CHAPITRE III. — CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES
Gillet, de Remlinger, voire même celle de Leroux et Lorrain, la plus typique cependant, étaient en réalité constituées par plusieurs séries de cas, séparées par des intervalles de deux mois, trois mois, six mois, huit mois, ce qui leur enlève beaucoup de leur valeur au point de vue de la contagion.
Qu’observons-nous dans notre épidémie, sinon des faits analogues. Brusquement, à quelques jours d'intervalle, du 12 au 20 janvier, six cas de syndrome érythémateux éclatent dans le service de M. Netter, cinq dans la salle des garçons, un dans celle des filles. Celui-ci reste isolé et nous n'observons dans cette salle, aucun autre cas d’érythème, malgré la présence de plusieurs fièvres typhoïdes. Ce serait torturer les faits, de vouloir rattacher à la contagion le second cas qui apparut dans la salle des filles, en mai, plus de quatre mois après le premier, et ceux qui se montrèrent isolément en juin, septembre et octobre. Dans la salle des garçons, après l'explosion presque simultanée des cinq cas du début, les érythèmes disparaissent pendant trois mois et demi; puis, des observations isolées sont recueillies en mai et juillet. Il est bien difficile
de voir dans cette succession de cas, irrégulière èt décou-
sue, le résultat d'une contagion.
| Dans le service de M. Boulloche, les érythèmes se montrent d'abord avec une allure épidémique très nette en janvier et février ; ‘ils disparaissent en mars, malgré la présence de fièvres typhoides dans le service, reparaissent en avril, cessent pendant deux mois, se montrent en juillet (2 cas chez les garçons), cessent de nouveau pendant trois mois ; enfin trois derniers cas sont observés en octobre et novembre.
Comment pourrait-on concilier Pidée de contagion avec une évolution épidémique aussi capriçieuse et aussi irrégulière ! il est impossible d’en dégager une loi quelconque, permettant de suivre la filiation d'un cas à l’autre.
Il est vrai que nos érythèmes n'ont pas exclusivement frappé des typhoïdiques. Le même fait avait été constaté par Pater, Halbron et Delozière. Le grand argument
ri :
des anti-contagionnistes, à savoir que les érythèmes au cours de ces épidémies apparaissent exclusivement chez les typhoïdiques, semblerait donc devoir tomber de ce fait. Mais la proportion infime des malades autres que les typhiques, ayant présenté le syndrome (0,25 p. 100, contre 28,4 p. 100 de typhiques, dans notre épidémie), laisse à l'argument toute sa valeur, et nous verrons au chapitre VIII comment on peut interpréter ces cas sans faire appel à la contagion.
L'argument tiré de l'apparition d’érythèmes dans des lits voisins ou dans le même lit nous semble dénué de valeur. Les typhoidiques, dans les services de médecine générale, sont ordinairement groupés dans une même région de Ta salle commune, aussi bien pour obtenir l'illusion d’un isolement qui s'impose et que nous n'avons pas les moyens de réaliser, que pour faciliter le service de la balnéation. Dès lors, des complications quelconques de la fièvre typhoïde pourront apparaître dans des lits voisins ou successivement dans le même lit, sans qu'il y ait lieu de faire intervenir la contagion.
Un des grands arguments des partisans de la contagion c’est l’origine microbienne de ces érythèmes, qu'ils consirent comme liés à une septicémie secondaire. Or, nous verrons au Chap. VIII, que c’est là une pure hypothèse
et que la septicémie secondaire n’est nullement démon-
trée. Ne voyons-nous pas d'ailleurs échouer complètement les tentatives de Leroux et Lorrain dirigées contre cette infection secondaire ? A plusieurs reprises, ifs font évacuer et désinfecter la salle, les murs sont repeints, les objets de literie passés à l’étuve, le personnel renouvelé ; chaque fois les érythèmes graves reparaissent ; c’est la preuve qu’ils ont à leur origine autre chose qu’un germe
d'infection secondaire se propageant par contagion.
Bien que l’idée de la contagiosité de ces érythèmes soit séduisante, et que, grâce à elle, il soit permis d'expliquer les séries Cpidémiques, il n'est donc pas moins vrai qu’elle n’est nullement démontrée. L'épidémicité est d'ailleurs parfaitement corpalible avec la non-contagiosité, On