CHAPITRE IV
Diagnostic
Nous avons vu les diverses modalités sous lesquelles se présentent les érythrodermies du lichen plan ; nous avons maintenant les éléments nécessaires au diagnostic qui se fera surtout par la coïncidence de l’érythrodermie et de la papule typique du lichen. Il est des cas où ce diagnostic n’est pas facile ; ce sont ceux dans lesquels l’érythrodermie dominant la scène, les éléments de lichen passent inaperçus (souvent ces éléments doivent être recherchés avec grande attention) et quand il s’agit d’érythrodermie pré-lichénique.
L'observation III donnera un exemple de la difliculté du diagnostic précoce.
Dans ce cas, le malade fut pris en avril d’une démangeaison intense accompagnée « d’une éruption d'apparence eczématiforme » qui se généralisa rapidement. Cette éruption d’une intensité remarquable avec peau rouge, sèche, écailleuse persista pendant
neuf mois, et ce n’est qu’en décembre, alors qu’existait encore au visage une érythrodermie en nappe, mais que partout ailleurs cette érythrodermie avait diminué, qu’on reconnut une éruption très étendue de lichen de Wilson, caractérisée par l’aspect brillant des éléments, leurs contours polygonaux, leur coloration d’un rouge très sombre.
Dans les deux autres observations, ainsi que dans les cas publiés en Allemagne, toujours, dès le début, un examen attentif permit de reconnaitre les papules caractéristiques du lichen plan.
Lorsque ces papules typiques sont difficiles à déceler, lorsque l’éruption lichénoïde sera peu nette, la biopsie fera le diagnostic.
Reste maintenant l'interprétation nosologique des faits.
1° L'érythrodermie est due à l'application d'une pommade.
Cette cause devra toujours être recherchée, et nous savons qu'en effet l'irritabilité particulière du lichen peut expliquer par celte seule raison la production d’une érythrodermie. Nous avons montré plus haut que, dans les cas publiés dans ce travail, cette cause n’a jamais pu être suspectée.
2° Entre l'érythrodermie et le lichen plan il n'y à qu'une simple coïncidence.
Les faits que nous avons décrits sont rares, mais cependant cette hypothèse est peu vraisemblable. Dans toutes les observations, nous trouvons facilement l'intermédiaire entre l’érythrodermie et le
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lichen. Dans l'observation II le grand placard qui recouvrait toute la région dorsale, ainsi que les larges nappes squameuses des régions fessières, coude, dos représentaient très nettement des intermédiaires entre les deux éruptions, il en était de même du fond érythémateux sur lequel se dessinaient des trainées de lichen plan dans les observations IT et IV.
D'autre part on remarquera que ce qui caractérise ces érythrodermies, c’est la facilité et la rapidité avec laquelle elles disparaissent. Une dermatose desquamative généralisée ne disparait pas ainsi sans laisser de traces appréciables.
Enfin, Neisser, Jadassohn, Juliusberg, Pinkus, en Allemagne, ont publié sous le nom d’exanthème psoriasiforme et lichénoïde des cas d’une similitude parfaite avec ceux que nous décrivons ici. Ces faits ont été également signalés en Angleterre par Radcliffe Crocker, en France Brocq a observé également de ces érythrodermies au cours ou à la fin du lichen plan.
3 Il s'agit d'une érythrodermie mycosique à forme lichénoïde.
L'erreur de diagnostic peut être commise au début, et quelquefois on peut se croire en présence de phénomènes prémycosiques. Au début du mycosis fongoïde, les formes érythémateuses superficielles et persistantes, disposées souvent en nappes, avec lichénification de la peau; les poussées aiguës d’érythrodermie suivies d’une desquamation abondante de l’épiderme, le prurit, peuvent dans quelques cas
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faire errer le diagnostic ; mais l’érythrodermie coïncide tôt ou tard avec des néoplasies mycosiques, et ces tumeurs, ou souvent avant elles les petites élevures péri-pilaires, les petites nodosités enchâssées dans le derme viennent indiquer la nature mycosique de l’érythrodermie.
4 Cette dermatose est la même que celle que Radcliffe Crocker décrit sous le nom de lichen variegatus.
Radcliffe Crocker a décrit sous le nom de lichen variegatus une forme morbide qu'en Angleterre on a rattaché à la parakeratosis variegata d'Unna, Santi, Polizzer. Cette affection est caractérisée par « une évolution des plus lentes, la maladie durant plusieurs années sans prurit, sans autre symptôme objectif. L'éruption peut se généraliser et même envahir la face, ce qui estexceptionneldans le lichen
plan. La disposition générale est celle de bandes ou de plaques semi-confluentes.…
« Les grandes plaques sont érythémateuses ou infiltrées, les plus petites ressemblent au lichen récent, mais toutes sont couvertes de fines squames. Leur couleur varie du jaunâtre au rouge brun. »
Cette description est loin de s'adapter aux cas que nous publions, ainsi qu'aux cas de Neisser, Jadassohn, Pinkus, Juliusberg, et cependant Radcliffe Crocker a voulu ranger ces derniers dans le groupe du lichen variegatus. Ce sont là des faits très différents. Dans le lichen variegatus le prurit est nul, l’érythrodermie est disposée en placard, la
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couleur est jaunâtre où brunâtre ; dans les érythro- -dermies que l’on observe au cours du lichen plan, au contraire, le prurit est intense, quelquefois atroce, érythrodermie est généralisée et exfoliante, l’érup-. tion est rouge sombre et même livide.
6° Le diagnostic pourra encore se faire avec un eczéma séborrhéique où un psoriasis.
Mais les squames ne présentent pas le même caractère, elles sont fines, adhérentes, à contour polygonal et enfin on observe presque toujours des papu- ; les wilsonniennes typiques.
En résumé, les érythrodermies qui se produisent au début, au cours ou à la fin du lichen plan appartiennent à un type morbide nettement caractérisé. Le diagnostic se fera par la coïncidence de l’éry-
‘thème et de la papule typique, et par l'examen biopsique de la lésion quand cette papule sera difficile à déceler.
nique, son évolution est très lente, sauf dans les cas de lichen plan aigu (Lavergne), où il se développe avec une grande rapidité et une intensité de phéno- sa mènes remarquable.
mois) la maladie peut regresser sans aucun traite-
raissent petit à petit sans autre phénomène et les récidives ne sont pas fréquentes. (l
tants ou nuls, le prurit seul est plus intense, mais