‹ Les Erythrodermies Du Lichen PlanChapitre 8 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Etiologie et Pathogénie

Au Congrès de Dermatologie de Paris, en 1889, Brocq proposa la classification suivante des érythrodermies exfoliantes :

1° Le pityriasis rubra pilaris :

2° La Iymphodermie pernicieuse de Kaposi, certaines variétés eczématiformes généralisées de mycosis fongoiïde ;

3° Les érythèmes scarlatiniformes desquamatifs ordinairement d’origine médicamenteuse ;

4° «Les poussées aiguës généralisées qui se produisent assez souvent dans le cours d’un eczéma, d’un psoriasis, beaucoup plus rarement d’un lichen plan, qui n’ont ni généralisation absolue, ni évolution cyclique, et dans lesquelles il est presque tou-

jours possible de retrouver en y mettant quelque soin l'élément caractéristique de la dermatose antérieure ; »

5° Les herpétides exfoliatives de Bazin.

Burgaud 2

Les érythrodermies qui se produisent au cours du lichen de Wilson sont de cause difficile à déterminer. On sait que le lichen plan est doué d’une irritabilité particulière et que l'application d’une pommade peut suffire à provoquer une érythrodermie généralisée.

Brocq à l’article Erythrodermies exfoliantes généralisées de La Pratique dermatologique, s'exprime ainsi : « Les poussées aiguës presque généralisées qui se produisent assez souvent dans le cours d'un psoriasis, d’un eczéma séborrhéique, d’une séborrhéide psoriasiforme, parfois d’un lichen ruber planus, ou d’un pityriasis rubra pilaris, n’ont pas d’ordinaire une bien longue durée, elles ne sont pas absolument généralisées ; elles sont presque toujours consécutives à une intervention locale malheureuse, ou à l'administration à l'intérieur d'une substance nuisible. »

Or, dans tous les cas que nous rapportons dans cette thèse, cette cause ne peut être invoquée nimême suspectée.

Dans l'observation Il les démangeaisons ont débuté immédiatement après une émotion, et trois jours après apparaissait l’éruption sans qu'aucun traitement interne ou externe n'ait été fait. Dans l'observation IT, sans aucun prodrome apparait J’éruption d'apparence eczématiforme généralisée sans qu'aucune intoxication accidentelle ou professionnelle ne puisse être regardée comme facteur étiologique. Dans l'observation IV, sans cause appré-

DU

ciable le malade a été pris d’une rougeur intense de la face accompagnée d'un prurit très désagréable. La malade affirme que nulle pommade n'a été appliquée sur la peau avant son entrée dans le ser-vice, nul médicament absorbé. De plus nous ferons remarquer que dans l’observation IIT il s’agit d’une érythrodermie pré-lichénique, et que dans les deux autres cas, c'est encore l’érythème qui avec le prurit a appelé tout d’abord l'attention du malade,

Dans les cas de Neisser, de Juliusberg, de Pinkus, de Jadassohn, nulle part on ne peut invoquer ce facteur étiologique que Brocq considère comme principal et que nous n’avons jamais trouvé.

Quelle peut donc être l’étiologie de ces érythrodermies ? Au sujet des érythrodermies exfoliantes généralisées, soit qu'il s'agisse d’érythrodermies se développant d'emblée chez un sujet sain, soit qu'il s'agisse d’érythrodermies survenant dans le cours d’une autre dermatose (et c’est le cas qui nous occupe) on peut envisager deux hypothèses : Dans la première, « il s’agit de syndrome tenant à des dispositions individuelles spéciales, qui se développe chez certains sujets sous des influences extrémement variables, telles que des auto-intoxications diver-<es, des intoxications accidentelles par des toxines microbiennes, etc... La forme évolutive, l’aspect spécial, la durée, la terminaison de ces éruptions dépendent et de la prédisposition individuelle du sujet qui en est atteint, et aussi dans une certaine mesure de la cause

déterminante ».

Dans la seconde hypothèse peu admise, ces érythrodermies, qui se développent au cours d'une dermatose préexistante, ne sont constituées que par «une simple transformation objective de la maladie première déviée de son type ». Cettenature serait donc complètement différente de celle des formes primitives : eczéma, psoriasis, lichen, etc.

Mais c’est à un autre point de vue que nous envisagerons ces érythrodermies dont le mode pathogénique est très obscur. :

Deux théories principales sont en présence pour expliquer la nature du lichen plan : la théorie nerveuse et la théorie parasitaire.

Pour Besnier et Jacquet, cette dermatose se produit surtout chez les sujets névropathes à l’occasion d'une émotion, d'une secousse nerveuse ; elle s’accompagne parfois de phénomènes nerveux, se calme par l'action bienfaisante de l'hydrothérapie et dès que le prurit est moins intense. Pour Jacquet, le lichen n’est qu'une variété de névrodermite, ce n’est pas l'éruption qui est primitive, c’est le prurit. « Ce n'est pas la lésion cutanée qui est prurigineuse, c’est le prurit qui est pré-éruptif. » Les nombreux défenseurs de cette théorie nerveuse s'appuient encore sur cet argument : la localisation possible de l’éruption le long du trajet d’un nerf ou d’un réseau nerveux.

Cependant l'état nerveux est loin d’être constant ; nombreux sont les cas de lichen survenant chez des sujets exempts de toute tare névropathique, chez des adultes vigoureux, et quelquefois chez des enfants.

Il existe souvent un état nerveux incontestable chez les malades atteints de lichen plan, mais n'est-il pas dû au prurit ? On a été amené à se demander si le lichen plan n'était pas d’origine parasitaire. C'est l'opinion de Lassar., Unna, Hallopeau.

Hallopeau dans le Traité de Dermatologie dit : « Nous avons vu plusieurs fois de la manière la plus’ nette l'affection débuter par des orifices glandulaires, ce qui donne l’idée d’une invasion infectieuse par ces orifices ; d’un autre côté, la formation de papules peut être suivie de l’apparition d'éléments semblables à leur périphérie ; ces derniers sont moins accusés que l'élément initial auquel leur développement paraît subordonné ; les choses se passent comme dans lé cas d’une syphilide en groupe où l’on voit une saillie centrale papuleuse ou tuberculeuse s’entourer de groupes d'éléments plus jeunes et moins prononcés... De plus, les médicaments susceptibles d'agir sur les éléments éruptifs sont tous, sauf les douches chaudes, des parasiticides. » Enfin on a signalé (Brocq, Ormerod, Jadassohn) des cas de véritable contagion. Le lichen plan évolue comme une maladie infectieuse. Cependant toutes les recherches faites en vue de découvrir l'agent pathogène sont demeurées infructueuses.

La production des érythrodermies au cours du lichen plan ne semble-t-elle pas concorder davantage avec la théorie parasitaire qu'avec la théorie nerveuse ? Les éruptions, nous l'avons vu, sont le plus souvent généralisées, et cette généralisation

d'un étythème intense est, apr open un o argument en faveur de la nature infectieuse de la. maladie. À ; — Ces érythrodermies, il est vrai, sont rares : mais il faut tenir compte non seulement de la nature de l'agent infectieux que nous ne connaissons pas, mais encore du terrain sur lequel cet agent évo-

ru

De, lue ; ce sont là autant de conditions qui doivent

Ne rs intervenir dans la production de cette Some | de la dermatose initiale.

Page 1