier les articles les plus formels de la loi de séparation? Il faut lui rafraîchir la mémoire, comme le faisait M. Groussau pour M. Rouvier, à la Chambre :
M. Groussau. — Messieurs, je ne doute nullement de la bonne foi avec laquelle M. le Président du conseil a déclaré qu'il ne voyait absolument rien dans l'inventaire qui pût éveiller les susceptibilités des catholiques ; mais je pense qu'il se trompe gravement, et je me permcls de lui olïrir, sur ce point, une explication.
L'inventaire, monsieur le président du conseil, prépare et facilite des injustices que l'opinion publique commence enfin à comprendre. C'est môme l'instruction de l'aduiinistration de l'enregistrement qui les met en lumière. iN'avez-vous donc pas lu cette instruction, que les catholiques sont bien obligés de connaître, quand on vient dans les églises ?
Elle prescrit aux agents des domaines de rechercher avec le plus grand soin l'origine des biens des fabriques. Et pourquoi ? Pour leur enlever une grande partie des biens qui leur appartiennent. {Très bien ! très bien ! â droite,^
Si les biens des fabriques ou des établissements publics du culte sont antérieurs à la Révolution, et qu'ils soient grevés de fondations pieuses, les biens passeront à l'Etat...
M. LE PnÉsmENT DU Conseil. — C'est certain.
M. Groussau. — ...et les fondations pieuses ne seront plus exécutées.
C'est certain, dites-vous, monsieur le président du conseil. Mais alors comment ne comprenez-vous pas que des catholiques dont les familles ont fait naguère des libéralités, non pas à l'Etat, mais à l'Eglise, avec des charges de services religieux, soient profondément émus au moment où l'inventaire va préparer l'attribution des biens à l'Etat et la suppression absolue des anciennes fondations pieuses? Applaudissements à droite.)
L'instruction précise qu'on devra considérer comme provenant de l'Etat et faisant retour à l'Etat tous les biens déclarés propriétés nationales à l'époque révolutionnaire et que les établissements ecclésiastiques détiennent aujour-
d'hui, soit en vertu de restitutions ou d'attributions régulières, soit qu'ils n'aient jamais cessé d'en conserver la possession. Ces biens, que l'Etat reprend, alors qu'ils ne lui ont jamais appartenu légitimement, seront donc enlevés aux fabriques et ne seront point attribués aux associations cultuelles. Il n'est donc pas exact de prétendre, comme vous le faisiez tout à l'heure, monsieur le président du conseil, que le but de l'inventaire est tout simplement de préparer la transmission des biens aux associations cultuelles et d'assurer ainsi le fonctionnement du culte. {Très bien ! U es bien ! à droite.)
Ce n'est pas tout : l'instruction de l'enregistrement et des domaines ajoute que, pour les biens acquis à titre gratuit ou onéreux depuis la Révolution, l'inventaire indiquera les affectations de toute espèce dont ils pourraient être grevés, parce que les biens grevés d'une affectation charitable ou d'une affectation scolaire seront attribués à des établissements publics ou d'utilité publique. {Très bien ! très bien ! à droite.)
M. DE l'Estourbeillon. — Voilà le détournement !
M. Groussau. — Ainsi les fondations charitables faites aux établissements ecclésiastiques passeront aux établissements civils de bienfaisance. Ainsi les fondations scolaires adressées aux fabriques et aux menses iront aux écoles officielles... {Exclamations à droite.)
M. Louis Ollivier. — Voilà la confiscation.
M. Groussau... par une attribution aussi contraire aux droits acquis des établissements du cuite qu'aux volontés des bienfaiteurs. Vous le savez bien : quand on a légué à une fabrique ou à une mense en vue d'assurer l'enseignement religieux, la pensée dominante était précisément d'écarter tout profit pour les écoles où l'enseignement est sans Dieu. {Applaudissements à droite.)
Il y a tout cela en perspective, monsieur le président du conseil, dans l'opération de l'inventaire, et vous ne voulez pas que la conscience religieuse du pays soit froissée !
Vous avez prétendu tout à l'heure qu'on se trouvait actuellement en présence beaucoup moins de l'émoi de la conscience catholique que du vif désir de faire naître une agitation politique. Je proteste contre une pareille affirmation et, pour mon compte, je ne suis pas de ceux qui céderaient à un tel sentiment.
On me rendra cette justice que, depuis que je suis à la Chambre, alors que tant de questions religieuses ont été soulevées, mes préoccupations et mes actes n'ont pas été ceux d'un homme de parti politique, mais d'un homme cherchant à défendre les intérêts sacrés de la religion. {Applaudissements à droite.)
Ainsi donc, l'inventaire des biens d'Eglise,- — en dépit des assertions de la Justice sociale, répétant celles de MM. Rouvier, Briand, et de tous les journaux du Bloc — est le premier acte de la mainmise de l'Etat sur les biens de l'Eglise : il a pour conséquence inévitable la spoliation, et le peuple catholique, dans son bon sens, a compris toute la gravité de ces inventaires, précurseurs, comme en 1793, des pires attentats.
La Semaine religieuse de Cambrai, 17 février 1906, résumait très bien la question des inventaires spoliateurs :
1° Tous les biens: meubles, immeubles, valeurs, etc., antérieurs à la Révolution et restitués à l'Eglise par le Concordat, biens même grevés d'une afiectation pieuse (messes, services, etc.), sont confisqués par l'Etat sous la rubrique : font retour à l'Etat ;
2" Tous les biens : meubles, immeubles, valeurs, etc., acquis pendant le Concordat, ayant une destination de charité, sont confisqués au profit de l'Assistance publique, sous la rubrique : versés à l'Assistance publique ;
3° Tous les biens : meubles, immeubles, valeurs, etc., légués à l'Eglise pour l'éducation chrétienne des enfants, sont confisqués au profit des écoles officielles (athées) ;
4" Seront transmis à l'association cultuelle uniquement les meubles, ornements et objets matériels du culte, moins tous ceux qui ont une valeur artistique et qui seront classés pour les Beaux-Arts, lesquels en disposeront à leur gré ;
5° Dans les cas où la formation des sociétés cultuelles ne pourra se faire (et, supposé que le Pape les autorise, l'on prévoit déjà maintenant que ces cas seront extrêmement nom-
breux dans les paroisses de campagne), les biens seront mis sous séquestre, confisqués par l'Etat ou dévolus à des sociétés n'ayant rien de catholique.
La loi ayant pris de telles dispositions, tout curé, tout président de fabrique qui livrerait aux agents les clefs des armoires contenant les titres et les objets confiés à sa garde, serait coupable d'abus de confiance, puisque, n'étant pas propriétaire, il procurerait les moyens de spolier l'Eglise et ses œuvres ; il se ferait complice des détournements prescrits par la loi et rappelés ci-dessus ; il serait responsable vis-à-vis des fondateurs pieux ou des donateurs.
Si un serviteur remettait les clefs, ou même simplement disait où est cachée l'argenterie de la maison à un individu qui « annoncerait )) vouloir s'en emparer, ce serviteur serait évidemment coupable et comptable. Ce qui ici aggrave le cas, c'est que les biens et les titres des églises sont une propriété sacrée, la propriété de Dieu.
On a vraiment honte de le rappeler à un journal soidisant catholique, où, toujours le 10 février 1906, un M. Fréd. Servet osait écrire, avec une superbe inconscience : \
Le curé d'une paroisse ouvrière, très vivante, reçut la visite d'un agent des domaines^ très bon chrétien, nommé pour procéder. Le curé lui-même, un de mes amis, croit comme moi, que la procédure en cours n'a rien d'irréligieux, ni de bien illégal ou oppressif. C'est une constatation que l'Etat, tuteur des fabriques, ne pouvait éviter, sans manquer à une vulgaire règle de prudence, pour sauvegarder l'ordre, la comptabilité et les droits des associations cultuelles, dans l'avenir.
Toutefois, pour ne pas paraître manquer de zèle, et pour faire comme tout le monde, une protestation bien sentie était nécessaire dans le cas présent.
Le curé et V agent la composèrent de concert, ce dernier presque exclusivement. On ne peut que les louer l'un et l'autre de cette sage façon d'agir fort raisonnable.
Tout ce qui pouvait être utile et esthétique à dire est entré dans cette page lapidaire, destinée à figurer dans un solennel procès-verbal.
A deux jours de là, très sérieusement, en présence de labriciens prévenus et de quelques fidèles, fut lue la philippique ; après quoi, l'inventaire, le plus conciliant et le plus charitable de ce bas monde, s'est effectué sans autre incident.
Le drame, en France, contient généralement un peu de vaudeville. Ce qui ne gâte rien ; au contraire.
Le (( vaudeville » est bien de saison, n'est-ce pas l quand le sang coule et que la guerre civile est déchaînée d'un bout à l'autre de la France ?
Le 17 février, M. H. Lecreux exécute ainsi, dans la Justice sociale, les catholiques assommés par une police barbare et plus ignoblement condamnés par une magistrature asservie :
Je répète : ou « vos héros » ont eu raison, ou ils ont eu tort. S'ils ont eu raison, la Galerie — et elle est nombreuse, la Galerie et nous ne pouvons en faire ii, puisque nous en dépendons — la Galerie s'écriera, vu le petit nombre de ces héros : Décidément, le Catholicisme français sent le moisi !
S'ils ont eu tort, vous ne m'empêcherez jamais de penser qu'il eût bien mieux valu, à tous points de vue, qu'ils s'abstiennent (1).
Eh quoi ! M. Lecreux, si méprisant pour ce catholicisme qui c( sent le moisi », ignore-t-il que nos adversaires ont pris peur, décommandé les inventaires dans l'Ain, par exemple, où M. Bérard a intérêt à ménager ses électeurs de Trévoux ? Dans la Meurthe-et-Moselle, un c( Comité de concentration républicaine », socialistes et radicaux, n'a pas hésité, en voyant la tournure prise par la question des inventaires, à émettre le vœu que voici :
(( Considérant que la résistance parait certaine et que la loi n'a pour sanction, sur ce point, que la mise sous séquestre des biens dont l'attribution n'aura pu être efïec-
(1) C'est une grosse faute de français ; mais qu'importe à côté de tant d'autres fautes de sens catholique?
-située ; coDsidérant que cette mesure ne peut avoir pour résultat que d'accentuer le malentendu aux yeux des populations et de donner prétexte aux fauteurs de troubles, le Comité émet le vœu :
« 1° Qu'à défaut d'associations cultuelles régulièrement constituées, faculté soit laissée aux paroisses de conserver leurs fabriques, qui pourront, en ce cas, être considérées comme des associations cultuelles, au point de vue légal.
« 2" Qu'à défaut de toute organisation paroissiale responsable, le ministre du culte desservant la paroisse soit considéré légalement comme ayant assumé personnellement toutes les charges établies par la loi.
« S"* Que tout édifice religieux, quelles que soient les contestations opposées à l'application de la loi^ reste ouvert au libre exercice du culte. »
Nos lecteurs le voient : c'est tout simplement Tabrogation de la loi que réclame le comité radical de Meurthe-et- Moselle.
Ce n'est point, du reste, quelques loges particulières qui ont pris peur : la grande loge gouvernementale, c'està-dire le ministère, manifeste les mêmes inquiétudes. Sans doute, il fait encore çà et là des inventaires ; mais il choisit ses localités, et encore y agit-il le plus souvent par surprise. M. Briand a publié diverses circulaires manifestant quelque bonne volonté.
Pour en revenir à Injustice sociale^ le 24 février, Louis Dutrève, déjà nommé, a consulté le Christ, qui ne lui a rien répondu — c'est bien dommage, vraiment ! — et deux avocats catholiques pratiquants :
-— « Dois-je, Messieurs, regarder les agents du fisc, opérant Finventaire, comme les exécuteurs d'un programme impie ? Comme l'a opiné sans sourciller M. de Mun, la loi de séparation est-elle es.sentiellement apostate aussi bien et plus — c'a été dit — que la Constitution civile du clergé ? »
— i( Jamais de la vie », me fut-il répondu. La loi de séparation est si peu, par elle-même, en contradiction avec les dogmes et la vie de l'Eglise^ que le Pape consulte Pierre et
Joseph sur son application (1), et que ce qu'il en connaît ne le fait pas sortir de son silence, que des milliers de prêtres croient qu'il faut en faire l'essai. U inventaire lui-même a été trouvé légitime, au sein de la commission parlementaire, par le plus grand nombre des membres catholiques. Les agents contrôleurs chrétiens, qui ont consulté l'autorité diocésaine, du moins de nos côtés, ont été rassurés dans leur conscience personnelle, l'inventaire ne préjugeant pas une confiscation, etc. »
Louis Dutrève rêvait, en imaginant des a catholiques )) sincères qui auraient « légitimé » une dévolution de biens, qui est une confiscation, et « un inventaire », qui en est le prélude.
La Justice sociale du 24 février et du 17 mars fait chorus avec les Blocards, quand elle ose affirmer c( que rinventaire a été proposé ou accepté volontiers » par (( le plus grand nombre des membres catholiques de la commission parlementaire et de la Chambre » î Mensonge formel et odieux.
A la commission de la Chambre, Vinrentaire a été proposé par la majorité sectaire, à laquelle se sont ralliés, il est vrai, des renégats du libéralisme, tels que MM, Deschanel et Barthou, et quelques progressistes peu clair voyant s.
Mais à la commission et à la tribune de la Chambre, V Action libérale n*a jamais cessé de protester contre une pareille mesure : « Je déclare q-ue cette disposition ne peut se justifier par rien, qu'elle n'est dès lors qu'un procédé inquisitorial, inutile et partant vexatoire... Je ne comprends pas l'inquisition à laquelle on veut se livrer, l'inventaire auquel on veut procéder, l'investigation que l'on veut ordonner sur les biens, titres, documents et papiers de l'Eglise. ))
Ainsi s'exprimait, dans la séance du 17 avril 1905, M. de Castelnau, président de V Action libérale parlementaire, et il concluait à la suppression, dans la loi de Séparation, de l article 3 qui prescrit les inventaires.
(1) Notez que tout cela est postérieur à rEncyclique du // février 1906, et, par conséquent, très irrespectueux pour le Pape.
127 députés, tous de rAction libérale ou de la droite,
refusèrent leurs votes à l'inventaire.
385 le votèrent. C'étaient tous les députés du Bloc, auxquels s'unissaient une quarantaine de progressistes.
Cinquante autres progressistes n'osaient pas avoir une opinion et s'abstenaient avec leur chef, M. Ribot.
Radicaux sectaires, opportunistes aveugles ou lâches, voilà les auteurs responsables des attentats qui se commettent sous nos yeux !
a L'inventaire prescrit n'est pas une mesure vexatoire, c'est un acte conservatoire ! )) disait déjà le 17 avril 1905, à la Chambre, M. Bienvenu-Martin, ministre des cultes ; et tous ces jours-ci blocards et opportunistes ont répété ce mensonge.
A qui fera-t-on croire que c'est dans l'intérêt des catholiques que les portes des églises sont enfoncées, les sanctuaires violés, les serrures crochetées ?
A qui fera-t-on croire que c'est dans l'intérêt du culte que les vases sacrés sont évalués, soupesés par les fonctionnaires du Bloc, sous l'œil satisfait des municipalités maçonniques ?
C'est porter aux croyants une sollicitude vraiment étrange !
En réalité, l'inventaire est déjà un commencement de spoliation.
Mais Louis Dutrèvene s'arrête pas pour si peu. Avec un zèle digne des éloges des Blocards, il essaie de réfuter les objections des catholiques résistants :
Je m'arrête à trois objections qui courent le monde dévot, politique ou inconscient :
Première objection : « Un inventaire est toujours le prélude d'une prise de possession. »
Je le nie formellement. En France, à l'occasion de décès, il se produit journellement plus de deux cents (?) inventaires; jamais l'Etat ne s'approprie ce dont il prend note. Les fabriques décèdent avec le Concordat : pourquoi l'inventaire des biens ecclésiastiques, simple constatation, serait-il plus que les autres l'annonce d'une spoliation ?
Quelle monstruosité ! Les fabriques, antérieures au Concordat, ne ce décèdent pas avec le Concordat », qui n'a Appendice. 3
fait que reconnaître de nouveau leurs droits et leur (( rendre » leurs biens, volés par la Révolution.
Et puis, quand il y a inventaire a en France, à l'occasion d'un décès », ce n'est pas VEtat qui le fait ^902/r VElat : ce sont des officiers ministériels qui le font au nom des héritiers et pour sauvegarder tous leurs droits ; tandis que les inventaires des églises et des menses sont faits par l'Etat, au profit de TEtat, qui s'empare déjà de trois catégories de biens ne lui appartenant pas et pourra s'emparer de tous les biens cultuels, si l'association cultuelle ne se forme pas ou se voit dissoute, après sa formation.
Enfin, dans les inventaires après décès, l'Etat n'a pas tué les personnes dont l'inventaire doit décrire le patrimoine ; tandis que, de par la loi de Séparation, les personnes morales, que forment les fabriques et les menses épiscopales, sont tuées par VEtat, ou forcées de se suicider elles-mêmes et de transmettre leurs biens à qui n'a pas le droit de les prendre. Le règlement d'administration oblige même les associations cultuelles à opérer tout d'abord la dévolution de ceux de leurs biens qui ont une affectation charitable ou scolaire et qui doivent passer à un établissement officiel et public — et par conséquent rigoureusement laïque.
Le pouvoir civil prélude à cette opération, en mettant d'avance la main sur les menses épiscopales. C'est ce que nous annonce Y Express du Midi^ 8 avril :
Nous apprenons en effet, — et notre information, prise à une source sûre, ne sera pas démentie, — que les menses épiscopales, dont les écèchés et archei^êchés ont été récemment pourvus par Pie X, sont déjà confisqués par VEtat.
Sur les instructions du gouvernement, les administrateurs laïques des menses — qui appartiennent tous à l'administration préfectorale — ont fait la même déclaration aux nouveaux évêques ou à leurs représentants.
— Constituez une associât! jn cultuelle, et nous vous remettrons la mense. Jusqu'à la constitution de cette association cultuelle, l'Etat garde la mense et en touchera les revenus...
Nous nous trouvons en présence d'une nouvelle et flagrante illégalité.
Avant de dépouiller les prêtres et les catholiques, le Gouvernement commence pBr dépouiller les évêques.
Or, le délai fixé par la loi pour la dévolution et pour la constitution des associations cultuelles, n'expire que le 11 décembre prochain.
Jusqu'à cette date, la loi a maintenu à l'Eglise l'administration et la jouissance de tous ses biens.
L'administration gouvernementale des menses épiscopales voit ses pouvoirs expirer avec la vacance des sièges.
Donc, en gardant par devers lui les revenus des menses, l'Etat commet un abus de pouvoir et un vol manifeste.
Ce «vol manifeste» éclairera-t-il M. Dutrève? Il continue ainsi :
Deuxième objection : « Voyez ce qui s'est passé pour les congrégations : sous prétexte de faciliter leur autorisation, elles ont livré le détail de leurs biens et le Gouvernement en a profité pour le saisir. »
Pardon ! les congrégations pour obtenir Tautorisation avaient à faire connaître leurs statuts, mémoire peu compromettant, et non le total ou l'énumération de leurs biens, ce qui eût été aussi imprudent qu'inutile. (Si peu a inutile », que VEtat s'en est bel et bien serti pour spolier les religieux.)
En effet, une congrégation était approuvée, ou elle ne l'était pas. Si elle était approuvée, ses biens étaient connus de l'Etat, puisque, sans son consentement, elle ne pouvait ni vendre ni acheter. Si la congrégation n'était pas reconnue, elle ne pouvait posséder aucuns biens en tant qu'association ; il n'y avait forcément chez elle que des propriétés personnelles. On a intenté des procès aux congrégations non autorisées, sous prétexte que les propriétaires étaient personnes interposées ; mais c'est la preuve qu'elles n'avaient pas eu l'incroyable naïveté de déclarer biens de communauté ce qu'elles avaient placé, ne pouvant pas même agir autrement, sous le nom d'un particulier. Si donc les congrégations ont été dépouillées, ce n'est pas pour avoir fourni
l'estimation de ce qu'elles possédaient. Ce n'est donc pas là un précédent qui doit mettre en suspicion contre l'inventaire.
On n'a pas Tidée d'une pareille ignorance et d'un pareil travestissement des faits les plus éclatants : Congrégations autorisées et Congrégations non autorisées, prédicantes et enseignantes, ont été bel et bien spoliées de toutes leurs propriétés, déclarées ou non, que les liquidateurs officiels ont pu saisir, grâce aux révélatioîis faites pour obtenir une autorisation^ qui a été impitoyablement refusée en bloc à toutes les Congrégations.
Troisième objection : « On doit toujours résister à une loi qui attaque les droits de la religion. ))
Oui^ si elle attaque la religion dans son essence, comme cela est arrivé pour la Constitution civile du clergé. Vous médites de refuser, avec serment, d'obéir au pape. Jamais! on ne s'accommode pas d'une apostasie certaine. Mais quand une législation ne contredit pas nettement les principes de l'organisation catholique, les chefs de l'Eglise choisissent le moindre mal. Et, tout en réprouvant ce qu'une loi renferme de répréhensible, ils conseillent de la subir. C'est le cas des possessions terrestres. Un exemple a prouvé que le Saint- Siège ne revendique plus guère la souveraineté des Romagnes : après avis officiel, l'archevêque d'Ancône a reçu solennellement le roi d'Italie.
Il ne faut pas, du reste, faire servir à nos opinions la belle devise des apôtres : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. » Adage très juste, à condition que la volonté de Dieu soit manifeste et que ce ne soit pas sur notre volonté à .nous que nous apposions Tétiquette divine, ce qui est fréquent.
Comment, près de quinze jours après l'Encyclique du 11 février, un journal se disant catholique peut-il écrire que la loi de séparation a ne contredit pas nettement les principes de l'organisation catholique », alors que Sa Sainteté Pie X ce Fa réprouvée et condamnée comme profondément injurieuse à Dieu..., comme con-
traire à la constitution divine de V Eglise, à ses droits essentiels et à sa liberté^ etc ? »
La loi est donc mauvaise ce dans son essence». Sans parler des spoliations qu'elle édicté et des obstacles qu'elle veut accumuler contre l'exercice public du culte, elle est mauvaise par le principe même de la séparation et par cette indifférence ou cette hostilité qu'elle oppose à tout ce qui est religieux.
M. Louis Dutrève est inexcusable de ne pas connaître renseignement de Léon XllI sur l'obéissance aux lois humaines :
(( Quand il s'agit d'enfeindre la loi naturelle ou la volonté de Dieu, — disait Léon XIII dans son Encyclique du 29 juin 1881, — V obéissance du sujet est aussi criminelle que le commandement du souverain. Il n'est pas juste, alors, d'accuser d'insoumission ceux qui refusent d'obéir. ))
Un peu plus tard, dans son Encyclique du 10 janvier 1890, il répétait que, ce si les lois de la République sont manifestement en opposition avec le droit divin, contraires aux devoirs quHmjpose la religion, leur résister est un devoir^ et leur obéir un crime. C'est donc bien injustement que dans ce cas l'on traiterait la résistance de sédition... Chacun alors est tenu de manifester publiquement sa foi, soit pour l'instruction et Tencouragement des autres, soit pour réprimer Finsolence de ceux qui l'attaquent. »
C'est assez clair. Depuis lors, il n'y a de nouveau que ceci: Pie X a appliqué spécialement à la loi de séparation ce que Léon XIII enseignait en général et sans viser des éventualités non encore accomplies.
M. Dutrève, pris à partie par un correspondant de la Justice sociale^ a répliqué le 17 mars :
Il ne s'agit pas de savoir si la loi de Séparation, forlifiéc par les toiles métalliques du règlement d'administralion, est une
injure faite au Pape, est un réseau de méchants obstacles, est une législation pleine de périls...
Revenons à la question posée : L'inventaire est-il le premier pas de la confiscation ?
A cela je continue à répondre : On ne peut pas l'affirmer.
A qui fera-t-on croire que M. Ribot et plusieurs députés de la minorité catholique aient proposé ou accepté volontiers l'inventaire, si c'eût été là un moyen d'appropriation future? {Erreur manifeste, on t'a vu I)
L'Etat sans doute déclare que les édifices et biens domaniaux restent sa propriété (1). Mais sérieusement est-ce l'inventaire qui lui apprendra quelles basiliques ou églises datent de 1789? A-t-il besoin d'autre tableau que de celui des Fabriques pour connaître ce qui peut lui appartenir? Et puis, quand on veut s'emparer d'un mobilier, prend-on la précaution de prévenir deux ans d'avance les propriétaires
Nous oublions toujours que l'Etat, de par le Concordat, ou du moins sans opposition de la part de l'Eglise, 5e conduisait comme tuteur civil des Fabriques Sans protestation du Pape, il exigeait, pour toute vente ou achat, l'autorisation gouvernementale. La tutelle cesse ; l'Etat est nécessairement intéressé dans cette mutation d'ayants droit.
Non : l'Etat n'avait régulièrement rien à voir dans des biens qui ne lui appartiennent pas.
Incorrigible, le démocrate Dutrève ! Ni le sang versé, ni les articles éloquents de M. de Mun ne peuvent le convaincre. II faut, pourtant, lui en faire lire une partie, à lui et aux « vingt-trois cardinaux laïques», aux ce catholiques intellectuels », aux ce soumissionnistes », qui ont rédigé la « supplique aux évêques », en faveur des associations cultuelles » :
Je prie qu'on aille interroger aujourd'hui cette multitude, qu'on lui demande ce qu'elle sait de la loi de séparation, ce qu'elle pense de son application.
Elle dira, tout d'une voix, qu'elle ne sait d'elle qu'une chose : c'est qu'une Encyclique, d'une rare solennité, l'a
(l) Le Pape « réprouve et condamne » solennellement ce vol manifeste.
condamnée en des termes d'une irrévocable fermeté et que, de son application, elle ne peut aussi penser qu'une chose, c'est qu'en conscience elle ne veut pas, elle ne doit pas la souffrir.
Voilà l'inévitable réponse des simples. Que mes confrères, mes collègues, mes amis, signataires de la lettre aux évoques, me permettent de le leur dire: elle suffit à renverser toute leur argumentation.,..
Ce qui les préoccupe, c'est « de savoir si le Saint-Siège autorisera la formation des associations cultuelles ».
Faut-il donc leur rappeler que les « associations cultuelles » sont nommément et spécialement désignées dans l'Encyclique comme l'un des objets qui motivent la condamnation de la loi ? Faut-il leur rappeler que ces associations cultuelles dont elle parle ne sont pas, comme ils semblent le croire, jugées d'après un « texte primitif », mais bien d'après « le texte définitif, celui qui est finalement sorti des délibérations de la Chambre », qu'elles le sont, malgré la vague et fragile garantie qu'ils invoquent, des « règles d'organisation générale du culte », et parce qu'elles n'en resteront pas moins, dit expressément l'Encyclique, « vis-àvis de l'autorité civile dans une dépendance telle, que l'autorité ecclésiastique, et, c'est manifeste, n'aura plus sur elles aucun pouvoir ».
Et, lorsqu'ils allèguent, pour atténuer le danger de ces associations, que « l'Etat ne leur demandera compte que de leur gestion financière », faut-il enfin leur rappeler que c'est précisément cette administration des biens ecclésiastiques, meubles et immeubles, remise, sous le contrôle de l'Etat, à des associations purement laïques, qui est le plus fortement condamnée par cette partie de l'Encyclique, relative aux associations cultuelles?
Dès le lendemain du jour où fut publié l'acte pontifical, une campagne s'est ouverte pour essayer je ne sais quelle distinction, qui n'a, ici aucune place, entre la thèse et l'hypothèse, et pour établir dans les esprits cette idée que, si la loi de séparation était condamnée en principe, elle serait acceptée en pratique. J'ai, ici même, immédiatement, dénoncé ce sophisme : j'en retrouve la trace, atténuée par leur esprit de foi, dans la lettre des vingt -trois.
Or, je reviens à mon dire : si ces distinctions subtiles
peuvent saisir et frapper des esprits rompus aux discussions critiques, aux débats politiques et aux savantes plaidoiries, la masse catholique, qui est notre force, ne saurait les comprendre.
Pour elle, avertie par la simplicité de sa foi, la question est tranchée. Rome a parlé ; la cause est entendue.
Une loi a prétendu organiser le culte catholique ; le Pape, juge souverain en une telle matière, a condamné cette loi : il l'a condamnée tout entière, sans restrictions," ni réserves. C'est fini. Nul ne peut en accepter l'application.
Que penser donc de cette note de la Justice sociale du 10 février :
Nous sommes en pleine crise de folie. Il saute aux yeux que les gens qui se démènent, loin de travailler pour adoucir la crise religieuse, s'arrangent pour l'aviver et la porter au paroxysme jusqu'au moment des élections. )) Pas de signature.
« Crise de folio » que la conduite de (ihisel et d'André Hogfs, morts en martyrs pour la foi î
« Crise de folie » que l'héroïsme du jeune Pradier et du jeune de Lassus, blessés grièvement dans la dél'ense de leur église et disant qu'ils seraient ravis de donner leur vie pour leur Dieu et leur foi î
(( Crise de folie » que la noble protestation du général Récamier, défendant le Christ comme il défendait la France en 1870 !
c( Crise de folie » que l'invincible résistance des paysans de la Haute-Loire et de la Lozère à tous les crocheteurs officiels !
(( Crise de folio )) que ces paroles superbes d'un Breton et d'une Bretonne, allant défendre leur église au péril dn leur vie : ce Si je meurs, dit le mari, tu ne me pleureras pas. — Si c'est moi qui succombe, dit la femme, je te défends de me pleurer ! »
Et que dire de tant de victimes faites par les inventaires ? Des centaines de personnes, hommes, femmes,
vieillards, jeunes filles, prêtres, condamnés pour la plupart par des juges juifs ou francs-maçons, — car la secte a eu soin, en vue de ce qu'elle méditait, de placer ces ennemis des catholiques dans tous les tribunaux importants, — sont en prison ; d'autres sont encore sur un lit de souffrances, où ils payent leur attachement à Dieu et à la religion.
Ecoutez comment qualifie ces braves la Justice sociale du 10 mars:
Au moment où, dans la plupart des journaux catholiques, on ne lit que des paroles de haine et l'apologie d'actes desauvagerie qui n'ont rien de commun avec la religion de l'Evangile, la voix de ceux qui ne perdent de vue ni de « quel esprit ils sont » ni quelle est la situation exacte des catholiques^ risque d'être étouffée.
Et ce sont des prêtres, qui écrivent ces choses, qui font ainsi cause communeavec Clemenceau, Briand, « le socialiste papalin », et tous les journaux blocards ! Il y a là un véritable scandale.
Gomme il fallait que la Justice sociale, avec ses étranges théories, eûtjle l'écho dans les milieux démocratiques, V Autorité de février dernier publiait sous le titre Etranges conseils, Tentrefîtet suivant :
On nous signale les conseils étranges de soumission aux opérations d'inventaire et de crochetage, donnés par un prêtre, M. l'abbé F. Lagarrigue(l),dans \di Semaine Catholique de Saint-Flour, qu'il dirige.
En voici la conclusion :
(( Nous ne dirons donc pas au peuple : (( Oppose-toi à Vinventaire de ton église; mais nous lui (( disons volontiers : Si tu as le courage de maîtriser tes « émotions et assez de force pour triompher de tes indigna- (( tions, va te meurtrir le cœur au spectacle de la triste opérail) On a vu, dans les Erreurs delà Justice sociale, pp. 15 et 16, comment ce même abbé Lagarpigue a laissé louer, dans celte même Semaine catholique dont il est directeur, deux ouvrages à l'Index de l'abbé Houtin.
« tion ! Va, prie et regarde : on compte, on apprécie un à un (( les linges, les calices, les ciboires, les ostensoirs, aux- (( quels la présence réelle du Dieu de ta foi a communiqué « un caractère sacré. On marque toiit cela pour le rapt et la (( profanation. »
Ainsi, M. l'abbé Lagarrigue sait que les inventaires mènent au (( rapt et à la profanation », et il conseille aux catholiques de rester impassibles et de « se meurtrir le cœur )).
Singuliers conseils, en vérité, peu dignes d'un prêtre, qui ferait bien de comprendre et de méditer l'Encyclique du Pape !
Ce qui est le plus odieux, dans cette campagne de journaux catholiques et de prêtres catholiques contre les généreux défenseurs de nos églises dépouillées, crochetées, profanées par d'horribles sacrilèges, comme à La Nouvelle (Aude) (1), c'est raccusation portée contre les monarchistes, dans la Justice sociale du 24 février, sous le titre Manœuvres royalistes :
(( Le tapage qui se fait serait simplement de la folie, ù ce n'était un crime des meneurs royalistes.
(( Presque partout les catholiques se laissent encore mener par ces gens-là : ils ne voient pas que ce sont eux, les royalistes et les réactionnaires de tous noms, les premiers auteurs responsables des vexations qu'ont subies les catholiques en ces dernières années.
(( Une loi libérale a été volée : ils vont en rendre l'application impossible ; ils rendront nécessaire une loi rigoureuse et peut-être tyrannique, pour avoir la criminelle satisfaction de dire : « Nous le disions bien que ce n'était qu'un commencement. ))
(( Uapaisement pouvait naître de cette loi (2).
(1) Le maire a fermé dans le tabernacle son chien, après lui avoir donné un simulacre de communion !
(2) Parler ainsi, c'est oublier étrangement la tactique perfide de nos adversaires.
(( Il faut rassurer complètement l'esprit du paysan^ encore peu fait à l'idée de Séparation, » disait, au cours de'ia discussion de la loi, un député du Bloc, M. Lacombe (Aveyron). « Nous devons éviter toute apparence de persécu ion, écrivait de s n côté l'un des pires sectaires, M. Ranc ; en ce qui concerne tout ce qui est transiTomE, soyons accommodants, très accomodantsm ! » Enfin,
(( Je souhaite qu'il en soit encore ainsi, que le clergé et les fidèles de bon sens laissent les réactionnaires s'agiter tout seuls et que les républicains, même non croyants, n'aillent pas se laisser entraîner dans la voie de représailles toujours regrettables. »
Même chanson dans la Justice sociale du 31 mars, où, sous le titre Une consultation, on dit ce qu'aller au-delà d'une protestation verbale était dépasser notre droit, nous placer sur un mauvais terrain, sur celui de V exagération et du mensonge, et provoquer non pas ce le réveil de la foi », mais un redoublement de mépris et de haine... Le soulèvement à propos des inventaires a pris la couleur d'un soulèvement contre la République... Ne perdons pas nos avantages dans l'esprit public par des indignations exagérées et injustifiées. Ne faisons pas le jeu des réactionnaires. ))
M. Briand recommandait à ses amis la prudence : ce l:^ou?> devons nous montrer d'autant plus circonspects que nous sommes a la