CHAPITRE Ï. — L'ÉPIDÉMIE D'ÉRYTHÈMES GRAVES
A partir de cette date, les érythèmes deviennent plus rares. Ils apparaissent isolément dans l’un ou l’autre service. Par contre, leur gravité, loin de diminuer, s’accentue et les cas qui éclatent sont dorénavant tous mortels, à l'exception d’un seul.
En mai, deux cas sont observés dans le service de M. Netter (Obs. XIX, XX), un dans la salle des filles, terminé par la mort le 13 mai ; le second, chez un garçon qui présente le syndrome grave le 13 mai et succombe le 17, au 20e jour de sa fièvre typhoide.
Le 26 juin, plus de cinq semaines par conséquent après la mort du précédent, succombe, quelques jours après l'apparition de l’érythème, une fillette entrée: le 5. Un garçon de 8 ans, entré dans le service de M. Netter pour une fièvre typhoïde de gravité moyenne, présente le syndrome érythémateux le 2 juillet et meurt le 6 (Obs. XXID).
Puis les érythèmes reparaissent dans le service de M. Boulloche-où aucun cas n'avait été observé depuis le 7 avril ; deux garçons succombent les 23 et 24 juillet (Obs. XXIII et XXIV).
Après deux nouveaux mois de tranquillité, deux cas éclatent encore, l’un, le 1er octobre, chez une brightique qui succombe le 5 (Obs. XXVT) ; l’autre, le 22 octobre, chez un garçon de 11 ans, atteint de fièvre typhoiïde, qui succombe le 27 (Obs. XXVIT).
Entre temps, deux observations nouvelles étaient re-
cueillies dans le service de M. Netter : une typhoïdique
de 9 ans, entrée le 16 SPA présentait le syndrome
le 25 et succombait le 27 (Obs.\XXV); une autre était atteinte en octobre et guérissait (Obs. XX VIT).
Enfin un dernier cas (Obs. XXIX) éclatait dans le service de M. Boulloche le 7 novembre, chez une fille de
- 8 ans, arrivée au 16e jour de sa fièvre typhoïde ; l’éry-
thème scarlatiniforme s’accompagnait, comme toujours, de vomissements verts, de diarrhée verte, de prostration extrême ; la température tomba à 3606, puis remonta à 4196 le jour de la mort, qui se produisit le 15 novembre.
= Depuis cette époque, c’est-à-dire depuis cinq mois, aucun,
nouveau cas de syndrome érythémateux n’a été observé
à l'hôpital Trousseau, malgré la présence de nombreuses
: 5 fièvres typhoïdes. Il Y a tout lieu de croire terminée la uneste série.
Telle a été la succession des 29 cas d’érythèmes observés à l'hôpital Trousseau en 1907 025 COCA RERERE des
typhoïdiques.
Dès le début, nous nous étions demandé si nous n’étions pas en présence d’érythèmes médicamenteux ou de fièvres éruptives. Or, nos typhiques, en dehors de la balnéation, js n'étaient soumis à aucune médication, sauf parfois un - peu de sulfate de en et une potion de collargol. D’ailris leurs, eussent-ils pris des médicaments érythrogènes, la répétition des cas, leur excessive gravité et leur terminaison souvent fatale n’eussent pas permis de s'arrêter à cette possibilité. | sl L'absence des énanthèmes caractéristiques de la rou- geole ou de la scarlatine, l'allure et l’évolution de l’exan- thème, le complexus élue qui l’accompagnait, n’ont J+ Vi pas permis un instant de songer à une fièvre éruptive. «Ta re : :
Du reste, aucun cas de rougeole ou de scarlatine franches ne s’est produit dans les salles communes, chez les malades autres que les typhoïdiques, ce qui n'eût pas manqué d'arriver, s’il se fût agi de fièvres éruptives modifiées par “une association avec la dothiénentérie.
D'ailleurs, notre maître qui avait déjà observé des faits de cette nature, n'hésita pas : il s'agissait bien des éTythèmes graves décrits par Leroux et Lorrain en 1903, et antérieurement par le Professeur Hutinel, en 1890.
Si nous voulons maintenant apprécier la gravité de la série des 29 cas que nous rapportons à la fin de notre HR __ thèse, il nous faut établir successivement, pour chacun "Pre des deux services de médecine générale, le pourcentage
de cas de Sade re AAA qui ont paru, d’une part chez les typhoïdiques, d'autre part chez les! ‘autres malades.
Dans la statistique des fièvres typhoïdes de 1907, nous ferons naturellement entrer celles en traitement au der janvier, puisqu'un certain nombre d’entre elles ont été com- #
ee pliquées d’érythème auquel les malades ont succombé @).
T4 AE eS ee — SERVICE DE M. LE Dr NETTER.
ur T yphoïdiques. — Garçons : %5 fièvrès typhoïdes ; 7 é dk cas de syndrome érythémateux (28 p. 100) avec 4 détas)
| RENTE Filles : 20 fièvres typhoides ; 4 cas du, même sy ndrome "n. (20 p. 100), avec 3 décès. | “LASER Au total: 45 fièvres typhoides ; 11H CAS: d'érythème a CES .P. 100 avec 7 déces (mortalité ‘de 63.3 p. 40 S RTS L. Fe Autres malades : ET
LICE Garçons : 370. Un cas GAS pe chez un tuberculeux EN (0,27 p. 100), suivi de décès. | î tee Filles : 404 Pas d’érythème, C8 ;
Re j % . Au total, 12 cas de Pr érythémateux, avec 8 dé- 4 } "NN cès, soit une mortalité de 66,6 p. 100. Vs % 1 A L s “4 \ frins re SN Le Dr Bouriodne
10 Typhoïdiques : | | 5e Garçons : 20 fièvres typhoïdes ; 7 cas d’érythème (35
p. 100), avec 7 décès. Filles : 23 fièvres typhoides ; 7 cas ‘ d'érythème (30,4 p. 100), avec 4 décès.
(1) Nous avons pu établir ces statistiques grâce à la bonne tenue des registres de Mme Morin et de Mile Binard,surveillantes des deux services de médecine. Nous sommes heureux de rendre hommage à leur zèle et nous . les remercions sincèrement de l’aide FL ‘elles nous ont APROTISe
Au total : 43 fièvres typhoiïdes ; 14 cas d’érythème (32,5 p. 100), avec 11 décès (mortalité de 81 p. 100).
90 Autres malades :
Garçons : 418. Pas d’érythème.
Filles : 354 3 cas d’érythème chez des malades attein- ‘tes de néphrite (0,84 p. 100), 3 décès.
Au total, 17 cas de syndrome érythémateux, avec 14 décès ; soit une mortalité de 83 p. 100.
III. — Si nous réunissons ces deux statistiques, nous trouvons pour l’ensemble des deux services :
10 88 cas de fièvre typhoïde, avec 25 érythèmes (28.4 p. 100). Ces 88 fièvres typhoïdes ont donné 26 décès, dont 18 se rapportent à des cas accompagnés du syndrome érythémateux. La mortalité de la fièvre typhoïde est montée de ce’ fait à 30 p. 100 ! (1). :
20 1546 autres malades, avec # cas d'érythème (0,25 p. 100) (un chez un tuberculeux, trois chez des néphritiques) terminés par le mort.
Au total, 29 cas de syndrome érythémateux avec 22 décès, soit une mortalité de 76 p. 100 !
Nous ferons remarquer que la mort ne saurait dans tous les cas être imputée au syndrome érythémateux : il en est ainsi dans l'observation de tuberculose, peutêtre aussi dans certains faits de fièvre typhoïde à symptômes méningés. Cependant l'allure immédiatement très
grave que revêtait l'affection dès l'apparition du syndrome
et la rapidité avec laquelle, dans plusieurs cas, l’évolution se faisait vers la mort, mettent hors de doute le rôle capital qu'à dû jouer le syndrome en question chez la plupart des malades, au point de vue de la terminaison de la maladie.
(1 Nous, pouvons rapprocher ce chiffre de ceux qu'ont indiqué E. Lancereaux et Paulesco (hôpital de Levallois-Perret) : de 1890 à 1896, la mortalité par fièvre lyphoide avait oscillé entre 5 et 11 p. 100 ; de 1897 à 1900, ils observent de nombreux cas d’érythème grave : la mortalité de la fièvre typhoide atteint de 20 à 32 p. 100.